Par Serge Bouzinac , chercheur au Cirad, Montpellier, France, et João Carlos de Moraes Sá , maître de conférences à l’UEPG, chercheur niveau 1D – CNPq, président de la commission technico-scientifique du FEBRAPDP
« Lucien Séguy nous a quittés le 27 avril, à 75 ans. C’était un véritable diffuseur du système No-Till au Brésil et dans le monde. Son travail et ses connaissances ont été fondamentaux pour la consolidation de ce système dans la région tropicale. La Fédération brésilienne du travail du sol sans paille – FEBRAPDP reconnaît cette immense contribution et exprime un profond sentiment de gratitude »
Lucien Séguy est né en 1944 dans une famille de petits producteurs de la ville de Saint Yrieix La Perche, située dans le centre de la France, fière de ses racines et de ses habitants. Il était le fils unique des quatre frères qui sont entrés à l’université et ont obtenu leur diplôme d’agronome de l’École nationale supérieure d’agronomie de Toulouse (ENSAT) en 1965, grâce à la bourse. Il s’est ensuite spécialisé en pédologie à l’ Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer de Bondy (ORSTOM). Il a épousé Jacqueline qui l’a accompagné tout au long de sa longue carrière dans la région tropicale. En 1967, il se rend au Sénégal par l’ancien Institut de Recherches Agronomiques Tropicales(IRAT) à la célèbre station expérimentale de Bambey, mais a préféré travailler sur le terrain, dans le village de Sefa, où il a réalisé une carte pédologique de la région et fait face à son premier défi majeur, qui était d’améliorer la gestion des sols en traction animale pour la riziculture de Casamance. Au cours de cette période, il a publié un article sur le profil culturel du riz, mettant l’accent sur la distribution du système racinaire comme élément clé de la structuration des sols.
Les défis
En 1969, il est envoyé par l’IRAT à l’ouest de la République du Cameroun, à Dschang, pour développer et suivre plusieurs projets de riz pluvial dans les plaines de M’Bos et N’Dop avec l’extension. Développement d’études sur les systèmes de production et l’amélioration génétique du riz pluvial et irrigué. Il a supervisé des projets sur les interactions entre le génotype et l’environnement, mettant en évidence l’influence de la fertilité des sols sur les épidémies d’explosion dans la riziculture (figure 1).
Figure 1. Partenariats construits au cours de sa trajectoire au Brésil
Son travail a suscité un intérêt au Brésil et, fin 1977, l’IRAT a envoyé Lucien à la Maranhão Research Company (EMAPA), étant le premier expert permanent de l’IRAT au Brésil. Au cours des années 1977 et 1982, Lucien, avec l’aide de Serge Bouzinac (ils ont travaillé ensemble jusqu’aux derniers jours de Lucien), a réalisé des études sur les systèmes de riziculture pour les petits producteurs.
Lucien a continué de soutenir la diffusion des meilleurs systèmes de culture dans des consortiums riz + maïs + manioc, suivis du niébé à la fin de la saison des pluies. Il ajustait et perfectionnait les variétés de riz pluvial et irrigué pour les tropiques. Les résultats de ces activités ont suscité l’intérêt d’Embrapa-CNPAF (Centre national de recherche sur le riz et les haricots, Goiânia, GO). Lucien Séguy et Serge Bouzinac ont été invités à développer des travaux dans la région de Cerrados, initiant ainsi un accord fructueux entre le Cirad (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) et Embrapa-CNPAF. D’innombrables résultats ont été générés par l’accord, permettant un soutien pour faire avancer les connaissances sur l’adoption de l’agriculture sans labour dans la région de Cerrados.
Entre 1983 et 1989, Séguy et Bouzinac ont concentré leurs activités dans la région de Cerrados, principalement dans les États du Mato Grosso, de Goiás et d’une partie du Tocantins; un environnement totalement différent pour eux. A cette époque, une large extension de cette région était en train d’être convertie en agriculture mécanisée. Initialement, le riz pluvial a été introduit et, au fil du temps, il a été remplacé par la culture du soja en monoculture, avec l’utilisation intensive du travail du sol par hersage successif, entraînant une érosion importante et la formation du soi-disant pied grille, ce qui a créé de graves problèmes de compression.
La passion de Lucien était la campagne, où il se sentait libre de partager ce qu’il savait
En 1984, lors d’une visite à la CCLPL (Coopérative laitière centrale de Paraná – Batavo Products, Carambeí, PR) située dans la région de Campos Gerais, il a rencontré des agronomes Hans Peeten, Josué Nelson Pavei et d’autres du service technique des coopératives. connaître le système mis en œuvre dans cette région. Il a rencontré les agriculteurs Nonô Perereira et Franke Dijkstra, pionniers de l’agriculture sans labour dans cette région. Il est retourné dans le Midwest avec de nombreuses idées à adapter à la région tropicale.
En 1985, voyant le processus de dégradation du sol par l’érosion progresser et la fertilité limitée du sol (acidité élevée, faible quantité de calcium et de magnésium et manque de phosphore et de micronutriments), ils ont commencé à travailler avec le soutien du producteur Munefumi Matsubara, de Fazenda Progresso . Pour lui, Matsubara était le producteur et le mentor qui a cru et ouvert la porte à l’introduction du système sans labour (SPD), brisant les paradigmes et contribuant définitivement à l’expansion du SPD dans le Cerrados.
Fazenda Progresso, à Lucas do Rio Verde-MT en 1994. À gauche Munefumi Matsubara, au centre Lucien Séguy, à droite deux chercheurs de Madagascar et en arrière-plan Fernando Penteado Cardoso – Photo tirée de Agronomic Information No. 69, mars 1995, publié par Potafós
Ils ont conçu des alternatives au semis direct dans la région tropicale, introduisant des espèces qui ajoutaient de grandes quantités de biomasse et de racines. D’où la grande contribution de Séguy et Bouzinac. Ils ont comparé les traitements avec une préparation en profondeur ou en terre végétale avec des systèmes sans labour pendant cinq années d’études.
