L’eau invisible : les incroyables échanges nocturnes entre l’atmosphère, les plantes et les sols vivants

L’eau invisible : les incroyables échanges nocturnes entre l’atmosphère, les plantes et les sols vivants

Rosée, absorption foliaire, redistribution hydraulique, mycorhizes et régulation du climat : ce que la science nous apprend, et ce que le SCV nous invite encore à découvrir.

Et si la nuit était aussi un moment essentiel de la vie du sol ?

Rosée, absorption foliaire, redistribution hydraulique, mycorhizes et régulation du climat : ce que la science nous apprend, et ce que le SCV nous invite encore à découvrir.


Lorsque nous ne voyons plus l’eau, la Nature continue de travailler

Au cœur des périodes de sécheresse et de chaleur excessive, nous regardons souvent le ciel en espérant la pluie.

Nous observons les sols qui se dessèchent, les plantes qui souffrent, les rivières qui diminuent et les cultures qui ralentissent leur croissance.

Mais pendant la nuit, lorsque le soleil disparaît, les échanges entre l’atmosphère, les plantes et le sol ne s’arrêtent pas.

L’eau continue de circuler.

Elle peut se condenser sur les feuilles, les tiges et les résidus végétaux. Elle peut être absorbée par certaines plantes. Elle peut se déplacer dans les racines. Elle peut, dans certaines conditions, être redistribuée vers des zones plus sèches du sol.

Et, dans ce système vivant, les champignons mycorhiziens pourraient jouer un rôle important.

La science commence à mieux comprendre ces mouvements invisibles de l’eau.

Mais elle nous invite aussi à la prudence : tous les flux ne sont pas établis dans toutes les situations, et il reste encore beaucoup à découvrir.

Pour le SCV Lucien Séguy, cette question est fondamentale :

Un sol couvert en permanence par des plantes vivantes peut-il mieux utiliser les faibles quantités d’eau disponibles, mieux amortir les excès climatiques et maintenir plus longtemps une activité biologique lorsque la sécheresse s’installe ?


1. La nuit, l’atmosphère, les feuilles et le sol continuent d’échanger de l’eau

L’eau ne se présente pas uniquement sous forme de pluie, de ruisseaux ou d’humidité visible.

Elle est également présente dans l’atmosphère sous forme de vapeur.

Pendant une journée très chaude, l’air peut contenir beaucoup de vapeur d’eau, mais son pouvoir desséchant dépend aussi de la température.

La nuit, lorsque les surfaces se refroidissent, l’humidité relative peut augmenter.

Si une feuille, un résidu ou une surface minérale atteint une température inférieure au point de rosée, de la vapeur d’eau peut se condenser.

C’est la rosée.

Cette eau peut alors rester quelques heures sur les surfaces avant de s’évaporer, d’être absorbée ou de rejoindre le sol.

Un système d’échanges permanents

                 ATMOSPHÈRE
             vapeur d’eau / humidité
                      ↕
                  CONDENSATION
                      ↓
          ┌───────────┼───────────┐
          ↓           ↓           ↓
       FEUILLES     RÉSIDUS     SOL NU
          ↓           ↓           ↓
    absorption     infiltration  évaporation
          ↓           ↓           ↓
         PLANTE  ←→  RACINES  ←→  SOL
                      ↓
                 VIE BIOLOGIQUE

La rosée n’est pas une pluie miniature. Elle représente généralement une faible quantité d’eau.

Mais cette faible quantité peut avoir une importance physiologique, notamment lorsqu’elle arrive directement sur les feuilles d’une plante en situation de stress hydrique.


2. La rosée peut-elle être absorbée par les feuilles ?

Oui, chez certaines plantes.

Ce phénomène est appelé absorption foliaire de l’eau.

Il signifie que l’eau présente à la surface des feuilles peut pénétrer dans les tissus végétaux.

La revue scientifique de Berry et al. (2019), consacrée à l’absorption foliaire, montre que ce mécanisme est largement répandu chez les plantes et qu’il peut contribuer au bilan hydrique et carboné de certaines espèces.

La revue de 2026 consacrée à la rosée rassemble également des résultats montrant que cette eau peut améliorer temporairement l’état hydrique des feuilles, réduire leur déficit hydrique et favoriser certaines fonctions physiologiques.

Mais il faut être précis

Toutes les plantes n’absorbent pas l’eau de la même manière.

La structure des feuilles, la présence de cuticule, les stomates, l’espèce végétale, la durée de mouillage et les conditions atmosphériques jouent un rôle.

Une feuille couverte de rosée n’est donc pas automatiquement une feuille irriguée.

L’absorption peut être limitée.

Et l’eau absorbée ne représente pas nécessairement une quantité importante par rapport aux besoins journaliers d’une culture.

Cependant, pendant une période sèche, un apport faible mais directement disponible au niveau des feuilles peut avoir un effet biologique intéressant.


3. Le phénomène étonnant : l’eau peut parfois circuler dans le sens inverse

Habituellement, nous imaginons le trajet de l’eau ainsi :

Sol → racines → plante → feuilles → atmosphère

C’est le fonctionnement classique de la transpiration.

Mais certaines plantes peuvent aussi présenter, dans des conditions particulières, une circulation nocturne de l’eau dans un autre sens.

La redistribution hydraulique

La redistribution hydraulique, parfois appelée « ascenseur hydraulique », correspond au déplacement de l’eau entre différentes zones du sol par l’intermédiaire du système racinaire.

Lorsqu’une plante possède des racines profondes dans un sol encore humide et des racines superficielles dans un sol plus sec, l’eau peut se déplacer depuis les zones humides vers les zones sèches.

Ce phénomène est particulièrement étudié chez les arbres et les plantes à enracinement profond.

Il a été observé dans différents écosystèmes, notamment pendant les périodes de sécheresse.

Le principe

           SOL PROFOND HUMIDE
                    │
                    │
              RACINES PROFONDES
                    │
                    ↓
                  PLANTE
                    │
                    ↓
             RACINES SUPERFICIELLES
                    │
                    ↓
            SOL SUPERFICIEL SEC

La nuit, lorsque la transpiration diminue, les différences de potentiel hydrique entre les horizons du sol peuvent favoriser ces mouvements.

Les racines peuvent alors contribuer à réhumidifier localement certaines zones du sol.

Mais ce phénomène n’est ni automatique ni universel.

Il dépend notamment :

  • de l’espèce végétale ;
  • de la profondeur des racines ;
  • de l’humidité des différents horizons ;
  • de l’état hydraulique de la plante ;
  • des propriétés du sol ;
  • des conditions nocturnes.

Et si l’eau venait de l’atmosphère ?

C’est ici que notre réflexion devient particulièrement intéressante.

Des travaux ont montré que certaines plantes peuvent absorber de l’eau atmosphérique par leurs feuilles, puis redistribuer cette eau dans leur organisme.

D’autres travaux ont montré que l’eau peut être transférée de la plante vers le sol par les racines.

Nous pouvons donc envisager, dans certaines conditions :

Atmosphère → feuilles → plante → racines → sol

Cette possibilité est scientifiquement plausible dans certains systèmes, mais elle n’est pas démontrée comme un mécanisme général pour toutes les cultures.

Il reste à mesurer précisément l’importance de cette voie dans les parcelles agricoles.


4. Le réseau mycorhizien : un partenaire possible dans ces échanges

Les plantes ne vivent pas seules dans le sol.

Leurs racines sont associées à une multitude de microorganismes.

Parmi eux, les champignons mycorhiziens occupent une place particulière.

Les mycorhizes arbusculaires forment des associations avec de nombreuses plantes cultivées.

Le champignon développe un réseau d’hyphes dans le sol, parfois bien au-delà de la zone directement explorée par les racines.

Ces filaments extrêmement fins participent notamment à l’exploration du sol et aux échanges de nutriments et de carbone avec la plante.

L’eau et les mycorhizes

Les travaux de Querejeta et collaborateurs ont montré que les hyphes mycorhiziens peuvent être associés à la redistribution hydraulique chez des arbres soumis à la sécheresse.

Des recherches plus récentes indiquent également que les mycorhizes peuvent modifier les propriétés hydrauliques de la rhizosphère et contribuer aux relations entre plantes et sol.

Cela ouvre une question essentielle :

Le réseau mycorhizien peut-il contribuer à maintenir une activité biologique minimale dans les sols pendant les périodes de sécheresse ?

La réponse est probablement : dans certaines conditions, oui, mais l’importance exacte du phénomène reste à préciser.

Une hypothèse de fonctionnement

             ATMOSPHÈRE
                  │
              rosée / pluie
                  ↓
                FEUILLES
                  ↓
                PLANTE
                  ↓
                RACINES
                  ↓
          RÉSEAU MYCORHIZIEN
                  ↓
          MICROSITES DU SOL
                  ↓
      bactéries • racines fines • agrégats
                  ↓
           VIE BIOLOGIQUE

Ce schéma représente une hypothèse de fonctionnement.

Il ne signifie pas que toute l’eau atmosphérique absorbée par les feuilles atteint systématiquement les mycorhizes.

Pour le démontrer, il faudrait utiliser des traceurs isotopiques de l’eau et suivre précisément son trajet.


5. Une petite quantité d’eau peut-elle maintenir une activité biologique ?

C’est une question particulièrement importante.

Nous avons parfois tendance à considérer le sol uniquement sous deux états :

Sec ou humide.

Mais le sol est un ensemble de microsites.

Même pendant une sécheresse, certains espaces peuvent conserver davantage d’humidité que d’autres.

Autour d’une racine, dans un agrégat, près d’un hyphe ou dans une zone riche en matière organique, les conditions peuvent être différentes de celles observées à la surface du sol.

Une petite quantité d’eau redistribuée peut alors avoir une importance locale.

Elle peut contribuer, selon les conditions, à :

  • maintenir l’activité de certaines racines fines ;
  • préserver des microorganismes dans des microsites ;
  • favoriser temporairement certains échanges racines–microorganismes ;
  • faciliter la disponibilité de certains nutriments ;
  • soutenir une reprise d’activité après un épisode de sécheresse.

Mais il faut éviter d’exagérer.

Une faible quantité d’eau ne peut pas remplacer une pluie importante ni reconstituer une réserve utile épuisée.

Elle peut néanmoins jouer un rôle de soutien, notamment lorsque les conditions biologiques sont déjà favorables.


6. Le SCV : un système capable de mieux utiliser l’eau disponible ?

C’est probablement l’une des questions les plus importantes pour l’agriculture de conservation des sols.

Le SCV Lucien Séguy repose sur une idée essentielle :

Maintenir le sol couvert et vivant, limiter les perturbations mécaniques, associer les plantes et favoriser le fonctionnement biologique du système sol–plante.

Dans cette logique, le couvert végétal ne constitue pas seulement une protection physique contre le soleil et l’érosion.

Il représente aussi une surface biologique d’échange avec l’atmosphère.

Un sol nu

Un sol nu peut recevoir de la rosée.

Il peut également se refroidir pendant la nuit et favoriser la condensation.

Mais il ne possède pas de feuilles vivantes capables d’absorber directement cette eau.

La surface du sol est soumise à des échanges thermiques et hydriques qui dépendent de sa texture, de son humidité, de sa structure et des conditions atmosphériques.

Un sol couvert par des plantes vivantes

Un couvert vivant ajoute une multitude de surfaces d’échange :

feuilles + tiges + résidus + litière + racines + hyphes + sol

Il peut :

  • modifier le microclimat ;
  • ralentir le dessèchement de la surface ;
  • favoriser la condensation sur certaines surfaces ;
  • maintenir des racines vivantes ;
  • soutenir les associations mycorhiziennes lorsqu’elles sont présentes ;
  • favoriser une structure du sol plus propice à l’infiltration et à la rétention de l’eau.

Cela ne signifie pas qu’un couvert vivant augmente toujours la quantité totale d’eau disponible.

Il consomme lui-même de l’eau par transpiration.

Dans un climat très sec, un couvert trop abondant ou mal adapté peut aussi entrer en compétition avec la culture.

Le SCV doit donc être pensé en fonction du climat, des espèces, de la réserve en eau, des sols et des objectifs agronomiques.

Le véritable enjeu est l’efficacité globale du système : produire de la biomasse, protéger le sol, améliorer son fonctionnement et utiliser l’eau avec le moins de gaspillage possible.


7. Et si tous les sols cultivés de la Terre étaient en SCV ?

C’est une question extraordinaire.

Elle nous oblige à élargir notre regard.

Aujourd’hui, une grande partie des sols agricoles est encore soumise à des périodes de sol nu, de travail mécanique et de dégradation de la couverture végétale.

Or, dans les écosystèmes naturels, les sols sont rarement durablement exposés.

Les forêts, les prairies, les savanes et de nombreux écosystèmes possèdent une couverture végétale ou une litière qui participe au cycle de l’eau.

La Nature ne cherche pas à laisser les sols nus.

Elle tend à les recouvrir, les coloniser et les protéger.

Que pourrait apporter une généralisation du SCV ?

Si les systèmes agricoles étaient conçus pour maintenir autant que possible des plantes vivantes, des résidus et une structure de sol fonctionnelle, plusieurs effets pourraient être recherchés.

1. Une meilleure infiltration de l’eau

Un sol biologiquement actif, avec des pores et des agrégats fonctionnels, peut favoriser l’infiltration des pluies.

Lors d’un épisode intense, une partie de l’eau peut ainsi entrer dans le sol plutôt que ruisseler immédiatement.

Cela pourrait contribuer à limiter l’érosion et certains ruissellements.

2. Une meilleure conservation de l’humidité

Les résidus, la couverture végétale et la structure du sol peuvent réduire certaines pertes d’eau par évaporation et favoriser le stockage de l’eau.

Mais les effets dépendent des conditions locales et de la gestion du couvert.

3. Une activité biologique plus durable

La présence de racines vivantes et de carbone disponible peut favoriser le fonctionnement des microorganismes, des champignons et de la faune du sol.

Cela peut contribuer à maintenir des fonctions biologiques essentielles.

4. Des échanges plus actifs entre sol et atmosphère

Les plantes transpirent, captent du carbone, échangent de la vapeur d’eau et participent au cycle hydrologique.

Les systèmes végétalisés influencent donc les échanges d’eau et d’énergie à la surface de la Terre.

Mais leur effet sur les précipitations à grande échelle dépend de nombreux facteurs : climat, circulation atmosphérique, humidité disponible, relief, végétation et transport de vapeur.

On ne peut pas affirmer que le SCV mondial supprimerait les sécheresses ou les inondations.

Ce serait scientifiquement excessif.

En revanche, il est raisonnable de considérer qu’une agriculture mieux couverte, mieux structurée et biologiquement active pourrait contribuer à renforcer la résilience des sols et des paysages face aux excès climatiques.


8. Peut-on imaginer un climat différent avec des sols agricoles tous couverts ?

Oui, comme question scientifique.

