Sol vivant : et si le travail du sol comptait bien plus qu’on ne le pense ?

Cette étude est particulièrement intéressante car elle provient d’une parcelle conduite en agriculture biologique. Autrement dit, dans cet essai, la comparaison des modalités de travail du sol n’est pas brouillée par des différences de traitements phytosanitaires chimiques de synthèse. Les chercheurs ont comparé quatre pratiques : labour traditionnel à 30 cm, labour agronomique à 18 cm, travail réduit à 15 cm sans retournement et travail superficiel à seulement 7 cm. Le résultat visuel est frappant : la composition de la faune du sol change fortement à mesure que l’intensité et la profondeur du travail diminuent. Avec le labour profond, les vers de terre endogés dominent très largement. Lorsque le travail devient plus superficiel, les vers épigés et anéciques prennent davantage de place, tout comme plusieurs groupes de prédateurs du sol tels que les carabes et les staphylins. Pourquoi ? Parce qu’une charrue n’est pas neutre biologiquement. Elle retourne les horizons, détruit ou perturbe des galeries, enfouit les résidus et modifie profondément l’habitat des organismes du sol. Et c’est précisément l’intérêt de cet essai en bio : on ne peut pas attribuer ces différences aux pesticides de synthèse. Le facteur expérimental mis en avant ici est le type et la profondeur du travail du sol.

Cela rappelle une chose essentielle : la biodiversité d’un sol ne se résume pas à « avec ou sans pesticides ». La perturbation mécanique du sol est elle aussi un facteur majeur.

Source : essai ISARA-Lyon, site expérimental de Thil, programme Bioindicateurs 2 de l’ADEME, Vian (2011), repris dans Impact du travail du sol sur son fonctionnement biologique.

https://t.co/75EHOAopY1

Absorption foliaire d’eau….!

🌿 Quand les plantes peuvent aussi « boire » par leurs feuilles

Une plante se nourrit principalement en eau par ses racines. Mais ce n’est pas sa seule porte d’entrée.

La recherche montre que de nombreuses plantes peuvent absorber de l’eau directement par leurs organes aériens, notamment leurs feuilles. Ce phénomène est appelé absorption foliaire d’eau (foliar water uptake).

🌧️ Le système eau–plante–atmosphère est plus complexe qu’on ne le pense

☁️ ATMOSPHÈRE pluie • rosée • brouillard • condensation🌿 FEUILLES absorption foliaire possible🌱 PLANTE → RACINES → SOL eau du sol → racines

L’eau peut donc entrer par le sol et les racines, mais aussi, chez de nombreuses espèces, par les surfaces aériennes lorsque les conditions sont favorables. L’absorption foliaire peut réhydrater localement les tissus et, selon l’espèce et les conditions, contribuer au bilan hydrique de la plante.

💧 LE SAVIEZ-VOUS ?

Des études montrent une capacité d’absorption foliaire dans des plantes appartenant à de nombreuses familles et à des biomes très différents. L’eau peut provenir de la pluie, de la rosée ou du brouillard et pénétrer par différentes voies de la surface foliaire. L’importance de ce phénomène varie fortement selon les espèces.

🌱 Quand le sol est sec… et que la pluie arrive

☀️ SOL SEC eau difficilement accessible↓stress hydrique🌧️ FEUILLES MOUILLÉES pluie • rosée • brouillard↓absorption possible💧réhydratation partielle

Attention : une atmosphère très humide ne signifie pas automatiquement qu’une plante absorbe beaucoup d’eau. La présence d’une source d’eau et d’un gradient de potentiel hydrique favorable sont déterminants. L’eau liquide déposée sur les feuilles — pluie, rosée, brouillard ou condensation — est particulièrement importante.

🌫️ Pluie, rosée, brouillard : plusieurs formes d’eau disponibles

🌧️Pluie💧Rosée🌫️Brouillard🌿Feuillage mouillé eau disponible à la surface → absorption foliaire possible

🔬 CE QUE DIT LA SCIENCE

Une synthèse publiée dans Plant, Cell & Environment conclut que l’absorption foliaire d’eau est observée dans des plantes de nombreuses familles et de nombreux biomes. Elle dépend notamment des gradients de potentiel hydrique et des caractéristiques de la surface foliaire. Les voies d’entrée peuvent impliquer la cuticule, les stomates ou des structures spécialisées.

Mais il faut rester prudent : toutes les plantes n’absorbent pas l’eau par leurs feuilles avec la même efficacité, et la quantité absorbée peut être faible par rapport à l’alimentation racinaire. Il s’agit d’une voie complémentaire, dont l’importance dépend de l’espèce et de l’environnement.

🌾 Pourquoi les SCV changent la façon de regarder l’eau

Les Systèmes de Culture sous Couverture Végétale ne se limitent pas à « ne pas labourer ». Ils cherchent à maintenir le sol couvert, à favoriser l’infiltration, à réduire l’évaporation et à maintenir un fonctionnement biologique actif.

La FAO rappelle que la couverture organique protège le sol, favorise l’infiltration et limite l’évaporation de l’humidité du sol. Des travaux récents sur les cultures de couverture et le travail réduit confirment également des effets favorables sur l’humidité du sol et l’infiltration.🌧️ PLUIE🌿 COUVERT VÉGÉTAL + RÉSIDUS🌍 SOL PROTÉGÉ → infiltration ↑ • évaporation ↓

Le couvert agit donc comme une interface entre l’atmosphère et le sol. Il intercepte une partie des précipitations, protège la surface, modifie le microclimat et contribue à conserver l’eau dans le système. La plante elle-même devient également une interface active entre atmosphère et sol.

📌 À RETENIR

Les racines restent la principale voie d’alimentation en eau pour la plupart des cultures. Mais elles ne sont pas l’unique voie possible. La feuille peut, dans certaines circonstances, récupérer une partie de l’eau déposée sur sa surface.

En période de déficit hydrique, une pluie ou une rosée peut donc avoir un effet direct sur la réhydratation de la végétation, sans attendre que toute l’eau atteigne le sol puis les racines.

🌍 Repenser le cycle de l’eau dans l’agriculture

Cette connaissance nous invite à dépasser une vision trop simple du cycle de l’eau :

Pluie → sol → racines → plante → atmosphère

Le système réel ressemble davantage à un réseau d’échanges :

🌧️ Atmosphère ↔ 🌿 feuillage ↔ 🌱 plante ↔ 🌾 racines ↔ 🌍 sol

Dans cette vision, la végétation n’est pas seulement une consommatrice d’eau. Elle participe à son interception, à sa redistribution, à son stockage temporaire et à ses échanges avec l’atmosphère.

📌 Conclusion — Chaque goutte compte

Comprendre l’absorption foliaire ne signifie pas que les racines deviennent secondaires. Cela signifie que le fonctionnement hydrique d’une plante est plus intelligent et plus complexe que le simple schéma « racines qui boivent, feuilles qui transpirent ».

Pour l’Agriculture de Conservation des Sols et les SCV, cette vision est particulièrement intéressante : il faut raisonner non plus seulement en termes de réserve d’eau dans le sol, mais en termes de système sol–plante–atmosphère.

Conserver l’eau, ralentir son départ, favoriser son infiltration, maintenir le sol couvert, préserver la vie du sol et comprendre les capacités de la plante à utiliser les différentes sources d’eau : voilà une autre manière de penser l’agriculture face au stress hydrique.

🌱 Ne considérons plus la pluie comme une simple recharge du sol.
Elle peut aussi, parfois, être une aide directe pour la plante.

Sources scientifiques principales : revues et travaux sur l’absorption foliaire d’eau (Plant, Cell & Environment ; Oecologia ; Trends in Plant Science ; Journal of Experimental Botany) et FAO sur la couverture des sols en Agriculture de Conservation.

