Qu’est-ce qu’un sol de qualité ? Quels sont aujourd’hui les principaux leviers pour pallier l’appauvrissement et l’érosion des terres agricoles ? L’agriculture « régénérative » plante les graines de nouveaux modes plus durables de travail des sols. Enquête auprès des scientifiques du centre Occitanie-Toulouse de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).
Des machines et des outils agricoles toujours plus lourds et qui travaillent profondément, souvent jusqu’à 25 à 30 centimètres, perturbent l’écosystème souterrain. La terre manipulée à outrance est trop aérée, elle s’assèche plus vite, et le travail des bactéries et champignons qui s’y trouvent est perturbé. Ainsi, les méthodes de l’agriculture intensive détériorent la qualité des sols.
Les scientifiques du centre de recherche INRAE Occitanie-Toulouse travaillent sur les transitions vers une agriculture plus écologique : l’agroécologie. Le concept d’agriculture « simplifiée », par la suite appelée agriculture « de conservation » et de plus en plus aujourd’hui agriculture « régénérative », est né à la fin des années 1990. Cette nouvelle méthode d’exploitation des terres a pour ambition de maximiser la qualité des sols.
« L’agriculture de conservation est basée sur trois principes étroitement liés : la réduction du travail du sol, la couverture du sol pour un maximum de biomasse produite et restituée, ainsi qu’une rotation diversifiée des plantes », décrypte Lionel Alletto, directeur de recherche en agronomie systémique au centre INRAE Occitanie-Toulouse et spécialiste des effets des pratiques agroécologiques, en particulier sur le fonctionnement du sol. « Au sein du laboratoire Agroécologie, innovations et territoires (AGIR), nous réfléchissons à la manière la plus pertinente de combiner ces trois leviers. »
Un sol de qualité est un sol fertile
La rotation diversifiée des plantes consiste à alterner des cultures destinées à être récoltées et des cultures dites « de service ». La culture de service permet de diminuer les bioagresseurs (maladies, ravageurs…), afin d’utiliser moins d’intrants chimiques dans les sols, notamment de pesticides. Elle a également le pouvoir de régénérer la terre et donc de restaurer la matière organique.
Mais qu’est-ce qu’un « sol de qualité » ? « La qualité globale d’un sol, du point de vue agricole, est une vraie question », poursuit Lionel Alletto. « Un sol est un élément complexe, avec des propriétés physiques, chimiques et biologiques en constante interaction. Si cette interaction est positive et produit une grande diversité de services écosystémiques, on parle de sol fertile. Il existe même aujourd’hui des cabinets spécialement dédiés à la notation des terres ! »
Dans un premier temps, la qualité du sol est liée à sa nature intrinsèque. « Un sol de la plaine de la Beauce par exemple est considéré comme plus fertile qu’un sol des Causses du Quercy, car il est plus profond avec moins de cailloux. Il retient donc mieux l’eau et il est plus simple à travailler », détaille le directeur de recherche.
La structure du sol est également importante car un milieu plus poreux avec des mottes est plus meuble : l’eau y pénètre bien, les racines descendent plus facilement en profondeur et les microorganismes s’y développent plus vite.
La matière organique, un élément essentiel
« Toutefois, la clef de voûte d’un sol de qualité demeure principalement la matière organique qu’il contient », appuie Lionel Alletto. « De façon un peu simplifiée, on peut considérer que plus un sol agricole est riche en carbone et donc en matière organique, plus il est fertile. » Les ressources en matières organiques sont multiples : résidus de cultures, composts ou fumiers par exemple.
Une fois restituées au champ, elles sont consommées par les microorganismes (bactéries, champignons…). Cela libère des éléments que les plantes peuvent absorber tels que l’azote, le magnésium, le potassium… « Lorsque la plante meurt, elle redevient cette matière organique de départ, et cela constitue un véritable cercle vertueux d’activité microbiologique. »
Cette activité microbiologique permise par la matière organique contribue notamment à stabiliser les particules minérales du sol par la production de « colles », telles que la glomaline. Ainsi stabilisé et donc structuré, le sol a une meilleure capacité à retenir l’eau et à nourrir les plantes, et résiste mieux au phénomène d’érosion en cas de fortes pluies. Dans le cadre de la lutte contre la déstructuration, l’érosion et l’appauvrissement des sols, les chercheurs INRAE réfléchissent à des méthodes pour favoriser la présence de carbone et donc de matière organique dans les sols.
