Influence de la forêt sur la pluviométrie

Luc Descroix, Jose Luis Gonzalez Barrios et Raul Solis

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« Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent »
François René de Chateaubriand

1Pluie et forêt ! ces éléments sont sans conteste liés puisque plus il pleut et plus la végétation naturelle est dense. Et les zones de forêts sont souvent associées aux montagnes ; les unes et les autres sont souvent liées, et ont pu paraître répulsives ou effrayantes même à diverses époques (Corbin, 2001). Aujourd’hui où l’on cherche des endroits « sauvages », ce qu’il reste de milieux « moins anthropisés » en Europe, c’est vers la forêt et la montagne qu’on se dirige naturellement, donc vers les zones de pluie. La pluie elle-même a fait l’objet de perceptions différentes à travers les âges : il y a eu des périodes (l’âge romantique) où la pluie était bien accueillie, comme bienfaitrice et purificatrice ; or, aux dires d’Alain Corbin, la pluie a été conspuée dans les années 1950-1960, et alors « personne n’osait avouer qu’une averse fine pouvait être très agréable à certains moments de l’année ». La perception de la pluie varie plus encore dans l’espace, elle est parfois honnie en Europe quand il fait gris et pluvieux plusieurs semaines de suite et arrive à provoquer des inondations en plaine ; elle est unanimement saluée au Sahel, où les enfants se précipitent pour courir sous les gouttes, ou au nord du Mexique, où, que ce soit dans le désert de Chihuahua ou la Sierra Madre occidentale, elle apporte les bonnes nouvelles.

2Mais qu’en est-il plus scientifiquement, c’est une des questions que se posent les sociétés et les savants depuis longtemps, à travers les âges comme dans des milieux très différents : les forêts peuvent-elles faire pleuvoir ?

3Les relations entre la distribution spatiale des pluies et la localisation des formations végétales font l’objet de débats historiques, qui ne sont pas sans rappeler ceux qui avaient animé les spécialistes sur le rôle de la forêt dans la formation des écoulements et les causes de l’érosion actuelle dans les Alpes du Sud, entre le milieu du xixe siècle et la fin du siècle suivant.

4La présidence du Mexique elle-même a lancé une grande « Croisade pour l’eau et la forêt », (Cruzada Nacional para el Agua y el Bosque), ce qui montre que le débat n’est pas clos. Avant d’analyser, par une étude bibliographique puis par un exemple, les résultats des travaux menés sur le rôle de la forêt sur la localisation des pluies, on propose dans ce qui suit de partir de réflexions ou slogans lancés par des responsables mexicains de la gestion des eaux et/ou des forêts ; ces réflexions proviennent :

  • d’un discours du gouverneur de l’État de México, qui en janvier 2002, a déclaré qu’il fallait arrêter d’abattre inconsidérément des arbres car chaque arbre adulte « produisait » 8 000 I d’eau par an ; dans le même temps, le ministre de l’Environnement du Mexique, Mr Lichtinguer, semble convaincu qu’il va trouver de l’eau pour remplir les aquifères et les barrages en reboisant les montagnes.
  • d’une enquête réalisée par la journaliste Sandra Gambino en 2000 dans la Sierra Madre occidentale, intitulée « La sierra se está secando » (la Sierra se dessèche). On peut y lire les impressions des habitants de la sierra et des responsables politiques :
  • un habitant du village de La Ciudad (sur la route de Durango à Mazatlán) : « l’intense sécheresse que connaît la Sierra Madre occidentale est occasionnée par la coupe inconsidérée des forêts ; il sort un camion de grumes toutes les trois minutes, on est en train d’achever la forêt et l’avenir de nos enfants est mis en péril, car les pins génèrent de l’eau » ;
  • un chauffeur de grumier : « on continue à extraire le bois comme auparavant, sans aucun contrôle, car il n’y a pas de policiers au cœur de la sierra, et dans la plupart des cas, les formulaires sont trafiqués » et plus loin « maintenant il fait plus chaud, il ne pleut plus et les arbres sont plus secs que jamais » ;
  • un gérant de scierie : « on nous livre du bois chaque jour, mais cela ne nous regarde pas de savoir d’où il vient ; nous, ce qu’on veut, c’est produire des planches tous les jours pour répondre à la demande » ; et plus tard, « le prix du bois livré aux scieries est très bas, il n’est que de 40 % du prix pratiqué sur le marché déclaré » ;
  • le représentant du ministère de l’Agriculture et du Développement rural pour l’État de Durango : « la forêt étant vitale pour générer de l’eau, les volumes de pluie tombés dans la sierra ont diminué drastiquement, provoquant une grave sécheresse » et « le premier facteur qui provoque la sécheresse est la coupe immodérée du bois, qui n’a jamais été régulée », puis « la diminution des pluies dans le haut bassin du Nazas a des conséquences directes sur la Laguna, et cela s’est aggravé ces dernières années », ou encore « les conditions de sécheresse de la sierra sont catastrophiques, le paysage qui autrefois était vert jusqu’en avril, est aujourd’hui sec et sans vie, le vert a disparu, et à sa place, tout est jaune, marron ou ocre » ;
  • la femme d’un paysan : « il fait chaque fois plus chaud, l’éclaircissement de la forêt a provoqué qu’il ne pleuve plus ».

5Et la journaliste de conclure, « le panorama est désolant, la coupe immodérée, l’absence de programme de reboisement et d’une culture de patrimoine, font que le principal poumon du Nord-Mexique est en train de se dégonfler, mettant en péril des régions comme la Laguna, mais aussi les États de Sinaloa et Nayarit, qui dépendent des eaux générées dans la sierra de Durango ».

6La liaison entre une baisse des pluies et une hausse des températures du fait du déboisement est une idée bien partagée du Mexique à l’Afrique ; ainsi, on entend exactement les mêmes réflexions en pays sérère au Sénégal, là où la savane arborée est devenue, sur 60 km de profondeur, une steppe très pauvre quand aux années de sécheresse s’est ajoutée en 1992, la décision du FMI d’interdire les subventions au gaz : la consommation de charbon de bois a monté en flèche, provoquant un recul de 60 km de la végétation arbustive et arborée.

7Les relations entre la forêt et l’eau ont fait l’objet d’une étude très intéressante et très complète effectuée par Andréassian (2002). Il commence par présenter un historique de la perception du lien entre la forêt et l’hydrologie en général et des recherches scientifiques menées, il analyse également les relations entre la végétation et la pluie.

La vision historique de la rétroaction végétation-pluie

8Le vaste panorama historique tracé par Andréassian (2002) commence à l’Antiquité, mais nous nous contenterons d’y puiser quelques remarques un peu plus récentes. Ainsi Bernardin de Saint Pierre (1787) note au sujet de l’île de France (l’île Maurice) : « L’attraction végétale des forêts est si bien d’accord avec l’attraction métallique des pitons de ses montagnes, qu’un champ situé en lieu découvert, dans le voisinage, manque souvent de pluie, tandis qu’il pleut presque toute l’année dans les bois qui n’en sont pas à une portée de fusil ». Peu d’années après, Rauch (1801) déclare que « l’on sait, à ne plus pouvoir en douter, que les bruissantes forêts qui forment le plus bel ornement de la nature, exercent le plus puissant empire sur tous les météores aqueux ». En 1819, le préfet des Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence) propage l’idée suivante : « les hautes montagnes exercent une attraction sur les nuages, et cette attraction est la plus grande possible lorsque les sommets sont boisés ; alors les nuages sont non seulement attirés, mais retenus » (Dugied, 1819). Et pour justifier la nécessité de reboiser les montagnes, le forestier Baudrillart (1823) affirme que « la quantité d’eau qui tombait autrefois en France était beaucoup plus considérable qu’elle ne l’est en ce moment », cette diminution étant due « à l’abaissement des montagnes et à la destruction des bois qui en couvraient les sommets » ; et plus loin : « la destruction des forêts, notamment sur les montagnes, est considérée comme ayant eu pour résultat la diminution des eaux, l’irrégularité des pluies et le changement de température ». Quelques années plus tard, un agronome, Boussingault (1837), conclut de ses travaux que « les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qui coulent à la surface d’un pays, et qu’il est impossible de dire si cette diminution est due à une moindre quantité annuelle de pluie, à une plus grande évaporation des eaux pluviales, ou à ces deux effets combinés ».

