https://docs.google.com/presentation/d/1E2-JbazV_YZo0qqdIX1hAgYYz5Pxcf2ZcvEVt6Lv0QU/edit?usp=gmail
Quelques photos de la journée d’échanges SCV du 20 Septembre 2024
La haie est un objet d’étude biologique, mais aussi sociologique et économique. Ballygally View Images/Shutterstock
Publié: 15 septembre 2024, 17:56 CEST

Des haies l’on connaît souvent les nombreux bienfaits pour la biodiversité comme pour une agriculture durable. On sait aussi qu’elles peuvent être l’objet de tensions entre propriétaires voisins, entre agriculteurs et décideurs publics. Le sociologue Léo Magnin nous propose désormais de découvrir « La vie sociale des haies ». Il démontre au passage comment cet objet d’étude est propice à l’examen d’un processus balbutiant et semé de contradictions : l’écologisation des mœurs.
Dans cet extrait, il analyse l’évolution des haies au prisme de leurs fonctions économiques.
Dans les sociétés essentiellement agricoles du Moyen Âge, les arbres sont une richesse : Norbert Elias dresse le parallèle entre, d’un côté, les prisonniers tués et, de l’autre, les arbres, les puits et les champs détruits pour affaiblir l’adversaire. On se souvient que la haie est, avec le mouvement des enclosures, un investissement qui contribue à matérialiser les bornes de la propriété privée lucrative. Dans son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, Olivier de Serres (1539‐1619), agronome avant la lettre, louait aussi les haies, meilleures cloisons que les murailles, fossés et palissades, parce qu’elles sont infranchissables :
« Tous‐jours les Haies sont de grand service, defendans par leurs piquerons, le passage à gens & à bestes : d’autant qu’à travers ne peut‐on passer, ne par dessus aucunement monter. »
Or cette fonction de préserver les cultures, vignes et jardins du dégât « des bestes & des larrons » n’est pas consubstantielle à la haie mais le résultat d’un travail spécifique, au sujet duquel Olivier de Serres donne de précieux conseils : préférer l’aubépine aux ronces, apporter du fumier à la haie pour la fortifier, tailler ses rejets pour conserver sa vigueur, les entortiller pour ne laisser aucun passage aux bêtes nuisibles (« poulailles » comprises) ou encore rogner sa hauteur chaque année. Il ne suffit donc pas de planter une haie : elle doit être continuellement édifiée.
S’abonner
« Édifier » une haie ? À partir des années 1980, des ethnologues des techniques se sont penchés sur les travaux dont les haies étaient encore l’objet au début du XXe siècle. Ils rappellent la distinction entre haie vive et haie sèche, la seconde étant aujourd’hui tombée en désuétude. Composée de branches mortes, cette dernière était facilement déplaçable, mais requérait un travail régulier de remplacement des bois dévorés par l’eau, le soleil et les insectes. Quant à la haie vive, composée d’arbres et d’arbustes vivants, elle était aussi édifiée, pour reprendre le terme de [l’ethnoécologue] Patrice Notteghem. Il faut boucher les « musses », ouvertures où se glissent les petits animaux, par des portions de haie sèche, mais aussi contraindre les végétaux à pousser à l’horizontale. C’est tout le but du plessage (ou plissage), cet art d’avant le barbelé par lequel une haie habilement tressée devient une barrière infranchissable : « La haie plessée s’apparente donc à une vannerie vive. » De tous les travaux disponibles, ceux de Christian Hongrois sont sur ce point les plus précis et paradoxalement les plus ignorés. L’ethnologue a détaillé avec rigueur la nature des travaux de plessage en Vendée : de multiples dessins et photographies étayent son propos. Signe des temps, son ouvrage de 1997, jusqu’ici disponible dans une seule bibliothèque universitaire, a fait l’objet d’une nouvelle édition enrichie et actualisée
Si la haie peut devenir une « cage » efficace à condition d’être conduite, elle est aussi une infrastructure de production végétale. Car s’il faut parler d’édification plutôt que de plantation, il faut aussi préférer le terme d’exploitation à celui d’entretien. C’est le cas des arbres d’émonde, élagués de différentes manières, dont le bois est diversement utilisé. La taille fréquente est révélatrice d’un rapport social : le petit branchage est laissé aux fermiers, alors que les troncs et le bois noble reviennent aux propriétaires terriens, d’après un usage formalisé au XIXe et au début du XXe siècle, puis abandonné dans les années 1950. Entretenir les haies est la préoccupation de l’agriculteur contemporain qui ne les exploite plus. En miroir, les laisser pousser pour qu’elles accueillent un riche écosystème est l’idéal du naturaliste. En revanche, pour le paysan de la fin du XIXe siècle, la haie est avant tout une culture qu’on récolte. Prenant l’exemple de l’aubépine, Bernadette Lizet montre que l’arbuste était « devenu si rare à l’état sauvage dans un milieu soumis à une exploitation intensive de toutes ses ressources qu’il a fallu, dans un passé récent, organiser une expédition coûteuse pour s’en procurer ». Elle a en effet découvert qu’en 1880 un groupe de villageois de l’Ain avait organisé un voyage de cinquante kilomètres vers la pépinière de la ville voisine afin d’obtenir le précieux végétal, alors culture symbole de la modernité.
