Fazenda Capuaba Lucas do Rio Verde MT
Traduction de la conférence 2016 à Goiana de l’agronome José Eduardo de MACEDO
Fazenda Capuaba Lucas do Rio Verde MT
Traduction de la conférence 2016 à Goiana de l’agronome José Eduardo de MACEDO
Lucien Séguy, agronome au Cirad, est un
chercheur engagé depuis de nombreuses
années aux côtés des paysans du Sud dans la
construction, la mise en place et la diffusion des
SCV, notamment au Brésil où il travaille depuis 1978.
Que répondriez-vous à ceux qui disent que le semis direct
n’est pas une agriculture biologique ?
L.S. Ils ont raison. Ce n’est pas une agriculture bio. Mais c’est
pourtant une agriculture plus bio que celle bio ! Dans les SCV, on
remet la biologie au cœur des relations sols-cultures, elle en est le
moteur. Dans l’agriculture bio, on laboure les sols. Avec le changement
climatique, on observe depuis quelques étés des pluies de type
tropical avec des intensités extrêmement élevées. Le labour a comme
conséquence que tout le sol part dans la rivière sous une pluviométrie
comme celle là. C’est quoi cette agriculture biologique qui est capable
de perdre son sol en deux ou trois pluies ? En plus, l’agriculture bio n’a
pas toujours enlevé, disons, une enveloppe chimique. On s’est aperçu,
en traçant les produits, qu’il y avait des pesticides malgré toutes les
garanties d’un cahier des charges très complexe.
La nourriture propre n’est donc pas une garantie non plus en
agriculture bio. Il n’y a peut être pas assez de suivi dans la traçabilité
pour garantir une nourriture absolument propre. Mais surtout ce qui
me choque le plus c’est de laisser les sols qui se sont formés durant
des millénaires, à l’assaut de la première pluie. Que va-t-on faire
après ? Qu’est devenu le bio ? Le bio devrait être construit sur des sols
entièrement protégés sans externalités. Et puis, c’est sûr, il devrait
être débarrassé de toutes les molécules chimiques les plus nuisibles
à l’homme et à l’environnement. Le SCV, par rapport au bio, s’est
préoccupé, dans sa première phase jusqu’à aujourd’hui, de contrôler
complètement l’érosion et les externalités même dans les climats les
plus excessifs (où il tombe 2,5 mètres d’eau). C’est déjà relever un
sacré défi que de protéger les sols dans toutes les écologies !
Comment alors produire propre avec le SCV ?
L.S. Depuis 3-4 ans, la deuxième phase de notre travail d’équipe est
l’opération baptisée « grain propre ». Il n’y aurait pas de problèmes avec
les produits phytosanitaires s’ils étaient dégradés rapidement et si leurs
résidus, leurs molécules, n’étaient agressifs ni pour l’environnement ni
pour l’homme. Mais on sait que ce n’est pas le cas, ils sont entraînés dans
d’autres milieux comme les rivières et les nappes phréatiques. Dans les SCV,
c’est exactement l’inverse. Il existe un mécanisme d’explication intéressant
qui mériterait d’être largement repris par les chercheurs qui s’intéressent
aux mécanismes fondamentaux. Dans le SCV, les sols sont toujours sous une
couche protectrice qui fait jusqu’à 15 cm (la couverture permanente) et ne
sont jamais exposés. En Amazonie, si je mets des sondes thermométriques
dans le sol sous la forêt et dans les parcelles SCV mitoyennes, sur le même
sol, on a la même température. C’est un effet tampon de la couverture.
C’est aussi un milieu nutritif pour toute la faune qui va transformer
ces matières, les fragmenter et faciliter la minéralisation de la matière
organique. Quand on emploie des pesticides en SCV, ce sont les cultures et
la couverture végétale qui les interceptent, et non le sol ni la faune qui y
vit car, étant couvert, le sol est complètement protégé !
Deuxièmement, cette couche protectrice, si les conditions sont
adéquates, se fait littéralement digérer au bout de 2-3 mois. Or les
molécules chimiques qui ont échappé aux cultures, vont en SCV imprégner
les litières au-dessus du sol. Comme ces litières sont digérées par toute
l’activité du sol, faune et microfl ore, véritables réacteurs de transformation,
les molécules nocives le sont aussi et, peut être, n’ont alors plus aucune
nocivité. C’est là où il y a des sujets fondamentaux pour la recherche.
Qu’est ce qu’il reste ensuite des molécules nocives ? Moi, je fais l’hypothèse
qu’il ne reste rien. C’est un système auto-épurateur. Il se nettoie tout
seul par voie biologique. Toutes les tendances que l’on a mesurées sur
ce mécanisme montrent une convergence, un début de démonstration.
Mais je vais plus loin, comme je n’en ai pas encore la totale conviction
et qu’il faudrait le démontrer sous tous les climats et tous les types de
couverture, j’enlève progressivement la chimie des systèmes SCV et j’y mets
des molécules organiques à la place tant est que l’on peut les généraliser
sur de grandes surfaces* et que leurs coûts ne sont pas supérieurs à ceux
des systèmes conduits en « tout chimique », avec des performances
équivalentes. Je commence à faire cela en France et dans d’autres pays.
Les molécules qui restent dans les grains et le sol sont ensuite analysées
par les outils de laboratoire les plus perfectionnés. J’analyse actuellement
138 molécules. Je veux être sûr que le digesteur nous débarrasse de toutes
les molécules méchantes pour l’homme et l’environnement.