9Formé à l’école des Ponts et Chaussées comme Saint Pierre et Rauch, Dausse (1842) est convaincu que « l’homme a le pouvoir de changer en quelques années, par le déboisement, un climat humide en un climat sec ». Plus sceptique, Becquerel (1865) pose une série de questions qui d’après lui restent à éclaircir, parmi lesquelles celle-ci : « les forêts exercent-elles une influence sur les quantités d’eau tombées et sur la répartition des pluies dans le cours de l’année, ainsi que sur les régimes des eaux vives et des eaux de source ? ». Il renforce ainsi le point de vue de Surell, ingénieur des Ponts et Chaussées qui affirmait en 1841 : « cette influence de la forêt sur le climat n’est pas rigoureusement démontrée, et on l’appuie sur des présomptions plutôt que sur des observations positives ». Toutefois, en 1878, le forestier Matthieu, étudiant les données pluviométriques de trois stations situées l’une en forêt de Haye, près de Nancy, la deuxième en lisière et la dernière à 20 km en plein champ, montre « que la station située dans la zone agricole ne reçoit que 80 % des précipitations des deux stations forestières. Pour les forestiers, cette différence est la preuve irréfutable que la forêt attire la pluie (Andréassian, 2002). Ce chercheur note une nette différence de perception entre une école « forestière » et un clan d’ingénieurs. Ce fait, que la forêt fait pleuvoir, est corroboré, dans l’école des forestiers, en 1909 par Jacquot, qui signale que « ce qui a été établi à Nancy, est indubitablement corroboré par toutes les observations consignées en Russie, en Allemagne, Autriche, Suisse et jusque dans les Indes ». Il avait été par contre complètement réfuté par Valles (1857) qui affirme : « c’est sur les terrains dénudés, plutôt que sur les forêts, que la pluie tombe en plus grande abondance ». Entre ces deux dates, Cézanne (1872) avait déjà départagé les deux contradicteurs : « les forêts sont impuissantes à modifier sensiblement la quantité d’eau pluviale qui tombe dans le bassin d’un fleuve ».

L’évolution récente de cette question

10Plus récemment, l’utilisation de nouveaux moyens de calcul a permis d’élaborer des modèles capables de tenir compte d’éventuelles rétroactions de la végétation sur les pluies. Mais des observations continuent à se faire, chaque jour plus nombreuses ; les références sont en général euro-africaines plus que mexicaines ou américaines, mais montrent que la question est au cœur des préoccupations scientifiques.

11À nouveau les forestiers insistent sur le rôle « pluviogène » des masifs forestiers ; ainsi Martin (1950) a montré, pour une petite commune des Landes de Gascogne au cœur du plus grand massif forestier européen de constitution récente, qu’entre les périodes d’observations de 1782-1818 et de 1891-1900, encadrant à peu près la constitution du massif forestier, la pluviométrie moyenne annuelle serait passée de 709 mm à 938 mm, alors qu’elle ne changeait pas à Toulouse et n’augmentait que de 6 % à Paris. L’augmentation de la pluviosité sur la région landaise reboisée serait donc de l’ordre d’au moins 25 %. Cela pose toutefois le problème de fiabilité des pluviomètres utilisés dans les deux cas. Plus au nord, le Jutland était encore boisé au xvie siècle mais des guerres éliminèrent les forêts de chêne ; au xixe siècle, la sécheresse des printemps compromettait les cultures, et une « société des landes » se constitua en 1866 pour reboiser le pays en pins, dans l’espoir d’humidifier le climat printanier (Bavier et Bourquin, 1957). La société et l’État reboisèrent 118 000 ha de landes et 40 000 ha de dunes ; après cela, les précipitations enregistrées pour les mois d’avril, mai et juin seraient passées de 100 mm en 25 jours de pluie vers 1870 à 150 mm en 35 jours de pluie, mieux répartis et moins orageux.

12Plus récemment, Poncet (1981) conclut que « les massifs forestiers ralentissent les vents jusqu’à une hauteur au-dessus du sol correspondant à la couche limite de turbulence de la circulation atmosphérique, accrue par la rugosité aérodynamique des hautes frondaisons. Ce puissant freinage agit en premier lieu sur l’évapotranspiration réelle des peuplements forestiers et sur le régime thermique. Ce freinage des vents, favorable à leurs échanges thermiques avec la couverture du sol, favorise aussi les condensations et facilite les précipitations ». Mais cet auteur est par ailleurs un des rares à citer des études dans lesquelles il est démontré que les zones boisées ont des coefficients d’écoulement annuels supérieurs aux zones déboisées alentour, toutes choses étant égales par ailleurs.

13Les universitaires ont apporté leur contribution à ces recherches. Ainsi, pour l’historien Thompson (1980), « L’idée selon laquelle la forêt augmenterait les pluies n’est pas nouvelle. Si l’on en croit son fils Ferdinand, Christophe Colomb savait « par expérience » que la disparition de la forêt qui recouvrait à l’origine les Canaries, Madère et les Açores avait réduit les brouillards et les pluies. De même, il pensait que les pluies de l’après-midi qui se produisent en Jamaïque et dans les Antilles étaient la conséquence de la luxuriante forêt des îles ». Par ailleurs, le passage d’une masse d’air d’un plateau dénudé à une forêt entraîne selon Escourrou (1981) un ralentissement de la vitesse du vent et par suite une ascendance de l’air qui renforce l’intensité des pluies. « La reforestation a permis, dans certains endroits, d’augmenter les pluies de plus de 6 % et cette action est surtout sensible pendant les années sèches. La destruction de la forêt dense en Afrique peut avoir des conséquences incalculables quand on sait que les pluies sont plus fortes de 30 %, l’humidité relative de 15 % et les températures plus faibles de 1°5 dans les partie forestières ».

14Dans les Alpes du Sud (Descroix, 1994), la pluviométrie des mois d’été (juin à août compris) a diminué de 0,5 à 8 % suivant les postes entre 1881 et 2000. Cette tendance ne s’observe pas dans les postes des massifs ayant connu les plus forts reboisement (Ventoux-Lure, Préalpes de Digne).

15Dans les régions tropicales, la déforestation a pu jouer un rôle important. La Côte d’Ivoire connaît une forte pression sur ses ressources forestières depuis une trentaine d’années ; or la forêt tropicale humide présente une évapotranspiration annuelle proche de celle des océans tropicaux (1 500 à 2 500 mm). Cette destruction de la forêt n’équivaut-t-elle pas à éloigner le Sahel des zones de fourniture de vapeur d’eau ? Concernant les sécheresses sahéliennes post 1968, Labeyrie estimait en 1985 que « le surpâturage, qui va croissant à mesure que la population sahélienne augmente, contribue sans doute à les rendre de plus en plus prononcées, de plus en plus meurtrières ».

16Il revient à Charney (1975) d’avoir montré, toujours dans le contexte sahélien, le rôle de la végétation dans le déclenchement de la convection, par l’intermédiaire de l’albédo : « Une augmentation de l’albédo de 14 à 35 % au nord de la Zone de convergence intertropicale (ZCIT) provoque un déplacement de cette ZCIT de plusieurs degrés vers le sud, et une diminution de 40 % de la pluviométrie au Sahel durant la saison des pluies ». Quelques années plus tard, Anthes (1984) (cité par Diongue, 2001) a passé en revue les observations et les études théoriques sur les capacités de la végétation à renforcer les précipitations convectives. Il dénombre trois principaux mécanismes : i) l’augmentation de l’énergie statique humide liée à une diminution de l’albédo ; ii) la création de circulations de mésoéchelle associées aux inhomogénéités ; iii) le renforcement de l’humidité atmosphérique dû à une augmentation de l’évaporation.