Le bois des haies est utile pour se chauffer. Les branches, une fois mises en fagots, alimentent les fours à pain et servent, par exemple, à cuire certains fromages. De plus, la cuisson n’était pas réservée aux mets destinés à l’alimentation humaine : les denrées données aux cochons, aux poules et aux autres animaux de la basse‐cour étaient systématiquement cuites. D’autres ressources sont puisées dans la haie : les feuilles du frêne sont un fourrage délicieux pour les vaches. Les mûrons sont l’ingrédient de base de la confiture et les noisettes de l’huile, sans compter la récolte des noix, nèfles, prunelles et châtaignes. Les bois durs sont utilisés pour la construction de bâtiments et la fabrication d’outils : balais, jougs, aiguillons de bouvier, charpentes, échelles, barrières, piquets, etc. L’écrivain Jean‐Loup Trassard rapporte que les haies fournissaient aussi des jouets pour les enfants : la « canne‐pétouère », sorte de sarbacane faite d’une branche de sureau évidée, ou les toupies cloutées. Quant à la clématite et à l’osier, leurs branches souples sont les matières premières des liens servant à « plisser » les haies et à tenir les fagots, mais aussi de la vannerie : paniers, ruches, meubles. Alice de Vinck rappelle que les fagots étaient indispensables pour cuire la poterie. Christian Hongrois rapporte les usages médicaux et traditionnels des plantes : l’aubépine contre les verrues, le sureau contre les maux de dents, les feuilles de chêne contre la diarrhée, etc.
Au cours du XXe siècle, l’évolution des techniques et des circuits de commercialisation frappe peu à peu de caducité les services indispensables que les haies rendaient à l’économie domestique des ménages ruraux. Le barbelé, cette « ronce artificielle », remplace les haies plessées. Avec le fil électrique, la haie achève de perdre sa fonction historique de clôture. L’arrivée et la généralisation des énergies fossiles et de l’électricité relativisent aussi le poids du bois dans la consommation énergétique des foyers. Le pain n’est plus fait à la maison mais peut s’acheter à la boulangerie, la poterie recule face aux ustensiles manufacturés disponibles en magasin : puisque la cuisson du pain et de la poterie est devenue superflue, les fagots s’effacent. Les scieries, puis les enseignes de bricolage fournissent les manches, échelles, planches, lambourdes et chevrons qu’on trouvait dans les arbres. Ce qu’il reste de vannerie s’avoue vaincu face au formica triomphant. L’amélioration de la production du fourrage fait oublier les feuilles jusqu’ici offertes au bétail. La nouveauté des produits vendus à l’épicerie du village, puis au supermarché du bourg, attire davantage que les longues récoltes de baies et fruits secs. La pharmacopée moderne supplante la pharmacopée traditionnelle, qui ne subsiste qu’à l’état de souvenir. Même la « canne‐pétouère » et la toupie cloutée se retirent devant leurs émules de plastique qui ont les faveurs des enfants.
À bien y réfléchir, les haies ont donc été plantées et édifiées pour des raisons économiques, avant d’être marginalisées et détruites pour de nouvelles raisons économiques. Dans l’intervalle d’une transformation au long cours, l’économie se modifie dans l’espace : l’allongement des chaînes de commercialisation a court‐circuité le lien territorial entre la haie et le foyer agricole. La perte de fonction des haies peut se lire comme la conséquence de la rétrogradation de l’autonomie locale au profit d’une plus grande interdépendance matérielle entre les groupes sociaux urbains et ruraux. L’économie s’est aussi transformée dans son rapport au temps : le travail agricole est pris dans un engrenage entre mécanisation et exode rural. Moins il y a de bras pour les travaux des champs, plus il y a de machines ; et réciproquement. Le temps dévolu à l’entretien des haies diminue d’autant plus que les exploitations s’agrandissent, ce qui augmente la quantité de haies par exploitant bien que le bocage régresse.