« Aujourd’hui, la réintroduction de matière organique dans les sols est l’objectif principal des trois piliers cités précédemment. C’est un défi car cette réintroduction dépend souvent de l’élevage qui tend à décroître au niveau national », souligne Lionel Alletto. « Manger moins de viande, se tourner vers des protéines végétales… Ces tendances populaires aujourd’hui résultent des excès liés à l’élevage intensif. Cette pratique a généré des dégradations environnementales telles que l’excès de nitrate dans les eaux. Elle renvoie une image de non-respect du bien-être animal et contribue au changement climatique à travers les émissions de méthane. »
Mais tous les élevages ne sont pas intensifs, et pour être améliorée, la qualité des sols nécessite bien une corrélation avec les animaux. En effet, les recherches d’INRAE indiquent que les élevages bovins et ovins sont à l’origine d’effluents organiques qui peuvent apporter à la terre la matière organique dont elle a besoin. Ces substances permettent, le plus souvent, d’installer des prairies permanentes ou temporaires à l’origine d’un stockage de matière organique, en complément d’autres services écosystémiques. La piste d’élevages plus raisonnés et respectueux de l’environnement est donc bien à considérer comme un levier de transition agroécologique.
Valoriser (tous) les déchets
Les prairies maintenues ou réintroduites par des élevages raisonnés représentent également une très bonne alternative pour réduire l’utilisation de pesticides dans les cultures. Le pâturage ou la fauche de ces dernières permet un contrôle direct des mauvaises herbes, appelées adventices, et donc un recours moins important aux herbicides. Il est également possible de valoriser des cultures en alimentant du bétail suite à la fauche.
D’autre part, les chercheurs INRAE ont démontré que les prairies pouvaient aussi contribuer favorablement à l’enrichissement des sols en éléments nutritifs et à de nombreux autres services écosystémiques. « Les prairies peuvent contenir des légumineuses qui fixent l’azote de l’air et fournissent des protéines, des fleurs variées qui favorisent la pollinisation ou encore des graminées pour satisfaire les besoins énergétiques des animaux », explique le directeur de recherches. « Lorsque des cultures sont couplées à de l’élevage, l’entretien des prairies est alors extrêmement simple. »
Enfin, pour Lionel Alletto, une autre piste à explorer davantage par l’agriculture est la valorisation de l’ensemble des ressources de matière organique sur un territoire, comme les déchets humains par exemple. « La bioéconomie du carbone en particulier est cruciale pour l’avenir de l’agriculture, et une meilleure valorisation agronomique des ressources en carbone (par exemple des stations d’épurations) pourrait largement contribuer au système… », conclut le scientifique. Combiné aux leviers précédemment décrits, les systèmes agricoles devraient gagner en résilience face aux effets du changement climatique.
La version originale de cet article a été publiée sur le site d’Exploreur le 1er juillet 2022.
La quantité d’eau présente sur Terre est constante. Elle se répartit entre plusieurs réservoirs d’eau que sont l’atmosphère, les mers et océans, les glaciers et calottes glaciaires, les cours d’eau, les lacs, les nappes phréatiques et la végétation. L’eau circule entre ces différents réservoirs sous forme d’eau liquide ou de vapeur d’eau gazeuse. L’ensemble de ces flux entre réservoirs constitue le cycle de l’eau.
Fonctionnement du cycle de l’eau
Le cycle de l’eau peut se résumer comme suit :
Schéma simplifié du cycle de l’eau dans un bassin versant où le fonctionnement du cycle de l’eau est optimal (ex : forêt de feuillus).