Mais il faut distinguer deux échelles.

À l’échelle de la parcelle

Les effets sont relativement accessibles à mesurer :

  • température du sol ;
  • humidité ;
  • infiltration ;
  • ruissellement ;
  • évaporation ;
  • transpiration ;
  • activité biologique ;
  • température du couvert ;
  • durée de rosée.

À l’échelle régionale ou mondiale

Les choses deviennent beaucoup plus complexes.

Les végétaux modifient les échanges d’eau avec l’atmosphère.

Ils influencent aussi les flux d’énergie, la rugosité de surface, les températures et les transferts de vapeur.

Des recherches en écologie et en climatologie montrent que les changements de végétation peuvent modifier les régimes d’humidité et les interactions entre évapotranspiration, convergence de vapeur et précipitations.

Mais les effets peuvent varier selon les régions.

Une augmentation de la végétation peut favoriser le recyclage de l’eau dans certaines conditions, tandis que les effets sur le ruissellement ou les ressources en eau peuvent être différents ailleurs.

Il faut donc rester prudent.

Un monde où les sols cultivés seraient en SCV ne serait pas nécessairement un monde sans sécheresses.

Mais il pourrait être un monde où une partie de l’eau de pluie serait mieux infiltrée, mieux stockée et davantage utilisée par les systèmes biologiques.

Et cela pourrait modifier la résilience de nombreux territoires.


9. Une hypothèse à tester : le SCV comme système de régulation hydrique

Nous pouvons résumer la question ainsi :

          ATMOSPHÈRE
               ↕
        vapeur / rosée
               ↕
       COUVERT VÉGÉTAL
               ↕
            PLANTE
               ↕
      RACINES / MYCORHIZES
               ↕
              SOL
               ↕
        VIE BIOLOGIQUE
               ↕
          STRUCTURE
               ↕
        INFILTRATION
               ↕
        RÉSERVE D'EAU

Chaque élément agit sur les autres.

Le sol influence les plantes.

Les plantes influencent le sol.

L’atmosphère influence le sol et les plantes.

Le sol et la végétation influencent à leur tour les échanges avec l’atmosphère.

C’est un véritable système dynamique.

Et c’est probablement cette vision globale qui manque parfois dans les approches agricoles trop centrées sur un seul élément : rendement, traitement, travail du sol ou irrigation.


10. Ce que nous savons, ce que nous supposons, ce qu’il reste à découvrir

Ce qui est bien documenté

  • L’eau atmosphérique peut se condenser sur les surfaces pendant la nuit.
  • Certaines plantes peuvent absorber de l’eau par leurs feuilles.
  • La redistribution hydraulique existe chez de nombreuses plantes.
  • Les racines peuvent contribuer à redistribuer l’eau dans le sol.
  • Les mycorhizes participent aux relations hydriques entre plantes et sol.
  • La couverture végétale influence les échanges d’eau et d’énergie avec l’atmosphère.

Ce qui est plausible mais doit être précisé

  • L’importance de l’eau atmosphérique absorbée par les feuilles dans le bilan hydrique de cultures agricoles.
  • La part de cette eau pouvant être redistribuée vers les racines.
  • La part susceptible d’atteindre les hyphes mycorhiziens.
  • Le rôle de ces transferts dans le maintien d’une activité biologique minimale.
  • L’importance de ces phénomènes dans les systèmes SCV en conditions de sécheresse.

Ce qu’il faudrait mesurer

Pour répondre sérieusement à ces questions, il faudrait suivre :

Atmosphère → feuilles → plante → racines → mycorhizes → sol

À l’aide notamment de :

  • traceurs isotopiques de l’eau ;
  • mesures de potentiel hydrique ;
  • suivi de l’humidité du sol ;
  • observation de l’activité racinaire ;
  • mesures de l’activité mycorhizienne ;
  • comparaison entre sol nu, résidus seuls et couvert vivant.

Conclusion — Maintenir la vie, plutôt que lutter sans fin contre les excès

La Nature ne possède pas un système climatique immobile.

Elle évolue en permanence.

Les températures, les pluies, les vents, les plantes, les sols et les organismes vivants sont en interaction constante.

Mais une chose est remarquable : partout où les conditions le permettent, la vie végétale cherche à coloniser les surfaces disponibles.

Elle couvre, protège, nourrit, infiltre et transforme.

Le sol nu représente souvent une rupture dans ce fonctionnement.

Le sol couvert et vivant représente au contraire une continuité biologique.

Le SCV Lucien Séguy s’inscrit dans cette logique :

maintenir les sols couverts, maintenir les racines vivantes, favoriser la biodiversité, limiter les perturbations et mieux utiliser les ressources naturelles.

Cela ne signifie pas que nous pouvons maîtriser le climat.

Mais cela signifie que nous pouvons agir sur une partie essentielle de ses échanges avec les sols agricoles.

Et peut-être découvrir que certains phénomènes invisibles — rosée, absorption foliaire, redistribution hydraulique, mycorhizes — participent à une régulation beaucoup plus fine de la vie végétale et biologique que nous ne l’imaginions.

La question n’est peut-être pas seulement : combien d’eau tombe sur un sol ?

La question est aussi : combien de temps cette eau reste-t-elle disponible, combien de fois peut-elle être utilisée, et combien de vie peut-elle soutenir ?

C’est une piste de recherche.

C’est une invitation à observer.

Et c’est peut-être une des grandes leçons du SCV :
ne jamais sous-estimer les incroyables capacités de la Nature à recycler, redistribuer et valoriser l’eau.


Références scientifiques pour aller plus loin

  1. Berry, Z. C. et al. (2019). Foliar water uptake: a review of occurrence and mechanisms. Annals of Botany.
    Une synthèse importante sur l’absorption foliaire de l’eau chez les plantes.
  2. Querejeta, J. I. et al. (2003). Water transfer through a plants’ root system and associated mycorrhizal fungi. Nature.
    Un travail fondateur sur le transfert d’eau associé aux racines et aux champignons mycorhiziens.
  3. Neumann, R. B. & Cardon, Z. G. (2012). The magnitude of hydraulic redistribution by plant roots: a review and synthesis of empirical and modeling studies. New Phytologist.
    Une référence sur la redistribution hydraulique par les racines.
  4. Allen, M. F. (2009). Bidirectional water flows through the soil–fungal–plant mycorrhizal continuum. New Phytologist.
    Une réflexion sur les flux d’eau bidirectionnels dans le continuum sol–champignon–plante.
  5. Revue scientifique sur la rosée (2026). The role of dew in ecosystem water and carbon cycling. Water Resources Research.
    Une synthèse récente sur les effets de la rosée sur les plantes, le sol et les écosystèmes.

Pour le SCV Lucien Séguy

Ces références ne prouvent pas à elles seules que l’eau de la rosée circule systématiquement jusqu’aux mycorhizes dans les grandes cultures françaises.

Elles montrent toutefois que plusieurs mécanismes nécessaires à cette hypothèse existent séparément.

La prochaine étape est de mesurer leur importance dans les sols agricoles vivants.

C’est précisément là que l’agronomie de terrain, l’observation et la recherche peuvent se rencontrer.

Quand le sol perd sa vie, la plante perd-elle une partie de ses défenses ?

🌱 Quand le sol perd sa vie, la plante perd-elle une partie de ses défenses ?

De la logique de correction curative à la construction d’un agroécosystème résilient.

Et si la meilleure protection de nos cultures ne sortait pas d’un pulvérisateur, mais se construisait sous nos pieds ?

Une question mérite d’être posée : et si une partie des problèmes croissants de ravageurs et de maladies dans certaines agricultures venait aussi de l’état dans lequel nous maintenons le sol et la plante ?

Depuis plusieurs décennies, l’agriculture dispose d’une panoplie complète de molécules synthétiques (herbicides, fongicides, insecticides) destinées à sécuriser les rendements. Pourtant, sur le terrain, le constat est alarmant : malgré des moyens de protection toujours plus sophistiqués, la pression des ravageurs, la récurrence des maladies et le développement des résistances ne cessent de croître.

Mais une autre réalité apparaît progressivement dans de nombreuses parcelles : malgré l’amélioration permanente des moyens de protection, les agriculteurs restent confrontés à des problèmes récurrents de maladies, d’insectes, de résistances et de déséquilibres biologiques.

Et si nous regardions davantage du côté du sol ?


1. 🌍 Deux agricultures, deux fonctionnements biologiques

Un sol n’est pas un simple support pour les plantes

Pendant longtemps, le sol agricole a surtout été considéré comme un support physique destiné à recevoir les semences, les engrais et les produits de protection.

Or un sol vivant est tout autre chose.

C’est un écosystème extraordinairement complexe, peuplé de bactéries, champignons, protozoaires, nématodes, collemboles, acariens, vers de terre et de nombreux autres organismes.

Cette vie participe à la décomposition de la matière organique, au recyclage des éléments minéraux, à la construction de la structure du sol, à la circulation de l’eau et à la nutrition des plantes.

La FAO rappelle que les microorganismes du sol jouent un rôle majeur dans le cycle de la matière organique et des nutriments, mais aussi dans la santé des plantes et certains mécanismes naturels de biocontrôle.

Le sol n’est donc pas seulement le milieu dans lequel pousse la plante : il participe à sa santé.

🔴 Sol perturbé (Système conventionnel intensif)

  • Travail mécanique répété : Déstructuration de l’habitat biologique et oxydation accélérée du carbone.
  • Baisse de la matière organique (MO) : Perte progressive du carburant biologique du sol.
  • Système racinaire bridé : Diminution de l’activité rhizosphérique.
  • Dépendance accrue : Recours systématique aux intrants pour compenser le rôle des organismes régulateurs disparus.

🟢 Sol Vivant — SCV (Semis direct sous Couverture Végétale)

  • Sol couvert en permanence : Protection contre l’érosion, régulation thermique et hydrique.
  • Racines vivantes continues : Exsudation d’énergie carbonée pour la microbiologie.
  • Activité biologique intense : Vers de terre, champignons mycorhiziens, bactéries bénéfiques.
  • Régulations naturelles : Mise en place d’un équilibre trophique limitant la prolifération des agresseurs.

2. Le cycle de fragilisation des sols vs. Le cercle vertueux du SCV

Que se passe-t-il lorsque le sol est régulièrement bouleversé ?

Dans un système basé sur un travail important du sol, celui-ci est régulièrement retourné, fragmenté, exposé à l’air et aux variations de température et d’humidité.

La matière organique est alors soumise à des conditions qui peuvent accélérer sa minéralisation.

À long terme, lorsque les restitutions organiques ne compensent pas suffisamment les pertes, le stock de carbone organique du sol peut diminuer.

Cette évolution n’est évidemment pas identique dans toutes les situations : elle dépend du climat, du type de sol, des rotations, des restitutions de résidus, de la fréquence et de l’intensité du travail du sol.

Mais le principe est important :

un sol régulièrement nourri par des racines vivantes et des résidus végétaux ne fonctionne pas biologiquement de la même manière qu’un sol fréquemment travaillé et pauvre en ressources carbonées.

Les synthèses disponibles associent notamment les systèmes de couverture, la réduction du travail du sol et l’augmentation des apports organiques à l’amélioration de plusieurs indicateurs de santé des sols.

⚠️ Le piège du système simplifié

Travail mécanique du sol } Chute du taux de MO } Appauvrissement microbiologique } Plantes vulnérables } Traitements systématiques } – €€

🛡️ La boucle de résilience Agroécologique

Photosynthèse continue } Exsudats & Restitutions (MO) } Vie du sol stimulée } Rhizosphère protégée } Plante robuste & immunisée} ++ €€

3. 🧬 La rhizosphère : Le véritable « système immunitaire » collectif

Dans un sol vivant, la plante n’est jamais isolée face aux agressions. Autour des racines s’organise une rhizosphère hyperactive :

  1. Suppressivité des sols : Des communautés microbiennes denses entrent en compétition directe avec les champignons pathogènes pour le carbone et l’espace.
  2. Mycorhizes & Signaux de défense : Les réseaux mycéliens stimulent les voies de résistance induite (ISR) de la plante, déclenchant la fabrication de phytoalexines et de barrières physiques.
  3. Dynastie d’auxiliaires du sol : Nématodes prédateurs, acariens et collemboles régulent les populations d’agresseurs souterrains.
  4. La matière organique : beaucoup plus qu’un stock de carbone
  5. La matière organique constitue une véritable réserve d’énergie biologique.
  6. Elle nourrit les microorganismes.
  7. Ces microorganismes nourrissent à leur tour une multitude d’organismes.
  8. Et cette immense chaîne alimentaire participe au fonctionnement du sol.
  9. Lorsque cette vie est active, elle peut contribuer :
  10. à la décomposition et à la transformation des résidus ;
  11. au recyclage des éléments minéraux ;
  12. à la formation et à la stabilité des agrégats ;
  13. à l’infiltration et à la rétention de l’eau ;
  14. au développement racinaire ;
  15. aux associations mycorhiziennes ;
  16. à la compétition avec certains organismes pathogènes ;
  17. à la régulation biologique de certains ravageurs et maladies.
  18. La littérature scientifique décrit notamment l’existence de « sols suppressifs », c’est-à-dire de sols dans lesquels certaines maladies peuvent être moins fortement exprimées malgré la présence du pathogène et de conditions favorables. La microbiologie du sol constitue l’un des mécanismes importants de cette capacité de suppression.

4. 🧪 Matières actives et activité biologique : Ce que dit la science

Une idée reçue consisterait à penser que la matière organique « détruit » magiquement toutes les molécules chimiques. La réalité agronomique est plus subtile et nuancée :

  • Devenir des molécules : La dégradation, l’adsorption ou la persistance d’un produit dépend de sa formulation, du pH, de l’humidité et de la température.
  • Le rôle clé du microbiote : Un sol biologiquement actif héberge une enzymologie complexe capable de transformer et minéraliser de nombreuses molécules organiques.
  • Le risque d’impact non ciblé : L’utilisation répétée de molécules à large spectre peut altérer certaines communautés antagonistes ou auxiliaires (carabes, micro-faune, champignons entomopathogènes), rompant ainsi l’équilibre naturel de la parcelle.
  • Et les produits phytosanitaires dans tout cela ?

    Il serait trop simple d’affirmer :
    « Plus il y a de matière organique, plus les pesticides sont automatiquement détruits. »
    La réalité dépend de la matière active, du type de sol, de la température, de l’humidité, du pH, de la formulation et surtout de l’activité de différents microorganismes.
    La matière organique n’est donc pas un accélérateur universel de dégradation des produits phytosanitaires.
    En revanche, l’activité biologique du sol intervient effectivement dans le devenir de nombreuses molécules, et les propriétés du sol peuvent modifier leur adsorption, leur mobilité et leur transformation.
    Cela conduit à une question beaucoup plus intéressante :
    Que devient un sol lorsque l’on réduit progressivement sa vie biologique ?
    Car nous ne modifions alors pas uniquement la dynamique du carbone.
    Nous modifions également l’ensemble du système biologique qui participe à la transformation de la matière et au fonctionnement du sol.
    Et certains produits phytosanitaires peuvent eux-mêmes affecter des organismes non ciblés.
    La FAO souligne notamment que des traitements chimiques intensifs peuvent perturber certains organismes bénéfiques et modifier l’équilibre entre organismes pathogènes et organismes antagonistes.

