On parle souvent du « climat » comme s’il existait un climat normal qu’il faudrait absolument retrouver ou préserver.
Mais quel serait ce climat normal ?
Le climat de l’année dernière ? Celui d’il y a cent ans ? Celui de l’époque préindustrielle ? Celui du Moyen Âge ? Celui d’une période glaciaire ?
La réalité est beaucoup plus simple : la Terre n’a jamais connu un climat éternellement stable.
Depuis que notre planète existe, les températures, les précipitations, les océans, les continents, les glaciers, les forêts et les espèces évoluent.
Le vivant lui-même ne cesse de changer.
Les espèces apparaissent, disparaissent, s’adaptent, migrent. Les végétations se transforment. Les sols naissent, évoluent et disparaissent. Les paysages changent.
La Nature n’est pas une photographie. C’est un système en mouvement permanent.
Et l’espèce humaine elle-même n’échappe évidemment pas à cette règle.
🌎 Alors, où est réellement le problème ?
Si le changement est une caractéristique fondamentale de la Terre, devons-nous simplement accepter toutes les transformations ?
Évidemment non.
Car il existe une différence fondamentale entre un système naturel qui évolue et un système que l’on perturbe brutalement de l’extérieur.
C’est peut-être ici que se trouve l’une des grandes questions de notre époque.
Le problème n’est peut-être pas que l’Homme transforme la Nature.
L’Homme transforme son environnement depuis qu’il existe.
Il cultive, construit, sélectionne des plantes et des animaux, détourne l’eau, façonne les paysages.
Le véritable problème pourrait être devenu l’ampleur, la vitesse et la multiplicité de nos interventions.
Nous intervenons désormais simultanément sur presque tous les grands équilibres de la planète :
atmosphère ;
climat ;
forêts ;
sols ;
eau ;
océans ;
biodiversité ;
cycles de l’azote et du phosphore ;
occupation des terres ;
artificialisation des sols ;
flux de matière et d’énergie.
Et surtout, tous ces systèmes communiquent entre eux.
⚠️ Nous avons peut-être oublié que tout est relié
Prenons simplement un sol agricole.
Lorsqu’un sol est labouré et laissé nu, nous ne faisons pas uniquement disparaître une couverture végétale.
Nous modifions en même temps :
le sol → l’eau → la température → la vie biologique → le carbone → l’érosion → la photosynthèse → l’atmosphère.
Le sol nu reçoit le rayonnement solaire sans pouvoir le transformer efficacement en biomasse.
La pluie tombe sur une surface moins protégée.
L’eau peut ruisseler au lieu de s’infiltrer.
La température du sol peut augmenter fortement.
La matière organique peut être davantage exposée à la dégradation.
La vie biologique est perturbée.
Et l’érosion peut emporter une partie de ce capital lentement construit par le vivant.
Une seule intervention peut donc déclencher une cascade de conséquences.
C’est précisément pourquoi il est dangereux de considérer séparément le climat, l’eau, le sol et la biodiversité.
☀️ Le grand gaspillage : l’énergie solaire
Chaque jour, le Soleil apporte à la Terre une quantité gigantesque d’énergie.
Cette énergie est gratuite.
La plante sait en utiliser une partie grâce à la photosynthèse.
Elle transforme l’énergie lumineuse en matière organique.
Elle construit des feuilles, des tiges, des racines.
Elle nourrit les organismes du sol.
Elle contribue au cycle du carbone.
Elle participe au cycle de l’eau.
Elle refroidit les surfaces par évapotranspiration.
Elle crée de la biomasse.
Elle protège le sol.
Elle nourrit le vivant.
Alors pourquoi laisser le sol nu ?
C’est peut-être l’une des questions fondamentales de l’agriculture de demain.
Le problème n’est pas seulement ce que nous émettons.
Il faut également regarder ce que nous empêchons de fonctionner.
Chaque hectare laissé nu pendant plusieurs mois représente potentiellement une période durant laquelle la photosynthèse aurait pu travailler.
Chaque forêt détruite représente une machine biologique extraordinaire supprimée.
Chaque sol dégradé représente une partie du fonctionnement hydrologique et biologique du territoire qui disparaît.
Chaque hectare artificialisé sur une terre fertile retire définitivement une surface au fonctionnement du vivant.
🌱 Le SCV : travailler avec les mécanismes du vivant
C’est ici que les principes du Semis sous Couverture Végétale prennent tout leur sens.
Le SCV ne cherche pas à fabriquer artificiellement un nouvel équilibre.
Il cherche plutôt à remettre en fonctionnement des mécanismes que la Nature utilise depuis des millions d’années.
Dans une forêt, le sol n’est pratiquement jamais nu.
La végétation capte l’énergie solaire.
Les racines explorent le sol.
Les feuilles protègent la surface.
Les matières organiques retournent progressivement au sol.
Les organismes vivants transforment cette matière.
L’eau est captée, infiltrée, stockée et progressivement restituée.
Le système fonctionne grâce à une multitude d’interactions.
Pourquoi l’agriculture devrait-elle nécessairement fonctionner à l’inverse ?
Il ne s’agit pas de reproduire une forêt à l’identique.
Il s’agit de s’inspirer de ses principes de fonctionnement.
💧 L’eau : un autre exemple de notre ingérence
Nous parlons beaucoup de manque d’eau.
Mais avant de parler uniquement de quantité de pluie, il faudrait peut-être nous demander :
« Que faisons-nous de l’eau lorsqu’elle tombe ? »
Une même pluie peut avoir des conséquences très différentes selon l’état du territoire.
Sur un sol couvert, poreux et biologiquement actif, une partie importante de l’eau peut pénétrer dans le sol.
Sur un sol compacté ou fortement dégradé, une partie peut ruisseler, provoquer de l’érosion et quitter rapidement la parcelle.
La pluie n’est donc pas seulement une quantité reçue. C’est aussi une ressource qu’un système vivant doit savoir accueillir.
Cela rejoint une idée essentielle :
Nous ne maîtrisons pas la pluie. Mais nous pouvons largement influencer ce que le territoire en fait.
🦠 Et si nous arrêtions de vouloir tout contrôler ?
L’agriculture moderne a réalisé des progrès extraordinaires.
Mais elle a aussi parfois développé une logique consistant à vouloir contrôler séparément chaque élément :
une mauvaise herbe → un herbicide ;
un insecte → un insecticide ;
un problème de sol → un travail mécanique ;
un manque de fertilité → un apport ;
un manque d’eau → une irrigation ;
une maladie → un traitement.
Cette logique peut être efficace dans certaines situations.
Mais elle peut aussi nous faire oublier quelque chose de fondamental :
le vivant fonctionne en réseau.
Une plante n’est pas isolée de son sol.
Le sol n’est pas isolé de l’eau.
L’eau n’est pas isolée du climat.
Le climat n’est pas isolé de la végétation.
La végétation n’est pas isolée de la biodiversité.
Tout communique.
🌿 Ne pas figer la Nature, mais préserver sa capacité d’adaptation
Il ne s’agit donc pas de rêver d’un climat immobile.
Cela n’existe pas.
Il ne s’agit pas davantage de vouloir empêcher toute évolution de la Nature.