Les résultats ont montré que les traitements en non-labour étaient supérieurs aux systèmes conventionnels avec labour du sol, à la fois en termes de productivité et de rentabilité et, en outre, ont augmenté la teneur en matière organique du sol (MOS) de 20%, tandis que la monoculture de soja associée à la préparation (labour et hersage) a entraîné une baisse drastique des MOS. Ainsi, le Direct Planting System introduisait les safrinhas en succession de cultures et occupait progressivement des millions d’hectares jusqu’en l’an 2000, grâce à une diffusion intense des résultats au travers de fondations, coopératives et associations de producteurs.
La consolidation des partenariats et la généralisation du semis direct en tant que système
De 1989 à 2002, avec le soutien de l’industrie chimique Rhône Poulenc, des accords de recherche ont été étendus à des entreprises et coopératives agricoles du Midwest et du Nord du Brésil, telles que CooperLucas, Varig Agropecuária, Sul América Agropecuária, Grupo Maeda , AgroNorte, municipalités de Sinop, MT et Caxias, MA et Goiás Agricultural Research Corporation (Emgopa). Ce fut un jalon dans l’avancement du DOCUP dans la région parce que le travail visait à adapter les alternatives que le semis direct prévoit pour différentes situations climatiques dans ces régions. L’action pionnière du groupe Maeda dans l’introduction du non-labour du coton a été remarquable. En collaboration avec des partenaires, Lucien Séguy a amélioré les concepts de plantation directe sur les couvertures végétales permanentes (SCV), en assimilant ces couches de résidus végétaux, comme la litière forestière,
Figure 2. Schéma du fonctionnement des toits verts et des cultures commerciales conçu par L. Séguy en 1998. Photo de L. Séguy sur le système racinaire d’ Eleusine coracana , l’une des espèces proposées pour composer le système de production
Cette vue était basée sur la plus grande efficacité des toits à récupérer les nutriments déplacés vers les couches plus profondes. De plus, il a créé de nouvelles alternatives sur les haies, encore plus économiques (par exemple, soja sur pelouse Tifton ou maïs sur Arachis pintoï ). Avec AgroNorte, Lucien revient à l’une de ses premières passions: l’amélioration du riz pluvial avec le succès d’une variété, le Cirad 141, qui couvrirait des milliers d’hectares dans le Mato Grosso pendant plus de cinq ans.
Visite à la Fazenda Progresso avec Munefumi Matsubara et Serge Bouzinac (en haut à droite) et avec le groupe Maeda (au centre et en bas à droite)
De 2002 à 2012, de nouveaux fronts ont été ouverts et ont permis de mener ces travaux au Brésil avec l’Université de São Paulo (USP) à travers le Centre pour l’énergie nucléaire en agriculture avec le Prof. Dr Carlos Clemente Cerri et autres, puis en 2005 avec l’Université d’État de Ponta Grossa (UEPG), en plus de partenariats avec la municipalité de Sinop, avec le groupe Maeda. Il a ouvert de nouveaux fronts avec l’Institut Mato Grosso du Coton (IMA-MT) pour améliorer les systèmes de coton sans labour et développer des mélanges de plantes visant à activer la vie biologique et à améliorer la fertilité des sols. Avec UEPG, par le biais du Prof. Dr. João Carlos de Moraes Sá (Juca Sá) a organisé des formations annuelles pour les chercheurs, enseignants et agronomes liés au Cirad, avec des participants de plus de 13 pays sur le système de semis direct. Six éditions annuelles ont formé plus de 90 personnes, mettant à la disposition des partenaires du Cirad les moyens de l’Agence Française de Développement (AFD) pour interagir avec nos équipes à Campos Gerais do Paraná. En 2010, le Conseil de l’Université UEPG a décerné la Médaille d’honneur au mérite comme titre de «Docteur Honoris Causa» de l’UEPG.
En novembre 2010, l’ancien doyen de l’Université d’État de Ponta Grossa, Prof. Le Dr João Carlos Gomes a remis la médaille du mérite universitaire et le diplôme à Lucien Séguy
Quoi qu’il en soit, parallèlement à tous ces travaux au Brésil, Lucien Séguy a effectué des centaines de missions de soutien et d’orientation chaque année depuis 1984 dans de nombreux pays tropicaux d’Afrique, d’Asie et de Madagascar, dans le but de diffuser et d’adapter tous ces nouveaux au monde tropical. technologies développées au Brésil avec différentes espèces végétales entre différents continents. On disait qu’il avait plus d’heures de vol que le plus ancien pilote de Boeing.
En 2009, il prend officiellement sa retraite du Cirad, mais avec l’énergie et l’enthousiasme qui lui sont propres, il ouvre de nouveaux chantiers, soutenant en France un groupe d’agriculteurs pionniers du SCV, convaincus par leurs travaux tropicaux et, par la suite, conquérant Le Canada entre au Québec, après l’invitation de l’agronome Louis Pérusse, qui a demandé de l’aide pour développer le système de non-labour dans ces régions froides du pays. Sous un couvert de neige, il réhabilite le blé d’hiver, faisant germer du soja trois semaines avant la récolte, gagnant ainsi un mois pour la croissance du blé avant l’hiver et anticipant la récolte de ce blé d’hiver d’un mois pour s’ouvrir. la possibilité d’implanter des mélanges végétaux.
Insatisfait et infatigable, il recherche également des axes de recherche dans le sud du Brésil, dans les États de Santa Catarina et Rio Grande do Sul avec de jeunes agronomes brésiliens qui diffusent ces systèmes à base de plantes de couverture multifonctionnelles sur des dizaines de milliers d’hectares.
Lucien Séguy a connu une carrière extrêmement riche, passant de la pédologie à l’agronomie puis à la gestion écologique des sols. Il a développé des œuvres dans plus de 30 pays et dans les différentes conditions pédoclimatiques des régions équatoriales et tropicales, méditerranéennes et tempérées. Il a formé, conseillé et guidé d’innombrables agronomes et partenaires du Cirad à travers le monde, toujours avec sa générosité et son amitié, et il lui manque maintenant beaucoup de cœurs. L’un de ses préceptes les plus marquants était, dans la mesure du possible, de travailler sur «L’HARMONIE AVEC LA NATURE», qui fait toute la différence dans les systèmes de conservation de la gestion des sols, de l’eau et de l’atmosphère. Lucien Séguy laisse un héritage et une réflexion aux plus jeunes: il n’y a pas de réalisations sans risques et cela fait partie des actions que nous menons. Il vaut mieux faire des erreurs en essayant de bien faire les choses que d’omettre.