5. 🐝 Auxiliaires et biodiversité de surface

En SCV, la protection ne s’arrête pas au sol. La présence permanente de plantes de service et de paillis organiques fournit le gîte et le couvert à une faune auxiliaire de surface indispensable :

  • Carabes & Staphylins : Consommateurs majeurs de pucerons et de limaces.
  • Syrphes, Chrysopes & Coccinelles : Régulateurs efficaces des colonies d’insectes piqueurs-suceurs.
  • Araignées de surface : Prédatrices généralistes maintenant une pression constante sur les ravageurs.

Le paradoxe : protéger la plante peut aussi perturber son environnement

C’est probablement l’un des points les plus importants de cette réflexion.

Lorsqu’une maladie apparaît, nous avons tendance à raisonner ainsi :

maladie → fongicide

Lorsqu’un insecte apparaît :

insecte → insecticide

Lorsqu’une adventice apparaît :

adventice → herbicide

Ce raisonnement est parfaitement compréhensible.

Mais il est essentiellement curatif et centré sur l’agresseur.

Une autre approche consiste à se demander :

Pourquoi cette parcelle permet-elle à cet agresseur de prendre autant d’importance ?

La question devient alors beaucoup plus large.

Quelle est la structure du sol ?

Quelle est sa matière organique ?

Quelle est son activité biologique ?

Quelle est la diversité végétale ?

Quelle est la qualité de l’enracinement ?

Quelle est la nutrition de la plante ?

Quelle est sa capacité à supporter les stress ?

Quels organismes auxiliaires sont présents ?

Et surtout :

est-ce que notre système agricole construit ou fragilise les défenses naturelles de la plante ?

Une plante bien nourrie n’est pas nécessairement une plante protégée

Il faut également éviter un autre raccourci.

Une plante qui reçoit beaucoup d’éléments minéraux n’est pas automatiquement une plante robuste.

La nutrition végétale est beaucoup plus complexe.

La plante doit disposer d’un environnement permettant un développement racinaire important, une bonne alimentation hydrique et minérale, une activité photosynthétique efficace et des mécanismes de défense fonctionnels.

Les plantes possèdent leurs propres systèmes de défense contre les insectes et les agents pathogènes : barrières physiques, molécules de défense, signaux chimiques et mécanismes de résistance induite. La recherche actuelle considère ces mécanismes comme une composante importante de la résistance des cultures.

La question n’est donc pas seulement : combien d’engrais avons-nous apporté ?

Elle est aussi :

Dans quel environnement biologique avons-nous placé la plante ?

Le SCV change complètement la logique

C’est ici que l’approche de Lucien Séguy prend tout son sens.

Le Semis sous Couverture Végétale ne consiste pas simplement à supprimer la charrue.

Il s’agit de modifier progressivement le fonctionnement de l’ensemble du système.

Sol couvert.

Sol jamais ou très peu perturbé.

Racines vivantes le plus longtemps possible.

Restitution permanente de matière organique.

Diversité végétale.

Activité biologique.

Structure construite par les racines et la faune.

Eau mieux infiltrée et mieux conservée.

Carbone retourné au sol.

C’est un véritable changement de paradigme.

On ne cherche plus seulement à nourrir la culture.
On cherche à nourrir le système qui nourrit la culture.

Dans un sol vivant, la protection peut devenir collective

Dans un système diversifié, la plante cultivée n’est plus seule.

Autour de ses racines se développe une rhizosphère extrêmement active.

Les microorganismes peuvent entrer en compétition avec certains pathogènes.

Les mycorhizes peuvent contribuer à l’alimentation et aux interactions de la plante avec son environnement.

Certains microorganismes peuvent produire des substances antagonistes.

Certains peuvent participer à l’induction de mécanismes de défense de la plante.

Au-dessus du sol, la présence d’une végétation diversifiée peut également fournir des habitats et des ressources à de nombreux arthropodes auxiliaires.

La FAO décrit précisément cette logique : diversité végétale, matière organique et activité microbienne peuvent agir ensemble pour favoriser les interactions bénéfiques entre plantes, microorganismes et arthropodes auxiliaires.

Passer d’une agriculture « contre » à une agriculture « avec »

C’est peut-être là que se trouve la véritable révolution.

Agriculture classique :

un problème apparaît → on détruit le problème.

Agriculture SCV :

on construit un système dans lequel les problèmes ont moins de possibilités de devenir dominants.

La différence est considérable.

Dans le premier cas, nous intervenons principalement après l’apparition du déséquilibre.

Dans le second, nous essayons de créer les conditions biologiques qui rendent le système plus résilient.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un sol vivant rend inutile toute intervention phytosanitaire.

Ce serait scientifiquement excessif.

Certaines maladies, certains ravageurs ou certaines adventices peuvent rester problématiques dans un SCV.

Mais l’objectif devient différent :

ne plus dépendre systématiquement de l’intervention chimique pour maintenir la production.

Le paradoxe des systèmes simplifiés

Nous pouvons alors formuler une hypothèse particulièrement intéressante.

Plus nous simplifions l’agroécosystème, plus nous pouvons être amenés à compenser artificiellement ce que la biodiversité réalisait auparavant.

Moins de diversité végétale → moins de niches écologiques.

Moins de racines vivantes → moins de ressources pour le sol biologique.

Moins de matière organique → moins d’énergie disponible pour une partie de la vie du sol.

Plus de perturbations → modification des habitats.

Et lorsque certaines fonctions biologiques diminuent, l’agriculteur peut être conduit à remplacer par des intrants certaines fonctions auparavant assurées par l’écosystème.

C’est une piste de réflexion, pas une équation universelle.

Mais elle mérite d’être expérimentée.

Le SCV comme « système immunitaire » de la parcelle ?

L’image est intéressante, à condition de ne pas la prendre au pied de la lettre.

Un organisme vivant dispose de plusieurs niveaux de défense.

Une agriculture fondée sur un sol vivant peut elle aussi disposer de plusieurs niveaux de régulation :

Diversité végétale
↓
Diversité microbienne
↓
Réseaux trophiques
↓
Organismes antagonistes et auxiliaires
↓
Racines actives et rhizosphère
↓
Nutrition et hydratation mieux régulées
↓
Plantes capables de mieux faire face aux stress
↓
Moins de situations nécessitant une intervention extérieure

C’est cette accumulation de mécanismes qui est intéressante.

La protection ne vient plus d’un seul produit.
Elle devient une propriété émergente du système.

12. La matière organique comme infrastructure de la résilience

Il faut finalement changer notre regard sur la matière organique.

La matière organique n’est pas seulement :

du carbone stocké dans le sol.

Elle est aussi :

une réserve d’énergie pour la vie.

Elle contribue à la structure.

Elle intervient dans la dynamique de l’eau.

Elle soutient une multitude d’organismes.

Elle participe aux cycles des nutriments.

Et, indirectement, elle contribue aux conditions permettant à certaines communautés microbiennes et biologiques de jouer leur rôle dans la santé des plantes.

Les recherches sur la suppression biologique des maladies montrent notamment que la biomasse microbienne, la diversité des communautés et leur activité sont associées à la capacité de certains sols à limiter les maladies.


13. Le véritable objectif : produire avec un minimum de perturbation

C’est peut-être là que nous retrouvons le message fondamental de Lucien Séguy.

La nature produit depuis des millions d’années sans labour, sans pulvérisateur et sans engrais de synthèse.

Elle ne produit évidemment pas du blé, du maïs ou du colza.

Mais elle possède une extraordinaire capacité à :

  • capter l’énergie solaire ;
  • fabriquer de la biomasse ;
  • recycler la matière ;
  • protéger les sols ;
  • infiltrer l’eau ;
  • nourrir une immense biodiversité ;
  • réguler les populations ;
  • reconstruire en permanence la fertilité.

L’enjeu du SCV n’est donc pas de copier naïvement la nature.

Il est de s’inspirer de ses principes de fonctionnement pour produire.


14. Une nouvelle question pour l’agriculture

Pendant longtemps, nous avons demandé :

Quel produit utiliser contre ce ravageur ?

Puis :

Quel produit utiliser contre cette maladie ?

Demain, nous devrions peut-être commencer par demander :

Pourquoi cette plante est-elle devenue aussi vulnérable ?

Et encore :

Que pouvons-nous faire pour que le système vivant retrouve progressivement sa capacité de régulation ?

C’est une autre façon de concevoir la protection des cultures.

Un sol vivant ne garantit pas l’absence de maladies ou de ravageurs.

Mais il peut offrir à la plante et à l’agroécosystème un ensemble de mécanismes de régulation que les systèmes très simplifiés ou fortement perturbés peuvent avoir davantage de difficultés à mobiliser.

La matière organique, les racines vivantes, les microorganismes, les champignons mycorhiziens, les vers de terre, les arthropodes auxiliaires, les plantes de service et la diversité végétale ne sont pas des éléments séparés.

Ils constituent les différentes pièces d’un même système.

Et c’est probablement là que se trouve l’une des grandes leçons du SCV :

Plutôt que de toujours chercher à tuer ce qui nous gêne, cherchons d’abord à construire un milieu vivant dans lequel les équilibres naturels peuvent reprendre leur place.

La question n’est alors plus seulement :

« Comment protéger ma culture ? »

Mais :

« Comment construire une culture qui a moins besoin d’être protégée ? »

C’est peut-être l’une des voies les plus prometteuses pour passer d’une agriculture de correction à une agriculture de prévention, de résilience et de coopération avec le vivant.

6. 🌳 L’héritage de Lucien Séguy : Produire en coopérant avec le vivant

« Il ne s’agit pas seulement de chercher à protéger la plante par des corrections chimiques. L’objectif ultime est de construire un système au sein duquel elle a de moins en moins besoin d’être protégée. »

— Lucien Séguy

En conclusion :

Un sol vivant ne garantit pas la disparition totale de tout risque sanitaire. Cependant, il offre à l’agroécosystème une capacité de tampon et d’autorégulation que les systèmes très simplifiés ou intensivement travaillés ont perdue.

Passer de l’agriculture de correction à l’agriculture de prévention et de coopération, c’est redonner toute sa place à la matière organique, aux couvertures permanentes et à la biologie des sols.

SCV Lucien Séguy — Construire les sols vivants pour bâtir l’agriculture résiliente de demain.

Merci à tous pour la Journée SCV Lucien Séguy du 18 septembre 2026

Chers participants,
Chers intervenants,
Chers amis du SCV,

C’est avec une grande reconnaissance que l’Association SCV Lucien Séguy tient à vous remercier chaleureusement pour votre présence, votre engagement et votre enthousiasme lors de la Journée Technique Exceptionnelle SCV – Spéciale Sols Vivants 2026, organisée le vendredi 18 septembre 2026 à Quenequillec, Carnoët (22), chez M. Yvon Arhantec.

Placée sous le signe de « Stop à la compaction, place aux solutions ! », cette journée a été avant tout un formidable moment de partage, de transmission et d’échanges autour d’une agriculture qui cherche à travailler avec le vivant plutôt que contre lui.

Un grand merci tout particulier à nos intervenants, qui ont su transmettre avec passion et générosité cet esprit biomimétique si cher à Lucien Séguy :

  • Serge Bouzignac
  • Laurent Denise
  • Lionel Mesnage
  • Konrad Scheiber
  • Denis Madigan
  • Luc Leblay
  • Cédric Cabrol
  • Noël Deneuville

Vos témoignages, vos expériences de terrain et vos démonstrations — semis direct, couverts vivants, gestion de la compaction, décompacteurs, …— ont permis de montrer que les solutions ne sont pas seulement théoriques : elles existent, elles se testent et elles se construisent chaque jour dans les fermes.

Merci également à tous les agriculteurs, professionnels, étudiants et partenaires qui ont fait le déplacement.

Vos questions, vos observations, vos expériences et parfois vos interrogations sont essentielles. C’est précisément de ces échanges que peuvent naître les progrès de demain.

Cette journée n’est qu’une étape.

Dans l’esprit de Lucien Séguy, nous souhaitons continuer à observer la Nature, apprendre d’elle, expérimenter sur le terrain et transmettre afin de construire ensemble une agriculture plus autonome, plus économe en énergie et plus respectueuse du vivant.

Car derrière le SCV, il y a une idée simple :

un sol vivant n’est pas seulement un support de production ; c’est un véritable partenaire de l’agriculteur.

Merci à toutes et à tous d’avoir contribué à faire de cette journée un beau moment de transmission, de convivialité et d’espoir pour l’agriculture de demain.

Au plaisir de vous retrouver très bientôt sur nos parcelles, lors de nos prochaines journées techniques et pour poursuivre ensemble cette belle aventure du SCV Lucien Séguy.

Je reste à votre disposition suivant mes possibilités pour continuer nos échanges par messages ou visites de parcelles à venir en Bretagne ou ailleurs.

Bien cordialement,

Noël Deneuville
Président de l’Association SCV Lucien Séguy

📧 paysannature@gmail.com | asso.scvlucienseguy@gmail.com
🌐 www.lucienseguy.fr

« Reprenez le contrôle de vos sols et de votre rentabilité. »

La Nature n’est pas fixe : le vrai problème est-il notre ingérence ?

Aucun climat n’a jamais été éternellement stable

On parle souvent du « climat » comme s’il existait un climat normal qu’il faudrait absolument retrouver ou préserver.

Mais quel serait ce climat normal ?

Le climat de l’année dernière ? Celui d’il y a cent ans ? Celui de l’époque préindustrielle ? Celui du Moyen Âge ? Celui d’une période glaciaire ?

La réalité est beaucoup plus simple : la Terre n’a jamais connu un climat éternellement stable.

Depuis que notre planète existe, les températures, les précipitations, les océans, les continents, les glaciers, les forêts et les espèces évoluent.

Le vivant lui-même ne cesse de changer.

Les espèces apparaissent, disparaissent, s’adaptent, migrent. Les végétations se transforment. Les sols naissent, évoluent et disparaissent. Les paysages changent.

La Nature n’est pas une photographie. C’est un système en mouvement permanent.

Et l’espèce humaine elle-même n’échappe évidemment pas à cette règle.


🌎 Alors, où est réellement le problème ?

Si le changement est une caractéristique fondamentale de la Terre, devons-nous simplement accepter toutes les transformations ?

Évidemment non.

Car il existe une différence fondamentale entre un système naturel qui évolue et un système que l’on perturbe brutalement de l’extérieur.

