SCV ou Agriculture Naturelle, une production agricole performante au plus proche de la Nature

par Deneuville Noël 

Élever notre sol maintenant, le nourrir pour se nourrir demain.

Notre ferme céréalière est en SCV depuis 25 années, je partage cette aventure avec mon épouse Lydie et maintenant ma fille Lucie lesquelles partagent avec moi la passion du SCV.

Cette ferme se situe dans le centre de la France près de la ville de Nevers. On y pratique donc l’Agriculture de Conservation des Sols (ACS)* (aucun travail mécanique du sol + rotations de cultures importantes + couverture permanente du sol avec résidus et plantes de services ) + apports de matières organiques exogènes .

Nous avons eu la chance de rencontrer M. Lucien SÉGUY , chercheur au Cirad, qui a travailler principalement au Brésil sur le SCV, mais aussi un peu partout dans le monde…..Avec Lucien, nous avons mis en place sur notre ferme, une plateforme d’essai spécifique consacrée principalement aux plantes de service .

Le reste de la ferme est donc dédiée aux SCV de M. Lucien Séguy, Notre objectif est aussi d’ élever le sol qui nous est confié….

M. Lucien Séguy :

Docteur en Agronomie, Scientifique du CIRAD, pédologue de l’ORSTOM, Lucien estimait que tous les outils sont connus pour produire intensivement, à peu de frais, de la nourriture de qualité sur des sols à fertilité améliorée. Lucien Séguy, est certainement l’Agronome qui, sous tous les climats,toute les latitudes, a sillonné, foulé de ses propres pieds, le plus de parcelles agricoles au monde et ce record n’est certainement pas prêt d’être battu !

Le CIRAD (*équipe Lucien.Séguy, ingénieur agronome, pédologue IRD, consultant international pour les systèmes de culture SCV, S. Bouzinac, S.Boulakia, F. Tivet, Hoa Tranquoc, R. Michellon, F. Jullien) et ses collaborateurs du Sud Asie ont créé au cours des 30 dernières années de nombreux scénarii diversifiés de développement durable en SCV de plus en plus performants.

L. Séguy et S. Bouzinac les ont créés/maîtrisés avec leurs partenaires au Brésil puis transférés/adaptés en France depuis le début des années 2000. Ces systèmes SCV, que l’on pratique en Bourgogne depuis 25 ans , sont issus de l’ingénierie écologique au service du développement et qui fonctionnent à l’image de l’écosystème forestier dont ils sont inspirés (biomimétisme), ils ont été continuellement perfectionnés au cours des 40 dernières années aux plans écologiques, agronomiques et technico-économiques.

Ils offrent, aujourd’hui, toutes les garanties de l’agriculture durable : De plus en plus productifs avec de moins en moins d’intrants chimiques, donc des coûts de production en baisse. Ils sont tous construits sur une reconquête de la biodiversité fonctionnelle : Rotations de cultures, intégration agriculture – élevage, sols toujours protégés sous couvertures mortes et/ou vivantes ; biologiquement très actifs, ils séquestrent efficacement le carbone :

Dans la plupart des fermes françaises qui les pratiquent depuis plus de 20 ans, le taux de séquestration annuel de carbone est compris entre 1 et 1,5 T/ha/an, soit 10 fois supérieur à la démarche « 4 pour 1 000 » ; de même, ils favorisent la rétention des nutriments (CEC plus élevée), réduisent l’incidence des maladies, des ravageurs en général, des nématodes phytophages, fonctionnent en circuit fermé comme la forêt et réduisent ainsi très fortement les pertes de nutriments (recyclage profond des bases et nitrates, injection de carbone en profondeur, hors des atteintes anthropiques) et garantissent la qualité biologique des sols, des eaux et des productions (système auto-épurateur , forte capacité de biorémédiation).

En forêt, rien ne se perd !

Tout comme Louis Pasteur, Lucien Séguy a passé une partie de sa jeunesse à peindre, exerçant et développant ses talents d’observateur. En grand scientifique, il interroge sans cesse la nature : « Mon maître, mon juge, mon centre d’inspiration principal, c’est la nature, sous sa complexité la plus grande. Vous avez une question à poser ? Posez-la à la nature. Et elle vous répondra ! Il faut simplement faire quelques manip’ pour qu’elle vous réponde. Et le faire de manière scientifique pour comprendre pourquoi cette réponse ; ce qu’elle veut dire exactement. »

Le but de Séguy est d’inventer une agriculture inspirée de la fertilité naturelle des forêts. Il fonde les principes de cette nouvelle agriculture sur quelques observations.

Les SCV (Semis sous Couverture Végétale) Vers du vert 365 jours / 365

Solution d’avenir pour une agriculture à très hautes performances économiques et environnementales …..et qui produit.

Les SCV, le génie végétal….. Qu’est que c’est…Qu’apporte t-il ?

Les SCV ouvrent maintenant la voie (et sont actuellement très proches) d’une gestion totalement biologique des agrosystèmes dans un environnement parfaitement protégé, avec ou sans apport de matière organique exogène. Nous savons aussi aujourd’hui, dans cette agriculture écologiquement intensive, comment supprimer le glyphosate et les pesticides, les intrants chimiques en général tout en maintenant de très hautes productivités plus stables dans le changement climatique. Cette reconquête de la biodiversité ramène l’évolution des systèmes cultivés vers celle des écosystèmes naturels originels (Résilience).

Ces dernières années, sur le réseau « SCV France informel » qui fonctionne sans aucun appui financier ou subvention, a été précisée/ajustée l’utilisation optimale du « génie végétal » au profit des performances des cultures, des sols et de la qualité biologique des productions : Les sojas conduits au Brésil avec ces techniques contiennent 3% de plus de protéines que les sojas conventionnels en semis direct. Le « génie végétal » est le pilier des systèmes SCV, et SCV BIO en construction .

Le SCV est matérialisé par des MIX de plantes de couverture installés ou entre les cultures ou en association avec elles, (en semis direct ou en semis à la volée qui réduit drastiquement l’incidence des adventices) dont la composition pluri-espèces est optimisée pour bénéficier d’un maximum de fonctions agronomiques gratuites au profit du système sol-type de culture ….

Ce génie végétal assure 90 à 95% des performances des systèmes : Productivités optimisées élevées et stables, contrôle naturel des adventices (système de double couverts successifs tournant dans la rotation , densité de semis élevée) recyclage très important de nutriments le + souvent supérieur aux besoins des cultures (excepté N sur céréales à compléter par faible doses de N organique) …. Perte minimum à nulle de nutriments dans le système sol-culture …forte capacité de biorémédiation (système épurateur des sols) …forte séquestration de Carbone (le sol devient maintenant un puits de carbone important…. Il devrait devenir un choix stratégique des gouvernements dans la lutte contre le réchauffement climatique … Le prix des terres devrait être fixé sur leur teneur en matière organique pour inciter les agriculteurs à pratiquer les SCV et SCV bio) … L’agriculture n’est plus un système de prédation mais devient un système de régénération de la fertilité globale des sols (optimisation de nombreuses fonctions agronomiques gratuites, services écosystémiques qui substituent la chimie intensive exogène et coûteuse)…

C’est la première fois dans l’histoire de l’agriculture que l’homme peut produire beaucoup, à peu de frais, tout en augmentant la fertilité organo-biologique de son sol …Ce mode de gestion écologiquement intensif permet ainsi de substituer progressivement l’utilisation massive actuelle d’énergie culturale d’origine industrielle par une énergie culturale d’origine biologique de plus en plus performante. Le patrimoine sol est cousu par les systèmes racinaires, l’érosion totalement contrôlée; nos sols, eaux, rivières et productions, sont « propres », nos paysages préservés.

La température est régulée comme sous forêt même au cours de canicules (régulation de l’ évaporation), infiltration maximum de l’eau de pluie (stockage) au détriment du ruissellement , d’où contrôle externalités, arrêt des coulées de terres , protection des infrastructures dont fossés de drainage, routes ….produits phyto, nitrates, non entraînés rapidement vers cours d’eau , la mer…

Cette approche, est obligatoirement intéressante pour les assureurs qui seraient très concernés par l’économie des catastrophes climatiques auxquelles ces compagnies sont maintenant confrontées. On pourrait même leur demander de participer financièrement à la diffusion de ces techniques plutôt que de payer des sommes astronomiques pour « tenter de réparer les dégâts »…qui se multiplient ….imprévisibles et croissants…

Cette nécessité de production totalement propre et de qualité constitue un élément de conviction puissant et démultiplicateur pour l’adoption/diffusion des systèmes SCV …C’est par l’adhésion, l’appui effectif des autorités (adhésion politique, promotion officielle , subventions) et de la société civile que l’appropriation des SCV pourra progresser le plus rapidement chez les agriculteurs .

Les SCV permettent de répondre à la demande sociétale actuelle d’amélioration de la qualité de l’alimentation et les SCV sont une solution à la problématique « eau » (érosion, ruissellement, qualité, efficience).. + Forte séquestration du C dans les sols (label bas carbone)

Et pour demain….En SCV, les sols accumulent les performances au fil des années, on peut donc encore améliorer fortement nos performances en SCV ….!