Réflexions NATURE


Chapitre 1 – Introduction :

l’eau n’est jamais usée, elle est maltraitée

Nous vivons une contradiction permanente et absurde.
Tous les hivers, les mêmes territoires sont inondés. Tous les étés, les mêmes territoires se retrouvent à sec. On nous explique alors que « l’eau manque ». Pourtant cette eau est passée chez nous. Elle a simplement été évacuée le plus rapidement possible vers la mer au lieu d’être retenue, infiltrée et remise en circulation dans les terres.

L’eau n’est jamais réellement « usée ». Elle est maltraitée. Elle est jetée. Elle est empêchée de faire son travail.

Cette réflexion part de constats simples et anciens :

  • Plus les continents sont verts, plus ils ont d’eau.
  • Sans eau, le soleil devient notre ennemi.
  • La disparition de la couverture végétale des sols est à l’origine de la plupart des maux que nous observons sur la Terre et dans la terre.
  • L’augmentation des températures et du taux de CO₂ ne sont pas les causes premières de nos difficultés hydriques ; elles en sont souvent les conséquences de la désertification progressive des sols.

À ces constats s’ajoute un scandale silencieux : les matières organiques issues des effluents humains – qui sont des fertilisants essentiels à la vie des sols agricoles – sont massivement gaspillées. Au lieu de retourner aux terres pour les nourrir, les hydrater et les rendre performantes, elles sont rejetées dans les rivières et finissent dans la mer. Ce dossier primordial a toujours été très mal géré par nos décideurs. Il est d’ailleurs très mal vu dans les campagnes électorales, car il oblige à parler de budget impossible, d’égouts, de boues et de recyclage réel plutôt que de slogans électoralement porteur.

Pourtant, l’efficacité de la récupération des fertilisants en cycles fermés est la principale solution à notre sécurité alimentaire. Un sol vivant, hydraté, performant et robuste est capable de filtrer l’eau, de retenir l’humidité et de produire des aliments à haute valeur nutritionnelle. Un sol mort et sec n’a pas cette faculté… C’est pourtant exactement l’inverse de ce que nous organisons aujourd’hui en réduisant les cycles de l’eau.

L’objectif de ce document est de redonner aux citoyens les clés d’un minimum de compréhension du fonctionnement réel de la Nature. Il s’agit de remettre du bon sens dans les débats sur l’eau, les sécheresses, les inondations, l’agriculture, l’alimentation et l’avenir robuste de l’humanité.

La solution est limpide : faire l’inverse de presque tout ce qui a été fait pendant ces dernières années. Retenir l’eau dans les terres par tous les moyens possibles, recycler réellement l’eau et les matières organiques, au lieu de tout jeter à la mer.

En agriculture , les sols compactés sont une catastrophe pour la gestion de l’eau des cultures…


Chapitre 2 – Le sol vivant et la végétation :

La pompe, l’éponge et le fertilisant

Tout commence par le sol.Lorsqu’un sol est tassé, compacté, appauvri en vie biologique et en matière organique, l’eau de pluie glisse en surface. Elle ruisselle, érode, provoque des crues rapides et n’alimente ni les racines ni les nappes phréatiques.

C’est le schéma classique du sol mort ou mourant.

Lorsqu’un sol est vivant – structuré, aéré par les racines et les vers de terre, riche en matière organique, riche en activité biologique – l’eau descend, circule . Elle s’infiltre, est stockée, mise à disposition des plantes, et rejoint lentement les réserves souterraines ou peut même, dans certaines conditions remonter vers les racines des plantes par capillarité. Chaque goutte de pluie devrait idéalement passer par les sols. C’est la condition première d’un cycle hydrologique sain. Cela implique aussi de viser, autant que possible, aucun rejet direct en rivière des eaux qui pourraient s’infiltrer.La végétation joue un rôle encore plus actif. Elle fonctionne comme une pompe à eau infatigable.
Elle puise l’eau dans le sol, bien sûr. Mais elle utilise aussi une part conséquente de l’humidité de l’air : rosées, brouillards, pluies fines, moments d’hygrométrie favorable. Elle fait monter cette eau, la fait circuler, puis la restitue à l’atmosphère par transpiration.Cette circulation permanente entretient les cycles complexes de l’eau. Elle crée de la fraîcheur locale, de l’humidité relative, et participe au recyclage de l’eau à l’échelle géographique. Faire circuler l’eau avec la végétation n’est pas un accessoire : c’est ce qui maintient la vie.Mais un sol et son activité biologique ne reste vivant que s’il est nourri. Or les matières organiques issues des effluents humains sont précisément des fertilisants essentiels (azote, phosphore, potassium, carbone organique). Au lieu de les renvoyer aux sols agricoles pour les rendre plus robustes, plus capables de retenir l’eau et de produire des aliments de qualité, nous les gaspillons massivement. Les agriculteurs, eux sont capables de gérer correctement les effluents des animaux de leur élevage depuis longtemps, mais la société peut faire beaucoup mieux…Un sol privé de ces retours de matière organique s’appauvrit, se tasse, perd sa capacité de filtration et devient progressivement un désert.Un sol sec est un sol mort.
Un sol mort devient un désert.
Maintenir les sols en vie avec de l’eau et avec les fertilisants organiques recyclés n’est donc pas une option : c’est la base de la sécurité alimentaire et de la résilience.


Chapitre 3 – L’évaporation n’est plus un problème :

Elle est la base du cycle et de la solidarité géographique

Dans la représentation dominante, l’évaporation est souvent présentée comme une « perte ».
C’est une erreur fondamentale.L’évaporation (et plus précisément l’évapotranspiration) est le moteur du cycle de l’eau. C’est elle qui permet à l’eau de se déplacer, de créer de la solidarité géographique, de retomber plus loin sous forme de pluie. L’eau qui s’évapore ici ne disparaît pas : elle participe à la vie ailleurs.Plus un territoire est vert et vivant, plus il recycle l’eau, plus il en conserve localement, et plus il en envoie vers d’autres régions. C’est une loi ancienne, observable sur tous les continents. Les grands déserts et les zones dévegetalisées montrent exactement l’inverse : l’eau y circule mal, s’évapore brutalement ou ruisselle sans profiter au sol.La sécheresse n’est donc pas seulement un manque de pluie.
C’est d’abord un manque de circulation de l’eau.
Et cette circulation dépend directement de la présence de sols vivants, hydratés et nourris en matière organique.


Chapitre 4 – Le grand dysfonctionnement urbain :

Le « tout-à-l’égout » est un « tout-à-la-rivière » qui gaspille l’eau et les fertilisants

Les villes gèrent-elles correctement l’eau (et les matières organiques) que la campagne et les habitants leur confient ?
La réponse, aujourd’hui, est non.Recycler l’eau ne signifie pas l’évacuer et la jeter. Or c’est exactement ce que font la plupart des agglomérations françaises. Dès qu’il pleut un peu fort, les stations d’épuration saturent. Elles se vident alors directement dans les rivières. Ce n’est pas un accident exceptionnel : c’est le fonctionnement normal du système unitaire encore largement dominant. À chaque pluie, partout en France, c’est le même scénario.Des millions de mètres cubes d’eau et des millions de tonnes de matière organique sont ainsi rejetés chaque année dans les cours d’eau au lieu d’être recyclés vers les sols agricoles. Les stations d’épuration « à la française » ne traitent par ailleurs quasiment pas les médicaments et de nombreux micropolluants. Le résultat est une contamination chronique de nombreux territoires. On préfère souvent ne pas en parler, car ce dossier est politiquement très sensible et très mal vu en période électorale.Cette logique a une double conséquence catastrophique :

  1. Les prélèvements d’eau ne sont pas rendus aux bassins versants. Ils sont jetés en rivière après un traitement sommaire, puis finissent dans la mer. Les nappes phréatiques baissent non pas parce qu’il n’y a plus d’eau, mais parce que l’eau n’est plus recyclée là où elle devrait l’être.
  2. Les matières organiques et les fertilisants essentiels (azote, phosphore, etc.) sont perdus pour les sols agricoles. Au lieu de nourrir la terre qui nous nourrit, ils polluent les rivières et les mers.