Cela serait impossible.
La véritable question pourrait être différente :
Sommes-nous capables de laisser aux systèmes vivants suffisamment de diversité et de résilience pour s’adapter aux changements ?
Une forêt diversifiée n’est pas immobile.
Un sol vivant n’est pas immobile.
Une prairie n’est pas immobile.
Une parcelle en SCV n’est pas immobile.
Tout évolue.
Mais ces systèmes disposent d’une extraordinaire capacité d’adaptation parce qu’ils sont diversifiés, connectés et biologiquement actifs.
🌍 L’homme contre la Nature ? Peut-être une mauvaise question
Pendant longtemps, nous avons opposé l’Homme et la Nature.
Comme si nous devions choisir entre deux camps.
Mais l’Homme fait partie de la Nature.
La véritable question est peut-être plutôt :
Quel type d’interaction voulons-nous avoir avec le système vivant dont nous dépendons ?
Une agriculture qui détruit pour produire ?
Ou une agriculture qui produit en renforçant progressivement son capital biologique ?
Un sol considéré comme un simple support mécanique ?
Ou un sol considéré comme un organisme vivant ?
Une pluie considérée comme une contrainte ?
Ou comme une ressource à capter et à stocker ?
La biodiversité considérée comme une contrainte ?
Ou comme une force productive ?
🌱 La leçon du SCV
C’est peut-être là que se trouve l’une des grandes leçons laissées par Lucien Séguy.
Observer avant d’intervenir.
Comprendre avant de corriger.
S’inspirer du fonctionnement du vivant plutôt que chercher systématiquement à le remplacer.
Le modèle n’est pas une machine.
Le modèle est la Nature.
Une forêt n’a pas besoin de labour pour produire de la biomasse.
Elle ne laisse pas son sol nu.
Elle recycle en permanence sa matière organique.
Elle utilise l’énergie solaire.
Elle mobilise une extraordinaire diversité biologique.
Elle capte et redistribue l’eau.
Elle évolue sans cesse.
Elle n’est pas stable.
Elle est résiliente.
Et peut-être est-ce justement cela que nous devons rechercher en agriculture :
non pas la stabilité absolue, mais la résilience.
🌎 La Nature change, à nous de changer notre regard
Aucun climat d’hier ne reviendra exactement.
Aucun climat de demain ne sera identique à celui d’aujourd’hui.
La Terre continuera d’évoluer.
Les espèces continueront d’évoluer.
Les paysages continueront d’évoluer.
Et l’Homme continuera lui aussi d’évoluer.
Le changement n’est donc pas l’ennemi.
La question est plutôt de savoir si nous accélérons certaines transformations au point de dépasser les capacités d’adaptation des systèmes vivants dont nous dépendons.
Peut-être que le véritable défi du XXIᵉ siècle n’est pas de mettre la Nature sous contrôle.
Peut-être est-il au contraire de réapprendre à travailler avec elle.
Moins détruire.
Moins artificialiser.
Moins laisser les sols nus.
Mieux capter l’eau.
Maintenir la photosynthèse.
Restaurer la vie des sols.
Multiplier les plantes.
Associer les cultures.
Protéger la biodiversité.
Et surtout, accepter que nous ne maîtrisons pas tout.
Car la Nature n’est pas un système que nous devons rendre parfaitement stable.
C’est un système vivant auquel nous devons apprendre à appartenir.
« La Nature ne cherche pas la stabilité. Elle cherche en permanence l’adaptation, l’équilibre dynamique et la vie. L’agriculture de demain ne devrait peut-être pas chercher à contrôler davantage la Nature, mais à mieux comprendre ses mécanismes pour produire avec elle. »
Ce que nous apprend une revue scientifique sur les liens entre végétation, sols et précipitations.
Les sols, la végétation et l’eau sont intimement liés. Et cette relation influence aussi les précipitations. C’est l’un des enseignements majeurs de l’étude « Étude de l’impact de l’usage et du changement d’usage des sols sur le recyclage de l’humidité et les régimes de précipitation », publiée en 2021 par Sofie A. te Wierik, Erik L. H. Cammeraat, Joyeeta Gupta et Yael A. Artzy-Randrup, et traduite en français par Fanny Morizot pour le compte de l’association Pour une hydrologie régénérative.
Cette revue de 99 études scientifiques s’intéresse à un phénomène encore trop peu pris en compte : lerecyclage continental de l’humidité. Une partie de l’eau présente dans les sols et les végétaux retourne dans l’atmosphère par évaporation et transpiration, puis peut être transportée par les vents avant de contribuer à de nouvelles précipitations, parfois très loin de son lieu d’origine.
Les grandes idées clés à retenir
1. L’eau ne fait pas que « tomber du ciel » : les paysages participent à fabriquer la pluie
L’une des idées fondamentales de l’article est que la végétation joue un rôle actif dans le cycle de l’eau.
L’eau verte — l’humidité du sol disponible pour les végétaux — est au cœur de cette dynamique. La végétation agit notamment sur l’infiltration, le stockage de l’eau, l’évaporation et la transpiration. Une partie de cette eau retourne ensuite dans l’atmosphère et peut contribuer à des précipitations plus loin.
À l’échelle mondiale, l’article rappelle qu’une part importante des précipitations continentales est ainsi régulée par la végétation. Le changement de couverture des sols peut donc modifier non seulement l’eau disponible dans le sol, mais aussi les régimes de pluie au-dessus et en aval des territoires concernés.
Le paysage n’est pas simplement un réceptacle de la pluie ; il participe au fonctionnement du cycle des précipitations.
2. Les précipitations sont connectées entre territoires
L’article montre que l’eau évaporée ou transpirée par la végétation peut être transportée par l’atmosphère sur des centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres avant de retomber sous forme de pluie. Cela conduit à une notion particulièrement intéressante : le « bassin source des précipitations » (precipitationshed).
À l’image d’un bassin versant qui relie une source à un cours d’eau, le bassin source des précipitations désigne les territoires situés « en amont » qui contribuent, par leur évaporation et leur transpiration, aux précipitations reçues par un territoire donné.
Conséquence majeure : une modification du paysage peut avoir des effets hydrologiques très loin de l’endroit où elle se produit.
3. La déforestation peut enclencher des boucles de dégradation
La revue fournit des éléments montrant que la déforestation peut notamment réduire les précipitations locales, diminuer les précipitations sous le vent, perturber le recyclage de l’humidité, intensifier les sécheresses, retarder le début de la saison des pluies et, dans certaines situations particulières, provoquer au contraire des augmentations locales de précipitations par des mécanismes microclimatiques.
L’un des phénomènes particulièrement intéressants est la boucle de rétroaction sécheresse–dégradation de la végétation : moins de végétation peut signifier moins d’évapotranspiration, moins d’humidité disponible pour l’atmosphère, davantage de sécheresse, puis une végétation encore plus vulnérable.
4. Se dire que « plus d’arbres = plus de pluie » est une simplification excessive
L’article ne dit pas que planter des arbres produit automatiquement davantage de pluie. Les effets de la végétation sur les cycles de l’eau dépendent du climat, de la topographie, de la disponibilité en eau, de la végétation et de sa localisation, de l’échelle spatiale, de la saison et des interactions complexes entre sol, végétation et atmosphère.