C’est peut-être ici que se trouve l’une des grandes questions de notre époque.

Le problème n’est peut-être pas que l’Homme transforme la Nature.

L’Homme transforme son environnement depuis qu’il existe.

Il cultive, construit, sélectionne des plantes et des animaux, détourne l’eau, façonne les paysages.

Le véritable problème pourrait être devenu l’ampleur, la vitesse et la multiplicité de nos interventions.

Nous intervenons désormais simultanément sur presque tous les grands équilibres de la planète :

  • atmosphère ;
  • climat ;
  • forêts ;
  • sols ;
  • eau ;
  • océans ;
  • biodiversité ;
  • cycles de l’azote et du phosphore ;
  • occupation des terres ;
  • artificialisation des sols ;
  • flux de matière et d’énergie.

Et surtout, tous ces systèmes communiquent entre eux.


⚠️ Nous avons peut-être oublié que tout est relié

Prenons simplement un sol agricole.

Lorsqu’un sol est labouré et laissé nu, nous ne faisons pas uniquement disparaître une couverture végétale.

Nous modifions en même temps :

le sol → l’eau → la température → la vie biologique → le carbone → l’érosion → la photosynthèse → l’atmosphère.

Le sol nu reçoit le rayonnement solaire sans pouvoir le transformer efficacement en biomasse.

La pluie tombe sur une surface moins protégée.

L’eau peut ruisseler au lieu de s’infiltrer.

La température du sol peut augmenter fortement.

La matière organique peut être davantage exposée à la dégradation.

La vie biologique est perturbée.

Et l’érosion peut emporter une partie de ce capital lentement construit par le vivant.

Une seule intervention peut donc déclencher une cascade de conséquences.

C’est précisément pourquoi il est dangereux de considérer séparément le climat, l’eau, le sol et la biodiversité.


☀️ Le grand gaspillage : l’énergie solaire

Chaque jour, le Soleil apporte à la Terre une quantité gigantesque d’énergie.

Cette énergie est gratuite.

La plante sait en utiliser une partie grâce à la photosynthèse.

Elle transforme l’énergie lumineuse en matière organique.

Elle construit des feuilles, des tiges, des racines.

Elle nourrit les organismes du sol.

Elle contribue au cycle du carbone.

Elle participe au cycle de l’eau.

Elle refroidit les surfaces par évapotranspiration.

Elle crée de la biomasse.

Elle protège le sol.

Elle nourrit le vivant.

Alors pourquoi laisser le sol nu ?

C’est peut-être l’une des questions fondamentales de l’agriculture de demain.

Le problème n’est pas seulement ce que nous émettons.

Il faut également regarder ce que nous empêchons de fonctionner.

Chaque hectare laissé nu pendant plusieurs mois représente potentiellement une période durant laquelle la photosynthèse aurait pu travailler.

Chaque forêt détruite représente une machine biologique extraordinaire supprimée.

Chaque sol dégradé représente une partie du fonctionnement hydrologique et biologique du territoire qui disparaît.

Chaque hectare artificialisé sur une terre fertile retire définitivement une surface au fonctionnement du vivant.


🌱 Le SCV : travailler avec les mécanismes du vivant

C’est ici que les principes du Semis sous Couverture Végétale prennent tout leur sens.

Le SCV ne cherche pas à fabriquer artificiellement un nouvel équilibre.

Il cherche plutôt à remettre en fonctionnement des mécanismes que la Nature utilise depuis des millions d’années.

Dans une forêt, le sol n’est pratiquement jamais nu.

La végétation capte l’énergie solaire.

Les racines explorent le sol.

Les feuilles protègent la surface.

Les matières organiques retournent progressivement au sol.

Les organismes vivants transforment cette matière.

L’eau est captée, infiltrée, stockée et progressivement restituée.

Le système fonctionne grâce à une multitude d’interactions.

Pourquoi l’agriculture devrait-elle nécessairement fonctionner à l’inverse ?

Le SCV propose une autre voie :

sol couvert → racines vivantes → biodiversité → matière organique → infiltration → stockage de l’eau → photosynthèse → biomasse → fertilité.

Il ne s’agit pas de reproduire une forêt à l’identique.

Il s’agit de s’inspirer de ses principes de fonctionnement.


💧 L’eau : un autre exemple de notre ingérence

Nous parlons beaucoup de manque d’eau.

Mais avant de parler uniquement de quantité de pluie, il faudrait peut-être nous demander :

« Que faisons-nous de l’eau lorsqu’elle tombe ? »

Une même pluie peut avoir des conséquences très différentes selon l’état du territoire.

Sur un sol couvert, poreux et biologiquement actif, une partie importante de l’eau peut pénétrer dans le sol.

Sur un sol compacté ou fortement dégradé, une partie peut ruisseler, provoquer de l’érosion et quitter rapidement la parcelle.

La pluie n’est donc pas seulement une quantité reçue. C’est aussi une ressource qu’un système vivant doit savoir accueillir.

Cela rejoint une idée essentielle :

Nous ne maîtrisons pas la pluie. Mais nous pouvons largement influencer ce que le territoire en fait.


🦠 Et si nous arrêtions de vouloir tout contrôler ?

L’agriculture moderne a réalisé des progrès extraordinaires.

Mais elle a aussi parfois développé une logique consistant à vouloir contrôler séparément chaque élément :

une mauvaise herbe → un herbicide ;

un insecte → un insecticide ;

un problème de sol → un travail mécanique ;

un manque de fertilité → un apport ;

un manque d’eau → une irrigation ;

une maladie → un traitement.

Cette logique peut être efficace dans certaines situations.

Mais elle peut aussi nous faire oublier quelque chose de fondamental :

le vivant fonctionne en réseau.

Une plante n’est pas isolée de son sol.

Le sol n’est pas isolé de l’eau.

L’eau n’est pas isolée du climat.

Le climat n’est pas isolé de la végétation.

La végétation n’est pas isolée de la biodiversité.

Tout communique.


🌿 Ne pas figer la Nature, mais préserver sa capacité d’adaptation

Il ne s’agit donc pas de rêver d’un climat immobile.

Cela n’existe pas.

Il ne s’agit pas davantage de vouloir empêcher toute évolution de la Nature.

Cela serait impossible.

La véritable question pourrait être différente :

Sommes-nous capables de laisser aux systèmes vivants suffisamment de diversité et de résilience pour s’adapter aux changements ?

Une forêt diversifiée n’est pas immobile.

Un sol vivant n’est pas immobile.

Une prairie n’est pas immobile.

Une parcelle en SCV n’est pas immobile.

Tout évolue.

Mais ces systèmes disposent d’une extraordinaire capacité d’adaptation parce qu’ils sont diversifiés, connectés et biologiquement actifs.


🌍 L’homme contre la Nature ? Peut-être une mauvaise question

Pendant longtemps, nous avons opposé l’Homme et la Nature.

Comme si nous devions choisir entre deux camps.

Mais l’Homme fait partie de la Nature.

La véritable question est peut-être plutôt :

Quel type d’interaction voulons-nous avoir avec le système vivant dont nous dépendons ?

Une agriculture qui détruit pour produire ?

Ou une agriculture qui produit en renforçant progressivement son capital biologique ?

Un sol considéré comme un simple support mécanique ?

Ou un sol considéré comme un organisme vivant ?

Une pluie considérée comme une contrainte ?

Ou comme une ressource à capter et à stocker ?

La biodiversité considérée comme une contrainte ?

Ou comme une force productive ?


🌱 La leçon du SCV

C’est peut-être là que se trouve l’une des grandes leçons laissées par Lucien Séguy.

Observer avant d’intervenir.

Comprendre avant de corriger.

S’inspirer du fonctionnement du vivant plutôt que chercher systématiquement à le remplacer.

Le modèle n’est pas une machine.

Le modèle est la Nature.

Une forêt n’a pas besoin de labour pour produire de la biomasse.

Elle ne laisse pas son sol nu.

Elle recycle en permanence sa matière organique.

Elle utilise l’énergie solaire.

Elle mobilise une extraordinaire diversité biologique.

Elle capte et redistribue l’eau.

Elle évolue sans cesse.

Elle n’est pas stable.

Elle est résiliente.

Et peut-être est-ce justement cela que nous devons rechercher en agriculture :

non pas la stabilité absolue, mais la résilience.


🌎 La Nature change, à nous de changer notre regard

Aucun climat d’hier ne reviendra exactement.

Aucun climat de demain ne sera identique à celui d’aujourd’hui.

La Terre continuera d’évoluer.

Les espèces continueront d’évoluer.

Les paysages continueront d’évoluer.

Et l’Homme continuera lui aussi d’évoluer.

Le changement n’est donc pas l’ennemi.

La question est plutôt de savoir si nous accélérons certaines transformations au point de dépasser les capacités d’adaptation des systèmes vivants dont nous dépendons.

Peut-être que le véritable défi du XXIᵉ siècle n’est pas de mettre la Nature sous contrôle.

Peut-être est-il au contraire de réapprendre à travailler avec elle.

Moins détruire.

Moins artificialiser.

Moins laisser les sols nus.

Mieux capter l’eau.

Maintenir la photosynthèse.

Restaurer la vie des sols.

Multiplier les plantes.

Associer les cultures.

Protéger la biodiversité.

Et surtout, accepter que nous ne maîtrisons pas tout.

Car la Nature n’est pas un système que nous devons rendre parfaitement stable.

C’est un système vivant auquel nous devons apprendre à appartenir.


« La Nature ne cherche pas la stabilité. Elle cherche en permanence l’adaptation, l’équilibre dynamique et la vie.
L’agriculture de demain ne devrait peut-être pas chercher à contrôler davantage la Nature, mais à mieux comprendre ses mécanismes pour produire avec elle. »

Sol vivant : et si le travail du sol comptait bien plus qu’on ne le pense ?

Cette étude est particulièrement intéressante car elle provient d’une parcelle conduite en agriculture biologique. Autrement dit, dans cet essai, la comparaison des modalités de travail du sol n’est pas brouillée par des différences de traitements phytosanitaires chimiques de synthèse. Les chercheurs ont comparé quatre pratiques : labour traditionnel à 30 cm, labour agronomique à 18 cm, travail réduit à 15 cm sans retournement et travail superficiel à seulement 7 cm. Le résultat visuel est frappant : la composition de la faune du sol change fortement à mesure que l’intensité et la profondeur du travail diminuent. Avec le labour profond, les vers de terre endogés dominent très largement. Lorsque le travail devient plus superficiel, les vers épigés et anéciques prennent davantage de place, tout comme plusieurs groupes de prédateurs du sol tels que les carabes et les staphylins. Pourquoi ? Parce qu’une charrue n’est pas neutre biologiquement. Elle retourne les horizons, détruit ou perturbe des galeries, enfouit les résidus et modifie profondément l’habitat des organismes du sol. Et c’est précisément l’intérêt de cet essai en bio : on ne peut pas attribuer ces différences aux pesticides de synthèse. Le facteur expérimental mis en avant ici est le type et la profondeur du travail du sol.

Cela rappelle une chose essentielle : la biodiversité d’un sol ne se résume pas à « avec ou sans pesticides ». La perturbation mécanique du sol est elle aussi un facteur majeur.

Source : essai ISARA-Lyon, site expérimental de Thil, programme Bioindicateurs 2 de l’ADEME, Vian (2011), repris dans Impact du travail du sol sur son fonctionnement biologique.

https://t.co/75EHOAopY1

« Repenser la sécheresse : Restaurer les cycles de l’eau pour un avenir durable »

Repenser la sécheresse : Restaurer les cycles de l’eau pour un avenir durable

La sécheresse n’est pas un simple « manque d’eau ». 💦
Nous vivons sur une planète bleue où l’eau est partout : océans, rivières, sols, plantes, glaciers et même dans l’air que nous respirons sous forme de vapeur invisible.

Alors pourquoi tant de sécheresse , d’incendies ..?
Parce que nous avons rompu les cycles naturels de l’eau. L’eau ne disparaît pas : elle circule. Quand ce cycle est brisé, elle s’évapore sans retomber sous forme de pluie utile ou ruisselle sans être retenue.

Aujourd’hui, les incendies qui ravagent forêts et champs agricoles illustrent tragiquement cette rupture. En détruisant la végétation, le feu supprime les acteurs principaux du cycle : les plantes qui transpirent, rafraîchissent l’air, produisent des bioaérosols et retiennent l’eau dans les sols. Moins de végétation = moins de nuages de basse altitude, plus de chaleur, plus d’évaporation stérile, et des sols qui s’assèchent durablement. Un cercle vicieux que l’homme a largement accéléré.

Les deux grands échecs qui créent la sécheresse

  1. L’incapacité à transformer la vapeur d’eau en nuages viables et en pluie
    Les plantes émettent des bioaérosols (minuscules particules biologiques) qui servent de noyaux de condensation. Sans eux, la vapeur d’eau reste souvent en suspens ou forme des nuages trop hauts qui ne donnent pas de pluie. Une forêt dense agit comme une véritable « usine à pluie » locale.
  2. L’incapacité à retenir et à faire circuler l’eau dans les sols et les écosystèmes
    Sols dégradés, compaction, monocultures, drainage excessif… L’eau ne s’infiltre plus. Elle ruisselle, emportant la terre fertile, et accentue l’érosion et les crues brutales ailleurs.

L’homme a massivement détruit ou simplifié la végétation : déforestation, artificialisation des sols, agriculture intensive et expansion urbaine démesurée. Résultat : des territoires qui ne savent plus réguler la chaleur ni recycler l’eau.

Les villes, devenues de véritables îlots de chaleur urbains par absence de végétation, absorbent et stockent inutilement une quantité massive de chaleur le jour pour la restituer la nuit. Sans arbres, sans sols perméables ni espaces verts, ces zones artificialisées accentuent le réchauffement local, modifient les circulations atmosphériques et réduisent encore la formation de nuages et de pluies bénéfiques sur des centaines de kilomètres autour.

Cette approche de courte vue est malheureusement renforcée par des décisions politiques souvent motivées par le calendrier électoral plutôt que par une réelle sérénité climatique à long terme. La pression exercée par certaines ONG, parfois plus idéologique que pragmatique, oriente fréquemment les choix des décideurs vers des mesures restrictives au lieu de favoriser la régénération active des sols et des paysages vivants.