Le « tout-à-l’égout » est devenu un « tout-à-la-rivière » qui aboutit à la mer. C’est une désertification organisée des sols agricoles et un gaspillage massif de fertilisants naturels. Ce dossier primordial a toujours été très mal géré par nos décideurs, précisément parce qu’il oblige à sortir des discours confortables.


Chapitre 5 – L’eau qui manque l’été est toujours passée l’hiver – et les fertilisants aussi

Tous les hivers, la France laisse partir à la mer environ dix fois plus d’eau que l’ensemble de ses besoins annuels.
Avec cette eau partent aussi les matières organiques et les nutriments qui auraient dû retourner aux sols.On est inondé l’hiver et à sec l’été aux mêmes endroits. Dans ces conditions, affirmer que « l’on manque d’eau » est une mystification. Tant qu’il y a des inondations, c’est qu’il n’y a pas assez de rétention. Après les feux de forêt viennent les inondations, et l’on recompte les morts et les milliards d’euros de dégâts.L’eau qui nous manque l’été est toujours passée par chez nous l’hiver.
Elle a simplement été accélérée vers la mer au lieu d’être ralentie, stockée, infiltrée… et enrichie des fertilisants organiques qui auraient permis aux sols de la retenir et de la valoriser.


Chapitre 6 – Histoire et perte du bon sens

Les périodes chaudes et sèches ne sont pas le monopole du XXIe siècle.
Les cartes de Cassini (fin XVIIIe – début XIXe siècle) montrent un paysage français déjà parsemé de nombreux étangs, mares et zones humides qui servaient de réserves et de régulateurs naturels.

En quelques années seulement, la politique de « continuité écologique » des cours d’eau, appliquée de façon souvent dogmatique, a fait disparaître des milliers d’ouvrages qui ralentissaient l’eau, créaient des retenues et favorisaient l’infiltration. On a ainsi ruiné des millénaires de bon sens hydrologique et paysan.Ce qui était autrefois considéré comme de la sagesse (retenir l’eau, créer des réserves, maintenir des zones humides, retourner la matière organique à la terre) est devenu suspect. Ce qui accélère le départ de l’eau et des fertilisants vers la mer a été présenté comme un progrès écologique.


Chapitre 7 – Irrigation, réserves et maintien de la vie des sols : sécurité alimentaire et valeur nutritionnelle

On ne construit pas des retenues « pour les sécheresses ».
On les construit d’abord pour les inondations qui coûtent des milliards chaque année.On ne construit pas des « bassines pour les agriculteurs ».
On construit des bassins de rétention pour mettre enfin les villes aux normes, recycler l’eau et les matières organiques, cesser de polluer rivières et mers, et rendre cette eau et ces fertilisants aux terres. On aimerait voir aussi les villes verdir et investir dans du stockage d’eau brute pour aussi participer à l’amélioration des cycles hydriques. L’irrigation agricole n’est pas l’ennemie. Elle peut et doit faire partie de la solution pour l’« eau alimentaire ». Deux conditions sont essentielles :

  • augmenter fortement son efficacité ;
  • ne pas l’interdire en cours de cycle cultural non achevé.

Couper l’eau à une culture déjà engagée, c’est gaspiller l’eau déjà utilisée et compromettre la production. Mieux vaut « plus d’eau efficace, plus longtemps ».Mais l’eau seule ne suffit pas. Un sol performant, robuste, capable de filtrer l’eau et de produire des aliments à haute valeur nutritionnelle a besoin de matière organique. Les effluents humains, correctement traités et recyclés, sont précisément ces fertilisants essentiels. Les gaspiller est une faute stratégique majeure pour la sécurité alimentaire.Ceux qui végétalisent l’été en constituant des réserves l’hiver (en particulier les agriculteurs qui nous nourrissent et nous climatisent) ne devraient pas être criminalisés. Ceux qui jettent l’eau douce et la matière organique en mer devraient l’être.Un sol sec est un sol mort.
Un sol privé de retour de matière organique est un sol qui meurt à petit feu.
Maintenir les sols en vie avec de l’eau et avec les fertilisants recyclés est la pratique de tous les pays qui veulent réellement la sécurité alimentaire et des populations en bonne santé.


Chapitre 8 – La seule voie cohérente : retenir, recycler l’eau et les fertilisants, verdir

La solution est unique et cohérente :

  1. Mettre les villes aux normes (séparation des réseaux, rétention à la source, traitement réel des micropolluants, et surtout récupération efficace des matières organiques et des fertilisants).
  2. Retenir l’eau dans les terres par tous les moyens possibles.
  3. Restaurer massivement la couverture végétale des sols.
  4. Cesser de jeter l’eau douce et la matière organique à la mer.
  5. Fermer les cycles : l’eau et les fertilisants doivent retourner aux sols agricoles.

Une simple mise aux normes des agglomérations, centrée sur le recyclage réel de l’eau et des fertilisants, réglerait une grande partie du problème. On aurait alors collectivement trop d’eau plutôt que pas assez, et des sols plus vivants, plus hydratés, plus performants et plus capables de produire des aliments de qualité nutritionnelle élevée.À l’inverse, continuer à couper l’eau aux agriculteurs et à accélérer l’évacuation vers la mer, c’est préparer des déserts sans eau et sans vie, et finir par manger de la poussière.Pour vendre ce qui est gratuit, il faut organiser les pénuries. La « guerre de l’eau » telle qu’elle est menée depuis des années a fait perdre à la France des dizaines d’années et des milliards d’euros… dans un pays où même les pompiers manquent de réserves d’eau. Ce dossier des stations d’épuration et du retour des fertilisants aux sols reste soigneusement évité dans les campagnes électorales, alors qu’il est central pour notre avenir.


Chapitre 9 – Conclusion et appel citoyen

L’eau qui nous manque l’été est toujours passée par chez nous l’hiver.
Les fertilisants qui manquent aux sols agricoles sont tous les jours jetés à la rivière.Le choix qui s’offre à nous est clair :
continuer à accélérer le départ de l’eau et des matières organiques vers la mer,
ou enfin les retenir, les recycler et les faire travailler avec les sols vivants et la végétation.Mettre les villes aux normes, restaurer la rétention, verdir massivement, récupérer les fertilisants essentiels issus des effluents humains et cesser de montrer du doigt ceux qui maintiennent la vie dans les sols : voilà le chemin du bon sens.Ce livre blanc n’est pas un texte technique réservé aux spécialistes. C’est un outil citoyen. Il vise à augmenter les connaissances de chacun pour que les débats publics cessent d’être des combats de slogans et redeviennent des discussions sur le fonctionnement réel de la Nature.Un sol vivant, hydraté, nourri en matière organique recyclée, est capable de filtrer l’eau, de résister aux extrêmes et de nous nourrir correctement.


C’est la principale solution à notre sécurité alimentaire et à la robustesse de notre avenir.L’eau est recyclable à l’infini.
Les fertilisants organiques aussi.
Encore faut-il cesser de les jeter.

Paysannature .

La chaleur n’est pas forcément l’ennemi de la production agricole : elle accélère la vie, le cycle des plantes !

La chaleur n’est pas forcément l’ennemi de la production agricole : elle accélère la vie, le cycle des plantes !

Retour d’expérience concret (Nièvre) – 17 juillet 2026

Alors que les médias et certains commentateurs ne parlent que de « chaleur excessive » et de catastrophe climatique, je reviens d’une tournée 200 % agriculture au Brésil et en Bolivie. Le constat est sans appel : la chaleur, quand on sait la gérer, est un formidable accélérateur de croissance et de production pour les plantes adaptées.