L’accumulation dans l’atmosphère
L’eau de pluie se forme par condensation de la vapeur d’eau présente dans l’atmosphère sous forme d’eau liquide. Sur les continents, les deux tiers des pluies sont provoquées par la couverture végétale. Les précipitations proviennent du mélange de la vapeur d’eau issue de la mer et de l’évapotranspiration des terres, selon la répartition suivante :
60 % d’eau évapo-transpirée par la végétation en milieu continental (en particulier les feuillus).
30% d’eau issue de l’évaporation de l’eau de mer. L’énergie solaire rend possible l’évapotranspiration de l’eau par la végétation grâce à la photosynthèse. L’énergie solaire correspond au moteur du cycle de l’eau.
Le retour à l’océan (rivières et ruissellements de surface)
Une partie de l’eau de pluie s’évapore immédiatement (≈10%).
Une autre partie de l’eau de pluie s’infiltre dans les sols. L’eau infiltrée dans les sols rejoint les eaux souterraines et nappes phréatiques par gravité. Une part des eaux souterraines alimente les cours d’eau et rivières qui se jettent dans l’océan (≈30%)[2]. L’eau du sol et des nappes phréatiques peut être également captée par les racines de la végétation.
Une autre partie de l’eau de pluie peut s’écouler en surface par ruissellement. L’eau de ruissellement de surface alimente directement les rivières et cours d’eau qui se jettent dans l’océan sans infiltration préalable dans les sols. Dans une forêt de feuillus, ces ruissellements de surface sont inexistants, l’intégralité de l’eau de pluie non évaporée s’infiltre dans le sol. La part des eaux de pluie qui retourne à l’océan n’excède alors pas 30%. Dans un écosystème où la végétation est moins abondante ou dans les zones artificialisées, des ruissellements de surface ont lieu. L’eau de pluie est alors rejetée en excès vers l’océan par la rivière (>30%).
Prélèvement vs ressource
Les prélèvements en eau ne représentent que 2 à 3% de la ressource en eau, c’est-à-dire du volume des précipitations annuelles. La ressource en eau ne fait pas défaut mais l’enjeu est de parvenir à mieux capter cette ressource et de mieux raisonner ses usages à l’échelle collective.
Schéma de l’origine et des usages des prélèvements d’eau.
Une fois prélevée, l’eau est utilisée pour :
L’utilisation humaine (34%) – y compris alimentation mais aussi sanitaires et lavage.
L’utilisation agricole (46%) – y compris irrigation et usage dans les processus agricoles. L’eau utilisée pour l’irrigation retourne soit dans les bassins aquifères, soit dans l’atmosphère par évapotranspiration.
Une fois utilisée, l’eau fait l’objet de traitements avant de finir dans les cours d’eau, ou bien d’être infiltrée dans les sols et éventuellement de rejoindre les bassins aquifères. In fine, l’eau utilisée est renvoyée à la mer. Les rejets en rivière sont sources de pollutions et amplifient la vidange des bassins versants. Recycler l’eau signifie de ne pas la jeter en mer via les rivières, donc de la réinfiltrer dans les sols après traitement ou de la recycler pour des usages non domestiques comme l’arrosage.
NB : L’eau est utilisée et non consommée, car elle ne disparaît pas – dans tous les cas, elle finit par retourner dans le cycle ! En revanche, son utilisation s’accompagne d’une pollution plus ou moins importante.
La végétation dans le cycle de l’eau
La végétation occupe une place centrale dans la régulation du cycle de l’eau. A l’interface entre le sol et l’atmosphère, elle est nécessaire au maintien de l’équilibre entre évaporation, transpiration, infiltration et ruissellement des eaux de pluie.
la création de zones ombragées et humides par le feuillage,
la diminution de la température du sol (environ 20°C de moins).
Elle limite le ruissellement et favorise l’infiltration par :
le ralentissement de l’eau de pluie par le feuillage,
la structuration du sol par les racines qui assurent une bonne porosité et stabilité du sol (réserve utile),
la protection contre l’érosion grâce au tapis d’humus (matière organique et végétale décomposée).