M.SÉGUY , nous ayant quittés le 25 Avril 2020 , nous tenons absolument à prolonger son œuvre , pour cela, un webinaire international a été organisé le 24 et 25 janvier 2023 :

Nous avons également créer un site en Hommage à Lucien Séguy : http://lucien-seguy.fr/

Nous avons constituer, avec un groupe d’agriculteurs en SCV, une association à but non lucratif dédiée à l’agriculture de conservation des sols et plus particulièrement au Semis sous plantes de Couvertures Vivantes (SCV)

Cette association (SCV LUCIEN SEGUY) a pour but de former les nouvelles générations d’agriculteurs à ces technologies de production agricole innovantes, de tester de nouvelles techniques d’associations de plantes de couverture, d’expérimenter de nouveaux matériels en cours d’élaboration sur notre ferme et qui concernent la problématique « glyphosate » de ces techniques ACS, nous pensons pouvoir déboucher rapidement sur une solution intéressante et innovante.…

L’objectif de cette association, étant aussi de fédérer les organismes français et européens existants dans cette approche pour une meilleure efficacité nationale…voir internationale ….

On pense qu’il y a une certaine urgence à développer ces méthodes innovantes : La qualité, la durabilité des sols de notre planète deviennent préoccupantes pour la sécurité alimentaire et notre climat…, les coûts afférents au maintien de notre production conventionnelle actuelle commencent à présenter de vives inquiétudes de la part de nos collègues agriculteurs.

Par contre, nos systèmes de cultures SCV sont plus productifs, plus stables, plus attractifs économiquement et de moindre risque. Ce sont aussi ceux qui séquestrent le plus de carbone. Dans ces systèmes, la part de la fertilité gratuite construite en Semis Direct par voies physiques et organo-biologiques prend de plus en plus d’importance au cours du temps dans la capacité de production du sol : La productivité augmente avec moins d’intrants chimiques (engrais, pesticides), le potentiel du sol s’accroît, les coûts de production baissent et les impacts de l’activité agricole sur l’environnement sont mieux contrôlés.

Le semis direct sur couverture permanente du sol (SCV) est probablement le paradigme le plus complet qui ait été construit à ce jour pour le développement planétaire d’une agriculture durable, préservatrice de l’environnement, gérée, de plus en plus, ”au plus près de l’écologie”.

Nous sommes à un tournant historique dans la vie de l’humanité, les coûts environnementaux du développement économique dus aux énergies fossiles faciles, ont été largement ignorés , il serait dangereux de continuer dans cette voie.

L’humanité est maintenant exposée à un risque extrême du fait de l’incapacité de l’économie à prendre en compte l’épuisement rapide du capital naturel et doit trouver de nouvelles mesures de succès  pour éviter une catastrophe. 

La planète est notre maison, une bonne économie exige que sa gestion soit complètement revue ou même révolutionnée.

Ce constat sur l’ampleur des changements climatiques implique de revoir en profondeur notre agriculture, mais pas que ….!!

Plusieurs thèmes incontournables : En préalable : la globalité

A ce niveau de la présentation, il est évident que je vais vous évoquer le sol, la priorité des sols vivants, mais en même on est obligé d’aborder l’aspect globale des choses et les interactions qui les constituent ….Chaque élément est important mais tous ont des rapports incontournables entre eux et seul, un élément n’est pas fonctionnel.

L’énergie.

Le reste de nos énergies fossiles encore disponible doit pour une part contribuer à mettre en place de nouvelles solutions sobres et efficaces pour nos économies, ainsi que d’autres techniques de production énergétique sans gaspillage.

La technique SCV, par exemple, permet une économie de carburant fossile de plus de moitié permis pas le Non Travail du sol mécanique, en comparaison avec les techniques conventionnelles

On se libère du travail mécanique du sol, car celui-ci retrouve une résilience avec les systèmes racinaires permanents ….En SCV , la structure du sol est continuellement performante grâce à la vie biologique, le travail mécanique du sol n’ a plus sa place, les structures grumeleuses sont maintenues en permanence……et c’est bien ce travail mécanique qui est le plus coûteux en matière d’énergie, ce travail mécanique mis en place historiquement par nos anciennes générations d’agriculteurs pour gérer les plantes adventices n’a pu lieu d’exister en SCV…. !!

L’énergie d’hier, ça a été le soleil

L’énergie d’aujourd’hui,c’est le soleil…

L’ÉNERGIE DE DEMAIN, CE SERA LE SOLEIL ….Il y a une usine qui est super performante pour capter cette énergie encore gratuite…c’est la végétation et son procédé breveté c’est la photosynthèse..…la Nature phénoménale est même capable de stocker cette énergie solaire dans la puissance du génie végétal et le carbone ….Les graines et autres plantes que nous consommons sont bien des stocks d’énergie provenant des rayons solaires …..

La suite arrive bientôt …..!!

Lucien Séguy et le « sol vivant », produire plus avec moins

https://nourrirlemonde.fr/lucien-seguy-et-le-sol-vivant-produire-plus-avec-moins/#La_ruine_du_laboureur

Produire et redonner du pouvoir aux agriculteurs ? C’est le pari de Lucien Séguy, « agronome », mais surtout « paysan ». Lucien Séguy dédiera sa vie à la fertilité et au « génie végétale ». Sans dogmatisme, il associera la plus grande diversité biologique possible et les techniques agro-industrielles de pointes, créant lui-même plusieurs variétés de semences de riz à haut-rendements.

Les militants de Solidarité & Progrès ont dénoncé une politique de la famine depuis la fin des accords de Bretton Woods (1971) et la publication du rapport « Halte à la croissance » (1972). Depuis lors, la dérégulation met tous les agriculteurs en compétition, accroissant les inégalités ; et l’idéologie décroissante des institutions financières s’oppose à l’équipement de l’agriculture, même là où elle est la seule ressource.

Est-il encore possible (écologiquement ? ) d’augmenter la productivité agricole ? Dans ce dossier, nous vous proposons de suivre le chercheur Lucien Séguy, à la découverte d’un monde longtemps passé inaperçu, celui des sols vivants. Nous verrons comment l’alliance des sols et des agriculteurs peut vaincre la pauvreté et la faim.

Biographie : Une vie au service de la science ; la science au service des paysans

Lucien Séguy en mission d’appui au Maroc. Source : Fert

Né en 1944 dans une famille paysanne de Dordogne, il est le seul de sa fratrie à poursuivre des études supérieures. Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieur d’Agronomie de Toulouse, il se spécialise dans la science des sols (pédologie), puis part en service civique au Sénégal en 1967, développer la riziculture paysanne dans la région de la Casamance. Le Centre de coopération internationale en recherche en agronomique pour le développement (Cirad) lui confie sa première affectation professionnelle au Cameroun. Il y met en évidence l’importance de la gestion du sol pour lutter contre la pyriculariose, un champignon qui détruit les feuilles du riz.

1977 : repéré pour ses travaux sur les cultures de riz, il est appelé au Brésil. Débute sa véritable aventure scientifique. Il y travaillera jusqu’à sa retraite en 2009. En parallèle, il lance des missions d’appui aux paysans dans une dizaine de pays, dont Madagascar, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Cameroun, le Sénégal, la Tunisie, le Viêtnam, le Laos, le Cambodge, le Canada, la France métropolitaine et d’outre-mer, jusque dans les mois qui précèdent son décès en avril 2020.

Le texte qui suit est adapté librement du rapport de Lucien Séguy, son ami Serge Bouzinac, et leurs collègues de la recherche brésilienne : « La symphonie inachevée du Semis Direct dans le Brésil central », rédigé en 2008 pour le Cirad et l’Embrapa (la Société Brésilienne de Recherche Agricole).

Sommaire

La ruine du laboureur

Les effets spectaculaires de l’érosion en Europe. Source : agriculture-de-conservation.com / C. Henricot

Lorsque Lucien Séguy arrive au Brésil, il rencontre des paysans ruinés par la dégradation du sol. En cause, le labour.

Le labour est pourtant une méthode qui a fait ses preuves en agriculture. Depuis sa découverte dans le croissant fertile, il y a 10 000 ans, plusieurs civilisations agraires y ont eu recours, de la Mésopotamie à l’Europe et l’Asie. Le labour a permis à des centaines de générations de se nourrir, jusqu’à nous.

Il empêche l’installation des mauvaises herbes et des maladies du sol. Mais exige d’énormes quantités de labeur des paysans. Avec un risque de désertification, particulièrement rapide sous les tropiques.

En climat tropical, les sols ont un aspect minéral, comme la terre de remblai peu fertile de nos terrains vagues. Seuls les cinq premiers centimètres de surface sont noirs et fertiles, comme le terreau ou le compost.

Cette mince couche ne peut s’épaissir, car l’humidité et la température tropicale accélèrent tous les processus du vivant : la croissance des plantes cultivées, comme la décomposition de la matière morte au sol. La « matière organique », noire et fertile, est donc fragile sous ces latitudes.

