Carlos Crovetto

Après Lucien Seguy, Hubert Charpentier, l’agriculture de conservation des sols vient de perdre un autre pionnier : Carlos Crovetto, âgé de 88ans. Auteur de plusieurs livres traduits en français sur  » les fondements d’une agriculture durable » qu’il mettait en pratique sur sa ferme CHEQUÈN au Chili. C’était un plaisir de le recevoir, à plusieurs reprises en France pour partager nos expériences. Hommage et respect❕ Carlos, toi aussi tu vas nous manquer … Reposes en paix ❕

SCV au Canada avec Louis Pérusse

Le copropriétaire de la bergerie Épiphanoise, Étienne Langlois, a mis en place la méthode SCV dans son entreprise en 2021, après avoir vécu d’importants problèmes de sécheresse.

« Un de nos objectifs, c’est d’avoir aucun travail du sol », affirme le copropriétaire.

Il voulait aussi améliorer ses rendements de maïs : « On sème des cultures intercalaires : on a du radis, des trèfles, entre les rangs. Ça nous aide. Dans le fond, le trèfle, il fixe de l’azote pour l’année d’ensuite. Justement pour réduire nos besoins d’intrants pour l’année suivante. »

Ça s’est avéré être une bonne décision pour son entreprise :

« On a 40 à 50% plus de rendements qu’une prairie conventionnelle. »

Une méthode qui voyage

C’est l’agronome Louis Pérusse qui a popularisé ce système de semis directs sur couverture végétale permanente, autrement appelé SCV : « C’est vraiment une voie qui s’ouvre aux agriculteurs au Québec », affirme-t-il.

La méthode a fait du chemin dans la région : « Y’a un engouement vraiment dans le Bas-Saint-Laurent, une belle réponse, une ouverture des producteurs », ajoute monsieur Pérusse.

Une expérience concluante

Le SCV a pour but d’éliminer le travail des sols et de limiter la sécheresse. Un phénomène qui se fait de plus en plus courant avec les changements climatiques : « Les producteurs qui ont adopté cette approche-là sont beaucoup plus résilients aux changements climatiques, à l’augmentation des coûts d’intrants agricoles. Donc ils sont beaucoup mieux outillés. »

Et les résultats sont assez surprenants : « Y’a des entreprises qu’en 2 ans, on a enlevé tout travail de sol au niveau des parcelles, et certaines entreprises, on est en mesure de doubler les rendements de foin. »

Pour le producteur ovin, l’expérience est concluante : « Nous, c’est sûr que la santé de sols s’est améliorée. L’objectif c’est d’avoir aucun sol à nu l’automne. On a des sols vivants en permanence. Nous c’est sûr qu’on ne retournerait pas en arrière là-dessus », conclut monsieur Langlois.

Hommage à Hubert Charpentier

Nous sommes dans la tristesse d’annoncer le décès de notre ancien collègue et ami, Hubert Charpentier qui nous a quitté le 4 Avril 2022.

D’origine berrichonne, Hubert nait le 25 Août 1952 ; il grandit sur la ferme familiale située sur les plateaux argilo-calcaires de l’Indre, au Sud d’Issoudun. Diplôme d’ingénieur agronome en poche (ENSA de Rennes, 1974), il part en 1978 en tant que volontaire du service national en Guyane française sur le jeune polder rizicole de Mana. Le dispositif de recherche est encore modeste et lui permet d’expérimenter une approche… essentiellement cynégétique de la riziculture !