Nous voici en mesure de comprendre pourquoi Julien Gracq écrivait dès 1934 que le bocage est « une forme autrefois rationnelle d’exploitation de la terre », « une forme de vie économique aujourd’hui fossile » qui « mourra d’une transformation sociale ». La grande variété des produits récoltés fait dire à Patrice Notteghem que les haies paysannes étaient « un véritable système agro‐forestier » et Bernadette Lizet qualifie la haie de « culture intensive » :
« Embroussaillées, à demi “séchées”, les haies relictuelles d’aujourd’hui portent encore les traces fossiles d’une exploitation méthodique. Elles renvoient à un temps du bocage fonctionnel, une période d’hyper‐domesticité du milieu et d’extrême degré de maîtrise du « sauvage », dans laquelle la conduite soignée de la haie entre en résonance avec les autres aspects de l’agrosystème. »
Les haies sont devenues une culture fossilisée parce que les rapports économiques ont fondamentalement changé. Ils sont passés de l’exploitation d’une ressource en vue de sa récolte à l’entretien d’une survivance désaffectée. Auparavant source de services et produits pour les ménages ruraux, la haie est devenue un coût dans l’économie des exploitations contemporaines spécialisées. Une recherche récente estime même que l’entretien d’un kilomètre de haies représente une dépense annuelle de 450 euros. Il est alors légitime de se demander pourquoi les haies, richesses faites charges, n’ont pas totalement disparu de l’espace agricole. Après tout, voilà bientôt un siècle que Julien Gracq annonçait leur fin. Là encore, l’attention à l’économie des exploitations agricoles est féconde : si les haies n’ont pas davantage disparu, c’est probablement aussi parce que les détruire coûte cher. Un dessouchage exige des ressources financières et matérielles, ce qui constitue un investissement qui, à terme, ne sera peut‐être pas gagnant dans la trésorerie de l’exploitant.
Ce constat ne doit pas inviter au pessimisme, mais à interroger la tendance qui, en sciences sociales, promeut l’agentivité des « non‐humains », leur capacité à interférer dans le cours de l’action. Cette agentivité n’est‐elle pas proportionnelle à l’incapacité économique de certains groupes sociaux ? En suivant les péripéties de la vie économique des haies, il apparaît que les objets et les choses en général n’ont pas été ignorés par les sciences sociales, comme l’affirmait Bruno Latour, mais étudiés de très près par l’ethnologie des techniques, attentive à l’économie des fermes. Pourtant, cette anthropologie de l’environnement a été marginalisée par l’anthropologie de la nature de Philippe Descola, plus centrée sur les représentations que sur les pratiques. L’histoire économique des haies confirme l’intérêt de ces travaux ethnologiques éclipsés par d’autres traditions de recherche qui, si elles sont importantes, cultivent une rhétorique de la rupture qui néglige l’apport d’études existantes.
Le semis direct sous couvert végétal (SDCV) est une méthode qui gagne en popularité parmi les agriculteurs souhaitant optimiser leurs rendements tout en préservant la santé de leurs sols. Cette technique, qui consiste à semer directement dans des couverts végétaux, permet d’améliorer la structure du sol, de réduire l’érosion et d’augmenter la biodiversité. Dans cet article, nous allons explorer les différentes facettes du SDCV, ses avantages, ses défis et comment les agriculteurs peuvent l’implémenter efficacement dans leur pratique.
Le SDCV est une technique qui permet de semer des cultures directement dans un couvert végétal existant, sans labourer le sol. Cette méthode présente plusieurs avantages, notamment la réduction du travail du sol, l’amélioration de la rétention d’eau et la promotion de la biodiversité. Le SDCV s’inscrit dans une approche d’agriculture de conservation qui vise à protéger les sols tout en augmentant la productivité agricole.
Le SDCV repose sur trois principes fondamentaux :
Le SDCV offre de nombreux avantages aux agriculteurs. Voici quelques-uns des plus significatifs :
Les couverts végétaux protègent le sol des pluies torrentielles et des vents, ce qui réduit considérablement l’érosion. En maintenant une couverture végétale, les agriculteurs peuvent préserver la couche arable de leurs champs.