Dans ce contexte, la technique du labour, qui apporte beaucoup d’oxygène au sol, accélère la décomposition de la matière organique, par les microorganismes du sol. C’est « l’érosion invisible ». De plus, mis à nu et cassé en mottes, le sol est emporté dans les fleuves par les puissantes pluies tropicales. C’est « l’érosion visible ».

En forêt, rien ne se perd !

Tout comme Louis Pasteur, Lucien Séguy a passé une partie de sa jeunesse à peindre, exerçant et développant ses talents d’observateur. En grand scientifique, il interroge sans cesse la nature : « Mon maître, mon juge, mon centre d’inspiration principal, c’est la nature, sous sa complexité la plus grande. Vous avez une question à poser ? Posez-la à la nature. Et elle vous répondra ! Il faut simplement faire quelques manip’ pour qu’elle vous réponde. Et le faire de manière scientifique pour comprendre pourquoi cette réponse ; ce qu’elle veut dire exactement. »

Le but de Séguy est d’inventer une agriculture inspirée de la fertilité naturelle des forêts. Il fonde les principes de cette nouvelle agriculture sur quelques observations.

Lucien Séguy note le rôle essentiel de la « matière morte » dans la fertilité des forêts tropicales. Les « éléments fertilisants » qui s’enfonceraient dans le « sol minéral » pouvant malgré tout être recyclés par les racines profondes.

– Une première observation : Le sol forestier n’a pas besoin d’être labouré pour être meuble. Les organismes du sol forestier et les racines des plantes brassent la matière et produisent la porosité nécessaire à la présence raisonnable d’oxygène et d’eau dans le sol forestier.

1er principe : Lucien Séguy propose donc de semer directement les graines dans le sol, sans labour. L’idée n’est pas nouvelle. Ce semis dit « direct » avait permis aux civilisations précolombiennes de prospérer. La méthode en fut oublié, avec leur effondrement. Cette technique est redécouverte aux Etats-Unis dans les années 60, pour parer aux tempêtes de sable ; suite au « Dust Bowl » des années 30, lors de la grande dépression, qui a profondément meurtri le pays, comme l’illustre le film Les raisins de la colère.

C’est le glyphosate, bêtement diabolisé par des écologistes radicaux, qui a permis aux Etats-Unis d’abandonner le labour, donc d’éviter le désert… Le glyphosate agit en bloquant la photosynthèse des mauvaises herbes, rendant caduc l’archaïque labour. À ce titre, Lucien Séguy propose avec humour que soit décerné « le prix Nobel de la paix à Monsanto, pour sa contribution à la préservation des sols ».

Mais – attention – Lucien Séguy est lucide quant au risque de destruction de l’agriculture par les biotechnologies, quand elles sont développées dans un but mercantile. Au sujet de l’herbicide de Monsanto et des OGM, il nous dit : « la productivité n’a pas augmenté depuis leur adoption massive [alors] que les doses d’herbicide sont plutôt en croissance pour contrôler les [plantes] devenues résistantes au glyphosate. » Avoir recours à de plus grands volumes, inutilement… le contraire de l’écologie !

En Semis Direct, le sol n’est pas retourné : à l’avant du tracteur, un « rolofaca » ou « rouleau hacheur » couche le couvert végétal au sol ; à l’arrière, le semoir sème directement les graines sous cette litière. Source : paysan-breton.fr / Toma Swan

– Lucien Séguy fait une deuxième observation : Les sols forestiers sont couverts en permanence d’une litière végétale. Sous cette litière, les premiers centimètres du sol sont le siège de la fertilité de la forêt tropicale. En profondeur, les éléments nutritifs se font beaucoup plus rares !

2nd principe : Pour avoir un sol aéré, riche en nutriments et protégé contre les pluies diluviennes, Lucien Séguy comprend qu’il doit restituer une partie de la culture au sol. L’enjeu est notamment de nourrir les vers de terre et leur cortège d’êtres vivants. Il choisit de recourir à de « puissantes biomasses » pour couvrir le sol et le régénérer en matière organique, qui confère sa fertilité au sol.

Semis direct dans un couvert de sorgho en Europe. La densité et la vigueur du sorgho en font une excellente « plante géante » de couverture, pour contenir les autres plantes et nourrir le sol. Source : agriculture-de-conservation / Cécile Waligora.

– Une ultime observation permet à cet « ingénieur du végétal » d’identifier la complémentarité des plantes dans les systèmes forestiers : toutes ne prospectent pas l’eau aux mêmes profondeurs ; et certaines plantes peuvent arracher des éléments minéraux au sol, pour les mettre à disposition des plantes de la culture suivante.

3ème principe : Lucien Séguy commence donc un travail qui est au cœur de ce qu’il nomme sa « symphonie inachevée » : Il recherche les meilleures successions et associations végétales, permettant de réduire les dépendances aux fertilisants et aux pesticides, et de maximiser les revenus des agriculteurs.

En rupture avec la monoculture, il propose : « L’incorporation de biomasses de couverture encore plus puissantes et plus diversifiées pour que les couverts végétaux des SCV gagnent en multifonctionnalité gratuite. »

Entre deux cultures commerciales, des couverts végétaux sont semés pour réorienter la biologie, la chimie et la structure du sol. Ici, un mélange de tournesol, phacélie et pois. Source : Ver de terre production

Lucien Séguy appelle sa méthode : « Semis sous Couvert Végétal » (SCV).

Avec son binôme Serge Bouzinac et ses partenaires de la recherche et développement brésiliens, Séguy met en place une méthodologie de « recherche-action » sur « système de cultures pérennes » : le chercheur fait ses essais avec, pour et chez les agriculteurs, sur plusieurs années, pour adapter ses travaux aux contraintes de la production.

Pour ces travaux, Lucien Séguy est nommé docteur « Honoris causa » de l’université de Ponta Grossa, une des meilleures universités agricoles du monde, et “Grand Citoyen” par l’Assemblée Législative de l’Etat du Mato Grosso. Mais le paysan-chercheur tient à rendre hommage aux efforts des agriculteurs brésiliens et des acteurs institutionnels :

« Le Brésil a montré au monde sa capacité à développer en moins de 30 ans une agriculture de conservation que le monde entier admire et lui envie, même si elle est largement encore perfectible comme l’ont démontré nos travaux sur les innovations SCV inspirées du fonctionnement de l’écosystème forestier. »

Le grand agronome Norman Borlaug, père de la première révolution verte et prix nobel de la paix, en visite au Brésil sur la fin de sa vie, dira en découvrant les travaux de Séguy : “La deuxième révolution verte est en marche dans les savanes du Brésil !”

Ajoutons que, bien que fortement mécanisés, les agricultures du Brésil, de l’Argentine et des Etats-Unis restent peu productives, car peu irriguées : dans la région du Mato Grosso entre 2001 et 2007, les rendements par hectare sont en moyenne : de 3,5 tonnes pour le coton, 2,9 tonnes pour le soja et 3,4 tonnes pour le maïs. En France, le blé produit 7 tonnes par hectare et le maïs 9 tonnes. Un ami et disciple de Lucien Séguy, Christian Abadie, produit même 14 tonnes de maïs dans le sud-ouest de la France !

Pourquoi les agriculteurs des Etats-Unis, de l’Argentine et du Brésil acceptent-ils de produire si peu par hectare ? La réponse est en partie économique.

Regardons plutôt, pour le moment, les résultats de la méthode du « Semis sous Couvert Végétal » de Lucien Séguy.

Bilan des « Semis sous Couvert Végétal »

Amélioration du statut social des paysans, accomplissements économiques et environnementaux divers ; les résultats présentés ci-dessous sont non exhaustifs, mais sont l’occasion d’illustrer les problématiques de l’agriculture.

Résultats du groupe agro-industriel MAEDA : Augmentation de la productivité du soja de 25%, et du coton de 45%. Soit une productivité respectable de près de 4 tonnes de soja par hectare et 5 tonnes de coton. Passage à 3 cultures sur 2 ans au lieu de 2. Les marges ont été multipliées par 3. Le nombre de machines agricoles a été réduit de moitié. Le nombre de prestataires de services a chuté de 71%. Et la consommation de carburant a diminué de 70%. Produire plus avec moins !

Des engrais renouvelables : Le manque d’azote et de phosphore dans le sol est ce qui limite le plus la productivité des champs. L’azote constitue 78% de l’air que nous respirons. Il est obtenu industriellement par la réaction du gaz naturel avec l’air. Quant au phosphore, il est aujourd’hui extrait des carrières de « guano », sites de déjections des oiseaux marins, ressource peu renouvelable.

A titre d’exemple, Lucien Séguy introduit la plante sauvage Stylosanthes, pour sa capacité à fixer l’azote atmosphérique et à mobiliser le phosphore du sol. Cet exploit naturel est dû à des symbioses racinaires, avec des bactéries pour l’azote, et avec des champignons pour le phosphore.

En plus de la Stylosanthes, il choisit la Brachiaria, pour ses racines profondes qui récupèrent les nutriments perdus, de même que pour la densité de son couvert au sol et pour sa forte productivité. Lucien Séguy sème ces deux plantes entre les pieds du maïs qui précède la culture de soja. Il en tire une hausse de productivité pour le maïs et le soja, et s’en sert comme fourrage pour l’élevage.