Photo du 17 juillet 2026 : mesure des plantes avec des piges. À gauche, 1 mètre. À droite, 2 mètres. Tout cela en seulement 70 jours depuis le semis du 8 mai 2026.

Le protocole :

  • Mélange de tournesol population + maïs population
  • Aucune fertilisation chimique
  • Sol vivant (c’est la clé)
  • Irrigation raisonnable mais disponible à volonté

Résultat : une explosion de biomasse malgré (ou plutôt grâce à) les températures élevées de cet été 2026 et de l’eau disponible .

Ce que j’observe ici… et ailleurs

Les plantes d’origine tropicale comme le maïs et le tournesol adorent la chaleur dès qu’elles disposent d’eau et d’un sol biologiquement actif. Leur métabolisme s’accélère, la photosynthèse tourne à plein régime, le cycle se raccourcit et la luminosité estivale renforce l’effet.

C’est exactement ce que je constate depuis des années dans les Campos du Brésil et de Bolivie que je visite régulièrement. Avec des températures similaires aux nôtres cet été, les agriculteurs y réalisent deux récoltes importantes par an (parfois plus) depuis très longtemps.

Et surtout : ils le font sans aucun travail mécanique du sol, en Agriculture de Conservation des Sols (ACS) et en Système de Culture sur Couvert Végétal (SCV). Nos régions tempérées n’ont pas suffisamment évolué dans cette réflexion sur le sol vivant et l’innovation agronomique. Pourtant, je pratique moi-même ces techniques SCV inspirées de Lucien Séguy dans le centre de la France depuis plus de 30 ans.

Chaleur + gestion de l’eau + sol vivant = biomasse abondante = production robuste.

Chez nous, en France, au lieu de craindre systématiquement la chaleur, nous devrions apprendre à la domestiquer.

Pourquoi tant de discours négatifs …?….Je comprends la peur face aux extrêmes. Mais il faut arrêter de tout diaboliser. Quand on a :

  • Un sol vivant (riche en matière organique, vers de terre, champignons mycorhiziens…),
  • De l’eau disponible au bon moment,

… la chaleur devient un allié pour la végétation . Le sol reste ultra-performant, la biomasse s’envole, et la plante accélère son développement comme en climat tropical.

Le vrai problème, ce n’est pas trop de chaleur, c’est le manque d’organisation face à la chaleur.

Dans nos zones tempérées, pour la production agricole, on a plus à craindre des manques de température qui bloquent la croissance de la végétation.
Sans eau, l’activité biologique du sol s’effondre et les plantes stressent. Avec de l’eau et un sol vivant, elles prospèrent.

L’eau :

l’élément vital

C’est pour cela que je le dis clairement : s’opposer aux réserves d’eau « hiver pour été » est une grave erreur.

Notre planète est bleue.

La végétation a besoin d’eau pour fonctionner. En lui en donnant les moyens, elle nous le rendra en stabilisant les cycles, en produisant plus de biomasse et en favorisant le retour des pluies.

D’ailleurs, nos ancêtres l’avaient bien compris.

Regardez les cartes de Cassini sur Géoportail : la France rurale du XVIIIe siècle était couverte de petits et grands étangs, de mares et de retenues. Ils assuraient l’eau pour les animaux, la pisciculture et l’agriculture pendant les périodes sèches. Beaucoup de digues existent encore aujourd’hui. Il suffit d’observer.

Message aux agriculteurs et aux curieux

Arrêtons d’avoir peur. Apprenons à gérer ces nouvelles contraintes climatiques à notre avantage.

  • Organisons nos sols pour qu’ils retiennent mieux l’eau et restent vivants et robustes avec une activité biologique maximum.
  • Choisissons des variétés et des mélanges adaptés.
  • Créons des réserves d’eau intelligentes.
  • Observons, expérimentons, documentons.

La nature est bien plus résiliente qu’on ne le dit. À nous de l’accompagner intelligemment pendant cette période de transition climatique.

La chaleur n’est pas notre ennemie. Mal gérée, elle peut le devenir. Bien accompagnée, elle devient une opportunité.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous aussi constaté une accélération de croissance cette année ? Partagez vos observations en commentaire.


SCVLUCIENSEGUY – Expérimenter, observer, transmettre.


AU RWANDA : POURQUOI DE PLUS EN PLUS D’ AGRICULTEURS SE TOURNENT VERS L’AGRICULTURE SANS LABOUR

Pendant de nombreuses années, le labour a été considéré comme une étape nécessaire avant le semis. Beaucoup d’agriculteurs pensaient que plus le sol était retourné et perturbé, meilleure serait la récolte.

Mais aujourd’hui, l’expérience de différentes communautés agricoles prouve autre chose : perturber constamment le sol peut lentement l’affaiblir. C’est pourquoi l’agriculture sans labour, également connue sous le nom d’agriculture sans travail du sol, devient une pratique importante dans l’agriculture régénérative. L’agriculture sans labour est une approche agricole où les cultures sont cultivées avec un minimum ou pas de perturbation du sol. Au lieu de labourer régulièrement le terrain, les agriculteurs protègent la structure du sol et permettent aux processus biologiques naturels d’améliorer la fertilité du sol au fil du temps. Les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture sans labour remarquent souvent que leurs sols retiennent l’humidité plus longtemps, surtout pendant les périodes sèches. Les résidus de cultures laissés à la surface du sol aident à réduire l’évaporation de l’eau, protègent le sol de la lumière directe du soleil et minimisent l’érosion causée par le vent et les fortes pluies. Un autre avantage majeur est la restauration de la vie du sol. Des sols sains contiennent des micro-organismes, des insectes et de la matière organique qui soutiennent naturellement la croissance des plantes. Un labour excessif perturbe cet écosystème, tandis que l’agriculture sans labour permet au sol de se régénérer et de rester biologiquement actif. Cette pratique aide également les agriculteurs à réduire les coûts de production. Moins de labour signifie des dépenses de carburant plus faibles, des besoins en main-d’œuvre réduits et une moindre dépendance aux machines lourdes. Au fil du temps, les agriculteurs peuvent investir moins tout en maintenant des terres plus saines et plus productives. Dans le district de Bugesera, de nombreux agriculteurs impliqués dans l’agriculture régénérative démontrent déjà l’impact de l’agriculture sans labour. En combinant des pratiques telles que le paillage, l’application de compost, la culture de couverture et la perturbation minimale du sol, ils restaurent les sols dégradés et améliorent la productivité de manière durable. Lorsque l’agriculture régénérative est combinée à des solutions d’énergie renouvelable telles que l’irrigation alimentée par l’énergie solaire, les agriculteurs deviennent encore plus résilients au changement climatique. Ils sont capables de conserver l’eau, de réduire les coûts agricoles et d’améliorer la production sans dépendre fortement des pluies imprévisibles ou du carburant coûteux. C’est la vision promue à travers le Partenariat Power for Food , où l’Agriculture Régénérative et l’Utilisation Productive de l’Énergie Renouvelable aident les agriculteurs à construire des systèmes alimentaires plus solides, plus sains et plus durables. Dans les communautés, les agriculteurs commencent à réaliser que protéger le sol n’est pas une limitation à la productivité. En fait, des sols sains sont la base du succès agricole à long terme. Parfois, la meilleure façon d’aider le sol à produire plus… est de le perturber moins.

Ce texte, promeut le zéro tillage comme méthode régénérative qui préserve la structure du sol, améliore la rétention d’humidité et réduit l’érosion grâce aux résidus de culture laissés en surface.Il met en avant les expériences des agriculteurs du district de Bugesera au Rwanda, qui combinent zéro labour, paillage, compost et irrigation solaire via le partenariat Power for Food pour une plus grande résilience climatique.Les images montrent des champs mulchés avec des jeunes plants de maïs et légumes émergeant, illustrant concrètement la réduction des coûts en carburant et main-d’œuvre tout en favorisant la vie biologique du sol.