La conclusion de la revue est donc prudente : la restauration de la végétation peut renforcer le recyclage de l’humidité dans certaines situations, mais les conditions dans lesquelles cela se produit restent à mieux comprendre.
5. Retenir l’eau dans les paysages peut avoir une dimension climatique
Dans les régions où l’eau est limitante, il existe des liens entre : sol vivant → infiltration → stockage de l’eau → végétation → évapotranspiration → humidité atmosphérique → précipitations.
Les auteurs soulignent notamment que, dans certaines régions sèches, retenir l’eau localement plutôt que favoriser son ruissellement rapide pourrait contribuer à renforcer les précipitations locales pendant certaines périodes.
Il faut cependant présenter cela comme un mécanisme étudié et dépendant du contexte, et non comme une relation automatique.
6. Les « hotspots » hydrologiques méritent une attention particulière
La revue identifie des zones où les interactions entre végétation, évaporation et précipitations semblent particulièrement importantes comme les zones de transition, les régions semi-arides et de mousson, les régions montagneuses, certaines zones situées le long des gradients océan–continent ou encore les zones de convergence atmosphériques.
Ces territoires pourraient constituer des zones stratégiques à protéger ou à restaurer, car leur dégradation pourrait avoir des conséquences hydrologiques dépassant largement leurs frontières.
7. Il apparaît nécessaire de changer d’échelle dans notre manière de gérer l’eau
La gestion conventionnelle de l’eau raisonne souvent en termes de pluie → parcelle → bassin versant → rivière → mer.
L’article invite à compléter cette représentation par une autre dimension : sol → végétation → évapotranspiration → atmosphère → transport → précipitations → territoire récepteur.
Autrement dit, le bassin versant n’est pas le seul espace pertinent pour penser l’eau, il faut également considérer les connexions atmosphériques.
8. Une invitation à revoir les modes de gouvernance
Si un territoire situé « en amont atmosphérique » contribue aux précipitations d’un autre territoire, alors les décisions prises sur les sols ne concernent plus seulement leurs propriétaires ou leur bassin versant.
L’article propose trois grandes familles d’outils :
la planification spatiale, notamment pour protéger les zones sources importantes ;
les études d’impact, intégrant les effets hydrologiques à distance ;
la fixation de limites, par exemple pour éviter que l’augmentation de la productivité végétale ne consomme excessivement l’eau disponible.
Les auteurs insistent également sur la nécessité d’intégrer les arbitrages sociaux, environnementaux et transfrontaliers.
Restaurer les paysages : un enjeu hydrologique
L’étude apporte un enseignement essentiel : l’état des paysages participe au fonctionnement du cycle de l’eau.
C’est précisément ce qui nous intéresse dans l’approche de l’hydrologie régénérative. En restaurant la capacité des sols et des paysages à infiltrer, stocker, évaporer, transpirer et faire circuler l’eau, nous cherchons à retrouver des territoires capables de mieux réguler leurs échanges avec l’atmosphère et de renforcer leur résilience face aux sécheresses et aux excès d’eau.
L’enjeu n’est donc pas simplement de « gérer l’eau » lorsqu’elle arrive, mais de prendre soin des paysages qui participent à son cycle.
L’hydrologie régénérative défend une approche systémique : restaurer les sols, la végétation et les paysages, c’est aussi restaurer les fonctions hydrologiques qui les relient entre eux — et qui nous relient à l’eau, jusque dans l’atmosphère.
Avec une précaution importante : l’article fournit des arguments scientifiques solides en faveur d’une prise en compte de ces interactions, mais ne permet pas de transformer cette idée en recette universelle de restauration des pluies.
Cette étude est particulièrement intéressante car elle provient d’une parcelle conduite en agriculture biologique. Autrement dit, dans cet essai, la comparaison des modalités de travail du sol n’est pas brouillée par des différences de traitements phytosanitaires chimiques de synthèse. Les chercheurs ont comparé quatre pratiques : labour traditionnel à 30 cm, labour agronomique à 18 cm, travail réduit à 15 cm sans retournement et travail superficiel à seulement 7 cm. Le résultat visuel est frappant : la composition de la faune du sol change fortement à mesure que l’intensité et la profondeur du travail diminuent. Avec le labour profond, les vers de terre endogés dominent très largement. Lorsque le travail devient plus superficiel, les vers épigés et anéciques prennent davantage de place, tout comme plusieurs groupes de prédateurs du sol tels que les carabes et les staphylins. Pourquoi ? Parce qu’une charrue n’est pas neutre biologiquement. Elle retourne les horizons, détruit ou perturbe des galeries, enfouit les résidus et modifie profondément l’habitat des organismes du sol. Et c’est précisément l’intérêt de cet essai en bio : on ne peut pas attribuer ces différences aux pesticides de synthèse. Le facteur expérimental mis en avant ici est le type et la profondeur du travail du sol.
Cela rappelle une chose essentielle : la biodiversité d’un sol ne se résume pas à « avec ou sans pesticides ». La perturbation mécanique du sol est elle aussi un facteur majeur.
Source : essai ISARA-Lyon, site expérimental de Thil, programme Bioindicateurs 2 de l’ADEME, Vian (2011), repris dans Impact du travail du sol sur son fonctionnement biologique.
🌿 Quand les plantes peuvent aussi « boire » par leurs feuilles
Une plante se nourrit principalement en eau par ses racines. Mais ce n’est pas sa seule porte d’entrée.
La recherche montre que de nombreuses plantes peuvent absorber de l’eau directement par leurs organes aériens, notamment leurs feuilles. Ce phénomène est appelé absorption foliaire d’eau (foliar water uptake).
🌧️ Le système eau–plante–atmosphère est plus complexe qu’on ne le pense
☁️ ATMOSPHÈRE pluie • rosée • brouillard • condensation🌿 FEUILLES absorption foliaire possible🌱 PLANTE → RACINES → SOL eau du sol → racines
L’eau peut donc entrer par le sol et les racines, mais aussi, chez de nombreuses espèces, par les surfaces aériennes lorsque les conditions sont favorables. L’absorption foliaire peut réhydrater localement les tissus et, selon l’espèce et les conditions, contribuer au bilan hydrique de la plante.
💧 LE SAVIEZ-VOUS ?
Des études montrent une capacité d’absorption foliaire dans des plantes appartenant à de nombreuses familles et à des biomes très différents. L’eau peut provenir de la pluie, de la rosée ou du brouillard et pénétrer par différentes voies de la surface foliaire. L’importance de ce phénomène varie fortement selon les espèces.
Attention : une atmosphère très humide ne signifie pas automatiquement qu’une plante absorbe beaucoup d’eau. La présence d’une source d’eau et d’un gradient de potentiel hydrique favorable sont déterminants. L’eau liquide déposée sur les feuilles — pluie, rosée, brouillard ou condensation — est particulièrement importante.