Une réduction des dégâts : Sur soja, cette fertilité organique permet de réduire le nombre de traitements fongicides des 2/3, voire totalement, et d’obtenir des grains de 1 à 3% plus riches en protéines.

Sur coton, en réduisant de 30 à 50% les apports chimiques d’azote et de potassium, en simple complément de la fertilité naturelle du sol, les dégâts liés au ravageur sont nettement plus faibles. Les passages de pesticides peuvent alors être réduits d’1/3.

Une auto-épuration naturelle : Le sol vivant est un « biodigesteur » des résidus végétaux, mais aussi des pesticides, qu’il réduit en molécules de plus en plus simples. Plus il y a de matière végétale au sol, plus les pesticides restent piégés longtemps dans ce biodigesteur, et donc meilleure est la destruction de ces polluants.

En culture de coton, qui exige souvent de nombreux traitements chimiques, les Semis sous Couvert Végétal (SCV) permettent de réduire le volume d’insecticides de près d’un tiers et le nombre de molécules différentes de 18 à 5. Le volume de fongicides (contre les champignons) est réduit de moitié. La fonction auto-épuratrice des sols vivants permet de réduire sous le seuil de détection l’ensemble des 150 molécules et sous-produits polluants recherchés.

Une valorisation du territoire : Vous voulez sauver la forêt amazonienne ? 1/5ème des surfaces déboisées de l’Amazonie sont à l’abandon, car dégradés par le travail du sol. Les SCV peuvent régénérer ces 16,5 millions d’hectares :

« Les SCV les plus puissants permettent, en 3 à 5 ans, de retrouver les teneurs en matière organique et les caractéristiques de distribution des tailles d’agrégats des sols originels sous forêt. »

Autres sols valorisables : les savanes arbustives du Brésil, appelées Cerrados, réputés incultes. Ces terres, qui rappellent nos garrigues méditerranéennes, offrent plus de 50 millions d’hectares faciles à cultiver en SCV.

Avec la régénération des sols forestiers détruits et la valorisation des sols de savane incultes, Lucien Séguy se réjouit que le Brésil puisse doubler ses surfaces de production sans détruire la forêt amazonienne !

Le bocage Normand. Les haies et les arbres créent un microclimat à l’échelle des parcelles. Auteur : Bournagain.

Enfin, l’eau étant un élément essentiel à la vie, Lucien Séguy recommande de maintenir un maillage continu de végétation native de 20 à 50 mètres autour des parcelles, plutôt que des îlots forestiers. Cette « forme géométrique du défrichement » permet d’éviter l’ « effet de poêle surchauffée qui engendre des courants ascendants d’air chaud qui rejettent les pluies vers les forêts galeries à la périphérie ».

Une symphonie “inachevée”

Comme expliqué précédemment, les agricultures de hautes technologies du Brésil, de l’Argentine et des Etats-Unis pourraient assez facilement produire 1 tonne de plus par hectare. Lucien Séguy déplore le manque de formation technique et pointe aussi des raisons économiques.

À l’image des agriculteurs des Etats-Unis, les agriculteurs du Brésil ont adopté le non-labour, poussés par l’érosion des sols et par les prix très bas payés aux productions agricoles. Le non-labour leur permet de réduire leurs dépenses en matériel et essence, et apporte de la durabilité à leurs exploitations.

Au Brésil Central, où 95% des agriculteurs pratiquent le Semis Direct (1er principe : non-labour), le Semis sous Couvert Végétal (2ème & 3ème principes : une végétation puissante et diversifiée) n’est en réalité pratiqué que sur 30% des champs de soja et 15% des champs de maïs.

Ainsi, depuis les années 2000, étant insuffisamment régénérés, les sols du Brésil Central se compactent et un travail superficiel du sol redevient nécessaire. La méthode alors utilisée est le « discage » des 5 premiers centimètres, ce qui constitue une régression vers le labour et la chimie, des surcoûts et une perte de durabilité.

C’est que produire les couverts à aussi un coût ! Les systèmes de SCV nécessitent des investissements de 11% à 29% supérieurs aux simples systèmes sans labour. Hélas, en plus des aléas naturels, le libéralisme rend les prix payés aux producteurs extrêmement fluctuants et généralement plutôt bas. Ainsi, il est probable que les lendemains incertains découragent l’épargne dans le sol.

La formation professionnelle et des marchés organisés apparaissent comme les deux leviers pour qui veut bâtir une politique du sol vivant.

A la frontière des travaux de Séguy, plusieurs disciplines peuvent être convoquées :

La plus inattendue est sans doute l’archéologie ! Les pratiques agricoles des civilisations précolombiennes sont de mieux en mieux documentés : culture sans labour ni chimie de synthèse ; sélection des plantes sauvages et associations végétales au champ ; et certains sols amazoniens, qui sont entièrement façonnés par l’homme, possèdent une des meilleures fertilités du monde !

Une myriade de naturalistes (dont les spécialisations sont en proportion de la créativité de la Nature) et d’écologues (spécialisés, eux, dans l’étude des interactions naturels) : mobilisés auprès des agronomes (à recruter également !) pour rechercher de nouvelles plantes de couvertures et de nouvelles stratégies d’assemblage du vivant.

Encore une question de moyen ! L’étude des systèmes naturels nécessite des moyens logistiques que l’approche statistique et la modélisation informatique, généralement privilégiées aujourd’hui en écologie scientifique car moins onéreuses, ne devrait qu’appuyer !

Comme pour les plantes que nous mangeons et qui ont été sélectionnées pour être productives, les sélectionneurs peuvent améliorer les caractéristiques des plantes de couverture : Le sorgho blanc sans tanins à haute teneur en protéines, pour farines, bière, papier et amylose ; le sésame qui contient de 50 à 55% d’huile de qualité supérieure, pour les cosmétiques et l’aviation ; le sarrasin, pour les farines sans gluten, …

L’acclimatation de nouvelles plantes de cultures est aussi un moyen d’améliorer la santé du sol. Par exemple, l’intégration du riz pluvial dans les rotations avec les cultures de soja et coton permettrait de lutter contre les maladies à champignon. Pour rendre cette culture de riz pluvial attractive, le défi est actuellement de mettre au point des variétés à hauts rendements.

Quant aux biologistes et aux généticiens, leurs connaissances à l’échelle cellulaire et moléculaire est une aubaine pour l’étude du sol vivant :

Le séquençage génomique, d’abord, pour l’étude de la diversité microbienne. Champignons et bactéries cachent d’innombrables possibilités de symbioses et d’effets antibiotiques naturels. Il s’agit de tirer parti du haut potentiel des sols vivants !

La recherche dans les OGM aussi, à condition d’être au service de l’agronomie, seule discipline globale des champs : « Les SCV offrent une biodiversité fonctionnelle très efficace […] dans un tel contexte, les OGM pourraient être des auxiliaires précieux, légitimes et incontestablement valorisés pour seulement compléter les services écosystémiques majeurs des SCV. »

Nourrir les BRICS

Lucien Séguy, qui dénonce volontiers le conservatisme français, ne s’étend pas sur la politique du Brésil. Tentons, par nous-même, de comprendre cette très jeune puissance agricole :

Le programme social « Famo Zéro » (faim zéro) lancé en 2003, sous la présidence de Lula, puis de Roussef, a permis de réduire la part de la population sous-alimentée de 28% à 10%.

L’Embrapa, entreprise d’Etat, a acclimaté le blé, le soja, le maïs et le coton, aux sols et aux climats brésiliens. Son existence depuis 1972 inscrit le Brésil dans une démarche scientifique à long terme et ouvre la possibilité de transferts de compétences avec l’Afrique.

Tracés envisagés du chemin de fer “bi-océanique”.

Bien que le Brésil ait su défendre ses intérêts agricoles devant l’Organisation Mondiale du Commerce, le pays tente dès 2003 de remettre en cause les règles arbitraires imposées par les institutions dévoyées de Bretton Woods. En 2014, au sommet de Fortaleza, est lancée la Nouvelle Banque de Développement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Il s’agit pour les pays émergents de réduire leurs coûts de production, non par le dumping, mais par l’apport technologique et l’aménagement du territoire. Cette politique est aussi connue sous le nom de « Nouvelles Routes de la Soie ». Un exemple de coopération agricole entre la Chine et le Brésil : la construction de la voie ferrée bi-océanique, traversant l’Amérique latine d’Est en Ouest. Projet gagnant/gagnant, puisqu’il désenclave l’Amazonie et évite le passage par le canal de Panama pour fournir la Chine en denrées agricoles.

Mais cette coopération « sud-sud » est interrompue par le coup, orchestré par le département de la justice américaine, contre Dilma Roussef et Lula.

Et les vers de terre français ?

En France, les réseaux de Lucien Séguy ont débuté 30 ans après le bio, mais 15% des surfaces agricoles françaises sont déjà cultivées en Semis-direct, soit le double de l’agriculture biologique. En dehors des radars de la plupart des médias.

Bien sûr, le bio nourrit aussi les gens et doit être soutenu à ce titre. Notons seulement ses limites pour mieux nous détacher de l’agribashing : Une productivité moindre et un sol moins riche en vie.