Nous dédions cela en mémoire à Jacqueline, sa femme et grande compagne, ainsi qu’à ses enfants Sandrine et Yannick qui l’ont accompagné durant les derniers mois de sa vie.
Messages d’amis et de personnes ayant eu des expériences avec Lucien Séguy
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Les premières expériences
Dans les années 80, j’ai suivi les travaux de recherche à la Fazenda Progresso de M. Munefumi Matsubara (Lucas do Rio Verde, MT) menés par le Dr Lucien Séguy et Serge Bouzinac. Je me souviens de son enthousiasme dans les tranchées montrant la grande activité microbienne des sols tropicaux, l’importance de la diversité végétale et des systèmes racinaires profonds pour le cycle des nutriments (« pompe biologique »). À cette époque, nous avons également fait les premières expériences de semis direct en MT, sur ma propriété, Fazenda Capuaba. Nous connaissions la nécessité de développer un système de production agricole basé sur les caractéristiques du sol et adapté au climat tropical, avec une diversité végétale et une protection constante des sols. À ma grande surprise, en 2017, 30 ans après les premières expériences, J’ai été extrêmement heureux de recevoir une visite de Séguy et Bouzinac où ils ont vu les résultats à long terme de leurs enseignements. Certes, le chercheur Séguy a laissé un grand héritage pour le succès de l’agriculture sous les tropiques, il mérite tous nos honneurs.
José Carlos Soares, Lucas do Rio Verde, MT
Lucien Séguy, Serge Bouzinac et José Carlos Soares (Zecão) à Faz. Capuaba à Lucas do Rio Verde, MT
Vos racines resteront
Nous remercions profondément notre mentor Lucien Séguy pour l’amitié, le dévouement et les enseignements qui nous ont inspirés tout au long de notre parcours à la recherche du développement d’une agriculture plus productive et durable. Dans notre sol, ses racines resteront.
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Hommage à Raíx Sementes
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Formation inoubliable, opportune, pratique et efficace en agriculture de conservation avec L. Séguy dans le Cours International de Ponta Grossa.
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Dr. Manuel Reyes Resarch Professeur, Kansas State University
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Les disciples de Lucien
Nous exprimons notre immense gratitude d’avoir été formé par Lucien Seguy et d’être ses amis. Nous avons appris que ce défi pour la conservation et l’agriculture durable basé sur le semis direct est une mission. Aujourd’hui, nous travaillons dans le monde entier, recherchons, diffusons, partageons les enseignements et consolidons le système de semis direct de haute qualité que nous en avons appris. Nous cherchons à évoluer et à adapter la plantation directe à la diversité des conditions dans les pays dans lesquels nous opérons (France, Canada, Madagascar, Cameroun, Cambodge, Laos, Vietnam, Côte d’Ivoire, Nouvelle-Calédonie, Tunisie, Thaïlande et autres). Il a construit un vaste réseau d’agriculteurs, agronomes, chercheurs, sur les différents continents et toujours à la recherche de partenariats. Il a réussi à établir un programme de formation à l’UEPG de 2005 à 2012 avec le Prof. Juca Sá qui nous a encore plus unis. Lucien nous a enseigné le concept de «pompe biologique» basé sur une grande diversité de plantes qui ont déclenché l’intégration culture-élevage-forêt ainsi que les systèmes développés pour la culture bananière en Guadeloupe et en Martinique. C’était un homme bon et généreux qui appréciait profondément l’amitié. Il n’a jamais manqué de servir ceux qui le recherchaient et était toujours ouvert avec bonne humeur, pensant et faisant sans s’arrêter. Il laisse un héritage au Brésil et au monde. Repose en paix et sache que nous serons ici pour continuer ton travail. généreux qui a profondément apprécié l’amitié. Il n’a jamais manqué de servir ceux qui le recherchaient et était toujours ouvert avec bonne humeur, pensant et faisant sans s’arrêter. Il laisse un héritage au Brésil et au monde. Repose en paix et sache que nous serons ici pour continuer ton travail. généreux qui a profondément apprécié l’amitié. Il n’a jamais manqué de servir ceux qui le recherchaient et était toujours ouvert avec bonne humeur, pensant et faisant sans s’arrêter. Il laisse un héritage au Brésil et au monde. Repose en paix et sache que nous serons ici pour continuer ton travail.
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Serge Bouzinac, Hubert Charpentier, Patrick Julien, Stéphane Boulakia, Florent Tivet, Louis Perusse, Oumarou Boularabé, Hoá Tran Quoc, Pascal Lienhard, Frédéric Jullien, André Chabanne, Olivier Husson, Roger Michellon, Jean Claude Quillet, Jean Luc Vaymel, Lydie Noël Deneuville, Sandrine et Alain Gallon, Christian Abadie, Hélène Leduc, Aubin Lafon, Sarah Singla, Sylvain Hypolite, Christine Cassino et Roger Michell
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L’histoire dans la formation des nouvelles générations
Le système de plantation directe, qui a été consolidé comme la meilleure proposition de durabilité, a été conçu en réunissant les initiatives et les dédicaces d’innombrables personnes et institutions. Certains d’entre eux se démarquent. Aujourd’hui, nous manifestons pour pleurer la perte de Lucien Seguy, chercheur au Cirad, qui, avec Serge Bouzinac, a beaucoup fait pour le Cerrado, le SPD et notre agriculture, lors de la compréhension et de la diffusion des services de rotation des cultures, base de concepts encore sont conçus pour l’agriculture moderne. De même, il a contribué à la reconnaissance internationale du SPD conçu au Brésil. L’ Université de Londrina État UEL et son département d’agronomie s’associent à FEBRAPDP pour rendre cet hommage et sont prêts à valoriser et à utiliser cette histoire dans la formation de nouvelles générations.