Solutions concrètes : reconstruire les cycles vivants

Pour inverser la tendance, nous devons redevenir des alliés des processus naturels :

  • Restaurer des paysages qui retiennent l’eau : bassins d’infiltration, haies, mares, swales (rigoles en courbe de niveau), terrasses. L’objectif n’est pas seulement de stocker, mais de permettre à l’eau de s’infiltrer lentement et de nourrir la vie du sol.
  • Régénérer les sols vivants : introduire des micro-organismes (mycorhizes, bactéries, champignons) via compost, purins, couvertures végétales permanentes. Un sol riche en vie absorbe jusqu’à 20 fois plus d’eau qu’un sol mort.
  • Multiplier la végétation diversifiée : planter, mais surtout laisser pousser une mosaïque d’arbres, arbustes, herbacées et cultures de couverture. Plus il y a de feuillage transpirant, plus le microclimat se rafraîchit et plus les bioaérosols favorisent la formation de nuages bas. La diversité est clé : une monoculture ne remplace jamais une forêt ou une prairie naturelle.
  • Intégrer l’élevage régénératif : des animaux bien conduits (rotations courtes et fréquentes) piétinent, fertilisent et stimulent la repousse. Ils deviennent des outils de régénération du sol au lieu d’être une source de dégradation.
  • Protéger et restaurer les zones humides et les forêts existantes : ce sont nos meilleurs alliés contre la sécheresse et les incendies. Une forêt mature régule mieux la température et le cycle de l’eau qu’une plantation récente.

Conclusion : L’eau est la vie, elle doit circuler

La sécheresse n’est pas une fatalité climatique inéluctable. C’est avant tout le symptôme d’un déséquilibre dans la façon dont nous avons traité la végétation et les sols.

En restaurant des paysages riches, vivants et diversifiés, nous réactivons les cycles infinis de l’eau : évaporation → condensation → pluie → infiltration → transpiration → nouvelle évaporation.

Chaque arbre planté, chaque hectare de sol régénéré, chaque haie restaurée est un acte de résilience collective. L’eau ne nous appartient pas : elle passe. Notre rôle est de lui offrir les conditions pour qu’elle circule harmonieusement et nourrisse toute la vie.

🌱 L’avenir durable passe par le retour du vert.


Appel à l’action

Et vous, que pensez-vous ?
Avez-vous déjà observé des initiatives locales de régénération des sols ou de restauration des cycles de l’eau dans votre région ? Partagez vos expériences ou vos idées en commentaire.

Si cet article vous a plu, partagez-le pour faire circuler ces idées essentielles.

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Merci de votre lecture et de votre engagement pour un monde plus vivant et plus résilient ! 🙏



ROLF DERPSCH

Rolf Derpsch est un agronome et consultant international de renom, pionnier de l’agriculture de conservation et du semis direct (no-till).

notill.org

Biographie rapide

  • Né en 1937 au Chili de parents allemands (nationalités chilienne et allemande).
  • Études d’agronomie à l’Université du Chili (Santiago).
  • A travaillé de 1966 à 2001 pour la GTZ (agence allemande de coopération technique).
  • Dès avril 1971, il commence des recherches sur le semis direct au Brésil, l’un des tout premiers en Amérique latine. Il a collaboré étroitement avec des pionniers brésiliens comme Herbert Bartz.
  • Depuis 1988, basé au Paraguay (Asunción), où il exerce comme consultant indépendant après avoir quitté la GTZ.
  • Il est l’auteur de nombreuses publications sur l’adoption mondiale du no-till, ses avantages économiques, environnementaux et agronomiques (érosion, carbone, etc.). Son site (rolf-derpsch.com) est une référence dans le domaine. rolf-derpsch.com

Il est considéré comme l’un des grands promoteurs mondiaux du semis direct et de l’agriculture sans labour, particulièrement en Amérique latine (où les surfaces ont explosé).

Ses relations avec Lucien Séguy

Lucien Séguy (décédé) était un agronome et pédologue français du CIRAD, pionnier du Semis Direct sur Couvert Végétal (SCV), surtout dans les conditions tropicales (Cerrados brésiliens). Il est souvent vu comme le « père » ou un grand promoteur du SCV au Brésil, avec un accent fort sur les couverts végétaux permanents, les rotations et l’adaptation aux petits agriculteurs.

no-tillfarmer.com

Relation : Les deux hommes sont des collaborateurs et co-promoteurs de l’agriculture de conservation. Ils ont travaillé ensemble ou dans des contextes proches (projets, publications, rencontres comme RELACO). On les cite souvent ensemble dans les articles et ouvrages sur le semis direct et le SCV (ex. : définitions communes, chapitres de livres, projets de coopération). Derpsch est plus axé sur la promotion globale, l’économie et le no-till « classique » ; Séguy a beaucoup insisté sur les systèmes tropicaux avec couverts vivants. Ils ont contribué au succès du semis direct en Amérique latine.

open-library.cirad.fr

En résumé : Rolf Derpsch = grand expert germano-latino-américain du semis direct, très orienté terrain et diffusion mondiale.

Lucien Séguy = son homologue français du CIRAD, visionnaire du SCV tropical. Ils sont complémentaires et ont avancé la même cause.

http://www.rolf-derpsch.com/index.html

Pourquoi le semis direct ?

Les 180 millions d’hectares semés directement dans le monde parlent d’eux-mêmes !
Depuis 1987, la superficie ensemencée par semis direct en Amérique latine a été
multipliée par 74, passant de 670 000 ha à 49,6 millions d’hectares en 2008,
contre une augmentation de 6,5 fois aux États-Unis.

Les principales raisons pour lesquelles les agriculteurs adoptent ce nouveau système de culture sont les suivantes :

  • Moins de travail
  • Plus d’argent
  • Contrôle de l’érosion, respectueux de l’environnement
  • Améliorer la qualité de vie

Qu’est-ce que le semis direct ?

Description et définition du semis direct

Il est extrêmement important de formuler une définition adéquate et précise de l’ensemencement direct lorsqu’il s’agit d’obtenir des résultats expérimentaux comparables entre différents scientifiques.

Dans de nombreux cas, les résultats expérimentaux contradictoires s’expliquent uniquement par l’utilisation d’une terminologie régionale, par les différentes définitions de l’agriculture sans labour employées par divers chercheurs et par les divergences d’opinions quant à sa mise en œuvre. Il est donc crucial de parvenir à un consensus sur une description et une définition précises de l’agriculture sans labour. Faute d’une compréhension commune rapide de cette pratique, nous continuerons à observer des résultats expérimentaux contradictoires dans la recherche sur l’agriculture sans labour, tant au niveau national qu’international.

Le semis direct est un système agricole où la semence est placée directement dans le sol non travaillé, recouvert de résidus de la culture précédente (Köller et Linke, 2001). À l’aide de machines spécialisées, principalement équipées de semoirs à disques (perturbation minimale du sol) ou de semoirs à dents (perturbation importante du sol), seule une étroite fente est ouverte pour le dépôt de la semence, puis refermée immédiatement après.

L’objectif est de perturber le sol le moins possible afin d’éviter de faire remonter à la surface de nouvelles graines de mauvaises herbes ou de les placer dans une zone de germination favorable. Par ailleurs, aucun autre travail du sol n’est effectué. Les résidus de la culture précédente sont laissés en place, en grande partie intacts, et servent de paillis à la surface du sol.

Si le sol est seulement légèrement travaillé pour préparer le lit de semences, ce système n’est pas considéré comme un semis direct mais plutôt comme un semis sous paillis (DLG, 1997). Les méthodes de semis où plus de 50 % de la surface du sol est ameublie et mélangée ne peuvent être classées comme semis direct (Linke, 1998 ; Sturny et al., 2007).

La maîtrise des adventices est essentielle à la réussite de l’agriculture sans labour. Elle repose sur l’utilisation d’herbicides, la rotation des cultures et la culture ciblée de plantes de couverture adaptées. Cette méthode est connue sous le nom de « semis direct » ou « agriculture zéro labour » dans les pays anglophones. Certains des avantages environnementaux recherchés de l’agriculture sans labour, tels que la lutte contre l’érosion, la protection des ressources en eau, la prévention des inondations et la protection du climat grâce à la séquestration accrue de carbone dans le sol, ne se manifestent pleinement qu’après plusieurs années de pratique continue et ininterrompue.

Le semis direct est déjà pratiqué dans le monde entier sur plus de 100 millions d’hectares, sous une grande variété de conditions pédologiques et climatiques (Derpsch et al., 2010). Le succès de ce système de travail du sol conservateur repose sur une application continue et à long terme, similaire à celle des prairies permanentes (Sturny et al., 2007), ainsi que sur l’utilisation ciblée de rotations culturales et de cultures de couverture adaptées. Les exigences spécifiques du semis direct doivent être prises en compte afin d’éviter les échecs. Pour une mise en œuvre réussie, les conditions préalables et les étapes nécessaires à une conversion réussie doivent être respectées (Kahnt, 1976 ; Duiker et Myres, 2006 ; Derpsch, 2008). La couverture permanente du sol par les résidus de culture et l’absence de perturbation du sol permettent une lutte efficace contre l’érosion, le stockage du carbone dans le sol, une augmentation de la vie microbienne du sol, une meilleure rétention d’eau et une plus grande efficacité économique. De plus, le semis direct est le seul système de culture qui permet une production agricole durable, même dans des conditions pédologiques et climatiques extrêmes.

Résumé

Le semis direct est un système agricole où la semence est placée directement dans un sol non travaillé. Seule une fine sillon est pratiquée dans le sol, puis refermée après le semis ; cette sillon est juste assez profonde et large pour assurer une bonne couverture des graines. Aucun autre travail du sol n’est effectué (Phillips et Young 1973, www.sachsen.de 2011).

Sources

Derpsch, R., 2008, Étapes cruciales pour l’adoption du semis direct, dans : Systèmes agricoles sans labour. Goddard, T., Zoebisch, MA, Gan, Y., Ellis, W., Watson, A. et Sombatpanit, S., éd., 2008, WASWC. p. 479-495

Derpsch, R., Friedrich, T., Kassam, A. et Li, HW, 2010. État actuel de l’adoption de l’agriculture sans labour dans le monde et quelques-uns de ses principaux avantages. Int. J. Agric. & Biol. Eng. Vol. 3. Nº 1.

DLG, 1997. Semis direct. Feuillet 301 de la Société allemande d’agriculture, 16 pp.

Duiker, S. et Myres, JC, 2006. Étapes vers une transition réussie vers le semis direct. Collège des sciences agricoles, Recherche agricole et vulgarisation coopérative, Université PennState, 36 p.

Kahnt, G., 1976. Agriculture sans labour : conditions préalables, méthodes et limites du semis direct en production céréalière. Ulmer, Stuttgart, 126 p.

Köller, K. et Linke, C., 2001. Une agriculture réussie sans charrue. 2e éd. DLG-Verlag, Francfort-sur-le-Main, 176 p.

Linke, C., 1998. Semis direct – un inventaire avec une attention particulière aux aspects techniques, agronomiques et économiques. Thèse, Université de Hohenheim, 482 pp.

Phillips, S. et Young, H. 1973. Agriculture sans labour. Reiman Associates, Milwaukee, Wisconsin. 224 p.

Sturny WG, Chervet A., Maurer-Troxler C., Ramseier L., Müller M., Schafflützel R., Richner W., Streit B., Weisskopf P. et Zihlmann U. 2007. Semis direct et labour dans une comparaison de systèmes – une synthèse, AGRARForschung (maintenant « Agrarforschung Schweiz ») 14 (8) : 350-357.

www.sachsen.de 2011. www.landwirtschaft.sachsen.de/landwirtschaft/8119.htm  consulté en mars 2011.

Paradigmes

Changement de paradigme dans l’agriculture

Rolf Derpsch

Les méthodes agricoles traditionnelles des régions tropicales et subtropicales entraînent une dégradation des sols et une baisse de leur productivité. Il en résulte pauvreté, exode rural, prolifération de bidonvilles et conflits sociaux. Pour que les agriculteurs aient une chance de survivre en milieu rural et pour parvenir à une gestion durable des terres, un changement de mentalité fondamental est nécessaire, et de nouvelles approches agricoles doivent être mises en œuvre. La section suivante compare les perspectives (paradigmes) anciennes et nouvelles et analyse leurs conséquences.

(Publié en anglais dans : ISTRO-INFO EXTRA, vol. 4, 1999 ; disponible sur Internet à l’adresse : http://www.soils.wisc.edu/istro )

Paradigmes du passéParadigmes du futur
La culture du sol est nécessaire
Enfouissement des résidus végétaux à l’aide d’équipements de travail du sol
La terre nue pendant des semaines et des mois
Réchauffement des sols par rayonnement solaire
Brûlage autorisé
Les processus chimiques du sol au centre de l’attention
Protection des plantes de préférence chimique
L’engrais vert et la rotation des cultures comme option
L’érosion des sols est une conséquence inévitable de l’agriculture.
Semis direct, sans labour
Les résidus végétaux sont laissés à la surface du sol comme paillis.
Couvre-sol permanent
Réduction des températures du sol
Interdiction de brûler
Processus biologiques du sol au premier plan
Protection des plantes de préférence biologique
Les engrais verts et la rotation des cultures sont essentiels
L’érosion des sols n’est rien d’autre qu’un symptôme du fait qu’un système de culture inadapté au lieu et à l’écosystème a été utilisé.
Conséquences du travail du sol ou du sol nuConséquences du système de semis direct ou de la couverture permanente du sol
L’érosion éolienne et hydrique se produit
Faible infiltration d’eau dans le sol
faible humidité du sol
Dégradation inévitable de la matière organique dans le sol
Le dioxyde de carbone s’échappe dans l’atmosphère (effet de serre = réchauffement climatique).
Dégradation des sols (chimique, physique, biologique)
Déclin de la productivité des cultures
Utilisation accrue d’engrais et coûts de production plus élevés
La survie à long terme à la campagne n’est pas possible (faibles rendements, absence de rentabilité, perte de revenus).
Pauvreté, exode rural, multiplication des bidonvilles et conflits sociaux
L’érosion éolienne et hydrique est stoppée.
Infiltration accrue de l’eau dans le sol
humidité du sol plus élevée
Accumuler ou maintenir la matière organique dans le sol (améliorer la qualité du sol)
Le sol agit comme un puits de carbone (améliorant la qualité du sol ;
contrant l’effet de serre).
Amélioration des sols (chimique, physique, biologique)
Augmenter la productivité des cultures
Réduction de l’utilisation d’engrais et baisse des coûts de production
Des opportunités de revenus à long terme pour les agriculteurs des zones rurales grâce à une bonne rentabilité et à des pratiques agricoles durables.
Satisfaction des besoins fondamentaux, amélioration du niveau et de la qualité de vie de la famille agricole
Impacts externes de l’érosion des solsImpacts externes du système de culture
Sédimentation des rivières, des réservoirs et des lacs
Qualité de l’eau dégradée
Problèmes rencontrés par les centrales hydroélectriques
Sédimentation des routes
Les coûts élevés pour l’État et la société dus aux effets externes de l’érosion des sols
Réduction de la sédimentation dans les rivières, les réservoirs et les lacs
Amélioration de la qualité de l’eau
Aucun problème pour les centrales hydroélectriques
Pas de sédimentation provenant des routes
Des coûts moindres pour l’État et la société, grâce à l’élimination ou à la réduction des coûts externes liés à l’érosion des sols.
ConclusionConclusion
L’utilisation durable des terres est impossible (ni sur le plan écologique, ni sur le plan social, ni sur le plan économique).Exploitation des terresUtilisation durable des terres assurée (sur les plans écologique, social et économique)
Utilisation des terres appropriée au site

Paroles d’auteurs et de SCV

« Le lion et la panthère sont inoffensifs ; en revanche, les poules et les canards sont des animaux très dangereux, disait un ver de terre à ses enfants. » Bertrand Russel

Perspectives du ver de terre et du sol

  • « Depuis que j’ai vu un peu d’humanité dans le regard d’un ver de terre, à l’occasion d’un coup de fourche dans mon jardin… » — Christophe Gatineau (dans Éloge du ver de terre).
  • « Il est douteux qu’aucun animal quel qu’il soit ait joué un rôle équivalent au ver de terre dans l’histoire de la nature. » — Charles Darwin.
  • « Les vers de terre sont les intestins du sol. » — Aristote.
  • « Je fus amené à conclure que la terre végétale sur toute l’étendue d’un pays a passé bien des fois par le canal intestinal d’un ver et y passera bien des fois encore. » — Charles Darwin.
    Le sol n’est pas une matière inerte : c’est du ver digéré et régénéré.