Apprécions aussi les vrais mérites du bio : une production fraîche, car locale, et des circuits-courts, pour que la valeur aille aux producteurs.

Lucien Séguy entouré de Français passionnés. Source : festival Paysage in Marciac, 2018.

Les réseaux français de Lucien Séguy tentent toutes les dénominations pour se faire connaître du public : agriculture de conservation, agriculture de régénération, agriculture sur sol vivant. Et le ver de terre comme symbole de la méthode.

Ces agriculteurs sont présents dans tous les syndicats. Et la Coordination Rurale, second syndicat agricole de France, entre la FNSEA et la Confédération Paysanne, organise depuis 25 ans des festivals de non-labour.

Un ministre, le socialiste Stéphane Le Foll, a rencontré les leaders de ces mouvements en France, mais son cabinet n’a rien trouvé de mieux à leur proposer qu’une tribune à la COP21. Car la priorité du ministère est d’atteindre la neutralité carbone de notre agriculture, d’ici à 2050. Notre article « Ces milliardaires « écolos » qui veulent nous affamer » dénonce cette politique agricole malthusienne.

Une rencontre fortuite nous avait d’ailleurs permis d’interroger le ministre sur la détresse des agriculteurs et les prix trop bas. Nous lui demandions de mettre en place une limitation des importations et un stockage des surplus pour hausser les prix. Réponse du ministre : « Nous ne sommes pas communistes ! » Ce fut l’occasion pour nous d’évoquer la méthode des trente glorieuses : « Monsieur le ministre, De Gaulle non plus ; pourtant, c’était sa politique ».

Stéphane Le Foll a tout de même soutenu la création de « ver de terre production ». Cette chaîne de diffusion de contenus sur Youtube est animée par des agriculteurs. Mais les médias traditionnels restent en roue libre… et le public avec eux. Le pays a-t-il besoin d’une chaîne de télévision publique, qui soit dirigée par les instituts scientifiques ?

Parmi les mesures pour encourager l’agriculture sur sol vivant, rappelons l’importance d’autoriser le glyphosate pour maîtriser les couverts végétaux.

Enfin, l’hexagone gagnerait beaucoup à mettre en place une taxe sur les importations de soja. Elle inciterait le retour de la production de légumineuses en France, comme durant l’année 1973 (lorsque les Américains ont organisé un embargo du soja contre l’Europe).

Qu’est-ce qu’une légumineuse ? Une légumineuse est une plante qui, comme le pois, la lentille ou le soja, est capable de fixer l’azote présent dans l’air. Elles permettent de fertiliser un champ pour la culture suivante. Les légumineuses servent à diversifier les cultures pour limiter l’installation de maladies du sol. Et leurs graines, riches en protéines, augmentent l’autonomie de l’élevage. Cette taxe est donc une mesure de « protectionnisme éducateur », dans la tradition de l’économiste Friedrich List.

Le Brésil a prouvé qu’il est capable d’entendre cet argument, à condition que son droit au développement soit pris en compte. Retrouvons l’état d’esprit des coopérants, comme Lucien Séguy.

Antoine Beils, mai 2021

Annexe I : De l’importance de la productivité « physique » pour nourrir le monde

L’économiste et homme politique américain Lyndon Larouche a montré la relation entre d’une part, la productivité par travailleurunité de surface et volume de matières utilisées (les 3 paramètres de la productivité physique) contraints par les handicaps naturels d’un territoire ; et d’autre part, le potentiel démographique de ce même territoire. Dit autrement : Le nombre d’humains que la Terre peut porter n’est pas déterminé par les ressources naturelles, mais par l’efficacité de leur utilisation.

Examinons la productivité physique de l’agriculture.

L’agriculture raisonnée, l’agriculture de précision et l’agroécologie permettent toutes trois de produire autant, avec de moindres volumes de produits chimiques. Ce qui n’est pas forcément le cas du bio, qui a globalement recours à de grands volumes de pesticides « naturels ».

Même constat, avec la faible production du bio par hectare et par travailleur ; bien que l’émergence de pratiques agroécologiques (lorsqu’elles sont compatibles avec le cahier des charges du bio) permettent quelques améliorations.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) et sa branche pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) soutiennent cette productivité physique. Elles parlent d’ailleurs d‘ « agriculture écologiquement intensive » ; mais sans moyens financiers à long terme pour promouvoir les semences à hauts rendements, la mécanisation et les autres moyens logistiques du stockage, du transport et de la chaîne du froid. D’ailleurs, le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies cherche encore 5,5 milliards de dollars, pour l’aide alimentaire d’urgence en 2021.

L’écologie, c’est quand les gros mangent les petits ?

En 1992, conformément au souhait du gouvernement britannique, les prix garantis par la Politique Agricole Commune sont abandonnés. Pour retrouver un équilibre comptable, les agriculteurs cherchent alors à réduire leurs dépenses en engrais et pesticides. Ils adoptent l’agriculture raisonnée, l’agriculture de précision, ainsi que l’agroécologie.

Mais si les prix tombent trop, les agriculteurs renoncent à lutter contre les maladies. Au risque de perdre la production…

C’est aussi le risque pris par le bio, qui, en renonçant à la chimie de synthèse, produit globalement un tiers moins de nourriture que l’agriculture conventionnelle à l’hectare, mais est mieux valorisé commercialement.

La page du productivisme, tant décrié encore, a donc été tournée de force ; bien que les extrémistes verts ne s’en satisfassent pas et exigent l’abandon total des équipements motorisés et de la chimie.

Et le pouvoir de nourrir change de main :

1/ Dépossession des agriculteurs. Puisqu’il faut acquérir du foncier, il faut s’endetter au-delà de ce qui est remboursable. Un problème pour la transmission aux jeunes, mais pas un problème pour le rachat par des fonds financiers.

2/ Concentration de l’agro-industrie. À l’image des abattoirs géants, qui imposent leurs conditions commerciales aux éleveurs.

Annexe II : Puit de carbone & pompe à fric

En climat tropical, le Semis Direct sous puissante biomasse permet de produire de 23 à 32 tonnes de matière sèche, aérienne et racinaire, par hectare. Or, cette matière sèche est faite pour moitié de carbone. Si l’intégralité de cette biomasse est restituée au sol, alors 900 kilos à 2 tonnes de carbone sont séquestrés dans ce sol chaque année, et jusqu’à une dizaine d’années de suite.

L’industrie cherchant à compenser ses émissions de carbones, la tonne de carbone non émise ou stockée se négocie actuellement entre 25€ et 50€. Le Groupe international d’experts pour le changement climatique (Giec) demande que ce prix soit haussé à 180 € la tonne.

Comme développé dans le dossier « Le New Deal vert : sortir du piège de la finance verte », la finance verte tente de mettre les États sous tutelle au nom du climat. Pour l’agriculture, aussi, accepter l’agenda “zéro carbone” est dangereux, car cet agenda mène à l’abandon des énergies fossiles, de la fertilisation azotée et de l’élevage, pourtant nécessaires pour nourrir correctement 9 milliards d’êtres humains en 2050.

Annexe III : Une plongée dans le sol vivant

  • Voir la vidéo : « Lucien Séguy, semis direct sur 20 millions d’hectares ». École Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (ENSAT).

  1. Arnaud Beils says:Merci pour cet excellent article où j’ai appris beaucoup de choses sur l’intérêt du Semis direct sur Couvert Végétal.
    Je note notamment la capacité de certaines plantes à aller chercher les minéraux en profondeur.
    A noter également l’importance méconnus de cette pratique en France (15% de notre production !)
    Peut-être le semis sous couvert végétal permet-il aussi de réaliser des économies d’eau grâce au fait que le couvert végétal conserve l’humidité contrairement à de la terre nue ?Je souhaiterais te poser quelques questions pour comprendre ce que tu as écrit à fond.
    1/ Pourquoi le Brésil n’arrive t’il pas au même rendement que la France ?
    Tu précises qu’ils sont fortement mécanisés et qu’en 2007, nous (la France) arrivons au double du rendement par hectare.
    Hypothèse, le sol n’est pas encore assez généré ?2/ L’équivalent du semis direct sous couvert végétal appliqué à de faibles surfaces (- de 1 hectare) est il le maraichage sur sol vivant ? Autrement, quels outils utiliser pour produire en SCV sur une faible surface ?3/ peut-on dire que l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère (infime précisons le tout de même) est en parti dût au fait que l’on ne restitue pas la matière organique à la terre ? (d’où un argument supplémentaire en faveur du SCV pour capter le CO2)Encore merci pour cet apport intellectuel.
    Militons pour que la recherche agronomique ait les moyens d’augmenter notre potentiel démographique.
    Vive l’Humain explorateur du vivant !Reply
    1. antoinebeils says:Merci à toi l’ami,Pour répondre rapidement :
      1/ Comment doubler ou tripler la production :
      – Le Brésil est un pays aux climats contrastés. Le Mato Grosso par exemple, où a travaillé Séguy, est sec une partie de l’année. Il faut donc investir dans l’irrigation.
      – Une vraie régénération des sols permet les symbioses racinaires avec la vie du sol, pour valoriser la fertilité, donc une meilleur expression des potentialités de la plante.
      – Précisions : le soja étant 2 à 3 fois plus riche en protéines que le maïs, les faibles rendements sont compensés.2/ Comment appliquer l’ “agriculture sur sol vivant” sur une surface d’1 hectare :
      – La chaîne youtube “Ver de Terre Production”, animée par des agriculteurs et des chercheurs, permet de se mettre à jour de “l’état de l’art”, du jardin nourricier aux grandes cultures, en passant par l’élevage, l’arboriculture et le maraichage. 😉3/ La fixation du carbone, un argument pour les sols vivants ?
      Oui, mais… Le paradigme politique “neutralité carbone en 2050” est dangereux, car il implique la suppression de la fertilisation azoté et le démantèlement de l’élevage, comme l’exigent certains financiers fanatiques.
      Parlons plutôt de “l’agriculture sur sol vivant” comme d’une méthode pour nourrir le monde, bien nourrir, tout le monde !