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Prof. Dr Adilson Luiz Seifert, chef du département d’agronomie à l’Université d’État de Londrina
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Le volcan d’une idée
J’ai beaucoup appris de Lucien. Je l’ai rencontré dans les années 80, à Ponta Grossa, lors de sa visite à la Fondation ABC. Lors de la visite sur le terrain, il a continué de commenter chaque situation qu’il a vue. C’était un volcan en éruption et des idées montaient encore et encore. Une personne phénoménale! C’était difficile de le suivre! Depuis lors, nous nous sommes rencontrés lors de congrès, d’événements sur le terrain et de conférences. Nous avons parlé de faire quelque chose ensemble, jusqu’à ce qu’en 2004 l’occasion se présente de développer un partenariat et, en 2005, nous avons mis en place l’accord UEPG – CIRAD. Les fonds provenaient de l’AFD (Agence française de développement) et affectés au Laboratoire de la matière organique du sol (LABMOS) pour l’équipement et la formation des partenaires du Cirad. C’était 10 ans de travail. Un saut de qualité dans lequel nous avons consolidé une équipe et sommes devenus une référence dans l’étude de la matière organique du sol. Si je devais résumer en un mot ce que je ressens pour Lucien, c’est la GRATITUDE. Repose en paix, mon ami.
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João Carlos de Moraes Sá, professeur principal à UEPG, Research Productivity Scholarship Level 1D – CNPq, président de la Commission technique et scientifique de la Fédération brésilienne du non-labour et de l’irrigation
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Un être électrique …
J’ai eu le privilège de suivre de près, une partie du gigantesque travail développé par Séguy dans l’État du Mato Grosso, avec deux fidèles compagnons – Serge Bouzinac et Munefumi Matsubara. Ses recherches sur les cultures de couverture, le recyclage des nutriments et la vie biologique du sol ont fourni la base scientifique du système de non-labour, maintenant largement adopté du nord au sud du pays. Séguy était un être électrique, très agité, ému par sa passion pour l’agriculture proche de la nature, ce sommet étant la plantation directe au dessus de la couverture vivante, objectif qu’il recherchait. Doté d’un grand talent pour la peinture (il était assistant d’un peintre célèbre), il a traduit ses concepts agronomiques en graphiques et figures élaborés avec lesquels il a illustré la publication «Du transfert de technologie Nord-Sud aux systèmes sans labour, dans une zone tropicale humide», éditée en 1996. L’agronomie est en deuil et le monde est plus pauvre sans Lucien Séguy. Mais votre exemple demeure.
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Tsuioshi Yamada, ancien directeur de l’IPNI, 1977-2007
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Lucien Seguy au centre: journée champêtre à Sinop, MT, 1995 – Photo prise par T. Yamada
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Ce citoyen du monde
Notre collègue Lucien Séguy est décédé le 27 avril, à l’âge de 75 ans. Notre émotion est profonde avec l’annonce de sa disparition. Cependant, votre immense contribution à une meilleure agriculture sera votre grand héritage. Des souvenirs importants restent, depuis sa classe, au début des années 90, dans la discipline des problèmes de fertilité des sols, pour les étudiants diplômés du Département des Sciences du Sol (ESALQ / USP) et de notre visite au Cirad de Montpellier ( France), en 1999. Au Brésil, où il a commencé ses travaux en 1978, Lucien Séguy était un chercheur impliqué dans la mise en œuvre et la diffusion du semis direct. Ce citoyen du monde a eu une influence et une contribution importantes sur notre agriculture. Votre intelligence, votre simplicité et votre générosité feront défaut!
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Godofredo Vitti, Prof. Titulaire émérite, ESALQ-USP et Valter Casarin, ESALQ-USP
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Infatigable et enthousiaste
Chercheur au Cirad, France – Grand guerrier infatigable, enthousiaste et dynamique! Spécialiste en sols, plantes, gestion et semis direct. En collaboration avec Serge Bouzinac, son éternel collaborateur a développé de nombreuses œuvres validées et utilisées par des producteurs de nombreux pays du monde! J’ai eu le plaisir d’être avec lui plusieurs fois, lors de visites sur le terrain à la Fazenda do Matsubara à Lucas do Rio Verde, dans les années 80, pour tester différents plans de toiture, en collaboration avec Cooperlucas et aussi le grand et profond travail à Sinop, MT, avec Agronorte, Maronese et Team! Lancement de cultivars et beaucoup de diffusion de systèmes durables auprès des producteurs et techniciens! Le monde entier de la science et des agriculteurs perdent beaucoup avec leur départ et leur absence dans les systèmes de production les plus divers du monde!
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Ademir Calegari, chercheur principal chez Iapar, consultant privé – gestion des sols / plantes de couverture (système de plantation directe)
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Passion et dévouement
J’ai rencontré le Dr Lucien Séguy à l’Université fédérale de Goiás pour parler du système Barreirão avec le chercheur João Kluthcouski, en 1984, et je l’ai revu en 2016! Excellent exemple et avec beaucoup de passion et de dévouement dans les enseignements! Dès lors, j’ai commencé à me consacrer à l’utilisation des cultures de couverture en agriculture.
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Agronome David Campos Alves
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Fleuri et porté des fruits
Le développement de l’agriculture dans le Cerrados, et du non-labour dans la paille, a eu la contribution du Dr Lucien Seguy et de son compagnon Serge Bouzinac. Les graines qu’il a semées ont fleuri et ont produit des fruits abondants et, en ce moment, nous avons des remerciements et de la gratitude. Allez en paix! Lucien, ton passage ici a été réussi!
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Carlos Pitol, Dourados, MS
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Dur et passionné …
Lors de la récolte 2009/2010, j’ai eu l’occasion de rencontrer et de travailler avec les chercheurs Lucien Seguy et Serge Bouzinac, lorsque j’ai rejoint le département de recherche de l’IMAmt, à Primavera do Leste MT. Persévérant, passionné et passionné. Une figure unique, qui nous laisse un héritage et prend notre nostalgie. Condoléances et un gros câlin à la famille et aux amis.