En 1980, Hubert intègre l’IRAT pour une première affectation à Madagascar, auprès de la Société Malgache d’Aménagement du Lac Alaotra (SOMALAC). Jusqu’en 1986, il est en charge de la recherche d’accompagnement pour les rizicultures à maîtrise d’eau partielle et les systèmes de culture pluviaux. Il conduit des expérimentations avec les agriculteurs visant à l’amélioration des systèmes de culture et de production à l’échelle des terroirs villageois en recoupant systématiquement l’ensemble des unités morpho-pédologiques composants les paysages. Ces approches de recherche-action constituent une première déclinaison en contexte d’agriculture de subsistance des méthodologies de « création-diffusion-formation » conçues et déployées au Brésil par Lucien Séguy sur les grandes exploitations mécanisées des Cerrados. Elles couplent, pour chaque agroécologie, la conception des systèmes de cultures, notamment avec l’intégration de culture de blé et de haricot en contre saison, avec leur ajustement thématique (sélection variétale, fumure minérale …). Cette articulation entre composantes systémiques et thématiques organise la production de connaissance sur les performances et les conditions de la durabilité des systèmes et débouche sur des mécanismes expérimentaux d’accès au crédit et intrants. Ses travaux font l’objet d’une synthèse du Cirad intitulée « Des chercheurs chez les paysans » à un moment où l’approche participative commençait à émerger au niveau international. Ils constituent une contribution décisive dans la diffusion de système de culture à base de riz pluvial, dans la région du Lac Alaotra. Dans cette région il continuera à développer son approche cynégétique du milieu naturel, se spécialisant sur les Anatidae de bas-fonds.

A partir de 1987, il rejoint l’Institut des Savanes (IDESSA, intégré au CNRA en 1998) à Bouaké pour travailler sur la fixation, par des voies agrobiologiques de l’agriculture à base d’annuelles, en zone forestière et de savanes. Des dispositifs pérennisés en milieu paysan, couvrant plusieurs dizaines d’hectares, sont développés à Tcholelevogo au Nord en pays Senoufo, et dans le centre, à Brobo, à l’Est de Bouaké (Agriculture et développement n°21, 1999). Ils ouvrent les voies de restauration accélérée des sols sous jachère par introduction de couverts végétaux et de gestion durable et continue des systèmes de culture en semis direct sur des couverts (SCV) morts ou vivants. Ces dispositifs constituent les premières expériences à grandes échelles d’agriculture de conservation en Afrique de l’Ouest ; ils soulignent la nécessité de coupler le développement de ces techniques avec l’embocagement et une gestion concertée des terroirs pour redéfinir les voies d’intégration avec l’élevage et contrôler les feux.

I

l revient à Madagascar auprès de l’ONG TAFA de 1998 à 2005, année où il quitte le Cirad. Il conçoit et pilote avec les agronomes malgaches de TAFA des dispositifs de référence en appui au développement des techniques de SCV sur la côte Est (Manakary, Mananjary), au Lac Alaotra (grenier à riz du pays) ainsi que dans l’Ouest (Morondava) et le Sud-Ouest (Tuléar) de l’île. Ce réseau est complété par les expériences de TAFA et du CIRAD (Roger Michellon) sur les Hauts Plateaux et dans le Moyen-Ouest. Il permet de créer et évaluer les performances agro-techniques et économiques de systèmes de cultures agroécologiques à base de couvert végétaux en adressant la diversité des grands agroécosystèmes cultivés à l’échelle du pays et la variabilité des réalités techniques, économiques et sociales du monde rural. Les acquis de ces travaux et ceux qui les ont précédés ont été capitalisés dans un manuel technique du Semis Direct à Madagascar, très complet, pour lequel il a joué un rôle clef de conceptualisation et de structuration. Les dispositifs de terrain qu’il a mis en place ont servi de support de formation à de nombreux agronomes, qu’ils soient malgaches ou français. Chaque mission de terrain étant pour Hubert l’occasion de partager généreusement son expertise agronomique.

A partir de 2000, il reprend la ferme familiale et s’attache à y développer des systèmes d’Agriculture de Conservation adaptées au contexte de la Champagne berrichonne, d’abord à base de couverture morte ; puis, face à la variabilité climatique, il met au point, avec d’autres agriculteurs pionniers de l’agriculture de conservation en France et avec l’appui de Lucien Séguy, la conduite du blé sur couverture vive de luzerne et lotier corniculé qui devient un élément central d’un système de culture performant et résilient. Dans chacun des termes de la rotation, il conserve des bandes sous travail du sol faisant de sa ferme un des rares dispositifs de référence en France sur une agriculture de conservation parfaitement maîtrisée. Au cours des dix dernières années, Hubert s’est employé à partager son expérience et ses savoir-faire à travers des formations d’agriculteurs et des vidéos, dont certaines totalisent plus de cent mille vues.