  • « Si vous pensez que vous êtes trop petit pour changer quoi que ce soit, essayez donc de dormir avec un moustique dans votre chambre. » — Betty Reese.
  • « L’homme est apparu comme un ver dans un fruit, comme une mite dans une balle de laine, et a rongé son habitat, en sécrétant des théories pour justifier son action. » — Jean Dorst.
  • « Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas. » — Proverbe amérindien

  • « La terre, donc, n’est pas que le sol, c’est une fontaine d’énergie qui traverse un circuit de sols, de plantes et d’animaux. » — Aldo Leopold
  • « Les vers de terre sont de véritables maîtres d’œuvre : ils façonnent, nourrissent et aèrent le sol. »


« Le bulldozer et le glyphosate sont inoffensifs ; en revanche, la pluie fine et le ver de terre sont des catastrophes, disait un agriculteur conventionnel à ses enfants… jusqu’à ce que son sol meure. »


« Nous héritons de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »
— Proverbe amérindien

« Le sol n’est pas un support pour les plantes ; il est un monde vivant. »
— Claude Bourguignon

« Une civilisation qui détruit son sol se détruit elle-même. »
— Franklin D. Roosevelt

« Le dernier arbre coupé, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors seulement l’homme découvrira que l’argent ne se mange pas. »
— Prophétie attribuée aux Cris

« La terre est insultée et offre ses fleurs comme réponse. »
— Rabindranath Tagore

« Dans chaque poignée de terre vivent plus d’êtres que d’humains sur Terre. »
— Citation inspirée des travaux de microbiologie des sols

« L’eau est la force motrice de toute la nature. »
— Leonardo da Vinci

« Ce ne sont pas les mauvaises herbes qui ruinent une terre, mais l’absence de vie dans le sol. »
— Inspiration agroécologique

« Le ver de terre laboure mieux que le paysan, et sans gasoil. »
— Proverbe agricole revisité

« Plus on travaille le sol, plus on le fatigue ; plus on le couvre, plus il vit. »
— Principe des SCV

« La forêt ne produit pas de déchets ; elle produit de la fertilité. »
— Inspiration permaculturelle

« Le sol couvert est un sol protégé ; le sol vivant est un sol fertile. »
— Principe agronomique des SCV

« L’érosion est silencieuse, mais ses conséquences crient. »
— Formule agroécologique contemporaine

« Quand on nourrit le sol, le sol nourrit les plantes, les plantes nourrissent les hommes. »
— Adaptation d’un principe d’agriculture régénératrice

« La nature comprend toujours le dernier mot ; l’homme, souvent, le comprend trop tard. »
— Inspiration écologique

« Le tracteur croit dominer le champ ; pourtant, c’est souvent le lombric qui fait le vrai travail. »

« Les plus grands ennemis du sol ne viennent pas toujours du ciel, mais parfois de la cabine du tracteur. »

« Le champ nu paraît propre à l’homme pressé ; il ressemble surtout à un désert pour le vivant. »

« Le ruissellement commence souvent là où l’homme croyait avoir “bien nettoyé” son sol. »

« Les vers de terre ne parlent pas, mais ils savent exactement ce qu’est une bonne agriculture. »

« Les hommes craignaient la sécheresse ; le sol, lui, craignait surtout les labours. »

« Le blé regardait le couvert végétal comme un concurrent ; l’été venu, il l’appelait son ombre. »

« “Nous manquons d’eau”, disaient les cultures.
“Non”, répondit le sol, “vous manquez surtout de racines.” »

« Le paysan voulait nourrir ses plantes ; le vieux champ, lui, réclamait d’abord qu’on nourrisse ses vers de terre. »

« Les rivières deviennent boueuses quand les champs oublient de garder leurs secrets. »

« Un enfant demanda au ver de terre :
“Qui détruit le plus la nature ?”
Le ver répondit :
“Celui qui croit travailler contre elle sans jamais travailler avec elle.” »

« Le soleil brûlait la plaine nue ; sous le couvert, la vie continuait à voix basse. »

« Le champ labouré paraissait propre aux hommes ; aux yeux des microbes, c’était un tremblement de terre. »

« “Pourquoi caches-tu toujours le sol sous des plantes ?” demanda le tracteur.
“Pour les mêmes raisons que tu mets un toit sur ta maison”, répondit la prairie. »

« La pluie n’abîme jamais la terre ; elle révèle seulement les erreurs des hommes. »

« Le ruisseau disait au champ :
“Je n’emporte que ce que tu ne sais plus retenir.” »

« Les mauvaises herbes sont souvent des pansements posés par la nature sur les blessures du sol. »

« Quand le sol se tait, les engrais doivent parler plus fort. »

« Le paysan moderne regardait son GPS ; le ver de terre regardait l’humus disparaître. »

« La forêt nourrit son sol depuis des millions d’années sans jamais ouvrir un sac d’engrais. »

« “Pourquoi protèges-tu autant la terre ?” demanda l’homme.
Le vieux paysan répondit :
“Parce qu’avant d’être notre richesse, elle est notre patience.” »

« Le champ couvert boit la pluie comme une éponge ; le champ nu l’avale comme une pierre. »

« Les racines sont les mains invisibles par lesquelles les plantes fabriquent la fertilité. »

« L’eau tombe du ciel ; l’infiltration, elle, vient du sol vivant. »

« Le ver de terre disait à ses enfants :
“Méfiez-vous des champs trop propres : ils cachent souvent une terre malade.” »

« Le jeune agriculteur demandait comment produire plus.
Le vieux sol répondait :
“Commence déjà par arrêter de perdre ce que je sais faire.” »

« Le labour croyait préparer la terre ; le couvert végétal, lui, préparait l’avenir. »

« Le champ nu impressionne le voisin ; le champ vivant impressionne les générations suivantes. »

« L’homme pensait cultiver du maïs ; en réalité, il cultivait surtout la qualité de son sol. »

« Le sol vivant est le seul ouvrier agricole qui travaille jour et nuit sans réclamer de gasoil. »

« Le paysan demanda :
“Quel est le meilleur engrais ?”
La forêt répondit :
“Le temps laissé au vivant.” »

« Plus le tracteur devenait puissant, plus le ver de terre devenait indispensable. »

« Le ruissellement est une lettre de plainte envoyée par le sol aux hommes. »

« Les racines profondes font des cultures résistantes ; les idées profondes font des agricultures durables. »

« Le couvert végétal n’est pas une dépense : c’est une conversation permanente entre la plante et le sol. »

« Le paysan moderne voulait contrôler la nature ; le vieux semis direct cherchait seulement à collaborer avec elle. »

« Quand le sol reste couvert, même le soleil apprend la patience. »

« Le champ fatigué disait aux engrais :
“Vous me nourrissez aujourd’hui.”
Les vers de terre lui répondaient :
“Nous, nous te reconstruisons.” »

« La nature n’aime pas les sols nus ; elle les couvre toujours, comme une mère couvre un enfant endormi. »

« Le semoir entra dans le couvert comme une barque glisse sur un lac : sans violence et sans bruit. »

« Les anciens mesuraient la richesse d’un champ à sa couleur ; les agronomes du vivant la mesurent à son activité. »

« Le sol compacté produit parfois encore des récoltes ; le sol vivant produit des résiliences. »

« Un agriculteur demanda à son voisin :
“Pourquoi gardes-tu toujours des plantes dans tes parcelles ?”
L’autre répondit :
“Parce que la terre déteste la solitude.” »

« La meilleure irrigation commence souvent par une meilleure infiltration. »

« Le jour où l’homme a compris qu’il fallait nourrir le sol avant la plante, l’agriculture a cessé de lutter contre la nature. »

« Le couvert végétal est à la terre ce que le toit est à la maison : on remarque surtout son importance quand il disparaît. »

« Dans les champs vivants, la fertilité descend des feuilles vers les racines avant de remonter vers les récoltes. »

« Le ver de terre disait à ses enfants :
“Craignez moins la sécheresse que les hommes qui laissent le soleil toucher directement la terre.” »

« Les SCV ne demandent pas au sol de produire davantage ; ils lui redonnent simplement les moyens de respirer. »

« Le paysan regardait la surface du champ ; la nature, elle, travaillait surtout dessous. »

AU RWANDA : POURQUOI DE PLUS EN PLUS D’ AGRICULTEURS SE TOURNENT VERS L’AGRICULTURE SANS LABOUR

Pendant de nombreuses années, le labour a été considéré comme une étape nécessaire avant le semis. Beaucoup d’agriculteurs pensaient que plus le sol était retourné et perturbé, meilleure serait la récolte.

Mais aujourd’hui, l’expérience de différentes communautés agricoles prouve autre chose : perturber constamment le sol peut lentement l’affaiblir. C’est pourquoi l’agriculture sans labour, également connue sous le nom d’agriculture sans travail du sol, devient une pratique importante dans l’agriculture régénérative. L’agriculture sans labour est une approche agricole où les cultures sont cultivées avec un minimum ou pas de perturbation du sol. Au lieu de labourer régulièrement le terrain, les agriculteurs protègent la structure du sol et permettent aux processus biologiques naturels d’améliorer la fertilité du sol au fil du temps. Les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture sans labour remarquent souvent que leurs sols retiennent l’humidité plus longtemps, surtout pendant les périodes sèches. Les résidus de cultures laissés à la surface du sol aident à réduire l’évaporation de l’eau, protègent le sol de la lumière directe du soleil et minimisent l’érosion causée par le vent et les fortes pluies. Un autre avantage majeur est la restauration de la vie du sol. Des sols sains contiennent des micro-organismes, des insectes et de la matière organique qui soutiennent naturellement la croissance des plantes. Un labour excessif perturbe cet écosystème, tandis que l’agriculture sans labour permet au sol de se régénérer et de rester biologiquement actif. Cette pratique aide également les agriculteurs à réduire les coûts de production. Moins de labour signifie des dépenses de carburant plus faibles, des besoins en main-d’œuvre réduits et une moindre dépendance aux machines lourdes. Au fil du temps, les agriculteurs peuvent investir moins tout en maintenant des terres plus saines et plus productives. Dans le district de Bugesera, de nombreux agriculteurs impliqués dans l’agriculture régénérative démontrent déjà l’impact de l’agriculture sans labour. En combinant des pratiques telles que le paillage, l’application de compost, la culture de couverture et la perturbation minimale du sol, ils restaurent les sols dégradés et améliorent la productivité de manière durable. Lorsque l’agriculture régénérative est combinée à des solutions d’énergie renouvelable telles que l’irrigation alimentée par l’énergie solaire, les agriculteurs deviennent encore plus résilients au changement climatique. Ils sont capables de conserver l’eau, de réduire les coûts agricoles et d’améliorer la production sans dépendre fortement des pluies imprévisibles ou du carburant coûteux. C’est la vision promue à travers le Partenariat Power for Food , où l’Agriculture Régénérative et l’Utilisation Productive de l’Énergie Renouvelable aident les agriculteurs à construire des systèmes alimentaires plus solides, plus sains et plus durables. Dans les communautés, les agriculteurs commencent à réaliser que protéger le sol n’est pas une limitation à la productivité. En fait, des sols sains sont la base du succès agricole à long terme. Parfois, la meilleure façon d’aider le sol à produire plus… est de le perturber moins.

Ce texte, promeut le zéro tillage comme méthode régénérative qui préserve la structure du sol, améliore la rétention d’humidité et réduit l’érosion grâce aux résidus de culture laissés en surface.Il met en avant les expériences des agriculteurs du district de Bugesera au Rwanda, qui combinent zéro labour, paillage, compost et irrigation solaire via le partenariat Power for Food pour une plus grande résilience climatique.Les images montrent des champs mulchés avec des jeunes plants de maïs et légumes émergeant, illustrant concrètement la réduction des coûts en carburant et main-d’œuvre tout en favorisant la vie biologique du sol.

Agriculture sans labour :

Une approche durable L’agriculture sans labour, souvent appelée agriculture de conservation, est une pratique agricole qui consiste à cultiver des cultures sans perturber le sol par le labour ou le travail du sol. Cette méthode a gagné en popularité en tant qu’alternative durable à l’agriculture conventionnelle, principalement en raison de ses nombreux avantages environnementaux et économiques.

Avantages de l’agriculture sans labour Santé du sol :

En évitant la perturbation du sol, l’agriculture sans labour préserve la structure du sol et favorise l’écosystème naturel. Elle améliore la rétention de la matière organique, optimise la conservation de l’humidité et stimule l’activité microbienne, ce qui conduit à des cultures plus saines. Contrôle de l’érosion : Sans labour, le sol est mieux protégé contre l’érosion due au vent et à l’eau. Les résidus de cultures laissés en surface agissent comme une barrière, réduisant l’écoulement des eaux et favorisant l’infiltration de l’eau.

Séquestration du carbone :

L’agriculture sans labour peut réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre. En maintenant les niveaux de carbone du sol et en encourageant la séquestration du carbone, cette méthode contribue à l’atténuation du changement climatique.

Efficacité des coûts :

Les agriculteurs peuvent économiser sur les coûts de carburant et de main-d’œuvre, car les équipements de labour ne sont pas nécessaires. De plus, une meilleure santé du sol conduit souvent à des rendements plus élevés au fil du temps, en faisant une option financièrement viable.

Gestion des mauvaises herbes :

Bien que l’agriculture sans labour puisse initialement poser des défis liés aux mauvaises herbes, à long terme, elle encourage un écosystème plus équilibré qui peut aider à gérer naturellement les populations de mauvaises herbes.

