Le semis direct sur couverture permanente du sol est probablement le paradigme le
plus complet qui ait été construit à ce jour pour le développement planétaire d’une
agriculture durable, préservatrice de l’environnement, gérée au plus près du « biologique ».
PaysanNature
Un chemin de paysan, à l’écoute de la Nature
« Apprenez de la Nature, vous y trouverez votre futur »
PaysanNature
Une vie de paysan au cœur d’une aventure collective
Il y a des noms que l’on choisit.
Et puis il y a ceux qui finissent par vous accompagner presque naturellement.
PaysanNature est devenu le mien.
Pendant des années, j’ai utilisé ce nom sur Internet, dans les forums agricoles, dans les échanges entre agriculteurs et dans les réseaux de l’agriculture de conservation.
Au départ, ce n’était qu’un pseudonyme.
Avec le temps, il est devenu une façon de résumer une conviction qui s’est construite peu à peu :
Pour avancer en agriculture, il faut peut-être commencer par mieux regarder ce que fait la Nature.
Je ne raconte pas cette histoire pour me présenter comme un pionnier ou comme un spécialiste.
Je suis simplement un paysan qui a eu une chance extraordinaire : celle de rencontrer, au cours de sa vie professionnelle, des hommes et des femmes passionnés qui m’ont énormément appris.
Quand je regarde aujourd’hui le chemin parcouru, je me dis surtout que ma carrière agricole n’aurait jamais été la même sans cette équipe exceptionnelle.
Et parmi tous ces hommes, il y avait bien sûr Lucien Séguy.
Lucien était le maître.
Mais Lucien n’était pas seul.
Et c’est aussi cette histoire collective que j’aimerais raconter.
Une histoire qui commence dans une ferme
En 1994, Lydie s’installe à la ferme du Chaumont, à Chevenon dans la Nièvre.
À cette époque, nous sommes encore dans une agriculture où le travail du sol occupe une place centrale.
Comme beaucoup d’agriculteurs de ma génération, je ne suis pas arrivé dans le métier avec l’idée de supprimer la charrue.
On travaillait comme on avait appris à travailler.
Mais la terre nous oblige parfois à nous poser des questions.
Pourquoi certains sols se comportent-ils mieux que d’autres ?
Pourquoi certaines parcelles semblent-elles se dégrader malgré tous les efforts que nous leur consacrons ?
Pourquoi faut-il toujours intervenir davantage ?
Et surtout :
Et si le sol pouvait travailler lui-même ?
1994-1995 : les premières remises en question
La première évolution est progressive.
Nous passons par les techniques culturales simplifiées.
Puis, en 1995, les charrues sont vendues.
À l’époque, cette décision pouvait paraître surprenante.
Mais elle ne reposait pas sur une théorie.
Nous voulions simplement voir ce qui allait se passer si nous laissions davantage le sol tranquille.
Nous avons appris.
Parfois avec de bonnes surprises.
Parfois avec des difficultés.
Et surtout avec beaucoup de questions.
Les débuts du semis direct
À la fin des années 1990, nous cherchons à aller plus loin.
Le semis direct commence à nous intéresser sérieusement.
Mais très vite, nous découvrons que ne plus labourer ne suffit pas.
Il faut comprendre le fonctionnement du sol.
Il faut s’intéresser aux racines.
Aux résidus.
À l’eau.
À la matière organique.
À la vie biologique.
Aux couverts.
C’est progressivement que nous commençons à comprendre que le semis direct n’est pas seulement une technique de semis.
C’est un changement beaucoup plus profond dans la manière de penser l’agriculture.
Puis arrive Lucien Séguy
En 2001, une rencontre va profondément changer notre façon de regarder l’agriculture.
Lucien Séguy.
Lucien était un homme hors du commun.
Il avait cette capacité à vous faire douter de ce que vous croyiez savoir.
Il pouvait être provocateur.
Il pouvait être exigeant.
Il pouvait nous pousser dans nos retranchements.
Mais derrière tout cela, il y avait une immense connaissance du vivant et surtout une volonté extraordinaire de transmettre.
Lucien ne nous disait pas simplement :
« Faites ceci. »
Il nous demandait plutôt :
« Regardez. Pourquoi cela fonctionne-t-il ? »
C’est une différence fondamentale.