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Agronome Marcio Caldeira, coordinateur technique Araunah Agro
Hommage à Lucien en vidéo
Lucien Séguy
https://www.amicaledesanciensducirad.fr/index.php/vie-de-l-adac/collegues-disparus/seguy-lucien
Hommage de l’amicale des anciens du CIRAD

Notre collègue Lucien Séguy est décédé, le 27 avril 2020, à l’âge de 75 ans à son domicile en France.
Né en 1945 dans une famille de petits paysans du nord de la Dordogne, fiers de leurs racines et durs à la tâche, Lucien sera le seul de sa fratrie à accéder à l’université et à se former, grâce aux bourses de la République, comme ingénieur agronome ENSAT (Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse) en 1965, suivi d’une spécialisation en pédologie à l’ORSTOM de Bondy.
Il se marie à la fin de ses études avec Jacqueline qui l’accompagnera durant toute sa longue carrière à l’étranger. Son service militaire se déroule en coopération au Sénégal, de 1967 à 1969, d’abord à la station IRAT de Bambey, puis à Sefa, où son premier grand défi sera d’améliorer le travail du sol en traction animale pour la riziculture de la Casamance sur les « sols gris » qui bordent ses nombreux cours d’eau et marigots.
A partir de 1969, il est affecté par l’Irat dans l’Ouest Cameroun à Dschang d’où il monte et accompagne des projets rizicoles pluviaux sur les plaines des M’Bos et de N’Dop avec la Satec, sur lesquels il développe ses études systèmes de culture et amélioration variétale du riz pluvial et irrigué et il mène de front le suivi de projets productifs et des études très originales sur les interactions entre génotype et environnement (interactions entre fertilité des sols, état nutritionnel des plantes et pyriculariose du riz).
Ses réalisations ont intéressé des responsables de la recherche agronomique brésiliens et, fin 1977, Francis Bour, le directeur général de l’IRAT, l’affecte auprès de l’EMBRAPA de l’état du Maranhão. Il sera le premier expert du futur Cirad à être en poste permanent au Brésil où il restera jusqu’à sa retraite. De 1977 à 1982, il monte avec l’aide de Serge Bouzinac des études sur des systèmes de culture pour les petits paysans sans terre à base de riz pluvial en conditions de défriche-brûlis manuelle traditionnelle et en les comparant avec des systèmes mécanisés en traction animale, lesquels furent abandonnés après un an d’étude en raison des risques d’érosion catastrophique qu’ils généraient. En parallèle, Lucien cultive ses passions en appuyant la diffusion des meilleurs systèmes manuels utilisant l’herbicide basés sur les cultures associées (riz + maïs + manioc) suivi de Vigna en fin de saison des pluies et en perfectionnant les variétés de riz pluviales et irriguées pour la zone équatoriale. Ces activités et leurs résultats valent à Lucien et Serge d’être contactés par le centre fédéral de recherches sur le riz, l’EMBRAPA CNPAF de Goiânia. De 1983 à 1989, Lucien et Serge s’attaquent à un milieu totalement différent, les Cerrados du Centre Ouest brésilien, dominés par une grande agriculture mécanisée après défriche de la savane qui substitue rapidement le riz pluvial sur défriche par du soja en monoculture et technologies de culture simplifiées (TCS) généralisé, ce qui induit une érosion dévastatrice. Après un rapide diagnostic, basé sur l’étude du profil cultural, les recommandations sont simples : introduire des systèmes combinant rotations de culture (soja/riz, soja/maïs) et succession annuelle de cultures (riz + sorgho ou mil, soja + maïs ou sorgho ou mil) avec des préparations de sols profondes (labour inversé ou scarification). Ces systèmes de travail du sol plus profond ont eu du succès surtout pour la rénovation de pâturage (sistema barreirão diffusé largement par João Kluthcouski, homologue Brésilien de Lucien). Mais l’avènement du Plantio direto au sud du Brésil a changé le paradigme et à partir de 1985, avec le précieux appui d’un producteur éclairé, Munefumi Matsubara, à la fazenda Progresso, les alternatives en semis direct ont été comparées aux mêmes systèmes avec travail du sol profond ou superficiel : durant les 5 années d’études, les résultats des alternatives en semis direct ont dépassé ceux des systèmes conventionnels avec travail du sol en productivité et en rentabilité, et surtout permettent d’améliorer les teneurs de matière organique des sols, alors que sur la monoculture de soja x TCS ces teneurs s’effondrent. Les techniques de semis direct et de succession de cultures vont rapidement occuper des millions d’hectares, grâce à une diffusion intensive des résultats via les fondations et associations de producteurs.
A partir de 1989, en lien avec Rhône Poulenc, des conventions de recherches sont signées avec diverses entreprises et coopératives du Centre Ouest et du Nord du Brésil (CooperLucas, Varig Agropecuária, Sul América Agropecuária, etc.) pour adapter les techniques de semis direct aux différents acteurs dans ces régions, devenant ainsi les pionniers du semis direct sur cotonnier au Mato Grosso. Lucien Séguy a amélioré les concepts du semis direct sur couverture végétale permanente (SCV). Il a aussi créé de nouvelles alternatives SCV sur couvertures vivantes, encore plus performantes (soja sur pelouse de Tifton, maïs sur Arachis pintoï). Avec AgroNorte, Lucien est aussi revenu à ses premières amours : la génétique riz pluvial et une variété, le CIRAD 141 qui a couvert des centaines de milliers d’ha pendant des années au Mato Grosso.
Les partenariats au Brésil se sont élargis à partir de 2002 aux universités (USP, UEPG) ainsi qu’à IMA- MT, Institut Mato-grossense du coton pour la partie des systèmes de semis direct cotonniers et le développement des mélanges de plantes améliorant la vie biologique et la fertilité des sols. Avec le Dr João Carlos Sá, de l’université de Ponta Grossa, spécialiste du semis direct au Brésil, ils organisent des cours de formation aux techniques de semis direct durant 4 ans, permettant d’initier les partenaires du Cirad travaillant avec nos équipes sur les terrains du Sud. Il a reçu le titre de Docteur Honoris Causa de l’UEPG.