17Ces deux auteurs sont physiciens de l’atmosphère, et travaillent à l’échelle zonale ; à l’échelle locale, on insiste sur le rôle des microclimats. On peut lire ainsi dans un manuel d’hydrologie et d’irrigation dédié aux régions tropicales : « L’homme ne peut pas agir directement sur les macroclimats. Par contre, il peut chercher à organiser ses terroirs en vue d’y modifier, d’y créer ou d’y maintenir des microclimats » (Dupriez et De Leener, 1990). La figure 44 met en évidence les effets positifs que peut avoir le couvert végétal sur le microclimat d’un terroir. Il semblerait que le rôle des haies, des bosquets et des arbres isolés dans la régulation des températures soit très important, tant à la surface du sol que sur la couche limite. Par contre, les effets à méso ou macro-échelle sont presque impossibles à prouver. C’est ce qui fait dire à Bruijnzeel (1990), chercheur à l’Unesco : « De nombreux travaux menés dans les climats tropicaux humides et tempérés ont pourtant généralement conduit à la conclusion que la forêt n’a pas de conséquence sur la pluviométrie locale et les résultats contraires qui ont pu être avancés pèchent presque tous par la faiblesse des données sur lesquelles ils reposent ».

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Fig. 44 – Effets positifs de la végétation sur le microclimat d’un terroir (d’après Dupriez et De Leener, 1990).

18Et ici, il faut remarquer que les travaux les plus marquants sur les rétroactions végétation/pluie concernent les grands massifs forestiers tropicaux, et les secteurs les plus pluvieux de la Planète. En effet, l’impact de la végétation est plus marqué et de fait, plus étudié dans ces régions que dans les zones moins pluvieuses.

Quelques données observées

19Les liens avec la végétation étaient, on l’a vu, ancrés dans la mémoire des scientifiques comme une question récurrente basée sur des intuitions. Certaines observations ont toutefois aiguillé les chercheurs vers l’existence d’une telle rétroaction. Il a été constaté (Rabin et al., 1990), en utilisant l’imagerie satellitaire et des informations in situ, que la convection se formait d’abord sur une zone avec un sol plus chaud, comme par exemple un champ de blé, plutôt que sur des secteurs adjacents recouverts de végétation « verte ». Les gradients de flux induits par les contrastes de surface peuvent être atténués dans la couche limite par turbulence si les régions hétérogènes ont des dimensions faibles ou peuvent être diluées dans l’écoulement synoptique. Taylor et Lebel (1998) ont démontré que « sous certaines conditions de surface, il s’établit une corrélation positive entre les précipitations du jour et les précipitations antérieures. Ces circonstances apparaissent quand les combinaisons d’averses précédentes ont modifié les taux d’évaporation locale. Les gradients de pluie lors des événements subséquents tendent à persister, renforçant la configuration d’humidité des sols ». Cela indique le poids important des conditions de surface. De plus, Philippon et Fontaine (2002) ont établi que les saisons des pluies humides sur le Sahel étaient précédées d’hivers (boréaux) où la teneur en eau des sols était anormalement élevée sur les régions soudano-sahéliennes.

20Quoi qu’il en soit, le doute persiste, et Lavabre et Andréassian (2000) affirment : « La forêt a un impact significatif sur le climat local (albédo plus faible, évapotranspiration plus forte). À l’échelle régionale, malgré quelques résultats de recherche dans le sens d’un effet positif sur la pluviosité, il est néanmoins difficile de conclure à un effet quelconque de la couverture forestière ».

Beaucoup de conclusions basées sur les résultats des modèles

21Les rétroactions végétation-climat étant bien difficiles à déterminer, on fait de plus en plus appel aux modèles (avec le risque que l’on construise un modèle pour répondre à une question scientifique et que du coup, on le mette au point dès le départ pour répondre dans le sens recherché). Au sujet du recyclage de l’eau, Cosandey et Robinson (2000) concluent « les estimations varient beaucoup d’un modèle à l’autre. Henderson-Sellers (1987) compare les résultats de quatre d’entre eux : la modification des précipitations qui résulteraient de la déforestation de l’Amazonie varierait d’une augmentation de 75 mm (Lettau et al., 1979) à une réduction de 200 à 230 mm (Henderson-Sellers et Gornitz, 1984) ou de 100 à 800 mm selon les endroits (Wilson, 1984 cité par Henderson-Sellers, 1987). Lean et Warrilow (1989) propose que la pluie diminuerait de 20,3 %, les débits de 11,9 % et l’évapotranspiration réelle (ETR) de 27,2 %. Dickinson ef al. (1986) trouvent aussi une réduction de l’évaporation (jusque 50 %) et des précipitations (20 %). Un modèle proposé par Shukla ef al. (1990) aboutit à des estimations voisines ». Dans le même massif forestier, on a déterminé que « l’effet de la déforestation est un réchauffement du sol et une augmentation de la convergence d’humidité induite par un renforcement de la ZCIT » (Polcher et Laval, 1994). D’autres modèles ont permis de définir que « l’évaporation à partir de l’océan Atlantique tropical, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale contribue pour 23, 27 et 17 % respectivement, des pluies sur l’Afrique de l’Ouest » ; d’autres auteurs font varier cette proportion de 10 à 90 %, en utilisant des modèles différents (Gong et Eltahir, 1996). Zeng ef al. (1999) ont montré comment la prise en compte d’une rétroaction de l’humidité du sol et de la végétation reproduisait bien mieux les valeurs de précipitations que la seule prise en compte de ces éléments sans rétroaction de leur part. Par ailleurs, la même équipe a remarqué que « quand le modèle (couplé atmosphère-terre-végétation) est forcé par des températures de surface de la mer (SST : sea surface temperatures) observées, un feedback positif des changements végétaux conduit à une augmentation du gradient spatial entre les régions désertiques et les régions forestières aux dépens des zones de savanes. Quand la variation interannuelle des SST est prise en compte, la variabilité climatique tend à réduire la pluviométrie et la végétation des régions les plus humides et à les accroître dans les zones les plus sèches, amortissant la transition désert-forêt » (Zeng et Neelin, 2000). Et, toujours en Afrique de l’Ouest, il a été constaté que « des changements de la circulation générale jouent un rôle important dans le déclenchement de la sécheresse au Sahel (1968-1995), mais d’autres mécanismes peuvent être responsables de la persistance des conditions sèches. Une ACP centrée sur la vitesse verticale des vents indique un changement important dans la circulation générale avant la sécheresse, durant les années soixante. De semblables changements de circulation générale dans les années 1970 n’ont pas été accompagnés d’un retour aux conditions humides » (Long et al., 2000).

22Enfin, Shinoda et Gamo (2000) et Shinoda (2000) ont mis en évidence une corrélation entre une végétation plus fournie que la normale (c’est-à-dire de hautes valeurs de NDVI) et des valeurs de température au-dessus de la couche limite de convection inférieures à la normale ; ce dernier point conduit à un gradient de température altitudinal supérieur et donc à une convection améliorée et une pluviométrie supérieure ; ils montrent que les « pluies des mangues », qui se produisent au Sahel parfois quelques mois avant la saison des pluies, peuvent aussi provoquer cette amélioration de la convection. Cette rétroaction végétation-pluviométrie explique en grande partie le mécanisme de la désertification.

Un exemple de recherche de relation rugosité-pluviométrie dans la Sierra Madre

23On déjà montré que la relation pluie-végétation est très forte du fait de l’étagement des formations végétales en fonction de la pluviométrie annuelle moyenne. Cette très forte relation empêche de trouver, par analyse factorielle, une quelconque relation inverse qui montrerait une rétroaction de la végétation sur la distribution spatiale des pluies. On va tenter ici d’interpréter les résultats de travaux de terrain effectués lors d’une mission réalisée en novembre 2002 sur les sites d’un grand nombre de stations pluviométriques de la Sierra Madre occidentale.

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Fig. 45 – Relief de la zone étudiée (d’après le modèle numérique de terrain mexicain à maille de 90 m) et localisation des postes.

24On a sélectionné pour cela une trentaine de stations réparties sur plus de 400 km du nord au sud, et où les conditions par ailleurs (c’est-à-dire en dehors du taux de boisement) étaient à peu près les mêmes.

25Il faut préciser que le nombre de stations s’est considérablement réduit, passant de 312 à une trentaine, et ce chiffre est en général considéré comme le plancher d’une population statistiquement représentative. Mais il a été impossible de trouver davantage de stations en situation homogène : on n’a en effet considéré que les postes pluviométriques situés à l’étage de la forêt et dans le plateau sommital de la Sierra Madre occidentale de manière à ce que le relief, l’altitude, la rugosité et le type de formation végétale soient les plus proches possibles ; on est donc uniformément dans la forêt de pins, entre 2 200 et 3 000 m d’altitude et sur les plateaux rhyolitiques de la sierra. La liste des stations, localisées aussi sur la figure 45, est portée dans le tableau XXV.