Phénomène d’évapotranspiration
La végétation participe localement à la création des précipitations par la transpiration des feuilles. La transpiration est conditionnée par plusieurs facteurs :
L’espèce végétale : tous les végétaux n’ont pas la même capacité de transpiration. Un feuillu transpire deux fois plus qu’un conifère et provoque donc deux fois plus de pluie qu’un conifère. Dans l’idéal, une forêt ne devrait pas être constituée de plus d’un tiers de conifères. Il en va de même du maïs qui a une capacité d’évapotranspiration bien supérieure au blé par exemple.
Les conditions climatiques :l’humidité et la température de l’air, le vent et le rayonnement solaire impactent la capacité d’évapotranspiration des plantes.
Une plante en stress hydrique n’évapotranspire plus (les feuilles s’assèchent). Pour garder le cycle en fonctionnement, il est donc nécessaire de fournir de l’eau aux plantes.
Le cycle d’évapotranspiration est nécessaire pour déclencher les pluies sur le bassin versant. Dit autrement, l’absence d’évapotranspiration va générer une absence de pluie. Inversement, il pleut pratiquement de manière continue au-dessus des jungles, et jamais au – dessus des déserts, quelle que soit la distance à l’océan.
Rôle clé de l’arbre
L’arbre joue un rôle primordial dans le cycle de l’eau.
La profondeur de ses racines est essentielle à la communication entre la surface du sol et les nappes superficielles (nappes des sables dans les Landes ou nappes d’accompagnement des cours d’eau par exemple).
Le réseau mycorhizien favorise l’hydratation du sol et de la végétation environnante.
En réponse aux variations météorologiques à l’échelle locale, l’arbre permet donc de réguler l’accès aux eaux profondes.
Dérèglement du cycle de l’eau
Les perturbations du cycle de l’eau se traduisent par un dérèglement de la répartition annuelle des pluies qui donne lieu à une alternance d’inondations et d’épisodes de sécheresse.
Augmentation de la température
Une température plus élevée augmente la capacité d’évaporation. En pratique, l’air chaud peut contenir plus d’eau que l’air froid. Ce phénomène s’observe avec la rosée : en refroidissant à la surface des plantes, l’air se déleste de son excès d’eau.
Infiltration insuffisante et ruissellement excessif
Schéma simplifié du cycle de l’eau altéré dans un bassin versant où l’infiltration de l’eau est insuffisante (densité végétale insuffisante et/ou sols artificialisés).
Lorsque le fonctionnement du cycle de l’eau est optimal, seul 30% de l’eau de pluie est restituée à la mer par la rivière. Lorsque l’infiltration de l’eau dans les sols est insuffisante, cette proportion augmente. :
Au niveau de la Garonne, 50% de l’eau de pluie est aujourd’hui rejetée en mer.
En 2020, cette proportion a atteint 75% au niveau de la Sèvre Niortaise en Nouvelle Aquitaine.[4]
Cet excès d’eau non stockée dans les sols sortant du bassin versant conduit à une diminution du volume d’eau qui peut être transpirée par la végétation, donc à une diminution du volume des précipitations. Aux inondations succèdent donc des périodes de sécheresse.
Infiltration et qualité du sol
L’infiltration de l’eau dans le sol est étroitement liée au type de sol et à la qualité du sol.
La texture du sol conditionne évidemment sa capacité d’infiltration, mais on peut améliorer ce taux d’infiltration en régénérant la vie du sol : un sol vivant a une structure qui favorise l’infiltration de l’eau et limite le ruissellement.
De même que pour sa capacité d’infiltration, la structure du sol a un impact direct sur sa capacité de rétention (réserve utile).
Plusieurs mécanismes sont à l’œuvre :
Les racines (y compris les réseaux mycorhiziens)
Les espaces laissés par la faune du sol (microfaune, mais aussi bien sûr vers de terres, etc…)
A l’inverse, le travail du sol, le tassement et le labour diminuent le taux d’infiltration et de rétention de l’eau dans le sol. Même s’il augmente la porosité du sol, le labour détruit les réseaux mycorhiziens et les micropores recouverts de matière organique nécessaires à la stabilité du sol.
Un sol nu génère par ailleurs des phénomènes de battance.