Parallèlement à ces travaux au Brésil, Lucien Séguy réalise chaque année de multiples missions d’appui et d’orientation dans de nombreux pays tropicaux d’Afrique et d’Asie, visant à diffuser et à adapter dans le monde tropical ces nouvelles technologies mises au point au Brésil avec échanges de matériels végétaux entre les différents continents.
À sa retraite, en 2009, il ouvre de nouveaux terrains de recherche : des réseaux se montent qu’il anime, partageant sa vision, ses idées et sa créativité, en France, autour d’agriculteurs pionniers des SCV convaincus par ses travaux tropicaux dès le milieu des années 90, puis au Québec, à l’invitation d’un agronome, Louis Pérusse, qui lui demande un appui pour développer les SCV… sous couvert de neige. Sa connaissance fine des plantes lui permet de proposer des combinaisons stimulant de multiples fonctions écosystémiques : fixation azotée par les légumineuses, stimulation des symbioses microbiennes et des vers de terre, labour biologique, contrôle des adventices par effets allélopathiques, etc… Il poursuit également ces axes de recherche au sud du Brésil, avec de jeunes agronomes qui diffusent ces systèmes à base de couverts multifonctionnels sur des dizaines milliers d’ha.
Lucien Séguy a eu une carrière scientifique exceptionnelle par ses applications, passant de la pédologie à l’agronomie puis à l’amélioration variétale et ceci dans toutes les écologies. Il a su avant bien d’autres travailler « en milieu réel », plutôt qu’en station. Il a formé, conseillé et orienté de nombreux agronomes du Cirad et de ses partenaires dans le monde qui vont se sentir un peu orphelins. Un de ses préceptes les plus marquants était de faire travailler la nature à notre profit, c’est la grande force des SCV qu’il a créés et diffusés dans le monde entier. Remettant en cause les fondements de la révolution verte, il a contribué aux bases d’une agriculture renouvelée et à la fondation de cette transition agroécologique dont le Cirad a depuis fait une de ses thématiques stratégiques.
Lucien était un homme entier, cultivé, charismatique, passionné jusqu’à l’excès. Préférant parfois l’intuition à la démonstration, il ne laissait personne indifférent. Erik Orsenna, que Lucien avait promené sur ses terrains au Brésil, le décrit comme un « moine soldat » dans son livre « Voyage aux pays du coton ». Mais si certains étaient réticents face à ses comportements parfois tranchés, nul ne peut nier que Lucien a été un agronome hors pair, doté d’une culture encyclopédique et d’une capacité exceptionnelle d’observation, capable de porter un diagnostic pertinent tant sur les situations de production que sur les gestes techniques. Il avait la passion de trouver des solutions aux problèmes concrets des paysans, aux « ploucs » dont il se disait si fier de faire partie. Tout au long de sa carrière, il a fondé une école de pensée avec une vision globale de l’agronomie dont le Cirad est redevable et qu’il continue à enrichir en empruntant les chemins ouverts par cet innovateur d’exception.
Les agricultures tropicales, la recherche agronomique en général, et le Cirad en particulier, lui doivent beaucoup et sa disparition laisse un grand vide. Nous avons tous une pensée amicale et solidaire pour Jacqueline, sa femme, et ses enfants Sandrine et Yannick qui l’ont soutenu et soigné durant les derniers mois de sa longue maladie.



Carlos Crovetto
Après Lucien Seguy, Hubert Charpentier, l’agriculture de conservation des sols vient de perdre un autre pionnier : Carlos Crovetto, âgé de 88ans. Auteur de plusieurs livres traduits en français sur » les fondements d’une agriculture durable » qu’il mettait en pratique sur sa ferme CHEQUÈN au Chili. C’était un plaisir de le recevoir, à plusieurs reprises en France pour partager nos expériences. Hommage et respect❕ Carlos, toi aussi tu vas nous manquer … Reposes en paix ❕

Hommage de José Martin
Lucien Séguy, dans les mots d’Erik Orsenna, c’était le moine-soldat. Infatigable soldat en mission de sauvetage d’une agriculture mondiale menacée de disparition, de disparition des sols par péché de démesure et d’arrogance aveugle. Moine jamais en repos, toujours soucieux de soustraire les sols à l’érosion dévastatrice et de les conserver en bon état, de verdir les campagnes et clarifier les eaux, de remplir les greniers et ‘dignifier’ les agriculteurs. Le moine concepteur du système de semis direct sous couvert, où les sols sont vivifiés par d’épaisses litières protectrices en surface et d’abondantes racines structurantes en profondeur, issues d’une diversité de cultures marchandes et de services, système adopté par la FAO et le monde sous la dénomination ACS, agriculture de conservation des sols (et du carbone !), agriculture in fine climato-intelligente ! Moine éminemment communicatif et sociable, rien d’un ermite !
Lucien Séguy, une force de la nature, personnage hors du commun, ayant marqué indélébilement tous ceux qui l’ont fréquenté, ou même vu une seule fois en jours de champs ou conférence. On pourrait essayer de revoir son œuvre, façon tableau impressionniste en épelant les lettres de son nom. Mais son nom, si on fouille, était à lui seul prémonitoire : Lucien, du latin lux, lumière, lion étant le signe astrologique associé à ce prénom : énergie et puissance pour éclairer l’avenir de l’agriculture ; le nom de Séguy pourrait être d’origine germanique, alliant dans ce cas victoire et ami : cela lui convient à merveille, car il fut à la fois convaincant et très amical : sourires radieux, bonnes plaisanteries et rires communicatifs !