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Tabl. XXV – Liste des stations utilisées pour l’analyse de la relation pluviométrie/densité végétale.

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Aire de stockage de troncs de pins sur la piste de Buenos Aires (Sierra La Concepción, au-dessus de Tepehuanes).

Hypothèses initiales

26On a considéré que les éléments de paysage qui avaient le plus de chances d’avoir une influence sur la répartition spatiale des précipitations étaient les suivants ; les sigles signalés entre parenthèses sont ceux du tableau XXVI tels qu’utilisés pour l’analyse en composantes principales :

27– la pluviométrie moyenne (PMO) qui est ici la principale variable dépendante, mais l’on a aussi introduit l’écart-type des pluies annuelles (PET) et le coefficient de variation (PCV) ;

28– le relief :

29• l’altitude (ALT) de la station ; par ailleurs, on a considéré l’altitude moyenne autour de la station. Pour ce faire, on a pris en compte, grâce au MNT (modèle numérique de terrain), un carré de 36 km2 autour du poste, pour lequel on a calculé, non seulement cette altitude moyenne (AMO), mais aussi l’écart-type de ses altitudes (AET) et leur coefficient de variation, que l’on considérera comme la rugosité de ce carré (ACV).

30– les masses végétales :

31• la densité : (IDF et IDC sous forêt et clairière respectivement) et la rugosité (IRF et IRC).

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Tabl. XXVI – Liste des variables considérées dans l’analyse en composantes principales (ACP).

32La plupart des stations étant situées dans des clairières (il n’est pas conseillé d’installer un pluviomètre au cœur d’une forêt), on a considéré les densités et rugosités de la masse végétale dans les clairières et dans les forêts autour de la clairière.

  • la surface de la clairière (SUPC).
  • on a aussi pris en compte la distance à l’océan Pacifique (DIO), la latitude (LAT) et la longitude (LONG) de la station ainsi que la rugosité du sol autour du poste (écart-type et CV de la topographie numérisée).

Classification des variables par ACP

33On a procédé après avoir dressé la matrice de corrélation (tabl. XXVII) à une ACP (Analyse en composantes principales) de manière à classifier les variables et à entrevoir les redondances qu’elles pouvaient comporter entre elles.

34On a considéré quatre composantes principales et leurs valeurs propres respectives sont signalées dans le tableau XXVIII. Elles expliquent en tout 73,4 % de la variance de la population.

35La classification des variables apparaît dans les figures 46 (axes 1 et 2) et 47 (axes 3 et 4).

36Le premier espace des variables représente plus de 51 % de la variance expliquée.

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Fig. 46 – Espace des variables suivant les deux premières composantes de l’ACP.

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Fig. 47 – Espace des variables suivant les 3e et 4e composantes.

37Le premier axe est avant tout déterminé par la rugosité du relief (ACV), son écart-type (AET), l’indice de rugosité des clairières (IRC), la superficie des clairières (SUPC) et l’écart-type des pluies annuelles (PET). La superficie de la clairière corrélée négativement avec la pluie moyenne conduit à penser que les grandes clairières pourraient constituer des zones où la rugosité diminue, entraînant une diminution relative des précipitations.

38Le deuxième axe est défini avant tout par la distance à l’Océan (DIO), le coefficient de variation interannuelle des précipitations (PCV) et l’indice de rugosité de la forêt (IRF).

39Les deux premiers sont corrélés négativement avec la pluie (PMO).

40Par contre, la pluie est corrélée positivement avec l’indice de densité et l’indice de rugosité de la forêt (et à un moindre degré avec ceux des clairières) ; ceci semble confirmer le rôle « pluviogène » de la rugosité de la cime des formations végétales.

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(Les valeurs en gras sont celles qui sont statistiquement significatives.)
Tabl. XXVII – Matrice de corrélation des variables.

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Tabl. XXVIII – Valeurs propres des quatre premières composantes de l’ACP.

41Le deuxième espace des variables représente encore 22 % de variance expliquée supplémentaire (axes 3 et 4, fig. 47).

42L’axe 3 est très nettement déterminé par la précipitation moyenne (PMO) qui est, bizarrement, corrélée négativement avec tous les indices de rugosité (IRF et IRC) et de densité (IDF et IDC) au premier rang desquels l’indice de rugosité de la forêt. Cela relativise d’autant plus les observations antérieures que la matrice de corrélation (tabl. XXVII) montre qu’il n’y a pas de corrélation pluie-rugosité du couvert. Cela va à l’encontre des résultats acquis précédemment (Descroix et al. 2001) où l’on observait une corrélation évidente entre pluie et masse végétale (alors exprimée en valeur de NDVI : indice normalisé de végétation sur des carrés de surface différente autour du poste). Mais cette étude sur le lien pluie-NDVI était entachée du problème de la relation inverse bien plus puissante qui fait que la végétation d’une région dépend bien sûr de la précipitation qu’elle reçoit.

43L’axe 4 n’apporte presqu’aucune information concernant la pluie, celle-ci étant trop près de l’axe 3 pour déterminer une corrélation avec la 4e composante. Il est défini essentiellement par la rugosité du relief (ACV et AET).

44La contradiction de l’information fournie par les axes 2 et 3 montre bien les problèmes d’interprétation des analyses en composantes principales. On peut obtenir des corrélations inverses suivant les variables considérées, du fait du rôle complémentaire que joue chaque variable vis-à-vis de chacune des autres.

Classification des stations par ACP

45Les individus considérés dans notre population statistique sont ici les stations pluviométriques prises en compte pour cette analyse.

46Leur intercorrélation est décrite par la figure 48, qui représente les composantes 1 et 2. Les valeurs propres et pourcentage de variance expliquée sont les mêmes que pour les variables.

47On constate dans la figure 48 que les stations se regroupent en trois sous-ensembles assez dissemblables :

  • le groupe 1 des stations situées le plus bas en altitude (2 000 à 2 250 m), surtout comprises dan l’État de Durango (sauf Balleza – 8005 – et Llanitos – 8320 –) et qui de ce fait ont une pluviométrie annuelle moyenne modérée (550 à 700 mm) ;
  • le groupe 2 de stations, essentiellement situées dans l’État de Chihuahua, à haute altitude (de 2 400 à 3 000 m) mais où la pluviométrie est également modérée (600 à 800 mm) du fait de la continentalité ; ce sont les stations les plus éloignées de la côte, et surtout les plus septentrionales, donc les plus éloignées du flux de la mousson américaine ;
  • enfin le groupe 3 rassemble les stations les plus pluvieuses, celles situées à assez haute altitude (2 300 à 2 600 m) et sur les zones de plateaux les plus proches du Pacifique et également les plus méridionales, plus exposées à la mousson.

48En conclusion, cette étude portant sur un nombre réduit de stations permet de montrer que si la rugosité du relief et de la végétation, facteurs locaux, jouent un rôle sur la répartition des précipitations, ce rôle est mineur par rapport aux facteurs régionaux et globaux, tels que altitude, coordonnées géographiques et éloignement par rapport au littoral.

Fig. 48 – Espace des individus (stations) suivant les deux premières composantes.

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BIBLIOGRAPHIE

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TABLE DES ILLUSTRATIONS

TitreFig. 48 – Espace des individus (stations) suivant les deux premières composantes.
URLhttp://books.openedition.org/irdeditions/docannexe/image/5495/img-10.jpg
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AUTEURS

Luc Descroix

Géographe et hydrologue, chargé de recherches à l’IRD, actuellement en poste à Niamey (Niger).

Du même auteur

Jose Luis Gonzalez Barrios

Gonzalez Barrios, hydro-pédologue, directeur de recherche au Cenid Raspa (Inifap) de Gômez Palacio.

Du même auteur

Raul Solis

Enseignant à l’École forestière de Durango, thésard de l’Universidad Autónoma de Nuevo León (Linares, Mexique).