Agriculture sans labour :

Une approche durable L’agriculture sans labour, souvent appelée agriculture de conservation, est une pratique agricole qui consiste à cultiver des cultures sans perturber le sol par le labour ou le travail du sol. Cette méthode a gagné en popularité en tant qu’alternative durable à l’agriculture conventionnelle, principalement en raison de ses nombreux avantages environnementaux et économiques.

Avantages de l’agriculture sans labour Santé du sol :

En évitant la perturbation du sol, l’agriculture sans labour préserve la structure du sol et favorise l’écosystème naturel. Elle améliore la rétention de la matière organique, optimise la conservation de l’humidité et stimule l’activité microbienne, ce qui conduit à des cultures plus saines. Contrôle de l’érosion : Sans labour, le sol est mieux protégé contre l’érosion due au vent et à l’eau. Les résidus de cultures laissés en surface agissent comme une barrière, réduisant l’écoulement des eaux et favorisant l’infiltration de l’eau.

Séquestration du carbone :

L’agriculture sans labour peut réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre. En maintenant les niveaux de carbone du sol et en encourageant la séquestration du carbone, cette méthode contribue à l’atténuation du changement climatique.

Efficacité des coûts :

Les agriculteurs peuvent économiser sur les coûts de carburant et de main-d’œuvre, car les équipements de labour ne sont pas nécessaires. De plus, une meilleure santé du sol conduit souvent à des rendements plus élevés au fil du temps, en faisant une option financièrement viable.

Gestion des mauvaises herbes :

Bien que l’agriculture sans labour puisse initialement poser des défis liés aux mauvaises herbes, à long terme, elle encourage un écosystème plus équilibré qui peut aider à gérer naturellement les populations de mauvaises herbes.

Défis de mise en œuvre

La transition vers l’agriculture sans labour peut poser des défis pour les agriculteurs, notamment la nécessité d’équipements nouveaux et des réductions potentielles de rendement initiales alors que l’écosystème s’ajuste.

L’éducation et le soutien des services de vulgarisation agricole peuvent aider à atténuer ces problèmes.

L’agriculture sans labour offre une solution durable pour l’agriculture moderne, apportant de nombreux avantages pour la santé du sol, l’environnement et la viabilité économique.

Serge BOUZINAC

Serge Bouzinac est un agronome français du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), collaborateur historique et fidèle de Lucien Séguy pendant plus de 40 ans.

Ensemble, ils forment un duo emblématique dans le développement des Systèmes de Culture en Semis Direct sous Couverture Végétale Permanente (SCV), inspirés de l’ingénierie écologique et des écosystèmes forestiers tropicaux.

Parcours et collaboration avec Lucien Séguy

  • Dès les années 1970-1980, Serge Bouzinac travaille aux côtés de Lucien Séguy au Brésil (Maranhão, Cerrados, Mato Grosso), puis dans d’autres pays tropicaux.
  • Leur approche : Recherche-action en milieu réel, chez et avec les agriculteurs, pour adapter les SCV aux contraintes locales (petits paysans sans terre, fronts pionniers).
  • Focus sur le riz pluvial, le coton, le soja, et les couverts multifonctionnels (biomasse, fixation d’azote, allélopathie anti-adventices).
  • Serge Bouzinac contribue à la diffusion des SCV en France après la retraite de Séguy, et rend hommage à son ami lors de colloques (ex. : 2023, avec Ver de Terre Production).

Principales contributions et publicationsSerge Bouzinac co-auteur de nombreux ouvrages et articles clés sur les SCV :

  • La symphonie inachevée du semis direct dans le Brésil central (2008, avec Lucien Séguy) : Analyse critique du semis direct dominant au Brésil, limites (érosion, dépendance intrants), et solutions via SCV diversifiés pour une agriculture durable. Ouvrage de référence (215 p., CIRAD).
  • Manuel pratique du semis direct sur Couverture Végétale Permanente (SCV) (2009, collectif CIRAD, dont Madagascar) : Principes, fonctionnement des écosystèmes SCV, applications pratiques.
  • Autres travaux :
    • Semis direct et résistance des cultures aux maladies (1999, avec Séguy et Maronezzi).
    • Systèmes durables pour le coton dans les savanes humides du Brésil central.
    • Dynamique de la matière organique et stockage de carbone en SCV.
    • Adaptations en Asie du Sud-Est (Laos, Vietnam, Cambodge) et Afrique.

Impacts et héritage

  • Contribution à l’expansion de l’agriculture de conservation au Brésil (>35 millions d’ha influencés) et dans les tropiques.
  • Promotion d’une agronomie régénératrice : couverts permanents, non-perturbation du sol, biodiversité fonctionnelle.
  • Conférences et vidéos récentes : Interventions sur l’historique des SCV au Brésil, le couvert idéal pour la France, et hommages à Lucien Séguy (disponibles sur YouTube via Ver de Terre Production).

Serge Bouzinac incarne la continuité des idées de Lucien Séguy : observer la Nature pour une agriculture productive et résiliente. Ses travaux renforcent directement les pratiques ACS/SCV en France.

Gabe Brown – Réinventer l’agriculture grâce à la régénération

https://youtu.be/lQa5Sb3GsfY?si=Lln_Bqbs7RJ_cTUK

Dans cette conférence captivante enregistrée au Groundswell Festival 2025 à Lannock Farm, Hertfordshire, Gabe Brown, pionnier de l’agriculture régénératrice, partage une vision trans-formative pour l’avenir de l’agriculture. Avec des décennies d’expérience et des exemples concrets du monde entier, il dévoile les principes clés pour restaurer la santé des sols, revitaliser les écosystèmes et assurer la rentabilité des fermes. Cette approche holistique, guidée par la nature, invite à repenser notre rôle dans le système alimentaire. Une source d’inspiration pour tous ceux qui souhaitent adopter une gestion des terres durable et résiliente. Découvrez comment l’agriculture régénératrice peut changer la donne !

https://youtu.be/EVuJKwQt-sU?si=h2d7WoI0-zN62TmC

Rejoignez Gabe Brown, figure emblématique de l’agriculture régénératrice, dans une discussion chaleureuse et inspirante au Groundswell Festival 2025, animée par John Gregson. Accompagné de trois agriculteurs britanniques – Martin Caunce, Stuart Rogers et Nick Padwick –, Gabe explore leurs parcours, succès et défis dans la transition vers une agriculture régénératrice. Ensemble, ils partagent des idées pratiques et une vision d’avenir pour un secteur agricole plus durable et résilient. Une conversation riche en enseignements pour repenser notre lien à la terre et au système alimentaire. Plongez dans l’avenir de l’agriculture régénératrice !

https://understandingag.com/partners/gabe-brown

Pas d’arbre = pas d ‘eau !

Pas d’arbre = pas d ‘eau ! On plante des arbres (des feuillus 🌳 ) justement parce qu’ils transpirent énormément l’été donc provoquent des pluies ! « l’eau appelle l’eau et le sec appelle le sec » !
ce n’est pas l’agriculture qui a besoin d’eau mais le climat, l’environnement, les sols et la biodiversité qui ont besoin d’une végétation verte, vivante et massive l’été (comme les forets, en ville et en campagne) ! On ne nourrit pas la planète avec de la poussière et c’est la sécheresse qui fait avancer les déserts ! on peut nourrir la planète avec des sols vivants et donc l’agriculture de conservation des sols, mais on ne pourra JAMAIS sauver les campagnes sans mettre AUX NORMES les villes !!! en France les recyclages de l’eau et de la matière organique sont inexistants !! Les stations d’épuration sont des armes de désertification massive ! non seulement l’eau est jetée en rivières pollue TOUTES les rivières mais TOUTE la fertilité des sols ( la matière organique) disparait dans des incinérateurs ou des décharges ! 80% des assainissements collectifs français ne sont pas aux normes et polluent massivement TOUTES les rivières jusqu’à la mer en passant par les bassins ostréicoles ! On peut agir très vite puisque toutes les lois existent déjà, il suffit juste de les faire appliquer aux collectivités : tous les rejets (pluies et eaux usées) doivent être traités et infiltrés pour ne pas perturber le cycle de rechargement des nappes phréatiques, et quand les infiltrations ne sont pas possibles l’eau doit être recyclée pour des usages non domestiques comme l’arrosage. Les rivières sont le drainage naturel des sols et elles sont caractérisées uniquement par leurs sources, tous les apports supplémentaires (ruissellements, fossés et rejets de station d’épuration) amplifient le drainage naturel donc assèchent les nappes phréatiques et polluent.