Pour le lecteur pressé : c’est à partir du vaste Brésil, sa seconde patrie, que le phare Lucien a rayonné dans le monde puis en France, en duo avec son inséparable collègue et ami Serge Bouzinac (T73), éternel camarade de fatigues et de joies. C’est de là que, forts de l’expérience des agriculteurs pionniers du semis direct sur résidus de culture dans le Parana, particulièrement leurs amis Nono Pereira (†2015), Franke Dijkstra et Herbert Bartz, ils ont victorieusement affronté les monocultures de soja du Cerrado, menacées de ruine, en introduisant des plantes de couverture en avant culture, et des céréales en safrinha. Les multitudinaires jours de champ à Lucas de Rio Verde des années 1990 resteront dans les mémoires, dont le succès peut tenir en une formule entendue d’un agroconsultant de Sinop (Mato Grosso : « as plantas bomba que alavancaram a nossa agricultura ». (Les plantes-pompes qui relevèrent notre agriculture). C’est là que lors d’un séminaire organisé par l’Embrapa, le concept de système de semis direct avec ses trois piliers universellement connus, fut adopté par la communauté des partenaires. Les filières riz et coton, les universités et l’enseignement ne sont pas en reste : bilans de carbone (Ponta Grossa, Parana) et intégration agriculture élevage (Viçosa, Minas Gerais). En 2010, Lucien y fut distingué par deux belles médailles archi-méritées : docteur honoris causa de l’Université de Ponta Grossa, elle-même distinguée pour ses meilleurs cours sur l’ACS, et citoyen d’honneur de l’état du Mato-Grosso.
Lucien a aussi rayonné à travers le vaste monde, où il a formé à la recherche et au développement maints chercheurs et agronomes au Cirad et dans les institutions partenaires. Retraité, il a partagé son temps entre le Brésil et les latitudes tempérées, voire sub-boréales (Québec, Canada) où face au dérèglement climatique, l’agriculture a plus que jamais besoin de conserver des sols en bon état pour gagner en résilience. Son influence peut se mesurer à la diversité des semoirs de semis direct de haute technologie désormais produits en Europe, à partir des premiers SEMEATO importés du Brésil sous l’égide de Lucien. Si le mot « rolofaca » est désormais passé dans le langage commun en ACS, Lucien n’y est certainement pas pour rien. Prophète plus tardif en son pays, son message tenait dernièrement en trois mots, qu’il a su rendre hyper-convaincants : BIOmasse, bioMASSE et BIOMASSE.
Jamais en repos, toujours des idées d’avance, toujours soucieux de les mettre en musique, mais clinicien insatisfait par les symphonies inachevées, par insuffisance de diversité et de biomasse dans les orchestrations adaptées. Car il voyait qu’on peut faire plus et mieux. Espérons qu’il trouvera à présent le repos dans les terres du Périgord blanc qui le virent découvrir dans sa jeunesse la splendeur et l’harmonie des noces entre la nature et l’agriculture, la noblesse et la rudesse des travaux des champs, l’apprentissage et la grandeur des arts et métiers des agriculteurs.
José Martin
Agronome chercheur au CIRAD
Hommage vidéo de Lydie Deneuville à Lucien Séguy
Intervention filmée de Lydie Deneuville lors du colloque d’hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier. Retrouvez la retranscription écrite de son intervention ici.
Merci à Ver de Terre Production pour l’organisation de ce colloque !
Colloque international en hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier
Les 24 et 25 janvier dernier, un colloque international a été organisé par Ver de Terre Production afin de rendre hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier. La totalité de ce colloque a été enregistrée et est disponible gratuitement sur leur chaîne Youtube. Deux jours n’ont pas été de trop pour souligner la vie et le travail de ces deux pionniers du Semis Direct Sous Couvert !
Le programme de ces deux jours d’hommage est disponible ici.
Hommage de Lydie DENEUVILLE à Lucien Séguy

Lucien, ce GRAND HOMME, vient de disparaître en toute discrétion.
C’est sa vie entière qu’il a consacrée à une noble cause : produire, partout dans le monde, quels que soient les continents, les climats ou la qualité des terres, une production saine, de qualité et en quantité, tout en préservant l’environnement, et en régénérant les sols.
Lucien Séguy, Docteur en Agronomie, est certainement l’homme qui, sous tous les climats, a sillonné, foulé de ses propres pieds, le plus de parcelles agricoles au monde et ce record n’est certainement pas prêt d’être battu !
Scientifique du CIRAD, pédologue de l’Orstom, il estimait que tous les outils sont connus pour produire intensivement, à peu de frais, de la nourriture de qualité sur des sols à fertilité améliorée.
Je ne reviendrai pas sur toutes ses recherches et publications, en collaboration avec son équipier permanent, Serge Bouziniac, qui malheureusement, bien que financées en partie par la France, n’ont pas su être reprises par notre ministère de l’agriculture et autres instances agricoles et mises au profit de l’agriculture Française…
Quel gâchis !!! Quelle perte de temps et d’argent pour notre agriculture Française !!!
Et de cela, Lucien en a souffert.
Ce qui l’a le plus frustré, c’est d’être reconnu comme « UN PÈRE » dans son pays d’adoption « Le Brésil » qui l’a toujours honoré ainsi que d’autres pays, alors que la France, son propre pays, l’ignorant, n’a pas su tirer profit de l’immense travail qu’il a accompli. France, le pays du BLABLABLA disait-il !
Mais la meilleure reconnaissance pour lui, c’est celle de tous les amis qui l’ont compris.
J’insisterai sur l’homme de paix qu’il fut : ses avancées ont permis à différentes contrées de nourrir sa population et notamment au Brésil de procurer celle des Chinois, évitant ainsi bien des émeutes.
Ce fut un privilège pour moi de l’écouter une première fois en conférence à Baran lors d’un NLSD en 2001 : Un homme excité, survolté vous diront certains, dynamique et provocateur, imposant l’attention et interpellant chacun d’entre nous, pour nous obliger à réfléchir et nous remettre en cause.
Puis il est intervenu une seconde fois en 2005 au NLSD de Reignac-sur-Indre. Certains n’ont alors pas jugé bon de l’écouter, car c’était pour eux « du déjà vu (déjà entendu)».
Et bien NON, toujours et toujours, à mesure qu’on l’écoute, ce que beaucoup n’ont pas perçu, c’est que Lucien, l’intarissable a sans cesse quelque chose à nous apporter !
Au-delà de toutes ses connaissances sur le SCV, ses innombrables publications, que beaucoup sauront reprendre pour lui rendre hommage, je tiens à témoigner de la personne qu’il était :
Jamais je n’aurais imaginé un jour pouvoir aborder ce SAVANT. Et, lorsque je lui ai parlé la première fois, je fus saisie de constater à quel point il est SIMPLE, GÉNÉREUX et AVIDE de rencontres.