La première bataille est celle de l’eau, pas celle du carbone. Si l’on
réduisait drastiquement les nitrates et les pesticides, eh bien, au bout
de 4-5 ans, les nappes seraient probablement propres. Avec les SCV, tout
est intercepté et digéré dans les couvertures. Les nitrates, hors besoins
des cultures, sont réorganisés en azote organique immédiatement. Dans
plusieurs régions de France, avec des hivers où il pleut beaucoup, il n’y
a pas de nitrates en dessous de 30 cm (mesures effectuées par diverses
chambres d’agriculture). C’est peut être la plus grande révolution apportée
par les SCV !
* La panoplie de molécules organiques actuellement ajustées dans les SCV fait appel à de l’humus
liquide pour substituer une partie des engrais, des éliciteurs pour remplacer les fongicides et stimuler
les défenses immunitaires des cultures, des dérivés du NEEM et du Bt pour contrôler les insectes
ravageurs, des complexes d’amino-acides pour traiter les semences. Tous ces produits sont issus de
biomasses renouvelables.
Les OGM ont-ils un rôle à jouer dans les systèmes SCV ?
L.S. Dès 1994, je n’ai jamais cru à l’efficacité durable des OGM RR
(résistant au round’up ou glyphosate). À cette époque, j’avais déjà écrit
que je connaissais trois plantes pour lesquelles il fallait déjà tripler les
doses de glyphosate au Brésil. Et comme c’était des dicotylédones, le
glyphosate n’était pas efficace. Il était donc prévisible que des formes
de résistance allaient donc apparaître très rapidement car j’en avais déjà
trouvé plusieurs sur un temps très court. Ce type d’OGM ne nous intéresse
pas en SCV. Ils peuvent être utiles 2 ou 3 ans, le temps que les plantes
se « retournent ». Car la nature sur ce sujet là se retourne rapidement.
Elle est autrement riche et intelligente et a des moyens prodigieux pour
se défendre. Contrôler les mauvaises herbes en injectant des gènes
de résistance au round’up ne pouvait pas tenir la route. Ça je l’ai dit
et c’est ce qui est arrivé. Ça a d’ailleurs mené à tous les abus. On dit
qu’on économise des herbicides grâce aux RR et en fait on augmente les
doses au fur et à mesure que la flore se consolide ! Et de gros accidents
existent !
Donc la réponse est claire : les OGM RR ne sont pas indispensables, ou
alors pendant 2 à 3 ans uniquement. C’est une technologie intelligente
de transition pour un temps très court. En plus, on sait aujourd’hui que le
glyphosate a des effets collatéraux terribles sur la vie biologique du sol.
Il détruit les bactéries qui réduisent le manganèse. Partout, on voit alors
apparaître des carences en manganèse. Donc d’un coté, on pense réduire
les coûts avec les OGM RR, mais de l’autre, l’expérience montre que sur
beaucoup de céréales, et sur le soja, les effets collatéraux (déséquilibres
graves de la vie du sol : développement de fusarioses, défi ciences
à carences en manganèse, utilisation excessive et non réduction
d’herbicides, etc.), sont bien pires que les avantages éphémères que
ces OGMRR procurent. L’humilité est la chose la moins bien partagée
dans le domaine de la recherche et si on avait un peu de réfl exion par
rapport à notre capacité à modifi er des environnements d’une complexité
colossale, on progresserait beaucoup plus vite, même si, c’est vrai, les
OGM sont de véritables révolutions d’un point de vue commercial.
Par contre, les OGM Bt (Bacillus thuringiensis), apparaissent plus
constants dans leur efficacité que les RR, pour le contrôle de divers
insectes ravageurs ; l’association des SCV avec des plantes OGM Bt peut
être extrêmement utile pour réduire les coûts de production de cultures
délicates très chargées en pesticides telles que le coton (12 à 18
applications de pesticides sur les cotons pluviaux de haute technologie
dans le Brésil central). Enfin, les OGM qui permettent de faire produire
des molécules biologiques indispensables à la vie humaine mériteraient
certainement d’être associées aux SCV, pour les produire moins cher et
plus propre.
Est ce-que les SCV sont possibles sous tous les climats ?
Quelles sont les limites techniques des SCV ?
L.S. Oui, complètement ! Les SCV sont même possibles sous des climats
où on ne faisait pas d’agriculture avec les systèmes traditionnels. À part
sur les permafrosts (sols gelés en permanence) de Sibérie ou les déserts
du Sahara ! Ils sont possibles dans toute la zone actuelle mondiale où il
existe de l’agriculture, dans tous les pays, même là où on produit peu ou
avec beaucoup d’intrants. Tous les schémas sont possibles ! Grâce à eux,
on peut aujourd’hui cultiver des environnements que l’on ne pouvait pas
aborder avec des techniques traditionnelles du fait de leur sensibilité vis-
à-vis de l’eau ou d’excès climatiques quelconques. Les SCV protègent en
effet le sol, servent de tampon pour la température et les climats agressifs
et régénèrent la fertilité sous culture.
Est ce que les compétitions entre les cultures principales
et les plantes de couverture ne constituent pas un frein
important à la mise en place des SCV ?