Avec le SDCV, la structure du sol s’améliore grâce à l’apport de matière organique provenant des couvertures végétales. Cela favorise la formation d’agrégats, ce qui améliore la porosité et la capacité de rétention d’eau du sol.
Le SDCV favorise la biodiversité en créant un habitat pour de nombreux organismes. Cela peut également contribuer à la lutte contre les ravageurs et les maladies, réduisant ainsi le besoin d’intrants chimiques.
En réduisant le travail du sol, les agriculteurs peuvent économiser du temps et des coûts liés à l’utilisation de machines agricoles. De plus, le SDCV peut réduire les coûts d’irrigation grâce à une meilleure rétention d’eau.
Les couverts végétaux, en particulier les légumineuses, peuvent fixer l’azote atmosphérique, ce qui améliore la fertilité du sol. Cela peut réduire la dépendance aux engrais chimiques.
Malgré ses nombreux avantages, le SDCV présente également des défis que les agriculteurs doivent prendre en compte :
La présence de couverts végétaux peut également attirer certains ravageurs. Les agriculteurs doivent donc être vigilants et gérer ces populations de manière appropriée.
Le choix des couverts végétaux est crucial pour le succès du SDCV. Les agriculteurs doivent sélectionner des espèces qui s’adaptent bien aux conditions locales et qui ne concurrencent pas les cultures principales.
Le SDCV est sensible aux conditions climatiques. Les agriculteurs doivent être attentifs aux prévisions météorologiques pour optimiser le moment du semis.
Pour réussir l’implémentation du SDCV, voici quelques étapes clés à suivre :
Avant de commencer, il est essentiel d’évaluer la santé et la structure du sol. Cela permettra de déterminer les besoins spécifiques et les types de couvert végétal les plus appropriés.
Le choix des couverts doit être basé sur les cultures principales, les conditions climatiques et les besoins en nutriments. Les légumineuses, par exemple, peuvent être un excellent choix pour enrichir le sol en azote.
Utilisez des équipements adaptés pour le semis direct. Cela inclut des semoirs spécifiques qui peuvent semer à travers les couverts végétaux sans perturber le sol.
Après le semis, un suivi régulier est crucial. Cela inclut la surveillance des cultures, la gestion des ravageurs et l’ajustement des pratiques culturales selon les besoins.
Le semis direct sous couvert végétal est une technique prometteuse qui peut transformer l’agriculture moderne en alliant productivité et durabilité. En adoptant cette méthode, les agriculteurs peuvent non seulement améliorer la santé de leurs sols, mais aussi contribuer à la préservation de l’environnement. Cependant, comme toute pratique agricole, elle nécessite une bonne planification et une gestion attentive pour en maximiser les bénéfices.
Le Semis Nature, c’est un semis à la « volée » sans AUCUN travail du sol.
Il est aussi appelé « Semis Aérien » en Amérique du sud
Le Semis Nature est une technique agricole consistant à déposer simplement des graines à la surface du sol (comme peut le faire la Nature) , souvent dans une culture ou un couvert déjà en place et surtout dans une zone de mulch, capable de conserver un minimum d’humidité et de réserves fertilisantes (jamais sur un sol nu ) , sans aucun travail de sol, et en imitant donc la Nature qui pratique cette technique depuis déjà quelques temps….!!
Cette approche, bien qu’opportuniste, est simple, économique et rapide, mais nécessite des conditions précises pour réussir, telles qu’un sol vivant et équilibré chimiquement et biologiquement, la disponibilité favorable en humidité ou en eau (pluie ou irrigation), la lumière est elle aussi indispensable avec un minimum de chaleur. En résumé, toute les conditions qui favorisent la germination des graines et le développement à la suite des plantes ciblées ….
Noël Deneuville , agriculteur et pionnier de cette méthode en France, , s’est inspiré de techniques argentines avec l’aide technique de Lucien Séguy. Chez les Sud-Américains, les graines sont déposées par avion ou épandeur terrestre souvent pour implanter facilement une deuxième culture fourragère destinée aux pâturages de bovins après la récolte des maïs grain ou soja. Le principal avantage du semis-nature est de permettre l’implantation de cultures ou de couverts avant la récolte, gagnant ainsi du temps et optimisant les ressources.