Défis de mise en œuvre

La transition vers l’agriculture sans labour peut poser des défis pour les agriculteurs, notamment la nécessité d’équipements nouveaux et des réductions potentielles de rendement initiales alors que l’écosystème s’ajuste.

L’éducation et le soutien des services de vulgarisation agricole peuvent aider à atténuer ces problèmes.

L’agriculture sans labour offre une solution durable pour l’agriculture moderne, apportant de nombreux avantages pour la santé du sol, l’environnement et la viabilité économique.

Comment l’agriculture conventionnelle a-t-elle détruit les services écosystémiques apportés par des champignons et des bactéries ?

Figure 1. Ectomycorhizes sur une racine d’arbre (crédit photo : E. Force).

Figure 1. Ectomycorhizes sur une racine d’arbre (crédit photo : E. Force).

Les Trachéophytes, ou plantes vasculaires, sont capables d’établir d’étroites relations, aussi appelées symbioses, avec de nombreux micro-organismes. Au niveau racinaire, les plantes terrestres ont la capacité de s’associer avec des champignons, on parle de mycorhizes (fig. 1), mais également avec des bactéries aux voisinages du système racinaire : les rhizobactéries (ex. Rhizobium). Ces symbioses sont largement répandues dans les différents écosystèmes terrestres, aussi bien dans les zones arides que dans les zones tempérées.

Figure 2. Les différents types de mycorhizes (illustration : E. Force, d’après F. Le Tacon, 1985). En bleu : éléments du champignon ; en gris : éléments végétaux.

Figure 2. Les différents types de mycorhizes (illustration : E. Force, d’après F. Le Tacon, 1985). En bleu : éléments du champignon ; en gris : éléments végétaux.

Figure 3. Photographie en microscopie optique d’une coupe transversale de rhizome fossile d’Aglaophyton de Rhynie (A) et détail au niveau de deux cellules (B) (crédit photo : F. Le Tacon & M.-A. Selosse).

Figure 3. Photographie en microscopie optique d’une coupe transversale de rhizome fossile d’Aglaophyton de Rhynie (A) et détail au niveau de deux cellules (B) (crédit photo : F. Le Tacon & M.-A. Selosse).

Concernant les mycorhizes, il existe trois associations différentes : les ectomycorhizes, les endomycorhizes et les ectendomycorhizes (fig. 2). Les endomycorhizes sont majoritairement observées, et plus particulièrement les endomycorhizes dites à arbuscules (fig. 2). Celles-ci sont établies entre des racines de la plante et des Gloméromycètes, ou champignons mycorhizogènes. Ces champignons ont co-évolué avec les plantes terrestres depuis plus de 460 Ma, leur permettant très probablement de coloniser les divers écosystèmes terrestres grâce notamment à l’amélioration de la fonction de nutrition (fig. 3). Quant aux rhizobactéries, celles-ci colonisent la rhizosphère ou encore le système racinaire de la plante.

Ces deux associations symbiotiques sont caractérisées par un transfert bidirectionnel de nutriments. En effet, les Gloméromycètes, comme les rhizobactéries, étant hétérotrophes pour le carbone, les composés carbonés indispensables aux besoins énergétiques sont issus de la plante. L’estimation du carbone transféré de la plante vers les champignons varie entre 4 et 20% du carbone total chez la plante.

Les champignons mycorhiziens améliorent la nutrition en eau de la plante. Les rhizobactéries ainsi que les Gloméromycètes favorisent l’assimilation de sels minéraux par la plante en échange du carbone fourni par celle-ci. Ces échanges nutritionnels permettent d’une part une meilleure croissance des symbiotes et d’autre part une meilleure résistance de la plante aux stress biotiques et abiotiques. À l’heure du développement durable et de l’agriculture biologique, les mycorhizes et les rhizobactéries semblent être des acteurs majeurs des services écosystémiques (transfert de nutriments du sol à la plante, d’une plante à une autre, etc.) fournis par la nature aux sociétés humaines. Dans un tel contexte, ces symbioses représentent un enjeu majeur pour une agriculture plus durable en visant à réduire l’usage des pesticides et en permettant une amélioration de la production végétale.

En quoi certains micro-organismes du sol sont-ils à l’origine de services écosystémiques pour l’Homme ?

Les mycorhizes et la biostabilisation du sol

Figure 4. Glomaline représentée comme matériau immunoréactif (IM) sur les agrégats de sol et les hyphes d'un champignon mycorhizien arbusculaire (d’après Wright & Upadhyahy, 1998). A : agrégat provenant d'un sol collecté dans une zone non perturbée montre une IM à la surface. B : IM sur les hyphes (H) sur un agrégat du même sol. C : IM sur les hyphes d'un isolat de Gigaspora gigantea attaché à un morceau de film horticole en plastique. De nombreux petits morceaux de IM ont été vus comme de petits points sur le film horticole. (Barre d’échelle = 60 micromètres).

Figure 4. Glomaline représentée comme matériau immunoréactif (IM) sur les agrégats de sol et les hyphes d’un champignon mycorhizien arbusculaire (d’après Wright & Upadhyahy, 1998). A : agrégat provenant d’un sol collecté dans une zone non perturbée montre une IM à la surface. B : IM sur les hyphes (H) sur un agrégat du même sol. C : IM sur les hyphes d’un isolat de Gigaspora gigantea attaché à un morceau de film horticole en plastique. De nombreux petits morceaux de IM ont été vus comme de petits points sur le film horticole. (Barre d’échelle = 60 micromètres).

Les champignons mycorhiziens confèrent des bénéfices pour la structure du sol. En effet, les hyphes, observés en nombre dans les sols, ont la propriété d’agir sur la macro-agrégation des constituants du sol et par conséquent sur sa stabilité. Ces filaments mycéliens produisent une glycoprotéine extracellulaire, la glomaline, agglomérant de petites particules pour former des micro-agrégats de diamètre inférieur à 250 micromètres. Les micro-agrégats s’agencent ensuite pour donner des macro-agrégats stables de diamètre supérieur à 250 micromètres (fig. 4). L’amélioration de la stabilité du sol permet de limiter l’érosion, la perte de nutriments et de la matière organique par lixiviation, ce qui conduit alors à une augmentation de la pénétration de l’air et de l’eau dans le sol. Tout ceci favorise la productivité des cultures.

L’amélioration de la nutrition hydrique et minérale des plantes par les micro-organismes

Le rôle majeur des champignons et bactéries symbiotiques est l’amélioration de la nutrition hydrique et minérale de la plante, et ce, par des transferts d’eau et d’éléments minéraux, dont le phosphore et l’azote, des micro-organismes vers la plante. Ces transferts de matière permettent une augmentation de la croissance des plantes symbiotes. En effet, l’élongation des filaments mycéliens accroit la surface de contact entre la solution du sol et le système racinaire. Aussi, ces hyphes ont la capacité d’explorer des zones non accessibles pour les plantes non mycorhizées et y prélever l’eau et les autres nutriments pour les transférer à la plante hôte. En parallèle, certaines bactéries du genre Rhizobium permettent l’assimilation de l’azote atmosphérique (N2) pour la plante par la formation de nodosités.

Bactéries et champignons : une aide à l’assimilation de l’azote pour la plante

L’azote (N) est un composé fondamental pour les plantes. Il entre dans la formation des phospholipides, des coenzymes, des acides aminés (constituants des protéines) et des acides nucléiques (ADN et ARN). L’azote se retrouve sous deux types de formes dans le sol : une forme organique et une forme minérale. Ces formes sont assimilables par la plante grâce à certaines bactéries et autres Gloméromycètes.

Figure 5. A : Les différentes étapes de l’établissement de la symbiose rhizobienne (illustration : E. Force) ; B : schéma de l'organisation d'une nodosité (illustration : T. Duchateau).

Figure 5. A : Les différentes étapes de l’établissement de la symbiose rhizobienne (illustration : E. Force) ; B : schéma de l’organisation d’une nodosité (illustration : T. Duchateau).

Les racines des Fabacées, ou Légumineuses, rencontrent au sein de leur rhizosphère des bactéries du genre Rhizobium. Ces dernières pénètrent en quelques heures dans les racines par l’intermédiaire des poils absorbants ou des blessures. Les bactéries se multiplient ensuite dans le cortex de la racine qui réagit par une hypertrophie. Des galles, appelées bactériocécidies, se forment sur toute la longueur des racines : il s’agit de nodosités bactériennes ou nodules. En réponse à la multiplication bactérienne, la plante met en place une réaction de défense en internalisant les bactéries comme lors d’une phagocytose : les bactéries deviennent alors des bactéroïdes (fig. 5).

Figure 6. Modalités de la coopération entre le bactéroïde et la plante (illustration : T. Duchateau). Les échelles ne sont pas respectées.

Figure 6. Modalités de la coopération entre le bactéroïde et la plante (illustration : T. Duchateau). Les échelles ne sont pas respectées.

La nodosité constitue une unité fonctionnelle regroupant des bactéroïdes capables d’assimiler le diazote atmosphérique. De plus, un pigment rouge analogue à l’hémoglobine, la leghémoglobine, est synthétisée par les cellules végétales. Ce pigment est indispensable à l’assimilation du diazote par les bactéroïdes. En effet, l’activité de la nitrogénase du bactéroïde (transformation du N2 en azote organique utilisable) est inhibée par le dioxygène ; c’est pourquoi la séquestration de l’O2 par la leghémoglobine est crucial. À l’issue de la réaction catalysée par la nitrogénase, l’ammoniac formé se combine à un sucre donnant alors un aminoacide directement transporté au sein des vaisseaux du xylème (fig. 6).

Quant aux filaments mychoriziens, ceux-ci sont capables de prélever l’azote à la fois sous une forme minérale (NH4+ et NO3–) et sous une forme organique (acides aminés). Les champignons mycorhiziens peuvent également favoriser la dégradation de la matière organique et augmenter la biodisponibilité de cet élément pour les plantes. L’assimilation de l’azote par les plantes nécessite des transporteurs localisés au niveau de l’interface sol-filaments mycéliens extra-racinaires. Ces transporteurs de l’azote sont codés par deux gènes : GintAMT1 et GintAMT2. Ces derniers sont des transporteurs de haute affinité pour les ions NH4+.

Les micro-organismes et le transfert du phosphore du sol vers la plante

La majorité des sols contient d’importantes quantités de phosphore (P) organique ou inorganique (entre 200 et 3 000 mg/kg de sol). Cet élément se retrouve généralement sous forme de phosphate inorganique lié à d’autres constituants cationiques du sol pour former des complexes avec du calcium (CaPO4) à pH élevé, et des complexes avec le fer (FePO4) ou l’aluminium (AlPO4) à pH faible. Le phosphore peut également s’observer sous forme de molécules organiques comme la lécithine, une molécule de la classe des phospholipides. Cependant, comparé à d’autres éléments minéraux, le phosphore est très peu mobile dans les sols. L’action de prélèvement de la solution du sol par les racines engendre rapidement des zones appauvries en phosphore à leurs alentours. Une très faible proportion, souvent inférieure à 1%, est directement disponible pour les plantes, rendant cet élément difficile à acquérir alors que les besoins en phosphore sont conséquents. Le phosphore est un élément indispensable à la vie des plantes : il entre dans la synthèse de nombreuses molécules comme l’ATP, les nucléotides, les phospholipides, certaines enzymes, ainsi que dans les processus énergétiques, de régulation, de signalisation, etc. Le phosphore est aussi stocké dans les vacuoles sous forme d’inositol-hexaphosphate ou phytate.

Les plantes ont élaboré des stratégies leur permettant d’accroitre leur capacité d’absorption à partir de la solution du sol. Une première stratégie consiste à augmenter la surface entre le système racinaire et le sol ce qui permet d’accéder à une plus grande quantité de phosphore directement disponible. Puis, une deuxième stratégie élaborée par la plante consiste à libérer le phosphore des complexes formés avec les divers cations en sécrétant des molécules telles que le malate ou le citrate entrant en compétition avec le phosphore. Aussi, des enzymes, les phosphatases, peuvent être synthétisées et libérées dans le sol pour minéraliser et rendre accessible le phosphore contenu dans les composés organiques.

Figure 7. La symbiose mycorhizienne et ses modalités d’échange entre les symbiotes (illustration : E. Force).

Figure 7. La symbiose mycorhizienne et ses modalités d’échange entre les symbiotes (illustration : E. Force).

En parallèle de ces deux stratégies, l’absorption du phosphore (sous forme de phosphate) via les mycorhizes est possible (fig. 7). Cette dernière est la plus rencontrée.

Figure 8. Modalités de prélèvement des éléments azotés et phosphatés par les filaments mycéliens à partir du sol et transferts vers la plante (illustration : E. Force).

Figure 8. Modalités de prélèvement des éléments azotés et phosphatés par les filaments mycéliens à partir du sol et transferts vers la plante (illustration : E. Force).

Les filaments mycéliens sont capables d’hydrolyser le phosphore organique en phosphore inorganique le rendant alors disponible dans le sol pour la plante, ou bien de le transférer directement à la plante hôte après son assimilation par le champignon (fig. 8). En échange, des glucides provenant de la plante sont distribués au champignon. Les cellules végétales au contact du champignon montrent une concentration en phosphore supérieure comparée aux autres cellules racinaires. Le prélèvement du phosphore par les hyphes s’effectue contre le gradient de concentration. Ceci nécessitant de l’énergie, le phosphore entre dans le cytoplasme via des symports Pi/H+ de haute affinité. De plus, il existe une importante diversité de transporteurs.

Les micro-organismes participent d’une part à la nutrition hydrique et d’autre part à la nutrition minérale des plantes, favorisant alors leur croissance. En quoi les champignons et les bactéries assurent-ils des services écosystémiques pour l’Homme ?

L’amélioration du rendement et de la qualité des productions végétales assurés par des micro-organismes

De multiples études rapportent que les micro-organismes du sol augmenteraient jusqu’à deux fois la productivité des plantes au sein des prairies. Par exemple, l’apport de champignons mycorhiziens ou de rhizobactéries (appelés PGPR pour Plant Growth-Promoting Rhizobacteria) en champ a permis d’améliorer la croissance de plusieurs espèces de Fabacées fourragères. Cet accroissement de la qualité du fourrage peut s’expliquer par l’amélioration de la nutrition minérale des plantes. En effet, les champignons et bactéries permettent une meilleure absorption du phosphore, élément indispensable au développement des organismes végétaux. En détails, les champignons mycorhiziens contribuent à 90% dans l’absorption du phosphore par les plantes.

De plus, des études récentes montrent que les mycorhizes ont un effet bénéfique à la fois sur la croissance et le rendement mais également sur la qualité des productions végétales. Les champignons mycorhiziens accroissent la concentration des huiles essentielles chez différentes plantes aromatiques comme l’Origan (Origatum vulgare), le Basilic (Ocimum basilicum) ou encore la Menthe (Mentha arvensis).