L.S. Dans des SCV qui sont bien montés, il ne devrait pas y avoir de
compétition cultures principales / plantes de couverture. C’est le rôle des
essais, de la recherche en amont. On a créé les systèmes de telle manière
qu’il n’y ait pas de compétition entre les espèces soit en faisant des semis
décalés, soit en choisissant des plantes de couverture qui n’ont pas les
mêmes exigences hydriques et nutritionnelles et qui ne vivent pas au
même niveau dans le profi l cultural. Il faut appréhender les SCV comme
un système : valoriser le système dans son ensemble et ses modes de
fonctionnement plutôt qu’une seule culture. On a affronté tous les climats
possibles, on a triplé les productions… Si c’est bien maîtrisé, c’est que
c’est bien compris ! On connaît les lois qui régissent le fonctionnement
de ces systèmes et ils fonctionnent partout. C’est la démonstration qu’il
y a un côté universel dans ces lois d’application. C’est la seule technique
au monde qui permette aujourd’hui de cultiver de manière intensive
(expression du potentiel de production plus élevé et diversifi é) tout en
augmentant l’activité biologique et la matière organique sans apport
exogène de cette dernière.
Quelles sont les limites techniques des SCV ?
L.S.Elles dépendent uniquement de la capacité intellectuelle et
pratique des gens à imaginer et créer des innovations technologiques et à
les faire progresser. Depuis le début, les SCV ne font que progresser dans
leurs propriétés, leur capacité à produire durablement et leurs avantages.
Actuellement, l’opération « grain propre » intéresse la société civile car le
consommateur veut manger propre. On pourrait imaginer une traçabilité
derrière. L’étape suivante serait alors de voir si des collaborations seraient
possibles avec des hypermarchés du fait que ces produits sont différents,
sans résidus toxiques. Commercialement, ça tiendrait la route et les prix
différenciés pourraient être répercutés chez les producteurs !
À qui s’adressent les SCV ?
L.S. Les SCV s’adressent à l’agriculture, à toutes les formes d’agriculture.
Les SCV ne sont pas réservés aux grandes exploitations agricoles. Quelque
soit le cas de figure, ce sont des phénomènes colossaux d’érosion sous des
climats bien plus agressifs que les nôtres qui ont déclenché le changement
de techniques culturales. Les SCV sont actuellement mis au point pour tous
les types d’exploitation. Avec l’expérience que nous avons à Madagascar
et en Asie, on pourrait créer des milliers de systèmes. Pour l’instant, on a
créé 50 ou 60 systèmes différents. Un des grands succès de l’agriculture
traditionnelle primitive dans tous les pays du monde a été d’associer
plusieurs plantes entre elles. Cela permet de répondre à différents types
de variabilité économique. C’est donc un milieu tamponné qui répond à
un niveau moyen de production stable. Ces principes là, les agriculteurs
les connaissent. Il est alors plus facile, de par la tradition des petites
agricultures paysannes qui procèdent par biodiversité dans des espaces
limités, de monter des systèmes SCV dans ce contexte là plutôt que dans
celui de la monoculture dominante des grandes exploitations mécanisées.
D’ailleurs l’un des gros écueils techniques dans ces dernières a été de
récolter toutes les plantes ensemble de façon mécanisée. Cela crée des coûts
supplémentaires. C’est exactement ce que l’on ne veut pas engendrer dans
le contexte actuel ! Même avec des machines, les SCV permettent de sortir
de la monoculture (on ne peut pas faire de SCV en monoculture). On a ainsi
ramené un regain de biodiversité dans les agro-systèmes. Mais pour créer
tous ces systèmes dans des écologies et des contextes socio-économiques
différents, il faut avoir une démarche de naturaliste pour pouvoir apprécier
sous toutes ses formes (quantitatives, qualitatives, socio-culturelles) les
transformations des milieux physiques et humains qu’engendrent les SCV
dans leur évolution. Actuellement, nous sommes déconnectés de la nature
et il est urgent de remettre des naturalistes dans la nature car tout notre
avenir va en dépendre !
Quels sont les freins à leur diffusion
dans les pays développés ?
L.S. Il y a beaucoup d’arguments suivant les régions, les mentalités.
Pour un pays développé comme la France, je dirais en premier que la
France, comme l’Europe d’ailleurs, vit dans un nid douillet qu’on essaie de
maintenir. Dès 1992, je faisais des conférences disant aux agriculteurs qu’ils
allaient perdre leur système de primes. Ils ne me croyaient pas. Mais on y
vient ! Alors que des agriculteurs auraient tendance à abandonner, d’autres
ont décidé de préparer l’après PAC et cela depuis longtemps. D’abord
en réduisant leurs coûts intrants et en les appliquant de manière plus
raisonnée, puis en cherchant à réduire leurs coûts de mécanisation. Le SCV
est à la croisée de ces préoccupations et son adaptation par des agriculteurs
français comme J.C. Quillet* depuis 1994 a transformé les perspectives
de leurs exploitations : meilleure rentabilité fi nancière, régularité des
rendements, réduction des impacts négatifs sur l’environnement…
De manière générale, les subventions sont plutôt un frein à la
diffusion des SCV en France. Les contraintes peuvent être aussi liées à
une organisation inexistante pour réaliser le changement, à l’absence
de démonstration durable, pérennisée en amont avec une antériorité
suffi sante, etc. Et enfi n, je dirais que la maladie de ce début de siècle
est le manque d’action et d’engagement ! Le chemin de la démonstration
et des changements technologiques, c’est un engagement. On peut alors
prendre des risques majeurs. Il faut arrêter de parler et il faut agir ! Chaque
fois que l’on est protégé de tout, cela fi nit forcément mal. La vie n’est pas
comme ça.
Quelle perception ont les agriculteurs du changement de
message technique préconisé par les développeurs ?
Comment se passe ce changement de paradigme ?
L.S. C’est une question multi-facettes. Au Brésil par exemple, où les
exploitants sont jeunes (28 à 45 ans en majorité), ils sont ouverts au
changement. On a créé des associations de producteurs immédiatement.