Merci à s’unir pour nourrir le monde ….!!

SCV chez paysannature

Sommaire :

1 : Présentation générale 0:00:19

2 : Historique du SD sur la ferme 0:02:19

3 : Rotations 0:05:39

4 : Fertilisation 0:07:53

5 : Gestion des adventices et des limaces 0:13:52

6 : Gestion des mulots 0:20:58

7 : Insecticides et fongicides 0:24:27

8 : Evolution du sol 0:27:09

9 : Les couverts 0:30:43

10 : Semis à la volée/semis naturel 0:41:36

11 : Essais avec Lucien SEGUY 0:56:15

12 : Gestion de l’environnement par la société civile

1:04:11 En semis direct depuis de nombreuses années, Noël DENEUVILLE a travaillé notamment avec Lucien SEGUY. Il a mis en place sur sa ferme le semis à la volée, ou semis naturel.

Christophe NAUDIN sur twitter

Serge Bouzinac et João Carlos de Moraes Sá

Serge Bouzinac 1 e João Carlos de Moraes Sá 2
1
Pesquisador CIRAD, Montpellier – França; 2 Prof. Sênior UEPG, Bolsista de Produtividade em Pesquisa Nível 1D
– CNPq, Presidente da Comissão Técnico-Científica da Federação Brasileira de Plantio Direto e Irrigação
“ Lucien Séguy foi um verdadeiro difusor do sistema plantio direto no Brasil e mundo afora.
Seus trabalhos e conhecimentos foram fundamentais para a consolidação desse sistema na
região tropical. A Federação Brasileira de Plantio Direto na Palha reconhece essa imensa
contribuição e expressa o sentimento de profundo agradecimento ”
“in memoriam”… A jornada de um visionário
Lucien Séguy nasceu em 1944 numa família de pequenos produtores
da cidade de Saint Yrieix La Perche, localizada no Centro da França,
que é orgulhosa de suas raízes e seu povo. Ele foi o único filho dos 4
irmãos que entrou na Universidade e se diplomou Engenheiro
Agrônomo pela Escola Nacional Superior de Agronomia de Toulouse
(ENSAT) em 1965, graças a bolsa de estudo. A seguir fez especialização
em pedologia no ORSTOM de Bondy. Casou-se com Jacqueline que o
acompanhou durante toda sua longa carreira na região tropical. Em
1967 foi para o Senegal, pelo IRAT na famosa estação experimental de
Bambey, mas preferiu trabalhar no campo, no vilarejo de Sefa, onde
fez um mapa pedológico da região e encarou seu primeiro grande
desafio que foi aprimorar o manejo do solo em tração animal para a orizicultura da Casamance. Nesse
período ele publica um artigo sobre o perfil cultural com a cultura do arroz dando ênfase a distribuição
do sistema radicular como componente chave na estruturação do solo.
Os desafios
Em 1969, é enviado pelo IRAT para o oeste da República dos Camarões em Dschang para elaborar e
acompanhar vários projetos orizícolas de sequeiro nas planícies dos M’Bos e de N’Dop com a a
extensão. Desenvolveu estudos em sistemas de produção e melhoramento genético do arroz de
sequeiro e irrigado. Supervisionou projetos sobre as interações entre génotipo e meio ambiente,
destacando a influência da fertilidade dos solos nas epidemias de brusone na cultura do arroz (Figura
1).
Figura 1. Parcerias construídas durante a sua trajetória no Brasil.Seus trabalhos despertaram interesse no Brasil, e no final de 1977, o IRAT enviou Lucien para a EMAPA
(Empresa de Pesquisa do Maranhão) no Maranhão, sendo o primeiro expert do IRAT permanente no
Brasil. Durante os anos de 1977 e 1982, Lucien, com o auxílio de Serge Bouzinac, (eles trabalharam
juntos até os últimos dias de Lucien) implantaram estudos sobre sistemas de cultivo de arroz para
pequenos produtores.
Lucien seguiu apoiando a difusão dos melhores sistemas de cultivo em consórcios envolvendo arroz +
milho + mandioca, seguido de caupi no final da estação chuvosa. Foi ajustando e aperfeiçoando as
variedades de arroz de sequeiro e irrigadas para os trópicos. Os resultados dessas atividades
despertaram o interesse da EMBRAPA-CNPAF (Centro Nacional de Pesquisa de Arroz e Feijão, Goiânia-
GO). Tanto Lucien Séguy quanto Serge Bouzinac foram convidados para desenvolver trabalhos na
região dos Cerrado, 0 dando assim o início de um profícuo convênio entre o CIRAD (Centre de
Coopération Internationale em Recherche Agronomique pour le Développement) e a EMBRAPA-
CNPAF. Inúmeros resultados foram gerados pelo convênio possibilitando o o suporte para avanço nos
conhecimentos na adoção do plantio direto na região dos Cerrados.
Entre 1983 e 1989 Séguy e Bouzinac concentraram os trabalhos na região dos Cerrados, principalmente
no estado do Mato Grosso, Goiás e parte de Tocantins, um ambiente totalmente diferente para eles.
Naquela época, grande extensão dessa região estava sendo convertida para uma agricultura
mecanizada. Inicialmente, foi introduzida a cultura do arroz de sequeiro e, com o passer do tempo,
esta foi substituída pela cultura da soja em monocultivo com o uso intensivo do preparo do solo através
de gradagens sucessivas, resultando em expressiva erosão e formação do chamado pé de grade,
gerando problemas sérios de compactação
Foto 1. A paixão de Lucien era o campo onde se sentia livre para compartilhar o que sabia.
Em 1984, em visita a CCLPL (Cooperativa Central de Laticínios do Paraná – Produtos Batavo, Carambeí-
PR) localizada na região dos Campos Gerais, encontrou-se com o Engenheiro Agrônomo Hans Peeten,
Josué Nelson Pavei e outros do departamento técnico das cooperativas para conhecer o sistema que
estava sendo implantado nesta região. Conheceu os agricultores Nonô Perereira e Franke Dijkstra,pioneiros do plantio direto desta região. Retornou ao centro-oeste com muitas idéias a serem
adaptadas para a região tropical.
Em 1985, vendo o processo de degradação do solo pela erosão avançando e a fertilidade do solo
limitada (elevada acidez, baixa quantidade de cálcio e magnésio e carência de fósforo e
micronutrientes) iniciaram um trabalho com o apoio do produtor Sr. Munefumi Matsubara, da Fazenda
Progresso. Para ele, o Sr. Matsubara foi o produtor e mentor que acreditou e abriu as portas para a
introdução do sistema plantio direto rompendo paradigmas e contribuindo definitivamente para a
expansão do SPD nos Cerrados.
Foto 2. Foto na Fazenda Progresso em Lucas do Rio Verde-MT em 1994. A esquerda o Sr. Munefume
Matsubara, ao centro Lucien Séguy, a direita dois pesquisadores de Madagascar e ao fundo o Dr.
Fernando Penteado Cardoso. Foto retirada do Informações Agronômicas n° 69, Março de 1995,
publicado pela Potafós.
Desenharam as alternativas para o Plantio Direto na região tropical introduzindo espécies que
adicionavam elevadas quantidades de biomassa e raízes. Daí surgiu a grande contribuição do Séguy e
Bouzinac. Eles compararam os tratamentos com preparo do solo profundo ou superficial com os
sistemas em plantio direto durante 5 anos de estudos.
Os resultados mostraram que os tratamentos em plantio direto foram superiores aos sistemas
convencionais com preparo de solo,tanto em produtividade como em lucratividade e além disso,
aumentaram o conteúdo de matéria orgânica do solo (MOS) em 20%, enquanto a monocultura de soja
associada ao preparo (aração e gradagem) resultou na queda drástica da MOS. Assim, o sistema Plantio
Direto foi introduzindo as safrinhas em sucessão de culturas e foram ocupando gradativamente
milhões de ha até o ano de 2000, graças a uma intensa difusão dos resultados através das fundações,
cooperativas e associações de produtores.
A consolidação de parcerias e difusão do plantio direto como um sistema
A partir de 1989 até 2002, com o apoio da Rhône Poulenc, os convênios de pesquisa foram estendidos
para empresas e cooperativas agrícolas do Centro Oeste e do Norte do Brasil, tais como a CooperLucas,
Varig Agropecuária, Sul América Agropecuária, Grupo Maeda, AgroNorte, Prefeituras de Sinop – MT e
de Caxias – MA e Emgopa. Foi um marco no avanço do SPD na região porque os trabalhos visaram
adaptar as alternativas que o plantio direto proporciona para diferentes situações climáticas nessasregiões. A ação pioneira do grupo Maeda na introdução do Plantio Direto no algodoeiro foi marcante.