Sa très grande capacité de travail, sa vivacité d’esprit, sa grande connaissance de la nature et son humour décapant en faisaient un chercheur hors pair et un collègue auprès duquel on s’enrichissait chaque jour.

Nous saluons la mémoire d’un homme de conviction qui a eu une contribution significative à la réalisation de nos missions d’innovation technique et de formation des partenaires du Sud. Nous avons une pensée amicale et solidaire pour Dominique, son épouse, et Stéphanie, Hervé et Pascaline, ses enfants, ainsi que ses petits-enfants.

Stéphane BOULAKIA

Le rafraîchissement des villes par les arbres

Les arbres n’auraient jamais du quitter les villes …Maintenant, il y a du job pour faire comprendre leurs immenses avantages qui sont incontournables pour une ville durable avec plus de végétation vivante et active en lieu et place de béton mort ou bitume polluant

Cette question de la présence de végétation en ville, est pratiquement la même problématique pour la présence de plantes de couverture multi-services en SCV dans nos parcelles agricoles, il est urgent que l’homme comprenne les services, les bénéfices, que peut lui rendre la végétation. L’existence de la végétation est complètement au service de l’humanité ….lutter contre la végétation à outrance, c’est lutter contre l’avenir ….!

Peut-on poser cette question aux scientifiques compétents ….. »Que devient la chaleur solaire réceptionnée par le feuillage des arbres, que s’est-il passer entre les situations avec végétation qui fabriquent de l’ombre fraîche et sol nu bitumé qui stocke plutôt de la chaleur »…?

En SCV Lucien Séguy , cette énergie solaire captée par les plantes se transforme en usine à photosynthèse et permet la croissance des plantes et notre objectif dans cette technique agricole de production d’alimentation, est l’utilisation maximum de ce phénomène refroidissant et bénéfique pour notre climat et de nos sols agricoles

https://www.inrae.fr/actualites/rafraichissement-villes-arbres

La préparation de la « ville durable » au changement climatique passe par une meilleure prise en compte du confort thermique dans l’espace urbain.

Parmi les stratégies d’adaptation des villes au changement climatique et notamment aux épisodes de chaleur extrême, la réintroduction d’arbres en milieu urbain est une voie prometteuse car, par leur transpiration et leur ombrage, ils ont un impact significatif sur le bilan thermique de l’atmosphère environnante.  L’augmentation des surfaces végétales en ville semble une solution favorablement partagée par les habitants. L’impact positif du rafraîchissement est renforcé par d’autres services écosystémiques que peut fournir la végétation aux habitants, comme par exemple la filtration de l’air, la biodiversité en ville et également l’aspect ludique et social.

Mieux expliciter les interactions entre les arbres et la ville a donc constitué l’objet principal d’un projet ANR porté par l’UMR PIAF, COOLTREES, pour concevoir des villes durables où les aménagements arborés prennent tout leur sens et leur place. Les bénéfices thermiques potentiels des arbres dans un environnement urbain avaient jusqu’ici été peu étudiés, notamment pour les arbres de rue. Le feuillage constitue en fait une véritable carapace absorbante. L’impact des arbres est d’autant plus flagrant en plein soleil : la température mesurée est 7 °C plus faible sous les arbres à 13 heures*.

Un outil de simulation, LASER.T, permettant de simuler l’impact des arbres sur le microclimat urbain et leur fonctionnement, a été conçu et mis au point au cours du programme de recherche. Il simule de manière couplée les interactions thermoradiatives entre les différents éléments d’un paysage urbain, végétation incluse, et est capable de spatialiser le microclimat au sein des houppiers. De même une base de données regroupant toutes les mesures effectuées entre 2014 et 2018 est également disponible. Le modèle sera mis à disposition en open source. Le développement d’une interface graphique permettra également son utilisation par des non-scientifiques (techniciens des espaces verts et des parcs, aménageurs de l’espace urbain…) afin de leur permettre d’évaluer, par exemple, la pertinence d’un aménagement arboré.

Deux zones ombragées de la ville de Strasbourg
L’ombrage généré par les arbres est bienfaiteur. Deux exemples dans la ville de Strasbourg.