Lucien, le maître… mais jamais un homme seul
Avec le recul, je crois qu’il est important de le dire.
On parle beaucoup de Lucien Séguy.
Et c’est normal.
Il était le maître des SCV, celui qui avait accumulé une expérience extraordinaire au fil de ses recherches et de ses voyages.
Mais Lucien savait s’entourer.
Et derrière son nom, il y avait toute une équipe d’hommes et de femmes passionnés.
Des chercheurs.
Des agronomes.
Des techniciens.
Des agriculteurs.
Des amis.
Des compagnons de route.
Tous n’avaient pas le même rôle.
Tous n’avaient pas les mêmes idées.
Mais chacun apportait quelque chose.
Et c’est cette complémentarité qui faisait la richesse de l’aventure.
Jean-Luc Waymel
Parmi eux, il y a une personne qui occupe une place particulière dans mes souvenirs :
Jean-Luc Waymel.
Jean-Luc était un ami.
Mais il était aussi un homme de terrain, un compagnon de nombreuses réflexions et de nombreux travaux autour des SCV.
Avec Lucien, il a participé à cette formidable aventure qui a permis de mettre en pratique, en conditions réelles, des systèmes de cultures qui paraissaient parfois complètement nouveaux.
Jean-Luc fait partie de ces hommes dont on parle moins que Lucien, mais sans lesquels l’histoire des SCV n’aurait pas été la même.
Pour moi, il n’est pas simplement un nom dans une liste.
C’est un ami qui a compté dans mon parcours.
Serge Bouzinac
Il y avait aussi Serge Bouzinac.
Serge fait partie de ces personnes qui ont contribué à créer autour de Lucien un véritable réseau d’expérimentation et d’échanges.
Avec lui, comme avec d’autres, les discussions dépassaient largement une simple technique agricole.
On parlait de systèmes.
De plantes.
De sols.
De climat.
De ce que l’on observait dans les parcelles.
Et surtout, on confrontait les expériences.
C’est cela qui était formidable.
Personne ne détenait à lui seul toute la réponse.
Hubert Charpentier, mon ami
Et puis il y avait Hubert Charpentier.
Hubert était mon ami.
Sa disparition laisse un vide immense.
Mais lorsque je pense à cette période de ma vie, je pense aussi à tous les échanges, toutes les discussions et toute cette passion commune pour une autre agriculture.
Hubert faisait partie de ces hommes qui savaient transmettre sans chercher à se mettre en avant.
Il faisait le lien entre les expériences, les agriculteurs et les idées.
Il avait cette capacité à écouter, à observer et à partager.
Hubert restera pour moi bien plus qu’un nom dans l’histoire des SCV.
Il restera un ami.
Et dans une aventure humaine, cela compte peut-être encore davantage que les techniques.
Stéphane Boulakia
Stéphane Boulakia fait également partie de cette équipe.
Un homme de terrain, de recherche et d’expérimentation, avec cette volonté de comprendre les systèmes agricoles dans leur ensemble.
Ce que j’ai aimé chez ces personnes, c’est qu’elles ne séparaient pas complètement la recherche de la réalité du terrain.
Les essais devaient revenir au champ.
Et les observations du paysan pouvaient, à leur tour, poser de nouvelles questions à la recherche.
C’était un véritable aller-retour entre :
le laboratoire, la parcelle et l’observation du paysan.
Olivier Husson
Il y avait également Olivier Husson.
Olivier m’a particulièrement marqué par sa façon de chercher à comprendre les mécanismes qui se cachent derrière ce que nous observons dans les sols et les plantes.
Le pH.
Le potentiel redox.
L’eau.
L’oxygène.
La biologie.
La photosynthèse.
Les relations entre les plantes et leur milieu.
Avec lui, on comprend que derrière une observation très simple — une plante qui pousse ou qui ne pousse pas — se cachent souvent des mécanismes complexes.
Encore une fois, il ne s’agissait pas seulement d’appliquer une recette.
Il fallait comprendre.
Florent Tivet
Et puis il y a Florent Tivet.
Lui aussi appartient à cette génération de chercheurs et d’agronomes qui ont contribué à faire avancer la connaissance des systèmes de conservation des sols.
Les échanges avec ces personnes ont permis de donner une profondeur scientifique à ce que nous observions dans nos champs.
Nous, les paysans, voyions certaines choses.
Les chercheurs en mesuraient d’autres.