Les gens ont l’avenir devant eux. Ils regardent devant eux là bas ! Cela aussi
c’est une donnée importante. En général, quand les gens sont contraints,
il y a changement. C’est quand ça va mal, que les choses vont très vite.
Parfois, en 1 an il faut qu’ils changent. Ils n’ont pas de crédits, que
peuvent-ils faire alors comme techniques pour survivre ? Les moins chères
d’abord ! C’est par cette porte que les SCV sont rentrés : par leurs qualités,
leurs économies sur les coûts de production et par leur facilité d’exécution.
Alors, les agriculteurs changent même s’ils ne sont pas pleinement
convaincus au début. Par contre, l’Europe va mal car nous sommes dans un
nid douillet, que nous avons tout ce qu’il nous faut et que nous pensons
que c’est éternel.
Que devrions nous faire pour que les SCV soient reconnus dans
les politiques nationales en France et en Europe en général ?
L.S. L’approche française devrait être :
1. D’abord intéresser et convaincre les élus. Les résultats actuels chez les
agriculteurs pionniers du SCV en France sont solides, établis, souvent
spectaculaires et reproduits dans beaucoup d’écologies en France. Des
économies sont réalisées : on ne pollue plus, les routes ne sont plus
endommagées par le ruissellement superfi ciel… On pourrait supprimer
rapidement 40% des primes actuelles !
2. Il faudrait aussi suggérer aux politiciens au plus haut niveau d’utiliser
les primes actuelles (ou en partie) avant leur suppression imminente,
pour aider au changement technologique. Une mesure concrète serait
d’attribuer les primes pour la conversion au SCV. Ce serait une bonne
incitation et l’agriculteur aurait alors moins peur. En effet, la peur «
d’essuyer les plâtres » lors de cette reconversion constitue le frein
principal à la diffusion du semis direct.
3. Pour informer et former les agriculteurs, il faut mettre en place des
plateformes pérennisées avec comparaison entre SCV et système de
culture conventionnel. Ces plateformes devraient d’ailleurs être payantes
pour les visiteurs. Cela financerait le surcoût nécessaire pour monter ces
petites unités régionales.
Y-a-t-il eu des progrès réalisés dans la prise
en compte des SCV dans les politiques des pays pilotes ?
L.S. Au Brésil, c’est évident : les restructurations économiques
successives ont conduit rapidement à promouvoir le semis direct grâce à
la réduction des coûts de production qu’il procure et qui a permis de hisser
l’agriculture brésilienne dans la mondialisation sans subventions. C’est
d’ailleurs allé plus loin que ça. Une dynamique intelligente d’associations
de semis direct pilotée par une fédération nationale très dynamique a
colonisé tout le pays. Dans les années 90, il a été demandé à l’EMBRAPA
(recherche brésilienne) au cours d’un grand événement (auquel assistaient
chercheurs, multinationales, ministres, associations) de s’intéresser au
semis direct comme un sujet majeur, prioritaire ! La recherche était, sur
ce thème, à la remorque du développement ! Ça a bougé tout de suite !
La recherche peut être parfois plus résistante au changement que les
agriculteurs ! À Madagascar et au Laos par exemple, pays représentatifs des
petites agricultures familiales, les SCV sont pris en compte dans les grandes
lignes d’action du gouvernement. C’est inscrit dans les directives générales
principales des politiques agricoles nationales.
« grâce aux SCV, on peut aujourd’hui cultiver des environnements que l’on ne pouvait pas aborder avec des techniques traditionnelles »
Lucien Séguy
Document obtenu sur le site http://agroecologie.cirad.fr
Comment couvrir les sols en SCV malgré la sécheresse ……!!
Vidéo qui met en regard les capacités d’infiltration des sols et l’intensité des précipitations, afin de comprendre ce qui est important dans les phénomènes de ruissellement (et de sécheresse).
https://agritrop.cirad.fr/598156/1/Martin_Jos%C3%A9_agriculture-de-conservation_contreforts.pdf
Par M. José Martin :
Cirad_ien, quasiment en pré-retraite à
Montpellier, José Martin a bossé sur coton,
arachide et canne à sucre en Afrique, Amérique
du Sud et à La Réunion, sans abandonner le
contrôle des adventices à l’intendance des
projets de R-D et sans occulter le problème de
l’érosion des sols, trop souvent relégué en angle
mort de nos approches
Dans leur dossier très complet sur
l’agriculture de conservation et
régénération des sols (ACS), les
enseignants-chercheurs
agrotoulousains Jean-Pierre
SARTHOU et Ariane CHABERT
(TCS n° 109) considèrent qu’il
conviendrait de décrire sous un autre
angle les trois piliers conceptuels de
l’ACS (photos n°1). Au moins dans le
cas des systèmes « aboutis », c’est-à dire stabilisés après une période de
transition plus ou moins longue et se
bonifiant en régime de croisière ; en
insistant d’abord sur les deux piliers
d’addition (davantage de biomasse à
recycler en couverture des sols
vivante ou morte – et davantage
d’agrobiodiversité dans les rotations
et assolements, incluant cultures marchandes et de service) ; sans pour autant occulter
l’importance du seul pilier de soustraction, « traditionnellement » cité en premier, celui du
NO-TILL c’est-à-dire du renoncement au travail du sol (avec remisage des charrues et des
pulvériseurs à disques). En effet, la régénération des sols par les systèmes ACS dépend
directement des piliers d’addition : les systèmes ACS aboutis génèrent de l’auto-fertilité et
de multiples services écosystémiques. Point de bonification à attendre sans augmentation du
volant de la phytomasse en jeu et de sa diversité ; ainsi, le système de culture devient plus
performant et efficient en production de denrées agricoles mais aussi en production de sols
vivants.