Laurent Denise

Principes et intérêts du semis direct

https://open-library.cirad.fr/files/2/553__Volume_1_final.pdf

Dans un écosystème naturel comme la forêt, le sol n’est jamais perturbé et il est protégé en permanence par
un couvert végétal très diversifié, qui crée des conditions favorables (humidité, aération, température, substrat
nutritif, etc.) pour une forte activité biologique.
Plantes et organismes du sol très divers vivent en interactions, assurent une forte production de biomasse et
remplissent diverses fonctions écosystémiques comme:

  • la production de matière organique par photosynthèse, à partir de l’eau et du gaz carbonique;
  • la protection du sol et la réduction du ruissellement par le couvert végétal permanent;
  • le recyclage des élé ments nutritifs et de l’eau par les racines profondes;
  • la fixation d’azote atmosphérique par les bactéries associées aux plantes (dans les nodosités des racines de
    légumineuses ou dans la rhizosphère);
  • la minéralisation et la solubilisation des éléments nutritifs par les organismes vivants permettant une
    alimentation régulière des plantes;
  • l’enrichissement du sol en matière organique stable et la séquestration de carbone;
  • l’aération du sol par les systèmes racinaires puissants;
  • la régulation de la température du sol; et
  • l’ensemble des processus de pédogenèse avec:
  • altération de la roche mère en argiles (plus ou moins
    rapide en fonction du climat et du type de roche), par
    les systèmes racinaires puissants et leurs exsudats, les
    champignons, les micro-organismes du sol, etc.
  • fractionnement progressif par la faune des débris
    végétaux de grosse taille (ce qui les rend accessibles
    à la microflore), sous l’intervention d’une grande
    diversité trophique: gros collemboles, diptères,
    macro-arthropodes, enchytrées, petits collemboles,
    oribates, etc.
  • humification sous l’action des bactéries, la vitesse et
    les produits de cette humification variant en fonction
    de la végétation, du climat et de la microflore;
  • bioturbation (fonction indispensable à la pédogenèse,
    mixant ainsi matières minérales et matières
    organiques, permettant la formation du complexe
    argilo-humique et les processus d’agrégation du sol)
    par la faune du sol: vers de terre, fourmis, termites,
    larves de coléoptères, etc.
  • agrégation et stabilisation des agrégats par la
    faune (bioturbation, activation de la microflore), les
    champignons (par les mycélium/hyphes), les colonies
    de bactéries, les exsudats racinaires, polysaccharides,
    etc.
    Ces diverses fonctions, remplies par les plantes et
    les organismes vivants du sol, permettent d’assurer
    une pédogenèse active, et de maintenir un sol qui se
    renouvelle régulièrement. Le turnover important de la
    matière organique et des éléments nutritifs, et l’absence
    de pertes par lessivage, permettent d’entretenir de
    manière durable une forte production, même sur des sols
    à fertilité réduite. Cette production de biomasse permet
    quant à elle d’entretenir la pédogenèse. L’écosystème est
    stable et résilient.

Le sol vivant
La macrofaune et les micro-organismes jouent un rôle
fondamental dans la vie d’un sol. Ils sont indispensables à
sa formation: altération de la roche mère, décomposition
de la matière organique, processus de minéralisation et
de formation d’humus, bioturbation, etc.
Ils jouent également un rôle clef dans la formation et la
stabilité des agrégats du sol et donc de sa structure.
La microflore (bactéries, mycorhizes, trichodermes,
etc.) est aussi fondamentale pour les processus assurant
l’alimentation des plantes:

  • minéralisation de la matière organique;
  • fixation d’azote atmosphérique;
  • solubilisation des éléments minéraux par oxydation
    ou chélation, ce qui les rend assimilables par les
    plantes;
    extraction d’éléments nutritifs du sol peu mobilisables
    (modification du pH et du potentiel redox,
  • augmentation de la surface d’interception par les
    mycorhizes, etc.).
    Ils sont si importants pour les plantes qu’elles les
    stimulent par leurs exsudats racinaires, allant jusqu’à
    «relacher» par rhizodéposition 20 à 50% du carbone
    capté par photosynthèse. Certaines plantes carencées
    en phosphore par exemple peuvent, par leurs sécrétions,
    favoriser de manière préférentielle le développement de
    bactéries qui extraient le phosphore fixé dans le sol et
    le solubilisent.

Trois principes fondamentaux

  1. Minimiser la perturbation du sol et de la litière
    (pas de travail mécanique du sol).
  2. maintenir le sol couvert en permanence.
  3. Produire et restituer au sol une forte biomasse
    par associations/successions d’une diversité de
    plantes aux fonctions multiples.
  • Production et restitution au sol d’une forte biomasse.
    La biomasse est renouvelée annuellement (ce qui permet de maintenir la couverture du sol malgré la minéralisation)
    par diverses plantes (cultures et plantes de couverture) multifonctionnelles, conduites en association et/ou en
    succession et qui remplissent des fonctions éco systémiques diverses.
    L’écosystème cultivé en SCV est cependant intensifié par rapport à un écosystème naturel, pour permettre la
    production de cultures et/ou de fourrages qui sont exportés (ce qui implique en retour des apports pour restituer
    les éléments nutritifs prélevés par le système).
    Ces trois principes permettent de construire trois “piliers”:

Les trois “piliers” du semis direct sur couverture végétale

  1. Le premier “pilier” des SCV, est donc la couverture
    végétale permanente du sol (alimentée par une forte
    production de biomasse, et non perturbée en l’absence
    de travail du sol). L’épaisse litière ainsi constituée protège
    le sol et modifie la dynamique de la matière organique, de
    l’eau et des éléments nutritifs;
  2. Le deuxième “pilier” des SCV est constitué par la
    diversité des plantes (associées ou en succession dans les
    systèmes SCV selon le troisième principe) qui remplissent
    de multiples fonctions. Elles assurent en particulier la
    production de biomasse aérienne (alimentation de la
    litière) et racinaire (exploration d’un important volume de
    sol, production de biomasse souterraine, restructuration
    du sol, mobilisation et recyclage des éléments nutritifs,
    etc.)
  3. Le troisième “pilier” des SCV est la forte activité
    biologique du sol (faune et microflore), rendue possible
    par les deux premiers “piliers” qui alimentent le sol en
    matière organique et favorisent le développement des
    organismes, en:
  • restructurant et aérant le sol par les systèmes
    racinaires puissants;
  • maintenant l’humidité (faible ruissellement,
    forte infiltration et stockage, évaporation limitée)
    et tamponnant les températures par la couverture
    végétale;
  • fournissant un substrat énergétique: la matière organique fraîche (au niveau de la litière en décomposition
    et des racines après la mort des plantes) et les exsudats (sucres, hormones, enzymes, etc.) émis par les
    jeunes racines.
    En retour, cette forte activité biologique contribue à améliorer et stabiliser la structure du sol (structuration et
    stabilisation des agrégats du sol par la macrofaune, les champignons du sol, les colonies de bactéries, etc.).
    Elle est essentielle dans la genèse des sols et joue un rôle fondamental dans les cycles des éléments nutritifs,
    aussi bien au niveau de la litière (cycle de la matière organique: minéralisation, humification et séquestration
    de carbone, accumulation d’azote organique ; solubilisation des éléments nutritifs par oxydation ou chélation)
    que du complexe absorbant (nature des bases et rétention). Elle renforce le deuxième “pilier” (les plantes
    multifonctionnelles) qui alimente le premier (la litière). Ces trois “piliers” (couverture végétale/litière + plantes
    multifonctionnelles/racines + activité biologique associée) se renforcent mutuellement. Ils permettent aux SCV,
    par leur nature et leur quantité sans cesse renouvelées (biodiversité fonctionnelle), de remplir des fonctions
    multiples et complémentaires, communes à tous les SCV mais d’intensité variable en fonction des systèmes et de
    leurs conditions de réalisation (qualité et quantité de la biomasse produite et restituée au sol).