Ce projet a donc permis d’avancer dans les connaissances des arbres en ville et de proposer un premier cadre de modélisation, mais qui reste à préciser et affiner : cela fait l’objet d’un nouveau programme de recherche ANR  qui démarre, TIR4sTREEt, coordonné par l’INSA de Strasbourg et dont INRAE est partenaire (UMR PIAF et UMR Sylva).

Un fascicule de vulgarisation et un site web ont été conçus pour présenter le projet COOLTREES et ses résultats, le modèle LASER.T et son utilisation, notamment pour les professionnels.

 Toutes les infos sur https://www6.inrae.fr/cooltrees

https://www.inrae.fr/actualites/chaleur-urbaine-arbres-bien-entretenus-rafraichissent-plus-latmosphere

4pour 1000

https://4p1000.org/

Stéphane Lefoll , en proposant le 4 pour 1000 avait quelque peu gentiment « énervé » Lucien Séguy qui nous expliquait souvent qu’en SCV on visait plutôt les 25 pour 1000 ….

Les activités humaines émettent d’énormes quantité de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, ce qui renforce l’effet de serre et accélère le changement climatique. Les sols mondiaux contiennent 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère. Augmenter ce stock de carbone de 4 pour 1000 (0.4%) par an dans les 30-40 premiers centimètres du sol, permettrait de stopper l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère. C’est ce que propose l’initiative 4 pour 1000, les sols pour la sécurité alimentaire et le climat.

Hommage de Jean-Pierre Sarthou

Mon maître, mon juge, mon centre d’inspiration principal, c’est la Nature, sous sa complexité la plus grande. Vous avez une question à poser, posez-la à la Nature et elle vous répondra ; il faut simplement faire quelques manip’ pour qu’elle vous réponde et le faire de manière scientifique pour comprendre pourquoi cette réponse, ce qu’elle veut dire exactement ». Ainsi s’exprimait Lucien Séguy en ouverture de son cours-conférence de deux jours donné aux étudiants de la spécialisation AGREST en 2016, à l’ENSAT. Je ne connaissais pas Lucien depuis longtemps mais déjà son discours franc, imagé mais clair, suintant dans chaque phrase son immense expérience de terrain doublée de bon sens, de pragmatisme et de réalisme, me fascinait. J’ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois par la suite, d’échanger beaucoup avec lui après nos escapades respectives dans les champs du Sud-Ouest et d’ailleurs en France, comme des tropiques latino-américains ou asiatiques, et c’était non seulement un plaisir mais une occasion unique pour moi de parfaire mes connaissances et de me faire expliquer ce que j’avais entendu et observé. Revoyant aujourd’hui la vidéo (condensée) de son intervention à l’Agro Toulouse (merci Grégory Dechamp-Guillaume, merci Christophe de Heaulme !), ayant moi-même affiné mes connaissances théoriques et pratiques sur l’agriculture de conservation des sols, je mesure mieux à présent la pertinence de ses intuitions initiales qui quelque part, me rassurent et m’expliquent bien des choses… Je mesure aussi la puissance de l’expérience du terrain et cela me conforte aussi, mais surtout lorsqu’elle est vécue sous les tropiques, où, comme le disait Lucien et me l’avait déjà démontré son disciple Olivier Husson, tout est exacerbé et tout va beaucoup plus vite qu’ici, ce qui aide à comprendre.

Je ne suis pas le mieux placé pour retracer le parcours professionnel exceptionnel de Lucien Séguy, mais une chose est sûre : cet agronome hors pair, qui a su conjuguer sous toutes les latitudes ou presque, savoir scientifique et observations empiriques, était un humaniste et un idéaliste, presque un alchimiste. Que tous les AgroToulousains qui marchent et marcheront dans ses pas, s’inspirent de son œuvre, pour l’avènement d’un pacte salutaire et fécond entre la Nature et l’Homme, dont les générations futures ont, dès maintenant, urgemment besoin.

Jean-Pierre Sarthou
Professeur d’Agronomie et Agroécologie à l’INP-ENSAT

Hommage du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation

Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation souhaite rendre hommage, aux côtés du Centre International de recherche agronomique pour le développement, à Lucien Séguy qui a consacré son exceptionnelle carrière à la recherche et au développement des agricultures tropicales.