🌫️ Pluie, rosée, brouillard : plusieurs formes d’eau disponibles
🌧️Pluie💧Rosée🌫️Brouillard🌿Feuillage mouillé eau disponible à la surface → absorption foliaire possible
🔬 CE QUE DIT LA SCIENCE
Une synthèse publiée dans Plant, Cell & Environment conclut que l’absorption foliaire d’eau est observée dans des plantes de nombreuses familles et de nombreux biomes. Elle dépend notamment des gradients de potentiel hydrique et des caractéristiques de la surface foliaire. Les voies d’entrée peuvent impliquer la cuticule, les stomates ou des structures spécialisées.
Mais il faut rester prudent : toutes les plantes n’absorbent pas l’eau par leurs feuilles avec la même efficacité, et la quantité absorbée peut être faible par rapport à l’alimentation racinaire. Il s’agit d’une voie complémentaire, dont l’importance dépend de l’espèce et de l’environnement.
🌾 Pourquoi les SCV changent la façon de regarder l’eau
Les Systèmes de Culture sous Couverture Végétale ne se limitent pas à « ne pas labourer ». Ils cherchent à maintenir le sol couvert, à favoriser l’infiltration, à réduire l’évaporation et à maintenir un fonctionnement biologique actif.
La FAO rappelle que la couverture organique protège le sol, favorise l’infiltration et limite l’évaporation de l’humidité du sol. Des travaux récents sur les cultures de couverture et le travail réduit confirment également des effets favorables sur l’humidité du sol et l’infiltration.🌧️ PLUIE🌿 COUVERT VÉGÉTAL + RÉSIDUS🌍 SOL PROTÉGÉ → infiltration ↑ • évaporation ↓
Le couvert agit donc comme une interface entre l’atmosphère et le sol. Il intercepte une partie des précipitations, protège la surface, modifie le microclimat et contribue à conserver l’eau dans le système. La plante elle-même devient également une interface active entre atmosphère et sol.
📌 À RETENIR
Les racines restent la principale voie d’alimentation en eau pour la plupart des cultures. Mais elles ne sont pas l’unique voie possible. La feuille peut, dans certaines circonstances, récupérer une partie de l’eau déposée sur sa surface.
En période de déficit hydrique, une pluie ou une rosée peut donc avoir un effet direct sur la réhydratation de la végétation, sans attendre que toute l’eau atteigne le sol puis les racines.
🌍 Repenser le cycle de l’eau dans l’agriculture
Cette connaissance nous invite à dépasser une vision trop simple du cycle de l’eau :
Pluie → sol → racines → plante → atmosphère
Le système réel ressemble davantage à un réseau d’échanges :
Dans cette vision, la végétation n’est pas seulement une consommatrice d’eau. Elle participe à son interception, à sa redistribution, à son stockage temporaire et à ses échanges avec l’atmosphère.
📌 Conclusion — Chaque goutte compte
Comprendre l’absorption foliaire ne signifie pas que les racines deviennent secondaires. Cela signifie que le fonctionnement hydrique d’une plante est plus intelligent et plus complexe que le simple schéma « racines qui boivent, feuilles qui transpirent ».
Pour l’Agriculture de Conservation des Sols et les SCV, cette vision est particulièrement intéressante : il faut raisonner non plus seulement en termes de réserve d’eau dans le sol, mais en termes de système sol–plante–atmosphère.
Conserver l’eau, ralentir son départ, favoriser son infiltration, maintenir le sol couvert, préserver la vie du sol et comprendre les capacités de la plante à utiliser les différentes sources d’eau : voilà une autre manière de penser l’agriculture face au stress hydrique.
🌱 Ne considérons plus la pluie comme une simple recharge du sol. Elle peut aussi, parfois, être une aide directe pour la plante.
Sources scientifiques principales : revues et travaux sur l’absorption foliaire d’eau (Plant, Cell & Environment ; Oecologia ; Trends in Plant Science ; Journal of Experimental Botany) et FAO sur la couverture des sols en Agriculture de Conservation.
Nous vivons une contradiction permanente et absurde. Tous les hivers, les mêmes territoires sont inondés. Tous les étés, les mêmes territoires se retrouvent à sec. On nous explique alors que « l’eau manque ». Pourtant cette eau est passée chez nous. Elle a simplement été évacuée le plus rapidement possible vers la mer au lieu d’être retenue, infiltrée et remise en circulation dans les terres.
L’eau n’est jamais réellement « usée ». Elle est maltraitée. Elle est jetée. Elle est empêchée de faire son travail.
Cette réflexion part de constats simples et anciens :
Plus les continents sont verts, plus ils ont d’eau.
Sans eau, le soleil devient notre ennemi.
La disparition de la couverture végétale des sols est à l’origine de la plupart des maux que nous observons sur la Terre et dans la terre.
L’augmentation des températures et du taux de CO₂ ne sont pas les causes premières de nos difficultés hydriques ; elles en sont souvent les conséquences de la désertification progressive des sols.
À ces constats s’ajoute un scandale silencieux : les matières organiques issues des effluents humains – qui sont des fertilisants essentiels à la vie des sols agricoles – sont massivement gaspillées. Au lieu de retourner aux terres pour les nourrir, les hydrater et les rendre performantes, elles sont rejetées dans les rivières et finissent dans la mer. Ce dossier primordial a toujours été très mal géré par nos décideurs. Il est d’ailleurs très mal vu dans les campagnes électorales, car il oblige à parler de budget impossible, d’égouts, de boues et de recyclage réel plutôt que de slogans électoralement porteur.
Pourtant, l’efficacité de la récupération des fertilisants en cycles fermés est la principale solution à notre sécurité alimentaire. Un sol vivant, hydraté, performant et robuste est capable de filtrer l’eau, de retenir l’humidité et de produire des aliments à haute valeur nutritionnelle. Un sol mort et sec n’a pas cette faculté… C’est pourtant exactement l’inverse de ce que nous organisons aujourd’hui en réduisant les cycles de l’eau.
L’objectif de ce document est de redonner aux citoyens les clés d’un minimum de compréhension du fonctionnement réel de la Nature. Il s’agit de remettre du bon sens dans les débats sur l’eau, les sécheresses, les inondations, l’agriculture, l’alimentation et l’avenir robuste de l’humanité.
La solution est limpide : faire l’inverse de presque tout ce qui a été fait pendant ces dernières années. Retenir l’eau dans les terres par tous les moyens possibles, recycler réellement l’eau et les matières organiques, au lieu de tout jeter à la mer.
En agriculture , les sols compactés sont une catastrophe pour la gestion de l’eau des cultures…
Chapitre 2 – Le sol vivant et la végétation :
La pompe, l’éponge et le fertilisant
Tout commence par le sol.Lorsqu’un sol est tassé, compacté, appauvri en vie biologique et en matière organique, l’eau de pluie glisse en surface. Elle ruisselle, érode, provoque des crues rapides et n’alimente ni les racines ni les nappes phréatiques.
C’est le schéma classique du sol mort ou mourant.