La couverture végétale / litière
La couverture végétale du sol/litière est fondamentale
pour le bon fonctionnement des SCV.
Elle doit être maintenue aussi totale que possible, de
manière aussi continue que possible.
Elle est composée des résidus de récolte auxquels
s’ajoute la matière sèche, souvent prépondérante en
quantité et en biodiversité, provenant des plantes
associées à la culture principale ou pratiquées en
succession annuelle.
Elle peut être difficile à maintenir dans des conditions
climatiques exceptionnelles, qui peuvent limiter
fortement la croissance des plantes.
Elle peut à l’inverse être très épaisse, composée parfois
des résidus de biomasse issus de plusieurs années
successives, en fonction de la quantité et de la qualité
de la biomasse et des conditions climatiques.
Cet approvisionnement régulier et ce maintien
en permanence d’une couverture végétale, sans
perturbation du sol, distinguent les SCV de la plupart
des techniques parfois regroupées sous le vocable
d’agriculture de conservation, dont les Techniques
Culturales Simplifiées (TCS).

la suite avec ce lien : https://open-library.cirad.fr/files/2/553__Volume_1_final.pdf

Piéger le carbone dans le sol : ce que peut l’agriculture

REGARD D’EXPERT 8 novembre 2023

Il est là, sous nos pieds : le sol. On le regarde à peine, pourtant c’est sous la terre que sont stockées les plus grandes quantités de carbone des écosystèmes terrestres. Les sols peuvent jouer un rôle substantiel pour réduire les concentrations de gaz à effets de serre dans l’atmosphère. Via la préservation des stocks importants de carbone souterrain, d’une part, mais aussi par la restauration des terres dégradées notamment grâce à certaines pratiques agricoles, qui permettent de piéger davantage de carbone sous la terre, voici comment.

On trouve trois fois plus de carbone dans les sols que dans l'atmosphère © Cirad, R. Cardinael
On trouve trois fois plus de carbone dans les sols que dans l’atmosphère © Cirad, R. CardinaelOn trouve trois fois plus de carbone dans les sols que dans l’atmosphère © Cirad, R. Cardinael

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Rémi Cardinael
Cirad, Zimbabwe
​​​​​

Dans notre vie quotidienne on le regarde à peine, et pourtant, il ne s’agit rien de moins que du plus grand stock de carbone des écosystèmes terrestres. Ce palmarès ne revient en effet pas aux forêts, ni à l’atmosphère, mais bel et bien aux sols. On trouve environ 2400 milliards de tonnes de carbone dans les deux premiers mètres de profondeur sous la terre, soit trois fois plus que ce que l’on trouve dans l’atmosphère.

À l’heure du dérèglement climatique et de la nécessité absolue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, cette impressionnante capacité des sols à stocker du carbone laisse songeur. Si les sols ne pourront bien entendu pas à eux seuls faire baisser drastiquement les concentrations de gaz à effets de serre dans l’atmosphère qui sont responsables du réchauffement climatique, ils peuvent néanmoins jouer un rôle substantiel, via la préservation des stocks importants de carbone souterrain, mais aussi via la restauration des terres dégradées notamment grâce à certaines pratiques agricoles, qui permettent de piéger davantage de carbone sous la terre.

Comment le carbone entre dans les sols

Tout commence par la photosynthèse : au cours de celle-ci, les plantes fixent du dioxide de carbone (CO2) atmosphérique au sein de chloroplastes, de petits organites cellulaires riches en chlorophylle. Le CO2 est associé à des molécules d’eau (H20) grâce à l’énergie solaire, et produit ainsi des glucides (molécules riches en carbone) et de l’oxygène (O2). Une partie de ce carbone capté par la plante arrive directement dans le sol via les racines des végétaux, à la fois par l’exsudation racinaire et par le renouvellement des racines fines.

Du carbone peut également entrer dans les sols lorsque les feuilles mortes d’une plante tombent, ou quand les résidus de culture sont laissés sur le champ. Une fois tombées, ces feuilles mortes riches en carbone tapissent le sol, se décomposent, sont ingérées par des bactéries, champignons ou vers de terre et finissent par se transformer en matières organiques des sols. Des animaux peuvent également accélérer ce processus de transfert du carbone dans le sol par exemple, les termites champignonnistes, qui transportent des résidus de végétaux dans leurs termitières où une symbiose avec des champignons leur permet de les rendre plus assimilables pour celles-ci.

Certaines régions et écosystèmes possèdent des stocks de carbone des sols très importants. C’est le cas par exemple des régions boréales, où des stocks énormes sont préservés dans le permafrost mais aujourd’hui menacés par le réchauffement climatique. Dans les régions tropicales, la productivité importante des écosystèmes notamment forestiers, ainsi que des sols très profonds, expliquent aussi les stocks importants observés.

L’enjeu principal pour tous ces écosystèmes riches en carbone tels que les forêts, les zones humides, les mangroves ou encore les prairies permanentes est le maintien de ces stocks plus que leur augmentation, car ce carbone est considéré comme irrécouvrable à l’échelle humaine. Cela passe par un arrêt de la déforestation et de la conversion des écosystèmes en terres cultivées. En moyenne, 25 % du carbone du sol est perdu lorsque des forêts ou des zones humides sont converties en terres cultivées, parfois plus. Sur les terres agricoles, certaines pratiques permettent de séquestrer plus de carbone dans les sols. Généraliser leur utilisation est un des objectifs de l’initiative baptisée « 4 pour 1000 » lancée à l’occasion de la COP21.

Quelles pratiques agricoles augmentent le stock de carbone des sols ?

De nombreuses pratiques permettent d’augmenter les stocks de carbone des sols agricoles, comme l’agroforesterie, les couverts intermédiaires, ou encore les amendements organiques. Parmi les solutions souvent mises en avant, trois reviennent régulièrement. La première est le non-labour ou la réduction du travail du sol. Cette technique consiste à semer les cultures sans que l’intégralité du champ n’ait été travaillée ou labourée, au préalable. Cette pratique permet de réduire l’érosion du sol, de ralentir la décomposition des matières organiques par une moindre oxygénation du sol, de préserver sa biodiversité (notamment les vers de terre).

Prélèvement de sol au Zimbabwe dans une parcelle agricole avec des résidus de maïs (paillis) appliqués à la surface après la récolte © Cirad, R. Cardinael
Prélèvement de sol au Zimbabwe dans une parcelle agricole avec des résidus de maïs (paillis) appliqués à la surface après la récolte © Cirad, R. Cardinael

La deuxième pratique promue est celle de la couverture permanente des sols, soit avec des paillis issus des résidus de culture laissés sur le champ, soit par des couverts végétaux vivants entre les différentes cultures. Cette couverture des sols les protège contre l’érosion notamment hydrique, permet de fixer du carbone tout en étant bénéfique pour la faune du sol (bactéries, champignons, lombrics…).