Et parfois, la confrontation des deux regards permettait de comprendre un peu mieux ce qui se passait.
Et bien d’autres encore…
Je pourrais continuer cette liste.
Il y aurait encore beaucoup de noms, de rencontres…
Philippe, Jadir, Marcos, Frédéric, Jean-Claude, Aldémir, Louis….
Des agriculteurs.
Des chercheurs.
Des techniciens.
Des ingénieurs.
Des passionnés.
Des hommes et des femmes rencontrés au fil des voyages et des années.
Et je m’en voudrais d’oublier quelqu’un.
C’est justement pourquoi je préfère parler d’une équipe.
Parce que l’histoire des SCV ne peut pas être réduite à un seul homme.
Même si Lucien Séguy en était incontestablement une figure centrale et le maître à penser, son œuvre s’est construite avec de nombreuses personnes.
Les voyages : ouvrir les yeux
Grâce à toutes ces rencontres, nous avons eu la chance de voyager.
Brésil.
Argentine.
Uruguay.
Bolivie.
Pour un paysan de la Nièvre, découvrir ces agricultures était extraordinaire.
Nous découvrions des paysages agricoles très différents.
Des plantes que nous connaissions à peine.
Des mélanges.
Des couverts.
Des systèmes où le sol pouvait rester couvert en permanence.
Des agriculteurs qui raisonnaient autrement.
Mais surtout, nous découvrions une chose essentielle :
Il n’existe pas une seule agriculture de conservation.
Il existe des principes.
Puis chaque agriculteur doit les adapter à son sol, son climat, ses cultures et son économie.
La grande leçon du génie végétal
C’est là que le message de Lucien prenait toute sa force.
Une plante n’est pas simplement quelque chose que l’on récolte.
Elle peut aussi être :
- une pompe biologique ;
- une couverture ;
- un outil de structuration du sol ;
- une source de carbone ;
- une nourriture pour la vie biologique ;
- un recycleur d’éléments minéraux ;
- un moyen de capter et conserver l’eau ;
- une protection contre l’érosion.
C’est ce que Lucien appelait le génie végétal.
Et cette idée a profondément changé ma manière de regarder les champs.
La Nature , des cycles en équilibre qui oeuvre sans cesse pour augmenter sa robustesse » LA SYMPHONIE INACHEVÉE »
Les SCV qui associent le génie végétal et l’agroforesterie pour bénéficier du bienfait de l’arbre, font que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme n’est plus prédateur de son milieu: non seulement il prélève ce dont il a besoin pour se nourrir mais il contribue à la régénération/préservation/augmentation de la fertilité organo-biologique du milieu tout en respectant sa biodiversité. »
Une ferme devenue terrain d’expérimentation
Au fil des années, nous avons donc essayé beaucoup de choses.
Des couverts.
Des associations.
Des mélanges.
Des plantes de service.
Des semis directs.
Des semis à la volée.
Des techniques de distribution des graines.
Des façons différentes de gérer les adventices.
Des systèmes permettant de limiter les interventions.
Certaines expériences ont fonctionné.
D’autres non.
Et c’est normal.
Une ferme n’est pas une station expérimentale.
On travaille avec la météo.
Avec les sols.
Avec les contraintes économiques.
Avec le matériel disponible.
Avec les imprévus.
Mais c’est justement ce qui donne de la valeur aux observations paysannes.
Le Semis Nature
C’est progressivement que nous avons développé ce que nous appelons aujourd’hui le Semis Nature.
L’idée est simple :
profiter des conditions naturelles pour déposer des graines en surface, dans un sol vivant, sans bouleverser le sol.
Cette idée doit beaucoup aux observations réalisées lors des voyages et aux expériences de Lucien et de son équipe, notamment autour du semis aérien en Amérique du Sud.
Mais nous avons dû l’adapter à notre contexte.
Toutes les graines ne se comportent pas de la même façon.
Toutes les périodes ne conviennent pas.
Toutes les parcelles ne sont pas prêtes.
Le Semis Nature n’est donc pas une recette.
C’est une tentative de travailler avec les opportunités offertes par le milieu.
Les limaces : comprendre plutôt que combattre
Les limaces m’ont également beaucoup appris.
Au début, la réaction naturelle était de vouloir les détruire.
Puis nous avons commencé à réfléchir autrement.