Artificialisation des sols
La diminution de la couverture végétale du fait de la déforestation, de l’urbanisation et de certaines pratiques agricoles a dégradé la qualité des sols et a perturbé le cycle de l’eau tant à l’échelle locale que globale.
La réduction de la surface occupée par la végétation a pour conséquences :
Une diminution du volume des pluies formées dans les terres due à la réduction de l’évapotranspiration.
Une communication entravée entre les eaux superficielles et les eaux plus profondes par la déforestation et l’absence d’arbres dans certaines zones agricoles ou certaines zones urbanisées.
Les revêtements imperméables du sol tels que les routes et trottoirs des zones urbanisées font obstacle à l’infiltration de l’eau.
De même, de nombreuses parcelles qui avaient comme rôle de servir de tampon lors des grosses pluies (parcelles inondables, zones humides, etc…) ont été asséchées et drainées au fil du temps pour favoriser la production agricole ou la construction de bâtiments, accentuant le phénomène de ruissellement.
En résumé, au même titre que les sols nus ou ayant une faible densité végétale, les sols artificialisés rendus imperméables génèrent un excès de ruissellement qui perturbe le cycle de l’eau, accentue les inondations et réduit l’évapotranspiration, donc les précipitations.[5]
Comparaison d’un écosystème désertique et d’une forêt de feuillus
Une forêt de feuillus correspond à un écosystème idéal où le petit cycle de l’eau, aussi appelé cycle court, a un fonctionnement optimal. Dans un écosystème désertique où la végétation est peu présente et la vie du sol peu abondante, le petit cycle de l’eau est altéré voire inexistant. Le tableau ci-contre récapitule différents paramètres du cycle de l’eau dans ces deux écosystèmes.
Désert
Végétation (feuillus)
Précipitations
Irrégulières
Régulières
Ruissellement
Maximal
Minime
Evapotranspiration
Nul
Max
Réserve hydrique
Minimale
Maximale (sol structuré)
Flux de l’eau
Rapide
Lent
La régulation du cycle de l’eau nécessite de prendre en compte les liens structurels qui existent entre la couverture végétale et forestière, l’activité biologique et la qualité du sol et les flux d’eau qui constituent le cycle de l’eau.
Quels leviers de régulation ?
Le dérèglement du cycle de l’eau survient lorsqu’une part trop importante (supérieure à 30%) des eaux de pluie est rejetée en mer par ruissellement.
Les solutions qui peuvent être mises en place pour remédier à ce dérèglement consistent à favoriser la rétention d’eau et limiter les ruissellements de surface pour éviter que l’eau de pluie ne soit rejetée en excès vers la mer.
Freiner et réguler le débit de l’eau
Plus l’eau de pluie prend du temps à descendre vers la mer, plus elle a de facilité à s’infiltrer dans le sol. De nombreuses techniques permettent de ralentir l’écoulement de l’eau, et plus ces techniques sont mises en œuvre en amont des bassins versants, plus elles sont efficaces.
Noues, fossés et infrastructures hydrologiques passives : les noues et les fossés permettent de retenir l’eau sur les coteaux pour lui laisser le temps de s’infiltrer.
Végétation et forêts : un terrain structuré par la végétation va ralentir l’écoulement de l’eau.
Castors : les castors, grâce à leurs barrages, augmentent le niveau des cours d’eau, et irriguent de cette manière une surface très importante.
Les terrasses : sur un terrain en pente, la culture en terrasses permet de fractionner l’écoulement des eaux de ruissellement et de ralentir le retour de ces eaux à la mer. Cette architecture se retrouve notamment dans les pays d’Asie qui cultivent des rizières en terrasses dans des milieux pentus.
Structures de rétention d’eau
Il existe une diversité de structures qui permettent de conserver l’eau :
Les barrages : ces constructions assurent un contrôle du débit des cours d’eau et/ou un stockage de l’eau. Les barrages peuvent également avoir vocation à produire de l’hydroélectricité.
Les retenues collinaires : les eaux de ruissellement de surface peuvent être retenues et temporairement stockées par la mise en place de digues dans des vallons. L’eau stockée peut s’infiltrer lentement et/ou être prélevée pour l’irrigation, la consommation humaine et les usages industriels.