Le Semis-Nature, bien que nécessitant des conditions opportunes, permet de préserver le sol et l’écosystème, tout en favorisant les coûts et favorisant la biodiversité.
Le Semis « Nature » consiste à déposer des graines en surface dans un couvert ou dans une culture en place. C’est un type particulier de semis à la volée sans travail du sol. L’approche paraît simple, économique et rapide mais elle reste opportuniste et nécessite des conditions particulières pour assurer un bon développement de la plante.Noël Deneuville est agriculteur dans la Nièvre (58) et membre AgroLeague, proche de la ville de Nevers. ACiste convaincu, il pratique le semis direct sous couvert vivant sur sa ferme depuis 25 ans. Noël a découvert cette approche avec Lucien Seguy lors de leurs voyages en Amérique du Sud. Les argentins appellent ce mode d’implantation le « semis aérien », et ont pour habitude de déposer les graines fourragères en avion ou épandeurs à engrais pneumatiques, dans les maïs ou les sojas en phase de maturation pour implanter des cultures fourragères utilisées pour nourrir le bétail. La graine arrive au sol par les airs, comme bien souvent dans la nature. Quels critères sont à prendre en compte pour appréhender le semis nature ? Quelles espèces sont les plus adaptées et comment les implanter ? Dans L’Agronomie & Nous, Noël nous parle de son retour d’expérience sur cette technique de semis.

Sommaire
3 conditions pour réussir un semis nature :
Quelles espèces sont adaptées au semis nature ?
Comment as-tu adapté ton itinéraire cultural ?
Le semis « nature » consiste à déposer des graines en surface dans un couvert ou dans une culture en place. C’est un type particulier de semis à la volée sans travail du sol. L’approche paraît simple, économique et rapide mais elle reste opportuniste et nécessite des conditions particulières pour assurer un bon développement de la plante.
Noël Deneuville est agriculteur dans la Nièvre (58) et membre AgroLeague, proche de la ville de Nevers. ACiste convaincu, il pratique le semis direct sous couvert vivant sur sa ferme depuis 20 ans. Noël a découvert cette approche avec Lucien Seguy lors de leurs voyages en Amérique du Sud. Les argentins appellent ce mode d’implantation le « semis aérien », et ont pour habitude de déposer les graines fourragères en avion ou à l’aide d’épandeurs à engrais pneumatiques, dans les maïs ou les sojas en phase de maturation pour implanter des cultures fourragères utilisées pour nourrir le bétail. La graine arrive donc au sol par les airs, comme bien souvent dans la nature.
Quels critères sont à prendre en compte pour appréhender le semis nature ? Quelles espèces sont les plus adaptées et comment les implanter ? Dans L’Agronomie & Nous, Noël nous parle de son retour d’expérience sur cette technique de semis.
La technique imite la nature : quand les plantes développent leurs graines, elles tombent au sol et germent. L’avantage principal est de pouvoir implanter une culture ou un couvert en avance par rapport à un semis post moisson :
“Semer dans une culture en place permet un gain de temps comparé à si on devait attendre la récolte pour semer. L’objectif est de réduire au maximum les coûts d’implantation et d’optimiser le développement des couverts, voire d’aller vers une double récolte annuelle”.
Le premier critère pour pouvoir implémenter cette technique dans de bonnes conditions est d’avoir un sol qui va être capable d’accueillir cette pratique. Le semis nature ne se réussit que sur un sol vivant. Si le sol est croûté, sans présence de résidus ou sans activité biologique qui va incorporer la graine au sol, il n’y a aucune chance que les graines déposées à la surface lèvent.
“Ce qui fait fonctionner le semis direct, c’est la couverture du sol. Je rajouterais même un 4ème principe qui est de ramener un maximum de matière organique au sol. Nourrir et protéger le sol“.
Le deuxième facteur limitant est l’eau, une problématique récurrente en France et surtout ces dernières années.
“À l’automne, on se dirige vers des périodes pluvieuses donc on a rarement loupé un semis nature dans des cultures de printemps. À l’approche de l’été, c’est plus délicat. Si on a de l’irrigation, c’est plus simple“.
« Par exemple, pour semer dans une céréale, il faut attendre que les premières feuilles commencent à jaunir (environ un mois avant la récolte). On sème dès qu’on sent que la lumière arrive au sol. Si on attend trop, le sol peut se dessécher. »
Il faut bien préciser que le semis nature est un semis opportuniste : on le fait quand les conditions sont réunies. Il ne faut pas être dogmatique.