La suppression du travail du sol ne suffit pas à bonifier les
sols
Le questionnement de Jean-Pierre SARTHOU et Ariane CHABERT sur la hiérarchie entre piliers
conceptuels rejoint une préoccupation qui minait Lucien SEGUY, cet « agronome du génie
végétal » (TCS n°108), lorsqu’il déplorait « la symphonie inachevée du semis direct » au Brésil
https://agritrop.cirad.fr/546845/ (https://agritrop.cirad.fr/546845/) ou ailleurs : des couverts s’ils
sont trop maigres ou fugaces, des rotations trop courtes proches de la monoculture, sont
insuffisantes à bonifier les sols ; préoccupation d’ailleurs partagée par d’autres figures plus
académiques du semis direct au Brésil. La suppression du travail du sol ne suffit donc pas à
bonifier les sols. Les statistiques mondiales sur les surfaces en agriculture de conservation, qui
reposent essentiellement sur le pilier soustractif du no-tillage, recouvrent de facto une énorme
variabilité sur l’importance relative des deux piliers additifs, piliers parfois réduits à de maigres
baguettes sans magie et sans pouvoir bonifiant.
La définition trinitaire de l’ACS universellement reconnue par la FAO depuis le début des
années 2010 provient de la définition conceptuelle du SPD « sistema plantio direto »
brésilien en tant que « système » consensuellement adoptée une vingtaine d’années auparavant
par l’EMBRAPA (recherche agronomique fédérale brésilienne), l’IAPAR (recherche
agronomique de l’état du Paraná) et autres organismes de recherche, sur une proposition du
même Lucien SEGUY : le détail de cette genèse n’est cependant pas bien rapporté dans la
littérature historique sur l’ACS, ni même dans la littérature brésilienne sur le SPD, mais cela fut
pourtant relaté ainsi, verbalement, par le Dr Luis C. HERNANI de l’EMBRAPA – j’en fus un
témoin direct – en octobre 1999 à l’Université Fédérale de la Grande Dourados, Mato Grosso du
Sud, Brésil, lors d’un cours de phytotechnie cotonnière destiné à des professionnels de la filière
coton à titre de formation continue.
La définition du SPD fut adoptée à la charnière des années 1980-90 par les chercheurs
brésiliens a posteriori de sa mise en pratique par bien des agriculteurs à un moment où de
facto « l’intendance suivait » en matière d’agromécanique et d’agrochimie. En effet,
plusieurs entreprises brésiliennes fabriquaient déjà des semoirs de semis-direct de haute
technologie ; des herbicides nationaux étaient déjà produits sous licence : notamment du
glyphosate depuis 1984 dans le sillage du paraquat qui lui précéda comme désherbant total non
systémique, ainsi que de nombreux herbicides sélectifs des principales cultures. Ces prérequis
techniques – constamment améliorés – étant dès lors considérés comme acquis, l’effort dans les
cercles plus académiques pouvait se concentrer sur la formalisation conceptuelle : acter le
changement de paradigme cultural et culturel ; soit : renoncer (soustraction) aux lits de semence
finement émiettés et préparés en plein sur les grandes largeurs, adopter (addition) les semis sur
des sillons discrètement et proprement ouverts dans des litières grossières et adopter également
(addition) des cultures non marchandes de plantes de couverture intercalées entre – ou associées
avec – des cultures marchandes en rotation. Autrement dit, les trois piliers du SPD pouvaient être
érigés sans se soucier des contreforts agromécaniques et agrochimiques désormais garantis et en
amélioration constante.
L’agriculture « paillarde » !
Tel n’était absolument pas le cas dans l’état du Paraná des années 1960-70 au sud du Brésil,
en cours de déboisement intense pour la production de grains (réforme des caféières et
déforestation encouragée par le gouvernement) et dès lors soumis annuellement à un intense
travail du sol moto-mécanisé par des producteurs issus de l’émigration européenne. Cependant,
avec leur climat subtropical à pluies violentes et leur topographie vallonnée (paysage de coteaux,
comme dans le Gers), ces producteurs velléitaires engagés à fond dans l’agriculture moderne
façon révolution verte furent très vite confrontés à de sérieux problèmes d’érosion des sols. Il
fallut cette nuit de violent orage de 1971 où celui qui allait devenir le tout premier des
pionniers brésiliens du SPD, catastrophé par la dévastation de ses semis de soja, comprit –
tournant radical – qu’il fallait cesser d’écorcer et écorcher le sol et cesser de l’exposer à
l’agressivité des intempéries ; il acquit cette nuit-là la conviction que pour conserver un sol, il
faut en préserver la couverture et la cohésion en évitant de le dénuder et de l’émietter ; en fait, le
protéger en le gardant couvert avec les résidus de la récolte précédente et – in fine – se résoudre
et s’ingénier à semer directement dedans. C’était le très regretté, affable et amical HERBERT
BARTZ dont le décès récent (le 29 janvier 2021 à presque 84 ans) a endeuillé toute la
communauté des « clubes dos amigos da terra » (clubs des amis de la terre) et de la puissante
FEBRAPDP Fédération Brésilienne de Semis Direct sur la Paille (https://febrapdp.org.br/
(https://febrapdp.org.br/)), communauté gravitant autour du ver de terre « a minhoca » promu en
mascotte. Semis direct sur la paille, paillis ou paillasse, qu’on pourrait traduire – stricto sensu –
par « agriculture paillarde » !