Les bassines agricoles : elles correspondent à des réservoirs d’eau creusés dans le sol et recouverts d’un film étanche. Contrairement aux retenues collinaires, l’eau stockée dans les bassines agricoles provient de prélèvements effectués dans les nappes phréatiques pendant les périodes dites de hautes eaux ou dans les rivières en crue. Ce stockage des eaux profondes en surface permet de rendre l’eau facilement accessible pour l’irrigation en été. Bien qu’elles fassent l’objet de nombreuses controverses et posent des questions d’équité sociale entre les agriculteurs, elles n’en restent pas moins un moyen de sécuriser l’approvisionnement en eau des cultures et de maintenir une couverture végétale vivante en période estivale, dès lors qu’elle font l’objet d’une gestion rigoureuse.
Le taux d’infiltration de l’eau dans le sol étant fonction de la qualité du sol et de sa couverture végétale, favoriser l’infiltration de l’eau revient à privilégier des pratiques agricoles qui améliorent la stabilité structurale du sol et qui maximisent la densité végétale.
L’ Agriculture de Conservation des Sols
L’Agriculture de Conservation des Sols repose sur trois piliers :
Maximiser la couverture végétale tout au long de l’année par des couverts végétaux ou paillis.
Diversifier les successions culturales et les associations de cultures pour étendre l’exploration du sol, l’exploitation de l’eau du sol et optimiser sa restructuration.
Réduire voire supprimer le travail du sol pour maintenir sa stabilité structurale assurée par la végétation et l’activité biologique du sol. Le passage des engins agricoles doit être limité pour minimiser le tassement du sol et les coûts de production.
Cet ensemble de pratiques présente plusieurs bénéfices :
Ces bénéfices concourent à favoriser l’infiltration et la rétention de l’eau dans le sol et à limiter le ruissellement.[6]
L’ Agroforesterie
L’agroforesterie consiste à associer des arbres et des cultures sur une même parcelle agricole. Compte tenu du rôle central de l’arbre dans la régulation du cycle de l’eau, l’extension de l’agroforesterie est indispensable pour :
Limiter l’évaporation grâce à l’effet brise-vent des arbres et haies implantés dans les exploitations agricoles.
Protéger les sols et cultures en cas de fortes intempéries.
Assurer le rechargement des nappes phréatiques et l’approvisionnement des cultures en eau par le réseau racinaire des arbres.
Diminuer la température (« climatisation naturelle« ).
Non seulement la réintroduction des arbres et des haies sur les parcelles agricoles rend les cultures plus résilientes aux sécheresses et inondations qui tendent actuellement à s’intensifier, mais elle contribue également à réguler le cycle de l’eau, donc à atténuer les sécheresses et inondations.
Le keyline design
Organiser ses parcelles selon les principes du keyline design va permettre à la fois de diriger, infiltrer, stocker, répartir les eaux de ruissellement et d’en évacuer l’excédent (vers des noues ou bassins), mais aussi d’infiltrer de l’oxygène et des nutriments tout ceci dans le but de favoriser le développement d’un sol vivant, profond et présentant une grande fertilité biologique. Il est moins coûteux d’atteindre ce but dans un paysage qui a été organisé à cette fin.
Ne pas confondre consommation et ressource
L’eau ne disparaît pas. C’est un cycle. La seule façon de perdre de l’eau douce est de la rejeter en mer au lieu de la recycler dans les terres. On ne manque pas d’eau, on en jette trop.
Plus on a d’eau, plus on a de végétation, et plus on a de végétation, plus on a d’eau. En période de sécheresse, la tentation est forte de réduire l’irrigation qui constitue la moitié de la consommation d’eau. Mais consommation n’est pas ressource. Réduire l’irrigation revient à amplifier la sécheresse. En effet, en période de sécheresse, l’irrigation est nécessaire au maintien de la vie des sols et de la couverture végétale, elle-même nécessaire à la bonne régulation du cycle de l’eau. Conserver l’irrigation lorsqu’elle est indispensable, contribue au bon fonctionnement du cycle de l’eau et permet à terme de limiter les périodes de sécheresse.