Pourquoi sont-elles présentes ?
Quels sont leurs prédateurs ?
Que change la diversité des cultures ?
Peut-on créer un nouvel équilibre ?
Avec Lucien et d’autres personnes de cette équipe, nous avons cherché des solutions différentes :
- associations ;
- cultures leurres ;
- diversification ;
- habitats ;
- recherche d’équilibres biologiques.
Je ne prétends pas que nous avons trouvé une solution universelle.
Mais j’ai appris quelque chose :
Avant de combattre un problème, il faut essayer de comprendre pourquoi il existe.
PaysanNature naît sur Internet
C’est dans cette période que le nom PaysanNature apparaît sur Internet.
Vers 2009, je commence à utiliser ce pseudonyme dans les échanges agricoles.
La phrase qui l’accompagne résume assez bien ce que je ressens :
« Apprenez de la Nature, vous y trouverez votre futur. »
Ce nom n’était pas destiné à devenir une marque.
Je ne cherchais pas à construire une image.
Je voulais simplement pouvoir échanger avec d’autres agriculteurs.
Partager des expériences.
Poser des questions.
Répondre lorsque j’avais quelque chose à apporter.
Et surtout continuer à apprendre.
Une formidable école : les autres agriculteurs
Les forums agricoles, les journées techniques, les voyages et les rencontres ont été une formidable école.
On pouvait discuter avec un agriculteur qui travaillait à plusieurs centaines de kilomètres.
Comparer les sols.
Comparer les couverts.
Parler des semoirs.
Discuter des échecs.
Partager une photo.
Et parfois se rendre compte qu’une parcelle qui paraissait parfaite sur une photographie cachait quelques problèmes.
Cette confrontation permanente entre les expériences est probablement l’une des grandes richesses de l’agriculture de conservation.
Une carrière agricole, mais surtout une aventure humaine
Aujourd’hui, lorsque je regarde derrière moi, je réalise que ma carrière agricole a été beaucoup plus riche que je ne pouvais l’imaginer lorsque j’ai commencé.
J’ai connu les années de labour.
Les premières TCS.
Les débuts du semis direct.
Les premières difficultés.
Les voyages.
Les rencontres.
Les essais.
Les erreurs.
Les réussites.
Les discussions interminables autour d’une parcelle.
Les journées techniques.
Les réunions.
Les forums.
Les échanges avec les chercheurs.
Et surtout les amitiés.
J’ai eu une chance incroyable.
Celle d’avoir traversé une carrière agricole en rencontrant autant de personnes passionnées.
Lucien nous a appris à travailler en équipe
Avec le recul, je crois que c’est aussi une des grandes leçons de Lucien.
Même s’il était le maître, il savait que la connaissance ne pouvait pas rester entre les mains d’un seul homme.
Il savait s’entourer.
Il savait écouter.
Il savait provoquer les échanges.
Il savait mettre ensemble des personnes très différentes.
Un chercheur.
Un agriculteur.
Un technicien.
Un passionné.
Un observateur.
Et parfois, de cette rencontre naissait une idée nouvelle.
C’est peut-être cela qui rend son héritage si particulier.
Lucien n’a pas seulement laissé des techniques.
Il a laissé un réseau humain capable de continuer à chercher.
Ce que je dois à cette équipe
Lorsque l’on me demande aujourd’hui ce qu’est PaysanNature, j’ai donc du mal à répondre simplement :
« C’est Noël Deneuville. »
Non.
PaysanNature est aussi le résultat de toutes ces rencontres.
Il y a un peu de chaque discussion.
Un peu de chaque voyage.
Un peu de chaque expérience.
Un peu de chaque erreur.
Un peu de chaque personne qui m’a transmis quelque chose.
Il y a Lydie, bien sûr, avec qui toute cette aventure a été vécue au quotidien.
Il y a Lucien.
Jean-Luc.
Serge.
Hubert.
Stéphane.
Olivier.
Florent.
Et tant d’autres.
Je leur dois énormément.
Je ne suis pas arrivé au bout du chemin
Et c’est peut-être ce que je préfère dans cette histoire.
Je n’ai pas trouvé la solution.
Je n’ai pas découvert l’agriculture parfaite.
Je ne sais pas exactement à quoi ressemblera l’agriculture de demain.
Mais je suis convaincu d’une chose :
nous avons encore énormément à apprendre.