La première contrainte est matérielle.
“L’équipement est important. La plupart des exploitations agricoles sont équipées d’un épandeur à engrais centrifuge. Cet outil fonctionne bien pour les graines lourdes (blé, soja) mais n’est pas performant pour les petites graines (colza, millet, tournesol). Nous avons essayé de travailler sur l’enrobage de semence afin d’alourdir les graines. La technique consiste à créer des boulettes de graines avec de la mélasse et de l’argile à l’aide d’une bétonnière, puis de sécher le tout afin d’en faciliter la distribution. Les petites graines se collent aux plus grosses et à l’argile, améliorant la rétention en eau dans l’environnement proche de la graine. Cela fonctionne bien sur des petites surfaces, mais le processus est trop chronophage pour l’implémenter à plus grande échelle. Je me suis donc équipé d’un épandeur pneumatique pour pallier ce problème. »
“Pour semer le couvert dans le maïs, je suis équipé d’un « enjambeur ». Je sème mes mélanges lorsque le maïs commence à jaunir. S’il fait sec, les graines restent au sol et vont germer dès que la pluie arrive. Dans ce cas, mieux vaut éviter de broyer les cannes sous le cueilleur. Laisser les cannes droites permet de faciliter leur germination. »
La deuxième contrainte est la disponibilité en eau, et également liée au calibre des graines.
“Pour les semis avant l’été on favorise des petites graines qui germent mieux sur un sol non travaillé. Les graines angulaires comme le sarrasin ont tendance à mieux rentrer dans les interstices du sol et à bien lever. On évite les graminées et les grosses graines. À l’automne, on va vers des périodes de pluies. On peut se permettre de semer de plus grosses graines : céréales avec un peu de légumineuses. Quand la culture de printemps est récoltée, le couvert est en place“.
“J’ai revendu ma charrue pour investir dans un trieur et un séchoir afin d’assurer une bonne conservation des graines. Je consacre 5 à 10% de ma surface à la production de graines. Les semences sont le premier poste de dépense donc il est important de les produire soi-même ou de les échanger avec d’autres agriculteurs ».
“En semis nature, on ne travaille pas le sol et on le garde toujours couvert, cela a tendance à réduire la levée de dormance des adventices. Si on ne sème rien à ce moment-là, les adventices lèvent, et ce, malgré les herbicides. J’ai donc une couverture végétale permanente du sol. Le premier levier, c’est la mise en place de couverts végétaux performants (au moins 2 t/ha de biomasse)“.
“Je ne mets plus d’insecticides ni d’anti-limaces. Je rajoute du colza dans les semis de céréales; du soja, colza, lin dans les semis de maïs afin. Ces plantes vont apporter de la nourriture aux ravageurs, puis disparaître après passage d’herbicide. Les limaces sont là, mais les prédateurs aussi, un équilibre écosystémique se crée. »
“Lorsque l’on est en semis direct sous couverts végétaux, on a moins de lessivage d’azote. Les couverts sont de vraies usines de recyclage qui limitent les pertes d’éléments nutritifs et les remettent à disposition pour la culture suivante“.
“En général, on peut observer une perte au moment de la germination. Il est donc important de majorer la dose de semis d’environ 30 à 50%, comparé à un semis classique pour compenser ces pertes“.
Le semis nature ne se réussit que sur un sol vivant, en présence d’eau et de lumière.
C’est une technique opportuniste mais réfléchie. Elle doit être intégrée dans l’itinéraire technique pour se laisser la possibilité de la mettre en place, notamment au niveau des temps de rémanence des matières actives dans le sol.
C’est de l’opportunisme gagnant pour le développement de couverts végétaux et/ou en vue d’une double récolte. Les résultats sont encourageants. L’idée est d’arriver à produire à moindre coût, tout en conservant son capital sol et en respectant son écosystème.

Semis Nature d’une orge de printemps R 2024
Semis Nature avec distributeur pneumatique de 24 m
Les graines de sorgho, dont la densité de semis Nature a été augmenter, sont accompagnées de graines de colza et de chicorée …..Ainsi que des granulés de lisier de porc destiné à stabiliser le mélange de graine dans la trèmie
Objectifs : accès à la lumière et à la chaleur pour favoriser la germination et créer un mulch permettant de garder de l’humidité…

A suivre avec les propositions de la météo et de la gourmandise des limaces et autres escargots…!