La troisième technique promue est celle de la diversification des cultures, soit en rotation, soit en association. Cette diversification permet de limiter le développement des bioagresseurs et maladies des plantes, mais aussi d’augmenter la productivité des parcelles cultivées notamment grâce à des effets précédents des cultures. Par exemple, une légumineuse (pois, haricot, arachide, féverole, luzerne…) dans la rotation va fixer de l’azote de l’air et le rendre disponible dans le sol pour la culture suivante, favorisant ainsi sa croissance. Une meilleure productivité des cultures permet d’avoir plus de carbone fixé sur la parcelle, et donc plus de carbone dans les sols, notamment via les racines des cultures.

Ces trois pratiques correspondent aux trois piliers de ce que l’on appelle « l’agriculture de conservation ». Ces pratiques deviennent réellement efficaces pour augmenter le carbone des sols lorsqu’elles sont associées. Pratiquées seules, elles n’ont parfois que peu ou pas d’impact. C’est notamment le cas du non-labour seul, qui peut avoir un effet positif sur le carbone des sols dans certains contextes mais pas dans d’autres. La communauté scientifique a mis du temps à s’en rendre compte car les travaux se sont d’abord surtout focalisés sur les premiers centimètres du sol qui, sous l’effet du non-labour, avaient effectivement une plus forte teneur en carbone.

Mais cela s’accompagnait parfois d’une réduction du carbone du sol dans les couches plus profondes par rapport à des systèmes labourés où le carbone du sol est homogénéisé sur 20 ou 30 cm de profondeur. Le non-labour a donc, dans certains cas, surtout un effet sur la redistribution du carbone dans le profil de sol, sans nécessairement conduire à une augmentation nette du stock sur son ensemble, ce qui est nécessaire quand on s’intéresse à l’atténuation du changement climatique. Une synthèse récente de travaux menés en Afrique subsaharienne suggère que seule la combinaison des trois piliers de l’agriculture de conservation permet d’augmenter significativement les stocks de carbone des sols, la réduction du travail du sol seule étant inefficace.

Quels résultats au Zimbabwe et au Cambodge ?

Pour bien comprendre les bénéfices de ces trois pratiques quand elles sont associées, il est crucial d’avoir des expérimentations sur le long cours. Il faut en effet compter en moyenne 5 à 10 ans pour qu’une variation de stock de carbone du sol soit détectée de façon significative.

Au Cambodge, le Cirad et le ministère de l’agriculture du Cambodge ont démarré des expérimentations il y a quatorze ans, sur des systèmes à base de manioc, une culture couvrant près de 700 000 hectares dans le pays et principalement destinée à l’exportation pour produire de la farine pour l’alimentation animale.

En couplant le non-travail du sol et du semis direct, la couverture permanente des sols avec des couverts végétaux, et la rotation des cultures avec du maïs, nous avons pu noter une hausse importante de carbone dans les sols, avec des taux d’accumulation du carbone de l’ordre de 0,7 à 0,8 tonnes de carbone par hectare et par an jusqu’à 40 cm de profondeur. Le climat chaud et humide de la région permet en effet une couverture permanente des sols avec des couverts végétaux très productifs incluant des légumineuses (crotalaire, niébé) et des graminées (mil) entre la culture du manioc et du maïs, sur lesquels on sème le maïs.

Ce faisant, du carbone est fixé toute l’année par la photosynthèse, et un système racinaire très profond se développe permettant d’augmenter les stocks de carbone au-delà des premières strates du sol. Ce stockage de carbone additionnel dans le sol va continuer jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre du système soit atteint. Cet essai a vocation à être maintenu dans la durée pour estimer pendant combien de décennies un tel système permet de stocker du carbone. Une fois l’équilibre atteint, l’enjeu sera alors la préservation de ces stocks de carbone par le maintien des bonnes pratiques de gestion des sols. Bien gérer les sols suppose une gestion sur la durée plutôt que par à-coup.

Au Zimbabwe, dans un contexte totalement différent, avec une saison sèche de sept mois et une saison des pluies de cinq mois, nous avons voulu également mesurer l’efficacité de ces pratiques couplées sur le long terme. Nous disposons pour cela d’un essai mis en place par nos collègues du Centre International d’Amélioration du Maïs et du Blé il y a dix ans dans un système bas-intrant avec pour culture principale le maïs. Nous avons pu mesurer les stocks de carbone du sol des différentes pratiques, seules ou associées : des champs avec du travail du sol, des champs sans travail du sol, avec ou sans résidu de culture du maïs (paillis), et avec ou sans rotation avec le niébé, une légumineuse.

Encore une fois, les résultats montrent que le non-travail du sol seul ne peut pas grand chose, il induit même une légère perte de carbone du sol par rapport à un travail du sol. Cela est expliqué sur ce site par la plus forte compaction du sol quand celui-ci n’est pas travaillé, les racines donc ont du mal à se développer. De plus, la pluie pénètre moins bien et ruisselle sur le sol, ce qui entraîne des stress hydriques sur le maïs. Au final, le maïs se développe beaucoup moins bien dans ces systèmes, il y a donc moins d’apport de carbone au sol par les racines, ce qui se traduit par une perte de carbone des sols.

En revanche, les champs sans travail du sol avec un paillis de résidus de culture de maïs de la saison précédente et une rotation des cultures permettent eux d’augmenter les stocks de carbone, avec, cependant, un effet limité à l’horizon de surface. On observe cependant une augmentation nette du stock de carbone car aucune perte de carbone en profondeur n’a été observée.

Quels obstacles au développement de ces pratiques ?

Carottage de sol au Zimbabwe dans un essai de longue durée en agriculture de conservation des sols afin de quantifier les stocks de carbone organique © Cirad, R. Cardinael
Carottage de sol au Zimbabwe dans un essai de longue durée en agriculture de conservation des sols afin de quantifier les stocks de carbone organique © Cirad, R. Cardinael

Si ces résultats sont prometteurs, ces pratiques ne sont pour autant pas toujours faciles à mettre en place. Au Zimbabwe, par exemple, une contrainte majeure apparaît. Les systèmes agricoles sont des systèmes de polyculture-élevage à bas-intrant (peu de fertilisation minérale, peu ou pas de mécanisation). À la récolte, seuls les épis de maïs sont récoltés, à la main, et les tiges de maïs restent debout dans le champ. Celles-ci serviront de nourriture au bétail pendant la saison sèche où les vaches viennent pâturer directement dans les champs, après avoir vagabondé dans les forêts et zones communales pendant la saison humide.

Il y a donc une compétition d’usage pour les résidus de maïs, pour nourrir le bétail ou pour couvrir les sols. Certains agriculteurs installent des clôtures afin que le bétail ne vienne pas manger les résidus durant la saison sèche, ce qui a un coût. D’autres les récoltent et les entreposent en hauteur, à l’abri des bêtes, et apportent le paillis à l’approche de la saison humide. Cela suppose toute une organisation, du temps et de l’énergie supplémentaires. Dans les deux cas, il faut également trouver une source d’alimentation alternative pour le bétail.

Sur ces terrains comme sur d’autres, l’intérêt de ces pratiques pour les agriculteurs ne réside donc pas dans la séquestration de carbone dans les sols et de son impact sur l’atténuation du changement climatique. Ces techniques sont surtout plébiscitées pour leur impact positif sur la fertilité des sols et la productivité des cultures qui en découle, en réduisant le risque d’érosion, en améliorant la disponibilité des nutriments mais aussi en permettant de s’adapter au changement climatique à travers par exemple une meilleure conservation de l’eau. Ces bénéfices sont cruciaux et bien souvent prioritaires pour les agriculteurs du Sud Global, qui sont parmi les plus impactés par le changement climatique.

https://www.cirad.fr/les-actualites-du-cirad/actualites/2023/pieger-le-carbone-dans-le-sol-par-l-agriculture