La Nature est beaucoup plus complexe que nos recettes.
Elle fonctionne depuis des millions d’années.
Nous, agriculteurs, avons seulement quelques générations d’expérience à l’échelle de cette histoire.
Alors pourquoi ne pas continuer à observer ?
Pourquoi ne pas continuer à essayer ?
Pourquoi ne pas accepter de se tromper ?
Pourquoi ne pas partager ce que nous apprenons ?
Une aventure qui continue
Aujourd’hui, le nom PaysanNature continue son chemin.
Il continue dans les parcelles.
Dans le Semis Nature.
Dans les couverts.
Dans les essais.
Dans les journées techniques.
Dans les discussions entre agriculteurs.
Et désormais dans le travail de transmission autour de Lucien Séguy et des SCV.
Ce que j’aimerais transmettre n’est pas une méthode toute faite.
C’est plutôt une attitude :
observer avant d’agir ;
comprendre avant de condamner ;
expérimenter avant d’affirmer ;
partager avant de garder pour soi.
Merci à tous ceux qui ont fait cette histoire
Si je devais terminer cette histoire par un mot, ce serait simplement :
Merci.
Merci à Jacqueline.
Merci à Lydie.
Merci à Lucien.
Merci à Jean-Luc Waymel.
Merci à Serge Bouzinac.
Merci à Hubert Charpentier, mon ami, qui nous manque aujourd’hui.
Merci à Stéphane Boulakia.
Merci à Olivier Husson.
Merci à Florent Tivet.
Merci à tous ceux que je n’ai pas cités et qui ont participé, de près ou de loin, à cette aventure.
Merci aussi à tous les agriculteurs rencontrés au fil des années.
Parce qu’une carrière agricole n’est pas seulement une succession de cultures, de rendements et de comptes.
Elle peut être aussi une succession de rencontres, d’amitiés, de découvertes et de remises en question.
Et lorsque je regarde aujourd’hui le chemin parcouru, je me dis que j’ai eu énormément de chance.
J’ai eu la chance de vivre une vie de paysan extraordinairement intéressante.
Pas parce que j’aurais trouvé toutes les réponses.
Mais parce que j’ai eu la chance de chercher, pendant toutes ces années, avec une équipe incroyable.
PaysanNature, finalement, c’est peut-être cela
Un homme parmi d’autres.
Un paysan parmi d’autres.
Une expérience parmi beaucoup d’autres.
Mais surtout un fil qui relie des personnes, des idées et des générations.
Un fil qui part de la terre.
Qui passe par les racines.
Qui rencontre la science.
Qui rencontre les paysans.
Qui traverse les continents.
Et qui revient toujours au même endroit :
dans nos champs.
Alors, si je devais conserver une seule phrase pour résumer cette aventure, je garderais celle qui accompagnait mes premiers pas sur Internet :
« Apprenez de la Nature, vous y trouverez votre futur. »
Et peut-être ajouterais-je aujourd’hui :
« Mais n’oublions jamais que nous apprenons rarement seuls. »
Noël Deneuville – PaysanNature
Ferme du Chaumont – Nièvre
Résilience hydrique optimale d’un sol vivant non perturbé
Résilience hydrique optimale d’un sol vivant non perturbé
(comparée à un sol travaillé, même superficiellement)
Un sol vivant non perturbé (agriculture de conservation, semis direct, SCV, couverture permanente, forte activité biologique) fonctionne comme une véritable éponge vivante. Sa résilience face à la sécheresse et à l’excès d’eau est nettement supérieure grâce à trois piliers interconnectés : structure physique stable, activité biologique globale et réseaux mycorhiziens intacts.
1. Structure physique et dynamique de l’eau
- Infiltration : 100 à 300 mm/h (parfois plus) contre 2-70 mm/h dans un sol travaillé (souvent 50-70 mm/h en labour classique, et bien moins s’il est dégradé).
Exemple INRAE Gers : ×3 (50 mm/h vs >160 mm/h). - Réserve utile : +5 à 20 % d’eau disponible (souvent 5 à 20 mm supplémentaires), grâce à plus d’humus (1 kg d’humus retient ~3 litres d’eau) et à une porosité mieux répartie.
- Excès d’eau : drainage rapide par les biopores continus → moins de saturation asphyxiante et de ruissellement.