Aussi, l’apport de symbiotes mycorhiziens sembleraient avoir un impact sur la diversité des plantes : les mycorhizes augmenteraient de 30% la diversité des plantes dans les prairies européennes en favorisant l’installation des jeunes plantules et en améliorant la capacité compétitive de certaines espèces vis-à-vis d’espèces dominantes.

Figure 9. Modes d’action des rhizobactéries bénéfiques, conduisant à des effets de phytostimulation ou de phytoprotection (illustration : E. Force, d’après Vacheron et al., 2013).

Figure 9. Modes d’action des rhizobactéries bénéfiques, conduisant à des effets de phytostimulation ou de phytoprotection (illustration : E. Force, d’après Vacheron et al., 2013).

Quant aux rhizobactéries, ces micro-organismes peuvent aussi améliorer la santé des plantes. En effet, les PGPR inhibent la prolifération de phytopathogènes des racines et peuvent conduire à l’induction d’une résistance systémique chez les plantes. Par exemple, l’inoculation du Blé aves la PGPR Pseudomonas fluorescens entraine une accumulation de protéines impliquées dans les réactions de défense (fig. 9).

De nos jours, les pratiques employées en agriculture conventionnelle semblent altérer ces interactions entre la plante et les micro-organismes du sol. 

L’agriculture conventionnelle : un bref historique

Qu’est-ce que l’agriculture conventionnelle ?

Dans les années 1950, portée par les révolutions industrielles et chimiques, l’agriculture se modernise drastiquement au cours de ce que les historiens appellent « la révolution verte ». La modification des pratiques agriculturales est majoritairement conduite par une industrialisation prononcée ; le recours à des machines de récolte, de plantation ou d’irrigation conduisent, à l’époque, à un meilleur rendement, à des denrées alimentaires moins chères ainsi qu’à une réduction du nombre de personnes ou d’heures de travail à production équivalente.

Mais l’industrialisation n’est pas le seul changement qui s’opère : les industries chimiques et entreprises biotechnologiques s’emparent du marché et proposent aux agriculteurs des solutions chimiques (intrants azotés, intrants phosphorés, terreaux nutritifs…), génétiques (OGM…) et éradicatrices (bactéricides, fongicides, insecticides…). Ces solutions améliorent, à court terme, le rendement des cultures en fournissant de manière illimitée des éléments nutritifs (tels que le phosphore et l’azote) et en éliminant les pathogènes.

Les productions entrent aussi dans des utilisations de plus en plus diverses : pour nourrir les humains mais aussi pour nourrir le bétail dont l’élevage connait la même intensification ou pour produire des biocarburants/matériaux utiles. Il ne s’agit alors plus de produire des aliments mais des « matériaux bruts ».

De la révolution à la catastrophe

Au départ, l’agriculture conventionnelle permet de fournir des éléments limitants ou d’éliminer des pathogènes (qui affectent les rendements) là où l’on en a besoin. L’impact à court terme est donc une amélioration de la sécurité alimentaire directe ainsi qu’une amélioration du rendement.

Mais très vite l’agriculture conventionnelle se heurte à ses propres limites : les pathogènes se développent et s’adaptent, passent outre les mesures de défenses chimiques que l’agriculture conventionnelle consomme en abondance demandant alors de développer et de mettre sur le marché de nouveaux produits.

En à peine quelques décennies, les économistes et agriculteurs mettent en évidence un autre problème : malgré une consommation toujours plus grande de produits chimiques ainsi qu’un investissement toujours plus conséquent dans la recherche et le développement de technologies « conventionnelles », le rendement fléchit. Il n’évolue d’ailleurs plus depuis les années 2000 alors que les financements des entreprises de biotechnologies et la consommation de produits chimiques, eux, continuent d’augmenter.

De plus, la qualité des aliments, bien que plus faciles à produire, devient aussi de plus en plus mauvaise. Les études se multiplient démontrant les effets nocifs à long terme des pesticides et produits d’intrants sur la santé humaine (maladies auto-immunes, cancers…). En particulier, la valeur nutritive du Blé cultivé de manière conventionnelle est en chute libre.

D’autres problèmes indirects mais tout aussi dramatiques se présentent. Le phosphore, un des intrants chimiques les plus utilisés et les plus essentiels pour l’agriculture conventionnelle, est issu de l’exploitation de roches phosphorées. Ces roches sont rares et fournies par une poignée de pays. L’approvisionnement du phosphore mondial est majoritairement géré par le Maroc qui possède sur son territoire la plus grande (et la seule capable de soutenir l’agriculture mondiale) réserve de phosphore sous forme minérale. Une crise politique et/ou économique pourrait, de ce fait, avoir de graves conséquences sur la capacité à nourrir l’humanité et sur la sécurité alimentaire mondiale.

Mais quels sont les effets de telles pratiques sur les symbioses mises en place par la plante ? Ces effets peuvent-ils expliquer les échecs de l’agriculture conventionnelle ?

L’agriculture conventionnelle : observation des effets sur les interactions plantes-micro-organismes

Des effets alarmants : de la perte de diversité à la perte des services écosystémiques

Des études récentes mettent en avant un disfonctionnement sévère du prélèvement du phosphore au sein des agrosystèmes cultivés de manière conventionnelle. Dans un système agricultural conventionnel, les mycorhizes ne représentent plus que 0-30% de l’import de phosphore. La plante survient à ses propres besoins en absorbant 70-100% du phosphore qui lui est nécessaire pour sa croissance. À l’inverse dans un environnement naturel, les mycorhizes importent 80% du phosphore utilisable par la plante ! Cette perte drastique d’efficacité d’importation du phosphore est étudiée et mise en évidence dans tous les systèmes agriculturaux conventionnels.

Récemment, ces mêmes observations ont été réalisées sur des Fabacées associées à des bactéries Rhizobium. Dans ces cultures, les bactéries sont peu efficaces pour l’absorption du N2 atmosphérique et sont, statistiquement, beaucoup plus souvent pathogènes (et donc néfastes) que bénéfiques.

Les effets de l’agriculture conventionnelle impactent à la fois la fonction (perte de services écosystémiques et perte d’efficacité) et la diversité (perte de diversité des micro-organismes dans le sol) des agrosystèmes.

Une première hypothèse incomplète : la « symbiose inutile »

Une des premières hypothèses proposées par les chercheurs et ingénieurs agronomes a été que si l’on fournit à la plante les éléments dont elle a besoin en grande quantité, alors elle n’a plus besoin des bactéries ou des champignons pour prélever suffisamment ces éléments limitants. De fait, la plante ne fournit plus de carbone à ses symbiotes devenus inutiles. On peut alors penser que les symbiotes, privés de leurs ressources périssent ou deviennent pathogènes et parasitent la plante.

Quels seraient les effets de l’arrêt de l’importation de phosphore par l’Homme ? Les micro-organismes du sol impliqués dans les symbioses redeviendraient-ils efficaces ?

C’est le pari qu’a relevé certains agriculteurs, notamment au Mexique, où les intrants chimiques (azote et phosphore) ont été supprimés et remplacés par des substituts. Par exemple, des Fabacées (du genre Trifolium) bordant les cultures devraient, en théorie, enrichir le sol en azote grâce à leur association avec Rhizobium. Pourtant, le rendement des cultures n’était pas meilleur et l’efficacité des symbioses restait profondément impactée.

Cette expérience permet de mettre en évidence que les effets dramatiques de l’agriculture conventionnelle ne sont pas seulement liés à l’import du phosphore mais à d’autres facteurs, et qu’ils ne peuvent pas être uniquement expliqués par des symbiotes devenues « inutiles ».

L’agriculture conventionnelle et la destruction des relations plantes-micro-organismes : un modèle actualisé

Pourquoi les mycorhizes perdent-elles ces services écosystémiques suite à la pratique d’une agriculture conventionnelle ?

La faute revient d’abord aux pesticides (bactéricides et fongicides) utilisés à outrance par l’agriculture conventionnelle. Ces pesticides, destinés initialement à l’élimination des pathogènes, sont très nocifs pour les champignons et bactéries symbiotiques.

La dégradation des symbiotes conduit à deux effets :

  • La perte de diversité au sein du sol. Cela limite le choix de la plante pour son partenaire le plus efficace. En effet, de nombreuses souches de Rhizobium et de nombreux champignons existent et sont plus ou moins efficaces pour la capture et le transport des éléments nutritifs. Il peut arriver que certains symbiotes deviennent des tricheurs en ne fournissant plus de nutriments, ou s’avèrent plus couteux en carbone que d’autres. La plante est capable de sentir l’efficacité de ses symbiotes. Elle peut alors favoriser ses partenaires efficaces en leur octroyant plus de carbone, et sanctionner les tricheurs et les symbiotes peu efficaces mais couteux énergiquement en leur fournissant moins de carbone. La perte de diversité liée à l’utilisation des fongicides limite alors le choix de la plante. S’il n’y a plus de compétition entre les symbiotes pour être le plus attractif et le plus efficace, la plante devra se contenter des partenaires qu’elle trouve même si ceux-ci sont peu bénéfiques voire néfastes.
  • La perte du nombre de partenaires et donc la diminution du volume de sol exploré par les symbiotes de la plante. Dans ce cas, le phosphore ou l’azote pouvant être récupérés par l’importante surface des hyphes ne sont plus accessibles et la plante n’obtient plus autant d’éléments qu’auparavant.
Figure 10. Le modèle de modification des symbioses par l’agriculture conventionnelle (1/2). Les fongicides (dans le cas des mycorhizes, représenté ici) ou les bactéricides dans le cas des bactéries diazotrophes) modifient la nature et l’efficacité des symbioses. Ces pesticides éliminent les pathogènes mais limitent aussi le nombre et l’efficacité des symbiotes et rendent les relations plus ambiguës (moins efficaces, plus de triche…) (illustration : T. Duchateau).

Figure 10. Le modèle de modification des symbioses par l’agriculture conventionnelle (1/2). Les fongicides (dans le cas des mycorhizes, représenté ici) ou les bactéricides dans le cas des bactéries diazotrophes) modifient la nature et l’efficacité des symbioses. Ces pesticides éliminent les pathogènes mais limitent aussi le nombre et l’efficacité des symbiotes et rendent les relations plus ambiguës (moins efficaces, plus de triche…) (illustration : T. Duchateau).

Ces effets impactent généralement le rendement : les plantes possèdent moins de partenaires et ceux restants sont moins efficaces, voire tricheurs (fig. 10). La plante reçoit donc moins de phosphore et sa croissance est altérée. Ses symbioses deviennent plus ambiguës et certaines relations s’apparentent à du parasitisme (fig. 10).

Le sol reste néanmoins la « matière noire » de la recherche et de l’ingénierie agriculturale ; le système sol est très complexe, très régulé et peu étudié. À l’époque où ces premiers effets sont indéniables, peu d’individus pense à s’intéresser au sol pour expliquer la baisse du rendement.

Figure 11. Le modèle de modification des symbioses par l’agriculture conventionnelle (2/2). L’introduction des éléments limitants est le coup de grâce aux symbiotes. Malgré une efficacité moindre, les symbiotes restent relativement utiles. L’apport d’éléments limitants les rends totalement « inutiles » pour la plante qui n’a alors plus d’intérêt à les conserver. Les symbiotes ont donc le choix de périr ou de devenir parasites (illustration : T. Duchateau).

Figure 11. Le modèle de modification des symbioses par l’agriculture conventionnelle (2/2). L’introduction des éléments limitants est le coup de grâce aux symbiotes. Malgré une efficacité moindre, les symbiotes restent relativement utiles. L’apport d’éléments limitants les rends totalement « inutiles » pour la plante qui n’a alors plus d’intérêt à les conserver. Les symbiotes ont donc le choix de périr ou de devenir parasites (illustration : T. Duchateau).

La solution est l’utilisation d’intrants. Autrement dit, si la plante n’est plus aussi développée qu’avant, il est important de lui procurer tout ce dont elle a besoin pour favoriser sa croissance ! L’import de phosphore, en particulier, intensif et non régulé (typique de l’agriculture conventionnelle) dans le sol permet à la plante de s’approvisionner en cet élément initialement limitant et devenu alors abondant (fig. 11). En conséquence, les symbioses déjà altérées et ambigües, deviennent extrêmement couteuses énergétiquement pour la plante, et perdent leurs bénéfices. L’utilisation des intrants agit alors comme un facteur crucial de modifications des interactions plantes-micro-organismes : les symbioses sont affaiblies, modifiées, peu efficaces, et l’import des éléments limitants les rend inutiles. Cela provoque alors le passage d’une relation symbiotique à une relation parasitaire (fig. 11). Ce processus a été très bien étudié chez Rhizobium, et récemment, des résultats similaires commencent à être observés pour les mycorhizes.

L’agriculture conventionnelle avec ses apports extérieurs modifie donc profondément le paysage évolutif des plantes et transforme les symbioses nécessaires à la plante en relation parasitaire au sein lesquelles les champignons et les bactéries, faute de pouvoir remplir leur rôle, se nourrissent au dépend de leur hôte. En conséquence, les plantes perdent leur capacité à s’associer de manière mutualiste avec ces micro-organismes, et le retour en arrière n’est alors plus possible (expliquant l’échec de l’expérience des agriculteurs mexicains citée précédemment). Les relations symbiotiques étant devenues des relations parasitaires, si on limite voire supprime les apports d’intrants, les plantes ne peuvent plus absorber les nutriments. Leur croissance est alors considérablement réduite voire même inhibée.

En somme, les associations symbiotiques mycorhiziennes et bactériennes apparaissent comme un acteur majeur des services écosystémiques rendus par la nature à la société humaine. Ces diverses symbioses ont un rôle fondamental dans la bioséquestration du carbone, le cycle des nutriments, la biodiversité végétale ainsi que la productivité des écosystèmes agricoles. L’introduction de pesticides et d’intrants, comme le phosphore, dans les champs a été un moyen utilisé par l’agriculture conventionnelle pour augmenter le rendement des productions végétales en fournissant un élément limitant. Ceci a eu pour conséquence de détruire les services écosystémiques apportés par certains micro-organismes du sol. Aujourd’hui, l’ajout de phosphore est devenu nécessaire pour compenser la perte de ces services écosystémiques, sans quoi le rendement des cultures serait fortement diminué. À l’heure du développement durable et d’une agriculture biologique, l’utilisation des champignons mycorhiziens et des rhizobactéries représente un enjeu crucial pour une agriculture visant à réduire l’emploi des intrants chimiques et à permettre une optimisation qualitative et quantitative de la production végétale.

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*Thomas Duchateau est doctorant en immunologie et virologie. Agrégé de sciences de la vie, sciences de la Terre et de l’univers. Vous pouvez le suivre sur Instagram : @L’Insta Scientifique.

Rédigé par Thomas Duchateau* & Evan Force et publié depuis Overblog