Né dans une famille d’agriculteurs en Dordogne, il a toujours eu à cœur de trouver des solutions aux problèmes concrets des paysans. Innovateur, il a fondé une école de pensée avec une vision globale de l’agronomie que le Cirad continue aujourd’hui à enrichir.

Lucien Seguy est l’un des pères du semis direct sur couverture végétale permanente, technique naturelle sans labour privilégiant la rotation de cultures, qu’il a contribué à développer au Brésil. Au terme de quelques années d’études et avec l’appui de producteurs, les techniques de semis direct et de successions de cultures se sont développées sur des millions d’hectares au sud du Brésil.
Passionné par la riziculture, il a accompagné au tout début de sa carrière des projets de développement des systèmes de cultures et d’amélioration variétale au Sénégal et au Cameroun. Il y reviendra également au Brésil en travaillant sur la génétique du riz pluvial et une variété, le CIRAD 141, qui a couvert des centaines de milliers d’hectares pendant des années au Mato Grosso.
Parallèlement, Lucien Séguy a réalisé de multiples missions d’appui et d’orientation dans de nombreux pays tropicaux d’Afrique et d’Asie, visant à adapter ces nouvelles technologies mises au point au Brésil.

Lucien Séguy est le précurseur d’une agriculture renouvelée, régénératrice et respectueuse des sols, fondement de la transition agroécologique qui est au cœur de la stratégie du ministre et des travaux de recherche menés par le Cirad.