- Sécheresse : moins d’évaporation (mulch + structure), meilleure exploration du sol par les racines.
Même un travail superficiel brise ces avantages en détruisant les galeries et la structure grumeleuse.
2. Activité biologique globale
Vers de terre anéciques, microfaune, bactéries et champignons créent et maintiennent une porosité stable, produisent de l’humus et stabilisent les agrégats. Cela renforce à la fois le stockage et le drainage.
3. Le rôle crucial des mycorhizes (atout majeur du sol non perturbé)
Les champignons mycorhiziens (surtout arbusculaires) forment un réseau de filaments (hyphes) qui s’associe symbiotiquement aux racines de la plupart des plantes.
Dans un sol vivant non perturbé, ce réseau est préservé et se développe pleinement. Dans un sol travaillé (même superficiellement), il est largement détruit à chaque passage d’outil.
Apports supplémentaires des mycorhizes à la résilience hydrique :
- Extension considérable du volume de sol exploré (les hyphes sont beaucoup plus fins et longs que les racines).
- Capacité d’extraction de l’eau 100 à 200 fois supérieure à celle des racines seules (elles accèdent à l’eau retenue dans des pores très fins inaccessibles aux racines).
- Meilleure tolérance à la sécheresse : les plantes restent hydratées plus longtemps et souffrent moins du stress hydrique.
- Amélioration de la structure du sol (les hyphes « collent » les particules et stabilisent les agrégats).
- Meilleure nutrition (phosphore, oligo-éléments…) qui renforce la vigueur des plantes face aux stress climatiques.
- Effet multiplicateur : plus le sol est non perturbé et couvert, plus le réseau mycorhizien est dense et performant.
Synthèse comparative
| Critère | Sol travaillé (même superficiellement) | Sol vivant non perturbé + mycorhizes |
|---|---|---|
| Infiltration | Faible à moyenne, instable | Très élevée et stable (×2 à ×10) |
| Stockage d’eau / réserve utile | Limité | Supérieur (+5-20 %) |
| Exploration de l’eau | Limitée aux racines | Multipliée par le réseau mycorhizien |
| Résistance à la sécheresse | Moyenne | Élevée à très élevée |
| Résistance à l’excès d’eau | Risque de saturation / ruissellement | Bon drainage + stockage |
| Réseaux fongiques | Détruits régulièrement | Préservés et densifiés |
En résumé :
Le sol vivant non perturbé combine une excellente structure physique, une intense activité biologique et un réseau mycorhizien intact. Ce dernier agit comme un véritable « super-système racinaire » invisible qui maximise l’accès à l’eau et aux nutriments.
Résultat : une résilience hydrique optimale, bien supérieure à celle d’un sol travaillé, même superficiellement.
C’est l’un des arguments les plus solides en faveur du non-travail du sol et de la couverture permanente face aux extrêmes climatiques.

Colza associé en sol vivant R 2027 (photo du 22 09 2026) (semis nature et pluies très faibles, mais efficience du peu d’eau maximum)

Vue d’ensemble de la parcelle 09 2026
Article à venir sur ce sujet « SOL VIVANT » :
Maîtrise de l’enherbement , des ravageurs, des coûts d’implantation, de la marge économique …etc
Hommage à Lucien Séguy 18 septembre 2026
Hommage à Lucien Séguy — et petit rappel : la sécheresse n’est pas qu’une histoire de pluie.
Vendredi dernier,nous étions réunis à la journée Technique SCV Lucien Séguy en Bretagne chez Yvon Arhantec.
Mais comment parler de son héritage sans regarder ce qui se passe aujourd’hui autour de nous ?
Une Bretagne que l’on imagine encore comme une terre d’eau connaît désormais des sécheresses qui nous obligent à regarder autrement notre agriculture.
Car la vraie question n’est pas seulement :
Combien d’eau tombe ?
Mais aussi :
Que faisons-nous de cette eau lorsqu’elle tombe ?
*Un sol nu chauffe et perd plus rapidement son eau.
*Un sol couvert protège, infiltre et stocke.
*Une plante ne produit pas seulement de la biomasse : elle agit sur l’eau et le microclimat.
*Un sol vivant devient une véritable infrastructure climatique.
C’est là que le message de Lucien Séguy reste terriblement actuel :
le sol, la plante et le climat ne peuvent plus être pensés séparément.