Lorsqu’un sol est vivant – structuré, aéré par les racines et les vers de terre, riche en matière organique, riche en activité biologique – l’eau descend, circule . Elle s’infiltre, est stockée, mise à disposition des plantes, et rejoint lentement les réserves souterraines ou peut même, dans certaines conditions remonter vers les racines des plantes par capillarité. Chaque goutte de pluie devrait idéalement passer par les sols. C’est la condition première d’un cycle hydrologique sain. Cela implique aussi de viser, autant que possible, aucun rejet direct en rivière des eaux qui pourraient s’infiltrer.La végétation joue un rôle encore plus actif. Elle fonctionne comme une pompe à eau infatigable. Elle puise l’eau dans le sol, bien sûr. Mais elle utilise aussi une part conséquente de l’humidité de l’air : rosées, brouillards, pluies fines, moments d’hygrométrie favorable. Elle fait monter cette eau, la fait circuler, puis la restitue à l’atmosphère par transpiration.Cette circulation permanente entretient les cycles complexes de l’eau. Elle crée de la fraîcheur locale, de l’humidité relative, et participe au recyclage de l’eau à l’échelle géographique. Faire circuler l’eau avec la végétation n’est pas un accessoire : c’est ce qui maintient la vie.Mais un sol et son activité biologique ne reste vivant que s’il est nourri. Or les matières organiques issues des effluents humains sont précisément des fertilisants essentiels (azote, phosphore, potassium, carbone organique). Au lieu de les renvoyer aux sols agricoles pour les rendre plus robustes, plus capables de retenir l’eau et de produire des aliments de qualité, nous les gaspillons massivement. Les agriculteurs, eux sont capables de gérer correctement les effluents des animaux de leur élevage depuis longtemps, mais la société peut faire beaucoup mieux…Un sol privé de ces retours de matière organique s’appauvrit, se tasse, perd sa capacité de filtration et devient progressivement un désert.Un sol sec est un sol mort. Un sol mort devient un désert. Maintenir les sols en vie avec de l’eau et avec les fertilisants organiques recyclés n’est donc pas une option : c’est la base de la sécurité alimentaire et de la résilience.
Chapitre 3 – L’évaporation n’est plus un problème :
Elle est la base du cycle et de la solidarité géographique
Dans la représentation dominante, l’évaporation est souvent présentée comme une « perte ». C’est une erreur fondamentale.L’évaporation (et plus précisément l’évapotranspiration) est le moteur du cycle de l’eau. C’est elle qui permet à l’eau de se déplacer, de créer de la solidarité géographique, de retomber plus loin sous forme de pluie. L’eau qui s’évapore ici ne disparaît pas : elle participe à la vie ailleurs.Plus un territoire est vert et vivant, plus il recycle l’eau, plus il en conserve localement, et plus il en envoie vers d’autres régions. C’est une loi ancienne, observable sur tous les continents. Les grands déserts et les zones dévegetalisées montrent exactement l’inverse : l’eau y circule mal, s’évapore brutalement ou ruisselle sans profiter au sol.La sécheresse n’est donc pas seulement un manque de pluie. C’est d’abord un manque de circulation de l’eau. Et cette circulation dépend directement de la présence de sols vivants, hydratés et nourris en matière organique.
Chapitre 4 – Le grand dysfonctionnement urbain :
Le « tout-à-l’égout » est un « tout-à-la-rivière » qui gaspille l’eau et les fertilisants
Les villes gèrent-elles correctement l’eau (et les matières organiques) que la campagne et les habitants leur confient ? La réponse, aujourd’hui, est non.Recycler l’eau ne signifie pas l’évacuer et la jeter. Or c’est exactement ce que font la plupart des agglomérations françaises. Dès qu’il pleut un peu fort, les stations d’épuration saturent. Elles se vident alors directement dans les rivières. Ce n’est pas un accident exceptionnel : c’est le fonctionnement normal du système unitaire encore largement dominant. À chaque pluie, partout en France, c’est le même scénario.Des millions de mètres cubes d’eau et des millions de tonnes de matière organique sont ainsi rejetés chaque année dans les cours d’eau au lieu d’être recyclés vers les sols agricoles. Les stations d’épuration « à la française » ne traitent par ailleurs quasiment pas les médicaments et de nombreux micropolluants. Le résultat est une contamination chronique de nombreux territoires. On préfère souvent ne pas en parler, car ce dossier est politiquement très sensible et très mal vu en période électorale.Cette logique a une double conséquence catastrophique :
Les prélèvements d’eau ne sont pas rendus aux bassins versants. Ils sont jetés en rivière après un traitement sommaire, puis finissent dans la mer. Les nappes phréatiques baissent non pas parce qu’il n’y a plus d’eau, mais parce que l’eau n’est plus recyclée là où elle devrait l’être.
Les matières organiques et les fertilisants essentiels (azote, phosphore, etc.) sont perdus pour les sols agricoles. Au lieu de nourrir la terre qui nous nourrit, ils polluent les rivières et les mers.
Le « tout-à-l’égout » est devenu un « tout-à-la-rivière » qui aboutit à la mer. C’est une désertification organisée des sols agricoles et un gaspillage massif de fertilisants naturels. Ce dossier primordial a toujours été très mal géré par nos décideurs, précisément parce qu’il oblige à sortir des discours confortables.
Chapitre 5 – L’eau qui manque l’été est toujours passée l’hiver – et les fertilisants aussi
Tous les hivers, la France laisse partir à la mer environ dix fois plus d’eau que l’ensemble de ses besoins annuels. Avec cette eau partent aussi les matières organiques et les nutriments qui auraient dû retourner aux sols.On est inondé l’hiver et à sec l’été aux mêmes endroits. Dans ces conditions, affirmer que « l’on manque d’eau » est une mystification. Tant qu’il y a des inondations, c’est qu’il n’y a pas assez de rétention. Après les feux de forêt viennent les inondations, et l’on recompte les morts et les milliards d’euros de dégâts.L’eau qui nous manque l’été est toujours passée par chez nous l’hiver. Elle a simplement été accélérée vers la mer au lieu d’être ralentie, stockée, infiltrée… et enrichie des fertilisants organiques qui auraient permis aux sols de la retenir et de la valoriser.
Chapitre 6 – Histoire et perte du bon sens
Les périodes chaudes et sèches ne sont pas le monopole du XXIe siècle. Les cartes de Cassini (fin XVIIIe – début XIXe siècle) montrent un paysage français déjà parsemé de nombreux étangs, mares et zones humides qui servaient de réserves et de régulateurs naturels.
En quelques années seulement, la politique de « continuité écologique » des cours d’eau, appliquée de façon souvent dogmatique, a fait disparaître des milliers d’ouvrages qui ralentissaient l’eau, créaient des retenues et favorisaient l’infiltration. On a ainsi ruiné des millénaires de bon sens hydrologique et paysan.Ce qui était autrefois considéré comme de la sagesse (retenir l’eau, créer des réserves, maintenir des zones humides, retourner la matière organique à la terre) est devenu suspect. Ce qui accélère le départ de l’eau et des fertilisants vers la mer a été présenté comme un progrès écologique.