Junto com os parceiros, Lucien Séguy melhorou os conceitos do Plantio Direto sobre Coberturas
Vegetais Permanentes (SCV) assimilando essas camadas de resíduos vegetais, tais como a liteira da
floresta, criando o conceito da “bomba biológica” (Fig. 2).
Figura 2. O esquema sobre o funcionamento das coberturas verdes e cultivos comerciais desenhado
por L. Séguy em 1998. Foto de L. Séguy sobre o sistema radicular de Eleusine coracana, uma das
espécies sugeridas para compor o sistema de produção.
Essa visão foi calcada na maior eficiência das coberturas na recuperação dos nutrientes deslocados
para as camadas mais profundas. Além disso, ele criou novas alternativas sobre coberturas vivas, ainda
mais econômicas (por exemplo soja sobre gramado de Tifton ou milho sobre Arachis pintoï). Com a
AgroNorte, Lucien voltou para uma de suas primeiras paixões: o melhoramento do arroz de sequeiro
com o êxito de uma variedade, o CIRAD 141, que cobrirá durante mais de 5 anos milhares de ha no
Mato Grosso.
Foto 3. Visita a Fazenda Progresso com o Sr. Munefumi Matsubara e Serge Bouzinac (alto a direita) e
com o grupo Maeda (Centro e direita inferior).
A partir de 2002 e até 2012, novas frentes foram abertas e permitiram conduzir esses trabalhos no
Brasil com a Universidade de São Paulo através do Centro de Energia Nuclear na Agricultura com o
Prof. Dr. Carlos Clemente Cerri e outros e na sequência em 2005, com a Universidade Estadual de
Ponta Grossa (UEPG), além das parcerias com a prefeitura de Sinop, com o grupo Maeda. Abriu novas
frentes com o IMA- MT, Instituto Mato-grossense do Algodão para aprimorar os sistemas de Plantio
Direto algodoeiro e desenvolver os mesclas de plantas visando ativar a vida biológica e melhorar afertilidade do solo. Em conjunto com a UEPG através do Prof. Dr. João Carlos de Moraes Sá (Juca Sá)
foram organizados cursos anuais de formação de pesquisadores, professores e engenheiros
agrônomos ligados ao CIRAD, com participantes de mais de 13 países sobre o sistema Plantio Direto.
Foram seis edições anuais treinando mais de 90 pessoas, proporcionando aos parceiros do CIRAD com
recursos da AFD (Agencia Francesa de Desenvolvimento) a interação com nossas equipes nos Campos
Gerais do Paraná. Em 2010 foi outorgado pelo Conselho Universitário da UEPG a Medalha de Honra ao
Mérito como o título de “Doutor Honoris Causa” da UEPG.
Foto 4. No dia 18-11-2010, o então Reitor da Universidade Estadual de Ponta Grossa, Prof. Dr. João
Carlos Gomes fez a entrega da Medalha de Mérito Universitário e o diploma ao Dr. Lucien Séguy.
Enfim, paralelamente a todos esses trabalhos no Brasil, Lucien Séguy realizava a cada ano desde 1984,
e foram centenas de missões de apoio e orientação em numerosos países tropicais da África, da Ásia
e de Madagascar, visando difundir e adaptar pelo mundo tropical todas essas novas tecnologias
elaboradas no Brasil com diversas espécies de plantas entre os diferentes continentes. Costumava-se
dizer que ele tinha mais horas de vôo que o mais antigo piloto de Boeing.
Em 2009, aposentou-se formalmente do CIRAD, porém, com a energia e entusiasmo que lhe eram
peculiar, abriu novas frentes de trabalho apoiando na França um grupo de agricultores pioneiros no
SCV, convictos por seus trabalhos tropicais e na sequência conquista o Canadá entrando por Québec,
após o convite do agrônomo Louis Pérusse, que pediu ajuda para desenvolver o Sistema Plantio Direto
lá naquelas terras frias do Canadá. Debaixo de uma cobertura de neve ele reabilita os trigos de inverno,
sobressemeados a lanço na soja 3 semanas antes da colheita, ganhando assim um mês para o
crescimento do trigo antes do inverno e antecipando a colheita deste trigo de inverno em um mês para
abrir a possibilidade de implantar as mesclas de plantas. Essas misturas com várias plantas promove
enorme atividade biológica ao solo e recarregamento em Matéria Orgânica e múltiplas funções
ecossistêmicas.
Não satisfeito e incansável, procura os eixos de pesquisa no Sul do Brasil, nos Estados de Santa Catarina
e do Rio Grande do Sul com jovens agrônomos brasileiros que difundem esses sistemas a base de
plantas de cobertura multifuncional em dezenas de milhares de ha.
Lucien Séguy teve uma carreira extremamente rica, passando da pedologia para a agronomia e em
seguida ao manejo ecológico do solo. Desenvolveu trabalhos em mais de 30 países e nas diversas
condições pedoclimáticas das regiões equatoriais e tropicais, mediterrâneas e temperadas. Ele
formou, aconselhou e orientou inúmeros agrônomos do CIRAD e parceiros no mundo, sempre com
sua generosidade e amizade, deixando agora saudades em muitos corações. Um de seus preceitos
mais marcante era, na medida do possível, trabalhar em “HARMONIA COM A NATUREZA”, o que faz
toda a diferença nos sistemas conservacionistas de manejo do solo, água e atmosfera. Lucien Séguydeixa um legado e uma reflexão aos mais jovens: não há conquistas sem riscos e estes fazem parte das
ações que tomamos. É preferível errar tentando acertar do que se omitir.
Dedicamos esse “in memoriam” a Jacqueline, sua esposa e grande companheira, e seus filhos Sandrine
e Yannick que o acompanharam durante os últimos meses vida.
Mensagens de amigos e daqueles que tiveram experiências com Lucien
As primeiras experiências
Foto 5. Lucien Séguy, Serge Bouzinac e José Carlos Soares (Zecão) na Faz. Capuaba em Lucas do Rio
Verde-MT
Na década de 80 acompanhei os trabalhos de pesquisa na Fazenda Progresso do Sr. Munefume
Matsubara (Lucas do Rio Verde-MT) realizados pelo do Dr. Lucien Séguy e Serge Bouzinac. Lembro do
seu entusiasmo nas trincheiras mostrando a grande atividade microbiana nos solos tropicais, a
importância da diversidade de plantas e dos sistemas radiculares profundos para ciclagem de
nutrientes (“bomba biológica”). Naquele período também fizemos as primeiras experiências com
plantio direto no MT, na minha propriedade, a Fazenda Capuaba. Sabíamos da necessidade em
desenvolver um sistema de produção agrícola baseado nas características de solo e ajustado para o
clima tropica, com diversidade de plantas e proteção constante do solo. Para minha surpresa em 2017,
30 anos após as experiências iniciais, tive a enorme satisfação em receber a visita do L. Séguy e S.
Bouzinac onde constataram os resultados de longo prazo dos seus ensinamentos. Com certeza o
pesquisador L. Séguy deixou um grande legado para o sucesso da agricultura nos trópicos, merece
todas as nossas homenagens.
José Carlos Soares, Lucas do Rio Verde-MT
Suas raízes permanecerão
Agradecemos profundamente ao nosso mentor Lucien Séguy pela amizade, dedicação e
ensinamentos que nos inspiraram ao longo da nossa caminhada em busca do desenvolvimento de
uma agricultura mais produtiva e sustentável. Em nosso solo, suas raízes permanecerão.
Homenagem da RAÍX SEMENTES. »
Inesquecível, oportuno, prático e efetivo treinamento em agricultura conservacionista com L. Séguy
no Curso Internacional em Ponta Grossa.Dr. Manuel Reyes Resarch Professor, Kansas State University.
Os discípulos do Lucien…
Expressamos nossa imensa gratidão de sermos formados pelo Lucien Seguy e ser seus amigos.
Aprendemos que esse desafio pela agricultura conservacionista e sustentável calcada no plantio
direto é uma missão. Hoje estamos mundo afora trabalhando, pesquisando, divulgando,
compartilhando os ensinamentos, e consolidando o sistema plantio direto de alta qualidade que
aprendemos com ele. Estamos procurando evoluir e adaptar o plantio direto na diversidade das
condições dos países que atuamos (França, Canada, Madagascar, Camarões, Camboja, Laos, Vietna,
Costa do Marfim, Nova Caledônia, Tunisia, Tailandia e outros). Ele construiu uma vasta rede de
agricultores, agronômos, pesquisadores, nos vários continentes e sempre procurando parcerias. Ele
conseguiu estabeler um programa de treinamento na UEPG de 2005 a 2012 junto com o Prof. Juca Sá