Vendredi, avec Cédric Cabrol, Konrad Schreiber, Noël Deneuville, Serge Bouzinac,Laurent Denis, Lionel Mesnage et Luc Leblay nous avons croisé des expériences et des regards différents autour d’une même question :
Comment reconnecter le sol, la plante, l’eau, l’animal et le climat pour construire des systèmes agricoles plus autonomes et robustes ?
Peut-être que l’héritage de Lucien Séguy n’est pas seulement une technique.
C’est une manière de regarder.
Observer. Comprendre. Mesurer. Expérimenter.
Et surtout, comprendre que notre agriculture peut elle aussi agir sur sa propre robustesse climatique.
La prochaine étape ?
Passer de l’adaptation à la réappropriation climatique!
La tête dans les rêves.
Le cœur à l’action.

Namasté Lucien!
Mael bertholom
Brian Maloney Jean-Luc LaplanteBruno CabrolBrolensky BrolNoel PaysannatureBeck BeckerOlivier Husson
Et si nos paysages participaient à faire la pluie ?
10 septembre 2026 | Actualité, Articles scientifiques
Ce que nous apprend une revue scientifique sur les liens entre végétation, sols et précipitations.
Les sols, la végétation et l’eau sont intimement liés. Et cette relation influence aussi les précipitations. C’est l’un des enseignements majeurs de l’étude « Étude de l’impact de l’usage et du changement d’usage des sols sur le recyclage de l’humidité et les régimes de précipitation », publiée en 2021 par Sofie A. te Wierik, Erik L. H. Cammeraat, Joyeeta Gupta et Yael A. Artzy-Randrup, et traduite en français par Fanny Morizot pour le compte de l’association Pour une hydrologie régénérative.
Cette revue de 99 études scientifiques s’intéresse à un phénomène encore trop peu pris en compte : le recyclage continental de l’humidité. Une partie de l’eau présente dans les sols et les végétaux retourne dans l’atmosphère par évaporation et transpiration, puis peut être transportée par les vents avant de contribuer à de nouvelles précipitations, parfois très loin de son lieu d’origine.
Les grandes idées clés à retenir
1. L’eau ne fait pas que « tomber du ciel » : les paysages participent à fabriquer la pluie
L’une des idées fondamentales de l’article est que la végétation joue un rôle actif dans le cycle de l’eau.
L’eau verte — l’humidité du sol disponible pour les végétaux — est au cœur de cette dynamique. La végétation agit notamment sur l’infiltration, le stockage de l’eau, l’évaporation et la transpiration. Une partie de cette eau retourne ensuite dans l’atmosphère et peut contribuer à des précipitations plus loin.
À l’échelle mondiale, l’article rappelle qu’une part importante des précipitations continentales est ainsi régulée par la végétation. Le changement de couverture des sols peut donc modifier non seulement l’eau disponible dans le sol, mais aussi les régimes de pluie au-dessus et en aval des territoires concernés.
Le paysage n’est pas simplement un réceptacle de la pluie ; il participe au fonctionnement du cycle des précipitations.

2. Les précipitations sont connectées entre territoires
L’article montre que l’eau évaporée ou transpirée par la végétation peut être transportée par l’atmosphère sur des centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres avant de retomber sous forme de pluie. Cela conduit à une notion particulièrement intéressante : le « bassin source des précipitations » (precipitationshed).
À l’image d’un bassin versant qui relie une source à un cours d’eau, le bassin source des précipitations désigne les territoires situés « en amont » qui contribuent, par leur évaporation et leur transpiration, aux précipitations reçues par un territoire donné.
Conséquence majeure : une modification du paysage peut avoir des effets hydrologiques très loin de l’endroit où elle se produit.
3. La déforestation peut enclencher des boucles de dégradation
La revue fournit des éléments montrant que la déforestation peut notamment réduire les précipitations locales, diminuer les précipitations sous le vent, perturber le recyclage de l’humidité, intensifier les sécheresses, retarder le début de la saison des pluies et, dans certaines situations particulières, provoquer au contraire des augmentations locales de précipitations par des mécanismes microclimatiques.
L’un des phénomènes particulièrement intéressants est la boucle de rétroaction sécheresse–dégradation de la végétation : moins de végétation peut signifier moins d’évapotranspiration, moins d’humidité disponible pour l’atmosphère, davantage de sécheresse, puis une végétation encore plus vulnérable.