Chapitre 7 – Irrigation, réserves et maintien de la vie des sols : sécurité alimentaire et valeur nutritionnelle
On ne construit pas des retenues « pour les sécheresses ». On les construit d’abord pour les inondations qui coûtent des milliards chaque année.On ne construit pas des « bassines pour les agriculteurs ». On construit des bassins de rétention pour mettre enfin les villes aux normes, recycler l’eau et les matières organiques, cesser de polluer rivières et mers, et rendre cette eau et ces fertilisants aux terres. On aimerait voir aussi les villes verdir et investir dans du stockage d’eau brute pour aussi participer à l’amélioration des cycles hydriques. L’irrigation agricole n’est pas l’ennemie. Elle peut et doit faire partie de la solution pour l’« eau alimentaire ». Deux conditions sont essentielles :
augmenter fortement son efficacité ;
ne pas l’interdire en cours de cycle cultural non achevé.
Couper l’eau à une culture déjà engagée, c’est gaspiller l’eau déjà utilisée et compromettre la production. Mieux vaut « plus d’eau efficace, plus longtemps ».Mais l’eau seule ne suffit pas. Un sol performant, robuste, capable de filtrer l’eau et de produire des aliments à haute valeur nutritionnelle a besoin de matière organique. Les effluents humains, correctement traités et recyclés, sont précisément ces fertilisants essentiels. Les gaspiller est une faute stratégique majeure pour la sécurité alimentaire.Ceux qui végétalisent l’été en constituant des réserves l’hiver (en particulier les agriculteurs qui nous nourrissent et nous climatisent) ne devraient pas être criminalisés. Ceux qui jettent l’eau douce et la matière organique en mer devraient l’être.Un sol sec est un sol mort. Un sol privé de retour de matière organique est un sol qui meurt à petit feu. Maintenir les sols en vie avec de l’eau et avec les fertilisants recyclés est la pratique de tous les pays qui veulent réellement la sécurité alimentaire et des populations en bonne santé.
Chapitre 8 – La seule voie cohérente : retenir, recycler l’eau et les fertilisants, verdir
La solution est unique et cohérente :
Mettre les villes aux normes (séparation des réseaux, rétention à la source, traitement réel des micropolluants, et surtout récupération efficace des matières organiques et des fertilisants).
Retenir l’eau dans les terres par tous les moyens possibles.
Restaurer massivement la couverture végétale des sols.
Cesser de jeter l’eau douce et la matière organique à la mer.
Fermer les cycles : l’eau et les fertilisants doivent retourner aux sols agricoles.
Une simple mise aux normes des agglomérations, centrée sur le recyclage réel de l’eau et des fertilisants, réglerait une grande partie du problème. On aurait alors collectivement trop d’eau plutôt que pas assez, et des sols plus vivants, plus hydratés, plus performants et plus capables de produire des aliments de qualité nutritionnelle élevée.À l’inverse, continuer à couper l’eau aux agriculteurs et à accélérer l’évacuation vers la mer, c’est préparer des déserts sans eau et sans vie, et finir par manger de la poussière.Pour vendre ce qui est gratuit, il faut organiser les pénuries. La « guerre de l’eau » telle qu’elle est menée depuis des années a fait perdre à la France des dizaines d’années et des milliards d’euros… dans un pays où même les pompiers manquent de réserves d’eau. Ce dossier des stations d’épuration et du retour des fertilisants aux sols reste soigneusement évité dans les campagnes électorales, alors qu’il est central pour notre avenir.
Chapitre 9 – Conclusion et appel citoyen
L’eau qui nous manque l’été est toujours passée par chez nous l’hiver. Les fertilisants qui manquent aux sols agricoles sont tous les jours jetés à la rivière.Le choix qui s’offre à nous est clair : continuer à accélérer le départ de l’eau et des matières organiques vers la mer, ou enfin les retenir, les recycler et les faire travailler avec les sols vivants et la végétation.Mettre les villes aux normes, restaurer la rétention, verdir massivement, récupérer les fertilisants essentiels issus des effluents humains et cesser de montrer du doigt ceux qui maintiennent la vie dans les sols : voilà le chemin du bon sens.Ce livre blanc n’est pas un texte technique réservé aux spécialistes. C’est un outil citoyen. Il vise à augmenter les connaissances de chacun pour que les débats publics cessent d’être des combats de slogans et redeviennent des discussions sur le fonctionnement réel de la Nature.Un sol vivant, hydraté, nourri en matière organique recyclée, est capable de filtrer l’eau, de résister aux extrêmes et de nous nourrir correctement.
C’est la principale solution à notre sécurité alimentaire et à la robustesse de notre avenir.L’eau est recyclable à l’infini. Les fertilisants organiques aussi. Encore faut-il cesser de les jeter.
Repenser la sécheresse : Restaurer les cycles de l’eau pour un avenir durable
La sécheresse n’est pas un simple « manque d’eau ». 💦 Nous vivons sur une planète bleue où l’eau est partout : océans, rivières, sols, plantes, glaciers et même dans l’air que nous respirons sous forme de vapeur invisible.
Alors pourquoi tant de sécheresse , d’incendies ..? Parce que nous avons rompu les cycles naturels de l’eau. L’eau ne disparaît pas : elle circule. Quand ce cycle est brisé, elle s’évapore sans retomber sous forme de pluie utile ou ruisselle sans être retenue.
Aujourd’hui, les incendies qui ravagent forêts et champs agricoles illustrent tragiquement cette rupture. En détruisant la végétation, le feu supprime les acteurs principaux du cycle : les plantes qui transpirent, rafraîchissent l’air, produisent des bioaérosols et retiennent l’eau dans les sols. Moins de végétation = moins de nuages de basse altitude, plus de chaleur, plus d’évaporation stérile, et des sols qui s’assèchent durablement. Un cercle vicieux que l’homme a largement accéléré.
Les deux grands échecs qui créent la sécheresse
L’incapacité à transformer la vapeur d’eau en nuages viables et en pluie Les plantes émettent des bioaérosols (minuscules particules biologiques) qui servent de noyaux de condensation. Sans eux, la vapeur d’eau reste souvent en suspens ou forme des nuages trop hauts qui ne donnent pas de pluie. Une forêt dense agit comme une véritable « usine à pluie » locale.
L’incapacité à retenir et à faire circuler l’eau dans les sols et les écosystèmes Sols dégradés, compaction, monocultures, drainage excessif… L’eau ne s’infiltre plus. Elle ruisselle, emportant la terre fertile, et accentue l’érosion et les crues brutales ailleurs.
L’homme a massivement détruit ou simplifié la végétation : déforestation, artificialisation des sols, agriculture intensive et expansion urbaine démesurée. Résultat : des territoires qui ne savent plus réguler la chaleur ni recycler l’eau.
Les villes, devenues de véritables îlots de chaleur urbains par absence de végétation, absorbent et stockent inutilement une quantité massive de chaleur le jour pour la restituer la nuit. Sans arbres, sans sols perméables ni espaces verts, ces zones artificialisées accentuent le réchauffement local, modifient les circulations atmosphériques et réduisent encore la formation de nuages et de pluies bénéfiques sur des centaines de kilomètres autour.
Cette approche de courte vue est malheureusement renforcée par des décisions politiques souvent motivées par le calendrier électoral plutôt que par une réelle sérénité climatique à long terme. La pression exercée par certaines ONG, parfois plus idéologique que pragmatique, oriente fréquemment les choix des décideurs vers des mesures restrictives au lieu de favoriser la régénération active des sols et des paysages vivants.