Forcé de s’engager et persévérer dans la voie du sans labour
Ce germano-brésilien né au Brésil, élevé en Allemagne où il connut la faim et le froid et survécut
au bombardement de Dresde, revint au Brésil en 1960 pour s’engager en agriculture sur les terres
acquises par son père, alors qu’il n’avait travaillé que dans la petite entreprise familiale de
démolition (des dégâts de la guerre) et venait de s’inscrire à Aachen en faculté de génie
civil /hydraulique ! Il se documenta alors sur l’agriculture et découvrit in libris les notions
d’engrais verts et de « minimum tillage » ou « optimum tillage » qui n’étaient pas encore passées
dans les pratiques agricoles. Ces techniques étaient expérimentées en Angleterre et
commençaient à être pratiquées aux USA à la faveur dans les années 1950 du lancement par la
firme anglaise ICI (Imperial Chemical Industries) du paraquat, premier désherbant total sans effet
résiduel valant alternative à l’effet nettoyant des labours (notion de labour chimique). Ces
techniques commençaient aussi à être travaillées par la recherche brésilienne dans le Paraná près
de chez lui à Londrina avec l’ingénieur de la coopération technique allemande Rolf DERPSCH.
C’est ainsi qu’après cette terrible dévastation orageuse, à 34 ans, Herbert BARTZ va rencontrer
Rolf DERPSCH et les représentants de la firme britannique ICI ; il résout de voyager en
Angleterre et aux USA, s’endette sur plusieurs années pour payer son voyage. En 1972 il visite
en Allemagne une foire agricole, en Angleterre des réalisations expérimentales ICI encore
insuffisamment convaincantes (station de Fernhurst) mais découvre aux USA des réalisations
fermières vraiment convaincantes car déjà déployées à échelle commerciale. En effet, par
l’entremise d’ICI il rencontre aux USA Shirley PHILIPS, vulgarisateur universitaire, qui
l’accompagne chez Harry YOUNG Jr., un agriculteur pionnier à Herdon (Kentucky) : rencontre
déterminante, il arpente avec eux de beaux maïs cultivés sans labour sur résidus de récolte et
découvre en action le semoir ayant permis cet exploit, un ALLIS-CHALMERS dont il
s’empresse de commander un exemplaire en configuration maïs et soja (photo 3b) sans savoir
comment il s’arrangera pour le payer. De retour au Brésil, coup de malchance, le front froid
hivernal remonte très haut et son blé gèle sur pied : à court d’argent il décapitalise en vendant du
matériel agricole, dont ses outils de travail du sol et se retrouve ainsi forcé de s’engager et
persévérer dans la voie du sans labour : élément de méthode non intentionnel ou
rétrospectivement coup de pouce du destin ?
De la persévérance il lui en fallut, pourtant, et sur plusieurs années, car malgré le paraquat
appliqué au semis, l’enherbement greva sévèrement le rendement de sa première récolte de soja
sans labour, qu’il faillit de surcroît ne pas pouvoir vendre, à cause du paraquat que faute de
solutions alternatives il appliqua aussi par endroits en dirigé entre les rangs, non sans effets
collatéraux. L’année suivante, faute d’herbicides sélectifs du soja disponibles au Brésil, il en fit
venir à travers le Paraguay, situation qui dura encore une paire d’années avant la libération au
Brésil d’herbicides soja d’abord de pré-levée puis enfin de post-levée en 1977. Avancée
décisive : les rendements décollèrent, la restitution au sol par les racines et les résidus
aussi ! Heureusement qu’il était sur les meilleurs sols du pays (même si acidifiés et carencés en P
et K), formés sur d’anciennes coulées basaltiques, le « filet mignon » des terres brésiliennes au
dire des brésiliens, les « sols ‘chocolat’ » au dire de Lucien Séguy. Sans quoi, l’entreprise aurait
probablement sombré.
Pour semer le blé dans les résidus de soja, d’abord peu abondants et assez labiles, et dans ceux
de maïs plus encombrants et persistants, il dut scier les houes rotatives de son semoir Rotacaster
si bien que le blé se retrouva semé quasiment sans enfouissement, dans des sillons à peine
marqués, très superficiels. Cela dura jusqu’en 1979 où il acheta et améliora un prototype de
semoir Semeato adapté pour le semis direct, précurseur de la gamme Semeato TD des semoirs de
semis direct pour céréales à paille (‘semeadora’, littéralement semeuse) ; deux à trois ans après il
remplaça son Allis-Chalmers peu adapté aux sols lourds de chez lui par un Turbo MAX, premier semoir brésilien de semis direct pour grosses graines (‘plantadeira’, littéralement planteuse).
Le choc pétrolier de 1973 conforta HERBERT BARTZ dans
son choix
Quand HERBERT BARTZ se lança à semer sans labourer, ses voisins le crurent devenu fou.
C’est qu’à l’évidence, il était en avance sur l’intendance ! Conscient de cette situation, il mit
d’emblée en intercampagne son Allis-Chalmers et son expérience à la disposition des ingénieurs
brésiliens pour qu’ils s’en inspirent pour en fabriquer au Brésil. Le choc pétrolier de 1973
conforta HERBERT BARTZ dans son choix, le labour étant très gourmand en énergie. Dès
1976 deux autres agriculteurs originaires de la grande région agricole de CAMPOS GERAIS –
toujours dans le Paraná mais sur sols sur grès beaucoup plus maigres- s’inspirèrent d’HERBERT
BARTZ et à eux trois ils conformèrent le trio des pionniers emblématiques – piliers vivants – du
développement des SPD brésilien (photo n°2).