© IRD Éditions, 2005

Licence OpenEdition Books

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Lucien Séguy

https://www.amicaledesanciensducirad.fr/index.php/vie-de-l-adac/collegues-disparus/seguy-lucien

Hommage de l’amicale des anciens du CIRAD

Notre collègue Lucien Séguy est décédé, le 27 avril 2020, à l’âge de 75 ans à son domicile en France. 

Né en 1945 dans une famille de petits paysans du nord de la Dordogne, fiers de leurs racines et durs à la tâche, Lucien sera le seul de sa fratrie à accéder à l’université et à se former, grâce aux bourses de la République, comme ingénieur agronome ENSAT (Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse) en 1965, suivi d’une spécialisation en pédologie à l’ORSTOM de Bondy.

Il se marie à la fin de ses études avec Jacqueline qui l’accompagnera durant toute sa longue carrière à l’étranger. Son service militaire se déroule en coopération au Sénégal, de 1967 à 1969, d’abord à la station IRAT de Bambey, puis à Sefa, où son premier grand défi sera d’améliorer le travail du sol en traction animale pour la riziculture de la Casamance sur les « sols gris » qui bordent ses nombreux cours d’eau et marigots.

A partir de 1969, il est affecté par l’Irat dans l’Ouest Cameroun à Dschang d’où il monte et accompagne des projets rizicoles pluviaux sur les plaines des M’Bos et de N’Dop avec la Satec, sur lesquels il développe ses études systèmes de culture et amélioration variétale du riz pluvial et irrigué et il mène de front le suivi de projets productifs et des études très originales sur les interactions entre génotype et environnement (interactions entre fertilité des sols, état nutritionnel des plantes et pyriculariose du riz).

Ses réalisations ont intéressé des responsables de la recherche agronomique brésiliens et, fin 1977, Francis Bour, le directeur général de l’IRAT, l’affecte auprès de l’EMBRAPA de l’état du Maranhão. Il sera le premier expert du futur Cirad à être en poste permanent au Brésil où il restera jusqu’à sa retraite. De 1977 à 1982, il monte avec l’aide de Serge Bouzinac des études sur des systèmes de culture pour les petits paysans sans terre à base de riz pluvial en conditions de défriche-brûlis manuelle traditionnelle et en les comparant avec des systèmes mécanisés en traction animale, lesquels furent abandonnés après un an d’étude en raison des risques d’érosion catastrophique qu’ils généraient. En parallèle, Lucien cultive ses passions en appuyant la diffusion des meilleurs systèmes manuels utilisant l’herbicide basés sur les cultures associées (riz + maïs + manioc) suivi de Vigna en fin de saison des pluies et en perfectionnant les variétés de riz pluviales et irriguées pour la zone équatoriale. Ces activités et leurs résultats valent à Lucien et Serge d’être contactés par le centre fédéral de recherches sur le riz, l’EMBRAPA CNPAF de Goiânia. De 1983 à 1989, Lucien et Serge s’attaquent à un milieu totalement différent, les Cerrados du Centre Ouest brésilien, dominés par une grande agriculture mécanisée après défriche de la savane qui substitue rapidement le riz pluvial sur défriche par du soja en monoculture et technologies de culture simplifiées (TCS) généralisé, ce qui induit une érosion dévastatrice. Après un rapide diagnostic, basé sur l’étude du profil cultural, les recommandations sont simples : introduire des systèmes combinant rotations de culture (soja/riz, soja/maïs) et succession annuelle de cultures (riz + sorgho ou mil, soja + maïs ou sorgho ou mil) avec des préparations de sols profondes (labour inversé ou scarification). Ces systèmes de travail du sol plus profond ont eu du succès surtout pour la rénovation de pâturage (sistema barreirão diffusé largement par João Kluthcouski, homologue Brésilien de Lucien). Mais l’avènement du Plantio direto au sud du Brésil a changé le paradigme et à partir de 1985, avec le précieux appui d’un producteur éclairé, Munefumi Matsubara, à la fazenda Progresso, les alternatives en semis direct ont été comparées aux mêmes systèmes avec travail du sol profond ou superficiel : durant les 5 années d’études, les résultats des alternatives en semis direct ont dépassé ceux des systèmes conventionnels avec travail du sol en productivité et en rentabilité, et surtout permettent d’améliorer les teneurs de matière organique des sols, alors que sur la monoculture de soja x TCS ces teneurs s’effondrent. Les techniques de semis direct et de succession de cultures vont rapidement occuper des millions d’hectares, grâce à une diffusion intensive des résultats via les fondations et associations de producteurs.

A partir de 1989, en lien avec Rhône Poulenc, des conventions de recherches sont signées avec diverses entreprises et coopératives du Centre Ouest et du Nord du Brésil (CooperLucas, Varig Agropecuária, Sul América Agropecuária, etc.) pour adapter les techniques de semis direct aux différents acteurs dans ces régions, devenant ainsi les pionniers du semis direct sur cotonnier au Mato Grosso. Lucien Séguy a amélioré les concepts du semis direct sur couverture végétale permanente (SCV). Il a aussi créé de nouvelles alternatives SCV sur couvertures vivantes, encore plus performantes (soja sur pelouse de Tifton, maïs sur Arachis pintoï). Avec AgroNorte, Lucien est aussi revenu à ses premières amours : la génétique riz pluvial et une variété, le CIRAD 141 qui a couvert des centaines de milliers d’ha pendant des années au Mato Grosso.

Les partenariats au Brésil se sont élargis à partir de 2002 aux universités (USP, UEPG) ainsi qu’à IMA- MT, Institut Mato-grossense du coton pour la partie des systèmes de semis direct cotonniers et le développement des mélanges de plantes améliorant la vie biologique et la fertilité des sols. Avec le Dr João Carlos Sá, de l’université de Ponta Grossa, spécialiste du semis direct au Brésil, ils organisent des cours de formation aux techniques de semis direct durant 4 ans, permettant d’initier les partenaires du Cirad travaillant avec nos équipes sur les terrains du Sud. Il a reçu le titre de Docteur Honoris Causa de l’UEPG.

Parallèlement à ces travaux au Brésil, Lucien Séguy réalise chaque année de multiples missions d’appui et d’orientation dans de nombreux pays tropicaux d’Afrique et d’Asie, visant à diffuser et à adapter dans le monde tropical ces nouvelles technologies mises au point au Brésil avec échanges de matériels végétaux entre les différents continents.

À sa retraite, en 2009, il ouvre de nouveaux terrains de recherche : des réseaux se montent qu’il anime, partageant sa vision, ses idées et sa créativité, en France, autour d’agriculteurs pionniers des SCV convaincus par ses travaux tropicaux dès le milieu des années 90, puis au Québec, à l’invitation d’un agronome, Louis Pérusse, qui lui demande un appui pour développer les SCV… sous couvert de neige. Sa connaissance fine des plantes lui permet de proposer des combinaisons stimulant de multiples fonctions écosystémiques : fixation azotée par les légumineuses, stimulation des symbioses microbiennes et des vers de terre, labour biologique, contrôle des adventices par effets allélopathiques, etc… Il poursuit également ces axes de recherche au sud du Brésil, avec de jeunes agronomes qui diffusent ces systèmes à base de couverts multifonctionnels sur des dizaines milliers d’ha.

Lucien Séguy a eu une carrière scientifique exceptionnelle par ses applications, passant de la pédologie à l’agronomie puis à l’amélioration variétale et ceci dans toutes les écologies. Il a su avant bien d’autres travailler « en milieu réel », plutôt qu’en station. Il a formé, conseillé et orienté de nombreux agronomes du Cirad et de ses partenaires dans le monde qui vont se sentir un peu orphelins. Un de ses préceptes les plus marquants était de faire travailler la nature à notre profit, c’est la grande force des SCV qu’il a créés et diffusés dans le monde entier. Remettant en cause les fondements de la révolution verte, il a contribué aux bases d’une agriculture renouvelée et à la fondation de cette transition agroécologique dont le Cirad a depuis fait une de ses thématiques stratégiques.