Solutions concrètes : reconstruire les cycles vivants
Pour inverser la tendance, nous devons redevenir des alliés des processus naturels :
Restaurer des paysages qui retiennent l’eau : bassins d’infiltration, haies, mares, swales (rigoles en courbe de niveau), terrasses. L’objectif n’est pas seulement de stocker, mais de permettre à l’eau de s’infiltrer lentement et de nourrir la vie du sol.
Régénérer les sols vivants : introduire des micro-organismes (mycorhizes, bactéries, champignons) via compost, purins, couvertures végétales permanentes. Un sol riche en vie absorbe jusqu’à 20 fois plus d’eau qu’un sol mort.
Multiplier la végétation diversifiée : planter, mais surtout laisser pousser une mosaïque d’arbres, arbustes, herbacées et cultures de couverture. Plus il y a de feuillage transpirant, plus le microclimat se rafraîchit et plus les bioaérosols favorisent la formation de nuages bas. La diversité est clé : une monoculture ne remplace jamais une forêt ou une prairie naturelle.
Intégrer l’élevage régénératif : des animaux bien conduits (rotations courtes et fréquentes) piétinent, fertilisent et stimulent la repousse. Ils deviennent des outils de régénération du sol au lieu d’être une source de dégradation.
Protéger et restaurer les zones humides et les forêts existantes : ce sont nos meilleurs alliés contre la sécheresse et les incendies. Une forêt mature régule mieux la température et le cycle de l’eau qu’une plantation récente.
Conclusion : L’eau est la vie, elle doit circuler
La sécheresse n’est pas une fatalité climatique inéluctable. C’est avant tout le symptôme d’un déséquilibre dans la façon dont nous avons traité la végétation et les sols.
En restaurant des paysages riches, vivants et diversifiés, nous réactivons les cycles infinis de l’eau : évaporation → condensation → pluie → infiltration → transpiration → nouvelle évaporation.
Chaque arbre planté, chaque hectare de sol régénéré, chaque haie restaurée est un acte de résilience collective. L’eau ne nous appartient pas : elle passe. Notre rôle est de lui offrir les conditions pour qu’elle circule harmonieusement et nourrisse toute la vie.
🌱 L’avenir durable passe par le retour du vert.
Appel à l’action
Et vous, que pensez-vous ? Avez-vous déjà observé des initiatives locales de régénération des sols ou de restauration des cycles de l’eau dans votre région ? Partagez vos expériences ou vos idées en commentaire.
Si cet article vous a plu, partagez-le pour faire circuler ces idées essentielles.
Vous souhaitez aller plus loin et recevoir régulièrement des articles sur l’écologie pratique, la régénération des sols et la souveraineté alimentaire ? Inscrivez-vous à la newsletter de lucienseguy.fr (gratuite) pour ne rien manquer.
Merci de votre lecture et de votre engagement pour un monde plus vivant et plus résilient ! 🙏
La chaleur n’est pas forcément l’ennemi de la production agricole : elle accélère la vie, le cycle des plantes !
Retour d’expérience concret (Nièvre) – 17 juillet 2026
Alors que les médias et certains commentateurs ne parlent que de « chaleur excessive » et de catastrophe climatique, je reviens d’une tournée 200 % agriculture au Brésil et en Bolivie. Le constat est sans appel : la chaleur, quand on sait la gérer, est un formidable accélérateur de croissance et de production pour les plantes adaptées.
Photo du 17 juillet 2026 : mesure des plantes avec des piges. À gauche, 1 mètre. À droite, 2 mètres. Tout cela en seulement 70 jours depuis le semis du 8 mai 2026.
Le protocole :
Mélange de tournesol population + maïs population
Aucune fertilisation chimique
Sol vivant (c’est la clé)
Irrigation raisonnable mais disponible à volonté
Résultat : une explosion de biomasse malgré (ou plutôt grâce à) les températures élevées de cet été 2026 et de l’eau disponible .
Ce que j’observe ici… et ailleurs
Les plantes d’origine tropicale comme le maïs et le tournesol adorent la chaleur dès qu’elles disposent d’eau et d’un sol biologiquement actif. Leur métabolisme s’accélère, la photosynthèse tourne à plein régime, le cycle se raccourcit et la luminosité estivale renforce l’effet.
C’est exactement ce que je constate depuis des années dans les Campos du Brésil et de Bolivie que je visite régulièrement. Avec des températures similaires aux nôtres cet été, les agriculteurs y réalisent deux récoltes importantes par an (parfois plus) depuis très longtemps.
Et surtout : ils le font sans aucun travail mécanique du sol, en Agriculture de Conservation des Sols (ACS) et en Système de Culture sur Couvert Végétal (SCV). Nos régions tempérées n’ont pas suffisamment évolué dans cette réflexion sur le sol vivant et l’innovation agronomique. Pourtant, je pratique moi-même ces techniques SCV inspirées de Lucien Séguy dans le centre de la France depuis plus de 30 ans.
Chaleur + gestion de l’eau + sol vivant = biomasse abondante = production robuste.
Chez nous, en France, au lieu de craindre systématiquement la chaleur, nous devrions apprendre à la domestiquer.
Pourquoi tant de discours négatifs …?….Je comprends la peur face aux extrêmes. Mais il faut arrêter de tout diaboliser. Quand on a :
Un sol vivant (riche en matière organique, vers de terre, champignons mycorhiziens…),
De l’eau disponible au bon moment,
… la chaleur devient un allié pour la végétation . Le sol reste ultra-performant, la biomasse s’envole, et la plante accélère son développement comme en climat tropical.
Le vrai problème, ce n’est pas trop de chaleur, c’est le manque d’organisation face à la chaleur.
Dans nos zones tempérées, pour la production agricole, on a plus à craindre des manques de température qui bloquent la croissance de la végétation. Sans eau, l’activité biologique du sol s’effondre et les plantes stressent. Avec de l’eau et un sol vivant, elles prospèrent.
L’eau :
l’élément vital
C’est pour cela que je le dis clairement : s’opposer aux réserves d’eau « hiver pour été » est une grave erreur.
Notre planète est bleue.
La végétation a besoin d’eau pour fonctionner. En lui en donnant les moyens, elle nous le rendra en stabilisant les cycles, en produisant plus de biomasse et en favorisant le retour des pluies.
D’ailleurs, nos ancêtres l’avaient bien compris.
Regardez les cartes de Cassini sur Géoportail : la France rurale du XVIIIe siècle était couverte de petits et grands étangs, de mares et de retenues. Ils assuraient l’eau pour les animaux, la pisciculture et l’agriculture pendant les périodes sèches. Beaucoup de digues existent encore aujourd’hui. Il suffit d’observer.
Message aux agriculteurs et aux curieux
Arrêtons d’avoir peur. Apprenons à gérer ces nouvelles contraintes climatiques à notre avantage.
Organisons nos sols pour qu’ils retiennent mieux l’eau et restent vivants et robustes avec une activité biologique maximum.