La bonne santé hydrique d’un bassin versant dépend de sa densité végétale (surtout l’été), l’idéal étant la densité végétale de l’écosystème forestier (de feuillus).
Cet article a été rédigé avec l’aimable participation de Laurent Denise, chercheur indépendant sur le lien climat-eau-biodiversité.
Agriculteur dans l’Ohio, David Brandt, du comté de Fairfield, est décédé à l’âge de 76 ans des suites d’un accident de voiture.
Il était connu dans le monde entier pour son travail en ACS. Dans les cercles agricoles, Brandt restera dans les mémoires comme un leader mondial du non-labour, des cultures de couverture, de la santé des sols, des cultures riches en nutriments et du marketing direct.
Des agriculteurs du monde entier ont visité sa ferme du comté de Fairfield chaque année pour voir ses sols de première main et apprendre de ses nombreuses années d’expérience. Il a également parcouru le monde en parlant de sa ferme. Brandt était un vétéran du Vietnam qui est rentré chez lui pour cultiver à la fin des années 1960, mais peu de temps après son retour, le père de Brandt est décédé dans un accident agricole. Lui et sa femme, Kendra (décédée en 2020), ont été contraints de vendre la ferme et de recommencer avec très peu d’équipement. Le semis direct était un moyen de réduire les coûts. Depuis lors, l’utilisation par Brandt du semis direct et des cultures de couverture, il a augmenté la matière organique du sol et réduit considérablement les coûts des intrants. Il a servi de mentor en conservation à de nombreuses personnes. Il a cultivé et exploité Walnut Creek Seeds , avec son fils, sa belle-fille et son petit-fils. Merci à lui .
Nous avons perdu une légende dans #regenerativeagriculture . Dave Brandt est décédé hier soir des suites de graves blessures qu’il a subies dans un accident de voiture alors qu’il livrait des semences. C’est difficile car il m’a beaucoup touché et j’en connais des milliers d’autres………….Steve Groff
« Cultiver autrement les sols de la planète pour produire plus par unité de surface, proprement au moindre coût, et en même temps préserver les ressources naturelles dont le sol, l’eau, l’air, le climat dans toutes ses potentialités »
« Utiliser le Génie Végétal qui est un ensemble d’interactions complexes qui créent des synergies positives reproductibles (encore peu connues dans leur fonctionnement intime) de très fort impact agronomique multifonctionnel , entre les couverts végétaux Multi-espèces et l’intense activité biologique soutenue et diversifiée qu’ils induisent .
La puissance du génie végétal se traduit par diverses fonctions agronomiques très efficaces , gratuites et reproductibles (services écosystémiques) qui permettent la substitution des intrants chimiques par des fonctions naturelles. Avec de l’eau et de la chaleur le “génie végétal”est une puissance capable de régénérer /restaurer à court terme la fertilité des sols de très basse fertilité naturelle et celle de sols très dégradés… Il permet aussi d’élever significativement le potentiel productif des sols de bonne fertilité permettant de retirer progressivement les engrais et pesticides chimiques L.Séguy, 2018
Qu’est que le “Génie Végétal”? C’est un ensemble d’interactions complexes qui créent des synergies positives reproductibles (encore peu connues dans leur fonctionnement intime) de très fort impact agronomique multifonctionnel, entre les couverts végétaux multi-espèces et l’intense activité biologique soutenue et diversifiée qu’ils induisent La puissance du Génie Végétal se traduit par diverses fonctions agronomiques très efficaces , gratuites et reproductibles (services écosystémiques) qui permettent la substitution des intrants chimiques par des fonctions naturelles Avec de l’eau et de la chaleur le “Génie Végétal”est une puissance capable de régénérer /restaurer à court terme la fertilité des sols même de très basse fertilité naturelle et aussi celle de sols très dégradés… Il permet aussi d’élever significativement le potentiel productif des sols de bonne fertilité permettant de retirer progressivement les engrais et pesticides chimiques L.Séguy, 2018