4. Se dire que « plus d’arbres = plus de pluie » est une simplification excessive
L’article ne dit pas que planter des arbres produit automatiquement davantage de pluie. Les effets de la végétation sur les cycles de l’eau dépendent du climat, de la topographie, de la disponibilité en eau, de la végétation et de sa localisation, de l’échelle spatiale, de la saison et des interactions complexes entre sol, végétation et atmosphère.
La conclusion de la revue est donc prudente : la restauration de la végétation peut renforcer le recyclage de l’humidité dans certaines situations, mais les conditions dans lesquelles cela se produit restent à mieux comprendre.
5. Retenir l’eau dans les paysages peut avoir une dimension climatique
Dans les régions où l’eau est limitante, il existe des liens entre : sol vivant → infiltration → stockage de l’eau → végétation → évapotranspiration → humidité atmosphérique → précipitations.
Les auteurs soulignent notamment que, dans certaines régions sèches, retenir l’eau localement plutôt que favoriser son ruissellement rapide pourrait contribuer à renforcer les précipitations locales pendant certaines périodes.
Il faut cependant présenter cela comme un mécanisme étudié et dépendant du contexte, et non comme une relation automatique.
6. Les « hotspots » hydrologiques méritent une attention particulière
La revue identifie des zones où les interactions entre végétation, évaporation et précipitations semblent particulièrement importantes comme les zones de transition, les régions semi-arides et de mousson, les régions montagneuses, certaines zones situées le long des gradients océan–continent ou encore les zones de convergence atmosphériques.
Ces territoires pourraient constituer des zones stratégiques à protéger ou à restaurer, car leur dégradation pourrait avoir des conséquences hydrologiques dépassant largement leurs frontières.
7. Il apparaît nécessaire de changer d’échelle dans notre manière de gérer l’eau
La gestion conventionnelle de l’eau raisonne souvent en termes de pluie → parcelle → bassin versant → rivière → mer.
L’article invite à compléter cette représentation par une autre dimension : sol → végétation → évapotranspiration → atmosphère → transport → précipitations → territoire récepteur.
Autrement dit, le bassin versant n’est pas le seul espace pertinent pour penser l’eau, il faut également considérer les connexions atmosphériques.
8. Une invitation à revoir les modes de gouvernance
Si un territoire situé « en amont atmosphérique » contribue aux précipitations d’un autre territoire, alors les décisions prises sur les sols ne concernent plus seulement leurs propriétaires ou leur bassin versant.
L’article propose trois grandes familles d’outils :
- la planification spatiale, notamment pour protéger les zones sources importantes ;
- les études d’impact, intégrant les effets hydrologiques à distance ;
- la fixation de limites, par exemple pour éviter que l’augmentation de la productivité végétale ne consomme excessivement l’eau disponible.
Les auteurs insistent également sur la nécessité d’intégrer les arbitrages sociaux, environnementaux et transfrontaliers.
Restaurer les paysages : un enjeu hydrologique
L’étude apporte un enseignement essentiel : l’état des paysages participe au fonctionnement du cycle de l’eau.
C’est précisément ce qui nous intéresse dans l’approche de l’hydrologie régénérative. En restaurant la capacité des sols et des paysages à infiltrer, stocker, évaporer, transpirer et faire circuler l’eau, nous cherchons à retrouver des territoires capables de mieux réguler leurs échanges avec l’atmosphère et de renforcer leur résilience face aux sécheresses et aux excès d’eau.
L’enjeu n’est donc pas simplement de « gérer l’eau » lorsqu’elle arrive, mais de prendre soin des paysages qui participent à son cycle.
L’hydrologie régénérative défend une approche systémique : restaurer les sols, la végétation et les paysages, c’est aussi restaurer les fonctions hydrologiques qui les relient entre eux — et qui nous relient à l’eau, jusque dans l’atmosphère.
Avec une précaution importante : l’article fournit des arguments scientifiques solides en faveur d’une prise en compte de ces interactions, mais ne permet pas de transformer cette idée en recette universelle de restauration des pluies.
https://hydrologie-regenerative.fr/wp-content/uploads/2026/09/Wierik-VF-2021_mis-en-page-PUHR.pdf