A leur tour, ces nouveaux pionniers en inspirèrent
d’autres, dont Lucien SEGUY en zone tropicale,
dans la nouvelle frontière agricole subamazonienne, travaillant en recherche-action avec
des particuliers ou des coopératives sur les engrais
verts dans des rotations avec labour dressé non
repris (sans émiettement) ; dès lors « l’agronome du
génie végétal » incorpora dans son dispositif
expérimental des systèmes sans labour et convertit
ainsi les engrais verts en couvertures végétales
(mulch), avec le succès que l’on sait (TCS n°108,
pages 31-32). Les cultures de couverture, seules ou
associées, se généralisèrent à travers tout le Brésil
dans les années 90 (photo 3a), car l’enjeu était
énorme : stopper l’érosion et la dégradation des
sols agricoles des immensités brésiliennes.
Une révolution doublement
verte !
Dès lors du sud au nord du Brésil, une
dynamique imparable était lancée, soutenue par
les institutions et fondations de recherche agrotechniques, avec de avancées substantielles sur les
plantes de couverture (tropicales et subtropicales)
relayées par des entrepreneurs visionnaires, des
associations dynamiques et de nouveaux pionniers
devenant autant de référents locaux. Des jours de
champ multitudinaires et des foires de grande
ampleur attirèrent dès les années 1980-90 des
responsables de la FAO et de la Banque Mondiale
(avec le Ciradien Christian PIERI) et de nombreux
visiteurs étrangers, y compris nord-américains et
européens ; entre autres, une des figures de la
révolution verte, Norman BORLAUG prix Nobel de
la paix 1970 pour ses travaux sur l’amélioration
génétique des blés, qui lors de son second voyage au
Brésil en 1994 déclara admiratif : « la deuxième
révolution verte est en marche dans les savanes du
Brésil » : en fait une révolution doublement
verte !
L’agromécanique connut un remarquable essor
grâce aux interactions entre
entrepreneurs et ingénieurs,
concessionnaires et revendeurs,
agriculteurs et tractoristes – véritable
saga nationale où HERBERT BARTZ
garda un protagonisme important :
toute une diversité de semoirs de semis
direct, de pulvérisateurs à bas volume,
mais aussi de rouleaux à cornières pour
rabattre les couverts. Cette
agromécanique adaptée aussi bien aux
besoins des très grandes « fazendas »
qu’à la traction animale voire aux
semis manuels (avec les cannes
planteuses) acquit au tournant des
siècles un rayonnement international :
ainsi du « rolofaca » (littéralement
rouleau à couteaux) qu’on retrouve à
présent dans le jargon français, et des
fameux semoirs SEMEATO, inspirés
trente ans plus tôt des semoirs
américains importés par les tout
premiers pionniers, qui ont à leur tour inspiré les constructeurs européens après leur introduction
en France à l’instigation de Lucien SEGUY.
Parallèlement, les grandes multinationales de l’agrochimie diversifièrent leurs gammes
d’herbicides sélectifs positionnables en SPD, notamment avec des produits de post-levée
suffisamment sélectifs pour la culture considérée et la culture suivante ; les formulations des
désherbants totaux furent améliorées pour permettre le dessèchement rapide des couverts dans les
séquences de « aplica e planta » ou « planta e aplica » (semis sur un couvert tout juste – ou pas
encore – desséché).
Il est donc clair que le développement des SPD brésiliens s’est appuyé sur deux rampes de
lancement et de soutien : l’agromécanique, notamment pour les semis, et l’agrochimie,
notamment celle des herbicides, sélectifs pour les cultures et totaux pour le dessèchement
des couverts à neutraliser pour permettre le démarrage de la culture suivante (photo 3c)
Rampes de lancement et de soutien valant contreforts trop souvent passés sous silence lorsque les
trois principes des SPD brésiliens prennent la lumière et sont symboliquement érigés en piliers de
l’ACS marqués du sceau de la FAO (photos n°1).
Passons sur le tsunami des cultures transgéniques de
soja et coton résistantes au glyphosate qui au tournant
des siècles a commencé à déferler sur les deux
Amériques ; il a conduit à surutiliser le glyphosate,
d’abord pour détruire leurs couverts d’avant culture et
les convertir en paillis, puis pour désherber ces
mêmes cultures en post-levée, en une puis deux
applications. Grisée par son audace, l’agriculture
brésilienne a négligé la prudence ancestrale des
agriculteurs consistant à ne pas mettre tous ses œufs
dans un même panier. Diversité rime avec sécurité et
durabilité, hégémonie et monotonie risquent de rimer
avec agonie. Dans son poème d’éloge funèbre à
HERBERT BARTZ, John LANDERS autre figure
historique de l’ACS au Brésil (https://febrapdp.org.br
/noticias/1001 (https://febrapdp.org.br/noticias
/1001)), n’a pas manqué d’insérer un quatrain
d’humilité, renvoyant à notre vulnérabilité au
dérèglement climatique, autant par déluge que
sécheresse, et à nos excès, puisqu’il y fait rimer
« chuva » (la pluie) avec « buva », ces
vergerettes sans diminutif qu’on trouve au Brésil
déclinées en trois espèces : Conyza bonariensis, C.