Mais tout d’abord, j’avoue qu’il m’a testée, savoir ce qu’il y a vraiment au fond de moi, car par expérience, il n’avait pas de temps à perdre avec des opportunistes.
Et effet, Lucien est PRESSÉ, pressé de communiquer et de divulguer, et pour lui, chaque seconde compte, autrement dit, pour celui qui cherche à le critiquer ou le contredire, c’est peine perdue. Mieux vaut qu’il passe son chemin à jamais !
Depuis, nous avons fait un long chemin ensemble. Il m’a présenté ses avancées au Brésil, fait rencontrer ses partenaires, entrer à l’Embrapa où il est accueilli comme un héros, visiter ses champs d’essais à Sinop, découvrir ses variétés de riz Sebota…
Lucien l’attentif savait d’un coup d’œil déceler les problèmes d’une parcelle, et en trouver les solutions rien qu’à observer les environs.
J’avoue alors être subjuguée de constater la rapidité avec laquelle il a traversé ses champs d’essais de riz pluvial, et a pu rendre compte de ses observations à son collaborateur Serge, pour une prise de note et de photos complémentaires !
Lucien, une encyclopédie ambulante qui connaissait une multitude de plantes même sous leur nom latin.
Il avait une connaissance, une mémoire incommensurable, relatant chronologiquement toutes ses expérimentations, découvertes, avec un enregistrement et une organisation de ses données sans faille.
Avec Lucien, tout est intensif, du matin lever 6h au soir 24h.
Il lui en arrivait même d’en oublier de déjeuner, mais en fait, c’était pour lui moins de perte de temps.
Pas de répit ni de tourisme… Et malgré tout, un détour sans prix pour nous faire découvrir un arbre à l’écorce exceptionnelle qu’il cite d’un nom latin, nous expliquant pourquoi il vivait ici et était le descriptif et le symbole du type de terre locale.
De plus, Lucien était comique et bon vivant et n’hésitait pas à lancer une vanne ou une histoire drôle.
Mais pour lui, le temps était précieux : pas question de divaguer à regarder voler un papillon pendant qu’il intervenait, ou de répondre au téléphone au risque de se le voir propulser à des dizaines de mètres de là.
Lucien, toi, homme INTÈGRE, malgré les sollicitations, tu as su tout au long de ta carrière, refuser le profit et ne pas succomber à la corruption.
Lucien, un grand homme, VRAI et SINCÈRE,
Tu nous as fait l’honneur de nous faire une petite place à tes côtés, nous, simples paysans de la Nièvre et tu as toujours su rester FIDÈLE.
Lucien EXIGEANT, PERFECTIONNISTE, tu nous as imposé RIGUEUR et PERSÉVÉRANCE, durant tous les essais et protocoles que tu nous as chargés de mettre en place… IMPATIENT d’en recevoir régulièrement des photos quand tu ne pouvais pas être sur place, mais toujours DISPONIBLE. Et ce n’est pas sans réprimandes ou quelquefois engueulades que tu en as fais le suivi… Ce qui a au fil du temps toujours payé.
Je garderai de toi, malgré ta grandeur, le souvenir d’un homme MODESTE et à la portée de tous, de la plus imposante société agricole brésilienne, au plus simple et pauvre paysan malgache ou cambodgien.
Au-delà de ça, j’ai découvert en toi un homme plein de talents, à savoir l’art de la peinture (qui a pu te valoir la place d’assistant d’un célèbre peintre), mais aussi connaisseur, en l’occurrence la gastronomie dont ta femme Jacqueline savait faire honneur en concoctant des plats d’excellence, mais aussi l’œnologie.
Et, pour avoir eu le privilège de découvrir ta cave secrète, je sais à quel point tu places une haute importance à la connaissance et à la préservation de la qualité de tes vins et l’honneur que tu attribues à chacun de ceux à qui tu les offres.
Ton DYNAMISME, ton ESPRIT, ta GÉNÉROSITÉ et ta BIENVEILLANCE nous manqueront.
Mais à travers toi, nous remercions ta femme Jacqueline, toujours discrète, fidèle (55 ans de mariage) et présente à tes côtés, et ton binôme Serge, chacun représentant une partie de toi, qui ont toujours su t’épauler et même te supporter.
Car oui, tu étais DUR, dur avec toi-même, car il te fallait toujours garder la forme, et dur aussi avec ton entourage avec lequel tu étais bien souvent EXIGEANT.
Ce fut en effet le sacrifice de toute une vie de famille (je pense notamment à ta fille Sandrine et ton fils Yannick) au profit de l’humanité, dont peu de monde prend conscience.
Lucien, toi qui croyais au « GÉNIE VÉGÉTAL », tu as su semer quelques graines (Hubert, Stéphane, Florent, Aubin, Noël, Christian, Jean-Claude, John, Loui, tes petits jeunes du Brésil (comme tu les appelais)…) qui assureront l’avenir de ton œuvre, avec encore tant de choses à accomplir…TA SYMPHONIE INACHEVÉE !
Les paysans du monde entier avaient encore tant besoin de toi !
Tu nous laisses aujourd’hui orphelins, avec à charge de poursuivre, vulgariser et divulguer tes connaissances, et nous nous devons de mettre en pratique ce que tu nous as toujours enseigné : « Le développement de l’agriculture n’existe vraiment que s’il est fait PAR, POUR, AVEC et CHEZ les agriculteurs ».
La mission nous incombe maintenant et ce sera tout en ton honneur que nous nous chargerons de la mettre en pratique.
« Tchao l’ami ! », comme tu avais l’habitude de dire ! Et après tant de dévouement pour le bien de l’humanité, repose en paix !
Que ton esprit nous accompagne dans l’évolution nécessaire de notre agriculture actuelle !
Je garderai à jamais le souvenir d’une amitié sincère.
Texte écrit par Lydie Deneuville (association NLSD) et lu lors de l’hommage à Lucien.