que nos uniu ainda mais. O Lucien nos ensinou o conceito da “bomba biológica” baseado numa larga
diversidade de plantas que desencadeou a integração lavoura-pecuaria-floresta como nos sistemas
que foram desenvolvidos para cultura da banana em Guadeloupe e Martinique. Ele era um homem
bom, generoso que valorizava profundamente a amizade. Nunca deixou de atender a quem o
procurava e sempre aberto com bom humor, pensando e fazendo sem parar. Ele deixa um legado
para o Brasil e para o mundo.
Descance em paz e saiba que estaremos aqui continuando sua obra.
Serge Bouzinac, Hubert Charpentier, Patrick Julien, Stéphane Boulakia, Florent Tivet, Louis Perusse,
Oumarou Boularabé, Hoá Tran Quoc, Pascal Lienhard, Frédéric Jullien, André Chabanne, OlivierHusson, Roger Michellon, Jean Claude Quillet, Jean Luc Vaymel, Lydie et Noël Deneuville, Sandrine et
Alain Gallon, Christian Abadie, Hélène Leduc, Aubin Lafon, Sarah Singla, Sylvain Hypolite.
História na formação das novas gerações…
O Sistema Plantio Direto, que se consolidou como a melhor proposta para a sustentabilidade, foi
concebido reunindo as iniciativas e dedicações de inúmeras pessoas e instituições. Algumas delas se
destacam. Hoje, nos manifestamos para lamentar a perda de Lucien Seguy, pesquisador do Cirad,
que junto com Serge Bouzinac fez muito pelo Cerrado, pelo SPD e pela nossa agropecuária, ao
compreender e divulgar os serviços das rotações de culturas, a base de conceitos que ainda estão
sendo concebidos para uma agricultura moderna. Da mesma forma ele contribuiu para o
reconhecimento internacional dado ao SPD concebido no Brasil. A UEL e seu Depto de Agronomia se
juntam a FEBRAPDP para prestar esta justa homenagem e se prontificam a valorizar e empregar esta
história na formação das novas gerações.
Prof. Dr. Adilson Luiz Seifert, Chefe do Departamento de Agronomia da Universidade Estadual de
Londrina
Um vulcão de ideias…
Aprendi muito com o Lucien. O conheci nos anos 80 em Ponta Grossa quando visitou a Fundação
ABC. No giro de campo ele não parava de comentar toda e qualquer situação que via. Ele era um
vulcão em erupção e as ideias iam surgindo sem parar. Uma pessoa fenomenal! Era difícil
acompanhá-lo! Desde então nos encontrávamos em congressos, eventos de campo e palestras.
Falávamos em fazer algo em conjunto, até que em 2004 surgiu a oportunidade de elaboramos uma
parceria e em 2005 concretizamos o convênio UEPG – CIRAD. Os recursos vieram da AFD (Agência
Francesa para o Desenvolvimento) e aplicados no Laboratório de Matéria Orgânica do Solo (LABMOS)
para equipamentos e treinamento de parceiros do CIRAD. Foram 10 anos de trabalhos. Um salto de
qualidade no qual consolidamos uma equipe e nos tornamos referência no estudo da matéria
orgânica do solo. Se fosse resumir em uma palavra o que sinto pelo Lucien é GRATIDÃO. Descanse
em paz amigo.João Carlos de Moraes Sá, Professor Sênior da UEPG, Bolsista de Produtividade em Pesquisa Nível 1D
– CNPq, Presidente da Comissão Técnico – Científica da Federação Brasileira de Plantio Direto e
Irrigação.
Um ser elétrico…
Foto . Lucien Seguy ao centro: dia de campo em SINOP-MT, 1995 (Foto tirada por T. Yamada)
Tive o privilégio de acompanhar de perto, parte do gigantesco trabalho desenvolvido por Séguy no
estado de Mato Grosso, junto com dois fiéis companheiros – Serge Bouzinac e Munefume
Matsubara. Suas pesquisas sobre plantas de cobertura, reciclagem de nutrientes e vida biológica do
solo deram o embasamento científico para o sistema de plantio direto na palha, hoje de adoção
generalizada de norte a sul do país.
Séguy era um ser elétrico, muito agitado, movido pela sua paixão por uma agricultura que se
aproxime da natureza, sendo este ápice, o plantio direto em cima de cobertura viva, objetivo que
tanto procurava. Dotado de grande talento para pintura (foi assistente de famoso pintor) traduziu
seus conceitos agronômicos em elaborados gráficos e figuras com que ele ilustrou a publicação “Da
transferência de tecnologia Norte-Sul aos sistemas de plantio direto, em zona tropical úmida”,
editada em 1996.
A agronomia está de luto e o mundo fica mais pobre sem Lucien Séguy. Mas fica o seu exemplo.
Tsuioshi Yamada, ex-diretor do IPNI, 1977-2007.
Esse cidadão do mundo…
Nosso colega Lucien Séguy morreu dia 27 de abril, aos 75 anos de idade. Nossa emoção é profunda
com o anúncio de seu desaparecimento. Contudo, a sua imensa contribuição para uma agricultura
melhor será seu grande legado. Ficam lembranças importantes como de sua aula, no início da década
de 90, na disciplina Problemas de Fertilidade do Solo, para alunos curso de pós-graduação do
Departamento de Ciência do Solo (ESALQ/USP) e de nossa visita ao CIRAD- Montpellier (França), em
1999. No Brasil, onde iniciou seus trabalhos em 1978, Lucien Séguy foi um pesquisador envolvido
com a implementação e disseminação do plantio direto. Esse cidadão do mundo exerceu significativainfluência e contribuição para a nossa agricultura. Sua inteligência, simplicidade e generosidade farão
falta!
Godofredo Vitti, Prof. Titular Emérito, ESALQ-USP e Valter Casarin, ESALQ-USP
Incansável e entusiasta…
Pesquisador do CIRAD, França – Grande e incansável, entusiasta e guerreiro dinâmico! Especialista
em Solos, plantas, manejo e plantio direto. Juntamente com Serge Bouzinac, seu eterno
companheiro de trabalho desenvolveram muitos trabalhos validados e em uso por produtores de
muitos Países do Mundo! Tive o prazer de estar com ele diversas vezes, em visitas a campo lá na
Fazenda do Matsubara em LUCAS do Rio Verde, na década de 80, testando diferentes plantas de
cobertura, junto à Cooperlucas e, também o grande e profundo trabalho em Sinop, MT com a
Agronorte, Maronese e Equipe! Cultivares lançadas e muita difusão de Sistemas Sustentáveis aos
Produtores e técnicos! Todo o mundo da Ciência e dos agricultores perdem muito com a sua partida e
com a sua ausência nos mais diversos sistemas produtivos do Mundo!
Ademir Calegari, Pesquisador Sênior do Iapar, Consultor Privado – Manejo de solos / Plantas de
cobertura ( Sistema plantio direto)
paixão e dedicação…
Conheci o Dr Lucien Séguy na Universidade Federal de Goiás falando do Sistema Barreirão com Dr
João Kluthcouski em 1984 e voltei a encontrar em 2016! Grande exemplo e com muita paixão e
dedicação nos ensinamentos! A partir daí passei a me dedicar ao uso de Plantas de Cobertura na
agricultura.
Eng. Agronomo David Campos Alves
Floresceram e produziram frutos…
O desenvolvimento da Agricultura nos Cerrados, e do Plantio Direto na Palha, teve a contribuição do
Dr Lucien Seguy e seu companheiro Serge Bouzinac.
As sementes por ele semeadas, floresceram e produziram frutos em abundancia, e neste momento
nos resta o nosso agradecimento e Gratidão. Vá em Paz
Lucien, sua passagem por aqui foi vitoriosa!
Carlos Pitol, Dourados-MSAguerrido e apaixonado…
Nos idos da Safra 2009 / 10, tive a oportunidade de conhecer e trabalhar com os pesquisadores
Lucien Seguy e Serge Bouzinac, quando integrei o departamento de pesquisa do IMAmt, em
Primavera do Leste MT. Perseverante, aguerrido e apaixonado. Uma figura ímpar, que nos deixa um
legado e leva nossa saudade. Condolências e um forte abraço aos familiares e amigos.
Eng. Agronomo Marcio Caldeira, Coordenador Técnico Araunah Agro
Ensinamento e inspiração…
Lucien Seguy fonte de ensinamento e inspiração para muitas pessoas que utilizam o SPDq ao redor
do mundo. Famosa a frase dele quando tinha que  » explicar o inexplicável  » a respeito das fantásticas
sinergias agronômicas e de meio ambiente entre PD e mix de diferentes espécies na Adubacao
verde : C’est la puissance du GENIE’ VEGETAl … e’ o poder do gênio vegetal, da engenharia das
plantas … Nós Europeus crescemos e somos formados na convicção que a estruturação do solo é
feita com o aço…. ele trabalhou até o fim para quebrar esse paradigma !!
Com gratidão, Sergio Argenteri, Piovera, Itália