canadensis et C. sumatrensis. La troisième est
devenue une plaie végétale très redoutée avec des
occurrences de biotypes résistant à jusqu’à 5 modes
d’action herbicides ! (http://www.weedscience.org
/Pages/Species.aspx (http://www.weedscience.org
/Pages/Species.aspx))
L’agriculture européenne plus
prudente
Fort heureusement, l’agriculture européenne plus
prudente, a beaucoup moins misé sur le
glyphosate, qui depuis longtemps n’est plus appliqué
directement sur les cultures (comme ce fut le cas à ses
débuts, pour nettoyer les ronds verts dans les céréales
dorées avant la moisson) et reste appliqué – avec
parcimonie – sur jachères et couverts en ACS. La
gestion des couverts, de plus en plus diversifiés en composition spécifique et en modalités
d’insertion dans les systèmes de culture, est elle-même de plus en plus diversifiée, et n’est donc
pas nécessairement dépendante du glyphosate ; des moyens alternatifs sont potentiellement
mobilisables, certains naturels (génie agroécologique), d’autres artificiels (génie agromécanique),
avec en contrepartie dans ce dernier cas consommation accrue d’énergie fossile, moindre
rendement de chantier et calendriers culturaux plus contraints. Il ne serait donc pas raisonnable
d’abattre le contrefort agrochimique de l’ACS car peu ou prou le recours aux herbicides en
général, et au glyphosate en particulier, reste de facto indispensable dans le contexte de
l’agriculture européenne. Loin de pouvoir rompre d’un seul coup comme le fit HERBERT
BARTZ en 1971 avec un maximum de risques et de façon tout à fait exceptionnelle dans
l’histoire de l’agriculture universelle, la plupart des fermes se projettent graduellement et à
moindre risque dans le temps long, en termes d’évolution structurelle et fonctionnelle : en
témoignent régulièrement les reportages si bien documentés publiés dans chaque numéro de TCS
ou de la France agricole.
Ne taclons pas le bon sens paysan
L’ACS est souvent citée et conviée lorsqu’il est question d’agroécologie, d’agriculture
climatiquement intelligente et du 4p1000 (quatre pour mille), cette très intéressante initiative
française de R & D lancée par Stéphane LE FOLL lorsqu’il était ministre de l’agriculture,
initiative devenue désormais internationale (ouvrages des éditions QUAE, numéro spécial de
Cahiers Agricultures). A chacune de ces occasions, les fameux piliers de l’ACS sont mis en
exergue avec force développements écologiques, mais les contreforts agromécaniques et
surtout agrochimiques y sont rarement évoqués, l’intendance étant supposée suivre ;
comme si l’agriculture était seulement faite de l’écologie des cultures et des couverts et n’était
pas aussi une affaire d’arts et métiers, contingente de l’activité des agriculteurs et des moyens
matériels et humains qu’ils mobilisent pour cela. Et même si l’ACS diversifie de manière de plus
en plus performante ses couverts et leurs modalités de gestion, et ce faisant devient de moins
dépendante des herbicides en général et du glyphosate en particulier, elle n’est pas encore, loin
s’en faut, apte à se passer complètement, dans toutes les situations et de façon permanente, de
glyphosate. « L’ACS gaillarde » avance (gestion des couverts encore vivants), mais elle est
encore largement adossée à « l’ACS paillarde » sur couverts souvent encore desséchés au
glyphosate. Le dossier glyphosate, désormais porté par un consortium de firmes, sera réexaminé
par l’union européenne en 2022 (https://www.glyphosate.eu/fr/ (https://www.glyphosate.eu/fr/)).
Alors ne taclons pas le bon sens paysan, ne bridons pas la tolérance des lumières, et
arbitrons avec les bilans de carbone à promouvoir en juges de paix, et les vers de terre du
grand Darwin en témoins.
Garder les sols, dans leur intégrité et bien vivants : maximiser leur verdure, leur volant de
phytomasse et leur agrobiodiversité, les bonifier en les rechargeant en carbone et par ricochet en
azote et autres nutriments (auto-fertilité) ; pour une agriculture plus performante, plus résiliente
aux dérèglements climatiques et atténuatrice du réchauffement global ; quitte pour cela à utiliser
à la marge, avec parcimonie et à bon escient, un peu d’irrigation et de chimie, glyphosate inclus :
c’est l’appel d’Alain DUPHIL, agronome et agriculteur céréalier aux confins de la Garonne et de
l’Ariège, appel aux accents presque gaulliens pour la France et au-delà pour la Planète car la
maison brûle et nous tergiversons (la France Agricole, 29 janvier 2021, page 11). N’est-il pas en
effet grand temps de se lever comme de Gaulle en 1940, et de faire face comme le fit HERBERT
BARTZ en 1971-72, pour garder ses sols chez lui et les aggrader, et ainsi pouvoir vivre
durablement et dignement du travail de sa terre conservée et bonifiée. Car en s’ingéniant et
s’efforçant à garder et bonifier sa terre sur sa ferme, HERBERT BARTZ prit progressivement
conscience de la dimension planétaire et de la portée climatique du développement de l’ACS, ses
lectures d’Alexander Von HUMBOLDT le naturaliste, géographe et explorateur allemand qu’il
admirait tant l’y avaient sans doute prédisposé. Repose en paix, HERBERT BARTZ, en ta
généreuse terre brésilienne tant aimée, tu auras bien mérité de l’agroécologie bien comprise,
celle qui gardant et bonifiant la terre, nourrit les terriens, clarifie les eaux et adoucit le climat
La notion de semis direct désigne une technique culturale simplifiée utilisée en l’agriculture de Conservation ou en sylviculture basée sur l’introduction directe de la graine dans le sol, sans passer par le travail du sol dans le cas de l’agriculture, ni par la mise en culture en pépinière dans le cas de la sylviculture. Avec les rotations et les couverts améliorants il est le troisième pilier de l’agriculture de conservation ou agriculture écologiquement intensive.