Lucien était un homme entier, cultivé, charismatique, passionné jusqu’à l’excès. Préférant parfois l’intuition à la démonstration, il ne laissait personne indifférent. Erik Orsenna, que Lucien avait promené sur ses terrains au Brésil, le décrit comme un « moine soldat » dans son livre « Voyage aux pays du coton ». Mais si certains étaient réticents face à ses comportements parfois tranchés, nul ne peut nier que Lucien a été un agronome hors pair, doté d’une culture encyclopédique et d’une capacité exceptionnelle d’observation, capable de porter un diagnostic pertinent tant sur les situations de production que sur les gestes techniques. Il avait la passion de trouver des solutions aux problèmes concrets des paysans, aux « ploucs » dont il se disait si fier de faire partie. Tout au long de sa carrière, il a fondé une école de pensée avec une vision globale de l’agronomie dont le Cirad est redevable et qu’il continue à enrichir en empruntant les chemins ouverts par cet innovateur d’exception.

Les agricultures tropicales, la recherche agronomique en général, et le Cirad en particulier, lui doivent beaucoup et sa disparition laisse un grand vide. Nous avons tous une pensée amicale et solidaire pour Jacqueline, sa femme, et ses enfants Sandrine et Yannick qui l’ont soutenu et soigné durant les derniers mois de sa longue maladie.

1977 Ouest Cameroun
Riz pluvial Goiania BRÉSIL 1986
1980 Bouaké

Carlos Crovetto

Après Lucien Seguy, Hubert Charpentier, l’agriculture de conservation des sols vient de perdre un autre pionnier : Carlos Crovetto, âgé de 88ans. Auteur de plusieurs livres traduits en français sur  » les fondements d’une agriculture durable » qu’il mettait en pratique sur sa ferme CHEQUÈN au Chili. C’était un plaisir de le recevoir, à plusieurs reprises en France pour partager nos expériences. Hommage et respect❕ Carlos, toi aussi tu vas nous manquer … Reposes en paix ❕

SCV au Canada avec Louis Pérusse

Le copropriétaire de la bergerie Épiphanoise, Étienne Langlois, a mis en place la méthode SCV dans son entreprise en 2021, après avoir vécu d’importants problèmes de sécheresse.

« Un de nos objectifs, c’est d’avoir aucun travail du sol », affirme le copropriétaire.

Il voulait aussi améliorer ses rendements de maïs : « On sème des cultures intercalaires : on a du radis, des trèfles, entre les rangs. Ça nous aide. Dans le fond, le trèfle, il fixe de l’azote pour l’année d’ensuite. Justement pour réduire nos besoins d’intrants pour l’année suivante. »

Ça s’est avéré être une bonne décision pour son entreprise :

« On a 40 à 50% plus de rendements qu’une prairie conventionnelle. »

Une méthode qui voyage

C’est l’agronome Louis Pérusse qui a popularisé ce système de semis directs sur couverture végétale permanente, autrement appelé SCV : « C’est vraiment une voie qui s’ouvre aux agriculteurs au Québec », affirme-t-il.

La méthode a fait du chemin dans la région : « Y’a un engouement vraiment dans le Bas-Saint-Laurent, une belle réponse, une ouverture des producteurs », ajoute monsieur Pérusse.

Une expérience concluante

Le SCV a pour but d’éliminer le travail des sols et de limiter la sécheresse. Un phénomène qui se fait de plus en plus courant avec les changements climatiques : « Les producteurs qui ont adopté cette approche-là sont beaucoup plus résilients aux changements climatiques, à l’augmentation des coûts d’intrants agricoles. Donc ils sont beaucoup mieux outillés. »

Et les résultats sont assez surprenants : « Y’a des entreprises qu’en 2 ans, on a enlevé tout travail de sol au niveau des parcelles, et certaines entreprises, on est en mesure de doubler les rendements de foin. »

Pour le producteur ovin, l’expérience est concluante : « Nous, c’est sûr que la santé de sols s’est améliorée. L’objectif c’est d’avoir aucun sol à nu l’automne. On a des sols vivants en permanence. Nous c’est sûr qu’on ne retournerait pas en arrière là-dessus », conclut monsieur Langlois.

Hommage à Hubert Charpentier

Nous sommes dans la tristesse d’annoncer le décès de notre ancien collègue et ami, Hubert Charpentier qui nous a quitté le 4 Avril 2022.

D’origine berrichonne, Hubert nait le 25 Août 1952 ; il grandit sur la ferme familiale située sur les plateaux argilo-calcaires de l’Indre, au Sud d’Issoudun. Diplôme d’ingénieur agronome en poche (ENSA de Rennes, 1974), il part en 1978 en tant que volontaire du service national en Guyane française sur le jeune polder rizicole de Mana. Le dispositif de recherche est encore modeste et lui permet d’expérimenter une approche… essentiellement cynégétique de la riziculture !

En 1980, Hubert intègre l’IRAT pour une première affectation à Madagascar, auprès de la Société Malgache d’Aménagement du Lac Alaotra (SOMALAC). Jusqu’en 1986, il est en charge de la recherche d’accompagnement pour les rizicultures à maîtrise d’eau partielle et les systèmes de culture pluviaux. Il conduit des expérimentations avec les agriculteurs visant à l’amélioration des systèmes de culture et de production à l’échelle des terroirs villageois en recoupant systématiquement l’ensemble des unités morpho-pédologiques composants les paysages. Ces approches de recherche-action constituent une première déclinaison en contexte d’agriculture de subsistance des méthodologies de « création-diffusion-formation » conçues et déployées au Brésil par Lucien Séguy sur les grandes exploitations mécanisées des Cerrados. Elles couplent, pour chaque agroécologie, la conception des systèmes de cultures, notamment avec l’intégration de culture de blé et de haricot en contre saison, avec leur ajustement thématique (sélection variétale, fumure minérale …). Cette articulation entre composantes systémiques et thématiques organise la production de connaissance sur les performances et les conditions de la durabilité des systèmes et débouche sur des mécanismes expérimentaux d’accès au crédit et intrants. Ses travaux font l’objet d’une synthèse du Cirad intitulée « Des chercheurs chez les paysans » à un moment où l’approche participative commençait à émerger au niveau international. Ils constituent une contribution décisive dans la diffusion de système de culture à base de riz pluvial, dans la région du Lac Alaotra. Dans cette région il continuera à développer son approche cynégétique du milieu naturel, se spécialisant sur les Anatidae de bas-fonds.

A partir de 1987, il rejoint l’Institut des Savanes (IDESSA, intégré au CNRA en 1998) à Bouaké pour travailler sur la fixation, par des voies agrobiologiques de l’agriculture à base d’annuelles, en zone forestière et de savanes. Des dispositifs pérennisés en milieu paysan, couvrant plusieurs dizaines d’hectares, sont développés à Tcholelevogo au Nord en pays Senoufo, et dans le centre, à Brobo, à l’Est de Bouaké (Agriculture et développement n°21, 1999). Ils ouvrent les voies de restauration accélérée des sols sous jachère par introduction de couverts végétaux et de gestion durable et continue des systèmes de culture en semis direct sur des couverts (SCV) morts ou vivants. Ces dispositifs constituent les premières expériences à grandes échelles d’agriculture de conservation en Afrique de l’Ouest ; ils soulignent la nécessité de coupler le développement de ces techniques avec l’embocagement et une gestion concertée des terroirs pour redéfinir les voies d’intégration avec l’élevage et contrôler les feux.

I

l revient à Madagascar auprès de l’ONG TAFA de 1998 à 2005, année où il quitte le Cirad. Il conçoit et pilote avec les agronomes malgaches de TAFA des dispositifs de référence en appui au développement des techniques de SCV sur la côte Est (Manakary, Mananjary), au Lac Alaotra (grenier à riz du pays) ainsi que dans l’Ouest (Morondava) et le Sud-Ouest (Tuléar) de l’île. Ce réseau est complété par les expériences de TAFA et du CIRAD (Roger Michellon) sur les Hauts Plateaux et dans le Moyen-Ouest. Il permet de créer et évaluer les performances agro-techniques et économiques de systèmes de cultures agroécologiques à base de couvert végétaux en adressant la diversité des grands agroécosystèmes cultivés à l’échelle du pays et la variabilité des réalités techniques, économiques et sociales du monde rural. Les acquis de ces travaux et ceux qui les ont précédés ont été capitalisés dans un manuel technique du Semis Direct à Madagascar, très complet, pour lequel il a joué un rôle clef de conceptualisation et de structuration. Les dispositifs de terrain qu’il a mis en place ont servi de support de formation à de nombreux agronomes, qu’ils soient malgaches ou français. Chaque mission de terrain étant pour Hubert l’occasion de partager généreusement son expertise agronomique.