Hommage de Jean-Claude Quillet

Aujourd’hui, un Grand Sage nous a quitté, j’ai perdu un ami et c’est le coeur lourd que je prends mon crayon pour écrire ces quelques lignes pour rendre hommage à son travail si précieux qu’il nous laisse en héritage et aussi à l’homme qu’il était.
En tant qu’agronome au CIRAD, sa carrière a débuté en Afrique puis rapidement au Brésil avec son collègue et compère Serge Bouzinac à St Louis dans le Maranhão au Nord du Brésil puis dans le sud Paraná et Rio Grande do Sul pour limiter l’érosion des sols en labour, il semait le maïs et le soja directement sur le labour pour garder un maximum de porosité, il s’était vite rendu compte que ce n’était pas la solution.
Avec les agriculteurs brésiliens qui avaient conscience d’aller à la faillite avec l’érosion des sols causée par les fortes pluies, en quelques années, il a trouvé la solution : ne plus travailler le sol pour toujours produire soja, maïs, blé, viande et lait sans laisser un désert derrière eux sous 1 500 à 2 500mm de pluie.
C’est en 1995, en Touraine, que nous avons commencé le semis direct sans travail du sol avec notre conseiller agricole de la chambre d’agriculture Philippe Lion et avec Claude Bourguignon qui nous a expliqué et montré au microscope que le sol était vivant !
A chaque formation Claude B. nous parlait du Brésil. C’est alors qu’en janvier 1998, je lui ai demandé le contact de Lucien au Brésil. Dès le 1er contact téléphonique, il m’a demandé « qu’avez-vous les français à vous intéresser au travail que je fais au Brésil, il y en a qui sont passés me voir et qui n’ont rien compris et rien fait en France ? ». Après quelques explications, sur ce que nous mettions en place dans nos fermes, nous avons entamé un échange riche et passionnant. C’est lors de ce premier contact que j’ai compris que c’était un homme exceptionnel que l’on ne rencontre qu’une seule fois dans vie. Son cerveau était une véritable encyclopédie des plantes de toute la planète, il avait une mémoire, un savoir énorme …
En juillet de la même année, nous sommes allés chez lui à Angoisse en Dordogne avec Jacques Fortin, où nous avons passé une journée mémorable. Puis, il est venu à Montlouis pour faire un état des lieux avec son collègue Hubert Charpentier et Claude Bourguignon, ce fut là aussi une journée mémorable. A cette occasion, nous avons décidé de lui rendre visite au Brésil en décembre 1998 avec 8 agriculteurs et pour certains leurs épouses pendant 12 jours. Il avait tout organisé sur place avec un vol interne du Paraná au Mato Grasso, plusieurs visites d’exploitations et le plus important : la visite de la plate-forme d’essais à Sinop et de comparaison sur 250ha avec des conditions climatiques encore plus difficiles (3 000mm / an pendant 8 mois et 4 mois de saison sèche). C’est grâce à ce séjour que nous avons compris l’importance des couverts végétaux pour accompagner le semis direct et la rotation des cultures.
D’autres voyages suivirent sur les sites où Lucien faisait du conseil à ses collègues à Madagascar, avec Hubert Charpentier et Olivier Husson, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, Afrique du Sud, Cameroun, et la Tunisie où j’ai alors travaillé pour lui durant 5 ans.
Il nous certifiait que c’était le seul système agricole qui pouvait sauver la planète en reconstituant la biodiversité du sol ainsi que sa fertilité et ainsi nourrir la population mondiale dont le nombre ne cesse de grandir. Il disait « pour une fois que l’homme peut se nourrir sans dégrader et épuiser les sols et par conséquent la planète tout en les régénérant grâce à la biodiversité (les champignons, microbes, bactéries …) »
C’était un homme avec un fort caractère, à la fois souple et dur, parfois difficile. Il ne s’éternisait pas avec les personnes qui ne le comprenait pas et c’est pour cela qu’il n’était pas toujours apprécié de ses collègues chercheurs.
Lucien, c’était aussi un chercheur infatigable. Il pouvait travailler 16h par jour, faire des périples avec ses collègues pour être sur le terrain avec eux quelques soient les conditions (saison des pluies, pistes exécrables …), il s’adaptait à toutes les situations.
Il avait une passion débordante pour son métier. Il disait toujours qu’il ne connaissait qu’une petite partie du génie végétale, que la nature pouvait nous donner : en travaillant avec elle, elle travaillerait pour nous, pour aider les agriculteurs en protégeant la planète, à condition que les agriculteurs le comprennent mais aussi tous les acteurs du monde agricole. Et alors même que nous, humains, n’avons fait que de détruire la planète depuis 2 000 ans, avec une accélération depuis ces 70 dernières années par un excès de mécanisation en travaillant le sol et par un excès de chimie. Il convient aussi de saluer Serge, qui a perdu lui aussi son ami, et qui a travaillé avec lui en binôme pendant toute sa carrière et qui assurait la continuité des recherches au Brésil pendant que Lucien rendait visite à ses collègues à l’étranger afin de suivre sur place les recherches mises en place avec eux.

Depuis un an, Lucien luttait de toutes ses forces contre la maladie avec des souffrances que nul ne mérite et qui l’ont démuni jusqu’à la fin, mais il ne se plaignait pas, et restait agréable avec son entourage proche.

Mais surtout, il laisse derrière lui son épouse, Jacqueline, qui l’a accompagné pendant toute sa carrière dans tous les pays où il a travaillé et plus durement dans cette dernière année avec le soutien de leur fille, Sandrine, dans cette difficile fin de vie.

Lucien a laissé un historique de rapports de recherches en agroécologie à destination du monde agricole, des instituts et des politiques qui seront utiles.

Merci Lucien.

Jean-Claude Quillet
Agriculteur en semis-direct

Electricité VERTE

https://youtube.com/watch?v=GlR3axTZk9c

L’Électricité et les végétaux

Quelle est la fonction de l’électricité dans une plante , dans les végétaux ….??

Est-ce que les végétaux ne sont pas aussi des transformateurs, de véritables capteurs d’énergie solaire , au même titre que les panneaux solaires….

N’a t-on pas négligé l’influence de l’électricité issue de l’énergie solaire dans la vie terrestre, concernant aussi bien les végétaux, les animaux,les poissons, les insectes, en allant jusqu’au microbes du sol …..toute les surfaces qui captent de l’énergie solaire sont-elles concernées par cette électricité ….

Même les abeilles en profitent ….. https://www.lefigaro.fr/sciences/2013/02/22/01008-20130222ARTFIG00459-le-courant-electrique-passe-entre-les-fleurs-et-les-abeilles.php