A partir de 2000, il reprend la ferme familiale et s’attache à y développer des systèmes d’Agriculture de Conservation adaptées au contexte de la Champagne berrichonne, d’abord à base de couverture morte ; puis, face à la variabilité climatique, il met au point, avec d’autres agriculteurs pionniers de l’agriculture de conservation en France et avec l’appui de Lucien Séguy, la conduite du blé sur couverture vive de luzerne et lotier corniculé qui devient un élément central d’un système de culture performant et résilient. Dans chacun des termes de la rotation, il conserve des bandes sous travail du sol faisant de sa ferme un des rares dispositifs de référence en France sur une agriculture de conservation parfaitement maîtrisée. Au cours des dix dernières années, Hubert s’est employé à partager son expérience et ses savoir-faire à travers des formations d’agriculteurs et des vidéos, dont certaines totalisent plus de cent mille vues.

Sa très grande capacité de travail, sa vivacité d’esprit, sa grande connaissance de la nature et son humour décapant en faisaient un chercheur hors pair et un collègue auprès duquel on s’enrichissait chaque jour.

Nous saluons la mémoire d’un homme de conviction qui a eu une contribution significative à la réalisation de nos missions d’innovation technique et de formation des partenaires du Sud. Nous avons une pensée amicale et solidaire pour Dominique, son épouse, et Stéphanie, Hervé et Pascaline, ses enfants, ainsi que ses petits-enfants.

Stéphane BOULAKIA

Le rafraîchissement des villes par les arbres

Les arbres n’auraient jamais du quitter les villes …Maintenant, il y a du job pour faire comprendre leurs immenses avantages qui sont incontournables pour une ville durable avec plus de végétation vivante et active en lieu et place de béton mort ou bitume polluant

Cette question de la présence de végétation en ville, est pratiquement la même problématique pour la présence de plantes de couverture multi-services en SCV dans nos parcelles agricoles, il est urgent que l’homme comprenne les services, les bénéfices, que peut lui rendre la végétation. L’existence de la végétation est complètement au service de l’humanité ….lutter contre la végétation à outrance, c’est lutter contre l’avenir ….!

Peut-on poser cette question aux scientifiques compétents ….. »Que devient la chaleur solaire réceptionnée par le feuillage des arbres, que s’est-il passer entre les situations avec végétation qui fabriquent de l’ombre fraîche et sol nu bitumé qui stocke plutôt de la chaleur »…?

En SCV Lucien Séguy , cette énergie solaire captée par les plantes se transforme en usine à photosynthèse et permet la croissance des plantes et notre objectif dans cette technique agricole de production d’alimentation, est l’utilisation maximum de ce phénomène refroidissant et bénéfique pour notre climat et de nos sols agricoles

https://www.inrae.fr/actualites/rafraichissement-villes-arbres

La préparation de la « ville durable » au changement climatique passe par une meilleure prise en compte du confort thermique dans l’espace urbain.

Parmi les stratégies d’adaptation des villes au changement climatique et notamment aux épisodes de chaleur extrême, la réintroduction d’arbres en milieu urbain est une voie prometteuse car, par leur transpiration et leur ombrage, ils ont un impact significatif sur le bilan thermique de l’atmosphère environnante.  L’augmentation des surfaces végétales en ville semble une solution favorablement partagée par les habitants. L’impact positif du rafraîchissement est renforcé par d’autres services écosystémiques que peut fournir la végétation aux habitants, comme par exemple la filtration de l’air, la biodiversité en ville et également l’aspect ludique et social.

Mieux expliciter les interactions entre les arbres et la ville a donc constitué l’objet principal d’un projet ANR porté par l’UMR PIAF, COOLTREES, pour concevoir des villes durables où les aménagements arborés prennent tout leur sens et leur place. Les bénéfices thermiques potentiels des arbres dans un environnement urbain avaient jusqu’ici été peu étudiés, notamment pour les arbres de rue. Le feuillage constitue en fait une véritable carapace absorbante. L’impact des arbres est d’autant plus flagrant en plein soleil : la température mesurée est 7 °C plus faible sous les arbres à 13 heures*.

Un outil de simulation, LASER.T, permettant de simuler l’impact des arbres sur le microclimat urbain et leur fonctionnement, a été conçu et mis au point au cours du programme de recherche. Il simule de manière couplée les interactions thermoradiatives entre les différents éléments d’un paysage urbain, végétation incluse, et est capable de spatialiser le microclimat au sein des houppiers. De même une base de données regroupant toutes les mesures effectuées entre 2014 et 2018 est également disponible. Le modèle sera mis à disposition en open source. Le développement d’une interface graphique permettra également son utilisation par des non-scientifiques (techniciens des espaces verts et des parcs, aménageurs de l’espace urbain…) afin de leur permettre d’évaluer, par exemple, la pertinence d’un aménagement arboré.

Deux zones ombragées de la ville de Strasbourg
L’ombrage généré par les arbres est bienfaiteur. Deux exemples dans la ville de Strasbourg.

Ce projet a donc permis d’avancer dans les connaissances des arbres en ville et de proposer un premier cadre de modélisation, mais qui reste à préciser et affiner : cela fait l’objet d’un nouveau programme de recherche ANR  qui démarre, TIR4sTREEt, coordonné par l’INSA de Strasbourg et dont INRAE est partenaire (UMR PIAF et UMR Sylva).

Un fascicule de vulgarisation et un site web ont été conçus pour présenter le projet COOLTREES et ses résultats, le modèle LASER.T et son utilisation, notamment pour les professionnels.

 Toutes les infos sur https://www6.inrae.fr/cooltrees

https://www.inrae.fr/actualites/chaleur-urbaine-arbres-bien-entretenus-rafraichissent-plus-latmosphere

4pour 1000

https://4p1000.org/

Stéphane Lefoll , en proposant le 4 pour 1000 avait quelque peu gentiment « énervé » Lucien Séguy qui nous expliquait souvent qu’en SCV on visait plutôt les 25 pour 1000 ….

Les activités humaines émettent d’énormes quantité de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, ce qui renforce l’effet de serre et accélère le changement climatique. Les sols mondiaux contiennent 2 à 3 fois plus de carbone que l’atmosphère. Augmenter ce stock de carbone de 4 pour 1000 (0.4%) par an dans les 30-40 premiers centimètres du sol, permettrait de stopper l’augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère. C’est ce que propose l’initiative 4 pour 1000, les sols pour la sécurité alimentaire et le climat.

Hommage de Jean-Pierre Sarthou

Mon maître, mon juge, mon centre d’inspiration principal, c’est la Nature, sous sa complexité la plus grande. Vous avez une question à poser, posez-la à la Nature et elle vous répondra ; il faut simplement faire quelques manip’ pour qu’elle vous réponde et le faire de manière scientifique pour comprendre pourquoi cette réponse, ce qu’elle veut dire exactement ». Ainsi s’exprimait Lucien Séguy en ouverture de son cours-conférence de deux jours donné aux étudiants de la spécialisation AGREST en 2016, à l’ENSAT. Je ne connaissais pas Lucien depuis longtemps mais déjà son discours franc, imagé mais clair, suintant dans chaque phrase son immense expérience de terrain doublée de bon sens, de pragmatisme et de réalisme, me fascinait. J’ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois par la suite, d’échanger beaucoup avec lui après nos escapades respectives dans les champs du Sud-Ouest et d’ailleurs en France, comme des tropiques latino-américains ou asiatiques, et c’était non seulement un plaisir mais une occasion unique pour moi de parfaire mes connaissances et de me faire expliquer ce que j’avais entendu et observé. Revoyant aujourd’hui la vidéo (condensée) de son intervention à l’Agro Toulouse (merci Grégory Dechamp-Guillaume, merci Christophe de Heaulme !), ayant moi-même affiné mes connaissances théoriques et pratiques sur l’agriculture de conservation des sols, je mesure mieux à présent la pertinence de ses intuitions initiales qui quelque part, me rassurent et m’expliquent bien des choses… Je mesure aussi la puissance de l’expérience du terrain et cela me conforte aussi, mais surtout lorsqu’elle est vécue sous les tropiques, où, comme le disait Lucien et me l’avait déjà démontré son disciple Olivier Husson, tout est exacerbé et tout va beaucoup plus vite qu’ici, ce qui aide à comprendre.

Je ne suis pas le mieux placé pour retracer le parcours professionnel exceptionnel de Lucien Séguy, mais une chose est sûre : cet agronome hors pair, qui a su conjuguer sous toutes les latitudes ou presque, savoir scientifique et observations empiriques, était un humaniste et un idéaliste, presque un alchimiste. Que tous les AgroToulousains qui marchent et marcheront dans ses pas, s’inspirent de son œuvre, pour l’avènement d’un pacte salutaire et fécond entre la Nature et l’Homme, dont les générations futures ont, dès maintenant, urgemment besoin.

Jean-Pierre Sarthou
Professeur d’Agronomie et Agroécologie à l’INP-ENSAT

Hommage du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation

Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation souhaite rendre hommage, aux côtés du Centre International de recherche agronomique pour le développement, à Lucien Séguy qui a consacré son exceptionnelle carrière à la recherche et au développement des agricultures tropicales.

Né dans une famille d’agriculteurs en Dordogne, il a toujours eu à cœur de trouver des solutions aux problèmes concrets des paysans. Innovateur, il a fondé une école de pensée avec une vision globale de l’agronomie que le Cirad continue aujourd’hui à enrichir.

Lucien Seguy est l’un des pères du semis direct sur couverture végétale permanente, technique naturelle sans labour privilégiant la rotation de cultures, qu’il a contribué à développer au Brésil. Au terme de quelques années d’études et avec l’appui de producteurs, les techniques de semis direct et de successions de cultures se sont développées sur des millions d’hectares au sud du Brésil.
Passionné par la riziculture, il a accompagné au tout début de sa carrière des projets de développement des systèmes de cultures et d’amélioration variétale au Sénégal et au Cameroun. Il y reviendra également au Brésil en travaillant sur la génétique du riz pluvial et une variété, le CIRAD 141, qui a couvert des centaines de milliers d’hectares pendant des années au Mato Grosso.
Parallèlement, Lucien Séguy a réalisé de multiples missions d’appui et d’orientation dans de nombreux pays tropicaux d’Afrique et d’Asie, visant à adapter ces nouvelles technologies mises au point au Brésil.

Lucien Séguy est le précurseur d’une agriculture renouvelée, régénératrice et respectueuse des sols, fondement de la transition agroécologique qui est au cœur de la stratégie du ministre et des travaux de recherche menés par le Cirad.

Hommage de Jean-Claude Quillet

Aujourd’hui, un Grand Sage nous a quitté, j’ai perdu un ami et c’est le coeur lourd que je prends mon crayon pour écrire ces quelques lignes pour rendre hommage à son travail si précieux qu’il nous laisse en héritage et aussi à l’homme qu’il était.
En tant qu’agronome au CIRAD, sa carrière a débuté en Afrique puis rapidement au Brésil avec son collègue et compère Serge Bouzinac à St Louis dans le Maranhão au Nord du Brésil puis dans le sud Paraná et Rio Grande do Sul pour limiter l’érosion des sols en labour, il semait le maïs et le soja directement sur le labour pour garder un maximum de porosité, il s’était vite rendu compte que ce n’était pas la solution.
Avec les agriculteurs brésiliens qui avaient conscience d’aller à la faillite avec l’érosion des sols causée par les fortes pluies, en quelques années, il a trouvé la solution : ne plus travailler le sol pour toujours produire soja, maïs, blé, viande et lait sans laisser un désert derrière eux sous 1 500 à 2 500mm de pluie.
C’est en 1995, en Touraine, que nous avons commencé le semis direct sans travail du sol avec notre conseiller agricole de la chambre d’agriculture Philippe Lion et avec Claude Bourguignon qui nous a expliqué et montré au microscope que le sol était vivant !
A chaque formation Claude B. nous parlait du Brésil. C’est alors qu’en janvier 1998, je lui ai demandé le contact de Lucien au Brésil. Dès le 1er contact téléphonique, il m’a demandé « qu’avez-vous les français à vous intéresser au travail que je fais au Brésil, il y en a qui sont passés me voir et qui n’ont rien compris et rien fait en France ? ». Après quelques explications, sur ce que nous mettions en place dans nos fermes, nous avons entamé un échange riche et passionnant. C’est lors de ce premier contact que j’ai compris que c’était un homme exceptionnel que l’on ne rencontre qu’une seule fois dans vie. Son cerveau était une véritable encyclopédie des plantes de toute la planète, il avait une mémoire, un savoir énorme …
En juillet de la même année, nous sommes allés chez lui à Angoisse en Dordogne avec Jacques Fortin, où nous avons passé une journée mémorable. Puis, il est venu à Montlouis pour faire un état des lieux avec son collègue Hubert Charpentier et Claude Bourguignon, ce fut là aussi une journée mémorable. A cette occasion, nous avons décidé de lui rendre visite au Brésil en décembre 1998 avec 8 agriculteurs et pour certains leurs épouses pendant 12 jours. Il avait tout organisé sur place avec un vol interne du Paraná au Mato Grasso, plusieurs visites d’exploitations et le plus important : la visite de la plate-forme d’essais à Sinop et de comparaison sur 250ha avec des conditions climatiques encore plus difficiles (3 000mm / an pendant 8 mois et 4 mois de saison sèche). C’est grâce à ce séjour que nous avons compris l’importance des couverts végétaux pour accompagner le semis direct et la rotation des cultures.
D’autres voyages suivirent sur les sites où Lucien faisait du conseil à ses collègues à Madagascar, avec Hubert Charpentier et Olivier Husson, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, Afrique du Sud, Cameroun, et la Tunisie où j’ai alors travaillé pour lui durant 5 ans.
Il nous certifiait que c’était le seul système agricole qui pouvait sauver la planète en reconstituant la biodiversité du sol ainsi que sa fertilité et ainsi nourrir la population mondiale dont le nombre ne cesse de grandir. Il disait « pour une fois que l’homme peut se nourrir sans dégrader et épuiser les sols et par conséquent la planète tout en les régénérant grâce à la biodiversité (les champignons, microbes, bactéries …) »
C’était un homme avec un fort caractère, à la fois souple et dur, parfois difficile. Il ne s’éternisait pas avec les personnes qui ne le comprenait pas et c’est pour cela qu’il n’était pas toujours apprécié de ses collègues chercheurs.
Lucien, c’était aussi un chercheur infatigable. Il pouvait travailler 16h par jour, faire des périples avec ses collègues pour être sur le terrain avec eux quelques soient les conditions (saison des pluies, pistes exécrables …), il s’adaptait à toutes les situations.
Il avait une passion débordante pour son métier. Il disait toujours qu’il ne connaissait qu’une petite partie du génie végétale, que la nature pouvait nous donner : en travaillant avec elle, elle travaillerait pour nous, pour aider les agriculteurs en protégeant la planète, à condition que les agriculteurs le comprennent mais aussi tous les acteurs du monde agricole. Et alors même que nous, humains, n’avons fait que de détruire la planète depuis 2 000 ans, avec une accélération depuis ces 70 dernières années par un excès de mécanisation en travaillant le sol et par un excès de chimie. Il convient aussi de saluer Serge, qui a perdu lui aussi son ami, et qui a travaillé avec lui en binôme pendant toute sa carrière et qui assurait la continuité des recherches au Brésil pendant que Lucien rendait visite à ses collègues à l’étranger afin de suivre sur place les recherches mises en place avec eux.

Depuis un an, Lucien luttait de toutes ses forces contre la maladie avec des souffrances que nul ne mérite et qui l’ont démuni jusqu’à la fin, mais il ne se plaignait pas, et restait agréable avec son entourage proche.

Mais surtout, il laisse derrière lui son épouse, Jacqueline, qui l’a accompagné pendant toute sa carrière dans tous les pays où il a travaillé et plus durement dans cette dernière année avec le soutien de leur fille, Sandrine, dans cette difficile fin de vie.

Lucien a laissé un historique de rapports de recherches en agroécologie à destination du monde agricole, des instituts et des politiques qui seront utiles.

Merci Lucien.

Jean-Claude Quillet
Agriculteur en semis-direct