Choisissons des variétés et des mélanges adaptés.
Créons des réserves d’eau intelligentes.
Observons, expérimentons, documentons.
La nature est bien plus résiliente qu’on ne le dit. À nous de l’accompagner intelligemment pendant cette période de transition climatique.
La chaleur n’est pas notre ennemie. Mal gérée, elle peut le devenir. Bien accompagnée, elle devient une opportunité.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous aussi constaté une accélération de croissance cette année ? Partagez vos observations en commentaire.
Dans cette conférence, Olivier Husson, chercheur au CIRAD, propose une vision originale et profondément systémique de l’agriculture. Son objectif est de montrer que les défis actuels – changement climatique, dégradation des sols, baisse de la fertilité, maladies des cultures et dépendance aux intrants – ne peuvent être résolus uniquement par des solutions techniques ou chimiques. Ils nécessitent une meilleure compréhension des mécanismes fondamentaux qui gouvernent le vivant.
Le cœur de son raisonnement repose sur deux paramètres physico-chimiques essentiels : le pH, qui traduit l’équilibre des protons (H⁺), et le potentiel d’oxydoréduction (Eh), qui reflète les échanges d’électrons. Selon lui, ces deux grandeurs constituent une véritable « carte d’identité énergétique » des sols, des plantes et des micro-organismes. Leur équilibre conditionne le bon fonctionnement des écosystèmes agricoles.
Olivier Husson explique que la photosynthèse est la principale source d’énergie du monde vivant terrestre. En captant l’énergie solaire, les plantes réduisent le carbone atmosphérique et produisent la matière organique qui nourrit l’ensemble des organismes. À l’inverse, les différents stress – sécheresse, excès d’eau, carences nutritionnelles, attaques parasitaires ou pratiques agricoles inadaptées – provoquent des phénomènes d’oxydation qui affaiblissent les plantes et diminuent leur capacité naturelle à se défendre.
La conférence montre ensuite que les agents pathogènes (champignons, bactéries, virus ou oomycètes) ne se développent pas au hasard. Chacun possède des conditions de pH et de potentiel redox qui lui sont favorables. Une plante en déséquilibre énergétique devient donc plus vulnérable, tandis qu’une plante maintenant une activité photosynthétique élevée et un bon équilibre physico-chimique résiste beaucoup mieux aux maladies.
Une large place est consacrée au rôle des micro-organismes du sol. Ceux-ci ne sont pas de simples auxiliaires : ils participent activement à la régulation des équilibres chimiques, à la nutrition des plantes, au recyclage de la matière organique et à la résilience des écosystèmes. Pour Olivier Husson, quatre milliards d’années d’évolution ont permis au vivant de développer des mécanismes extrêmement sophistiqués pour piloter les équilibres physiques et chimiques de son environnement.
Cette approche conduit naturellement à promouvoir une agriculture régénérative fondée sur le fonctionnement des écosystèmes. Parmi les pratiques évoquées figurent le maintien d’une couverture végétale permanente, la réduction du travail du sol, la stimulation de la photosynthèse, l’enrichissement de la vie microbienne, l’utilisation de produits fermentés ou lacto-fermentés lorsque cela est pertinent, ainsi que la restauration rapide de la matière organique afin d’augmenter la capacité tampon des sols face aux aléas climatiques.
Au-delà des aspects agronomiques, la conférence propose une réflexion plus globale sur notre rapport au vivant. Olivier Husson suggère que les déséquilibres observés aujourd’hui, notamment l’augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique, peuvent être interprétés comme les manifestations d’un déséquilibre énergétique à l’échelle de la planète. Cette lecture, fondée sur la thermodynamique et les réactions d’oxydoréduction, constitue une perspective originale qui complète les approches plus classiques de l’écologie.
L’un des grands intérêts de cette conférence réside dans sa capacité à relier des disciplines souvent étudiées séparément : physique, chimie, biologie, microbiologie, agronomie et écologie. Elle montre que la santé des plantes, la fertilité des sols, l’activité des micro-organismes et le climat sont intimement liés et qu’il est plus efficace de restaurer les équilibres naturels que de lutter contre leurs conséquences.
En définitive, cette conférence invite à changer de paradigme. Plutôt que de considérer le sol comme un simple support de culture et les maladies comme des ennemis à éliminer, elle propose de voir l’exploitation agricole comme un écosystème vivant dont il convient de préserver les équilibres énergétiques. Cette vision offre des pistes concrètes pour construire une agriculture plus résiliente, plus autonome et mieux adaptée aux mutations environnementales du XXIᵉ siècle, tout en rappelant que certaines des interprétations présentées constituent des propositions scientifiques encore débattues et qui continuent d’être explorées par la recherche.
Rolf Derpsch est un agronome et consultant international de renom, pionnier de l’agriculture de conservation et du semis direct (no-till).
notill.org
Biographie rapide
Né en 1937 au Chili de parents allemands (nationalités chilienne et allemande).
Études d’agronomie à l’Université du Chili (Santiago).
A travaillé de 1966 à 2001 pour la GTZ (agence allemande de coopération technique).
Dès avril 1971, il commence des recherches sur le semis direct au Brésil, l’un des tout premiers en Amérique latine. Il a collaboré étroitement avec des pionniers brésiliens comme Herbert Bartz.
Depuis 1988, basé au Paraguay (Asunción), où il exerce comme consultant indépendant après avoir quitté la GTZ.
Il est l’auteur de nombreuses publications sur l’adoption mondiale du no-till, ses avantages économiques, environnementaux et agronomiques (érosion, carbone, etc.). Son site (rolf-derpsch.com) est une référence dans le domaine. rolf-derpsch.com
Il est considéré comme l’un des grands promoteurs mondiaux du semis direct et de l’agriculture sans labour, particulièrement en Amérique latine (où les surfaces ont explosé).
Ses relations avec Lucien Séguy
Lucien Séguy (décédé) était un agronome et pédologue français du CIRAD, pionnier du Semis Direct sur Couvert Végétal (SCV), surtout dans les conditions tropicales (Cerrados brésiliens). Il est souvent vu comme le « père » ou un grand promoteur du SCV au Brésil, avec un accent fort sur les couverts végétaux permanents, les rotations et l’adaptation aux petits agriculteurs.
no-tillfarmer.com
Relation : Les deux hommes sont des collaborateurs et co-promoteurs de l’agriculture de conservation. Ils ont travaillé ensemble ou dans des contextes proches (projets, publications, rencontres comme RELACO). On les cite souvent ensemble dans les articles et ouvrages sur le semis direct et le SCV (ex. : définitions communes, chapitres de livres, projets de coopération). Derpsch est plus axé sur la promotion globale, l’économie et le no-till « classique » ; Séguy a beaucoup insisté sur les systèmes tropicaux avec couverts vivants. Ils ont contribué au succès du semis direct en Amérique latine.
open-library.cirad.fr
En résumé : Rolf Derpsch = grand expert germano-latino-américain du semis direct, très orienté terrain et diffusion mondiale.
Lucien Séguy = son homologue français du CIRAD, visionnaire du SCV tropical. Ils sont complémentaires et ont avancé la même cause.
Les 180 millions d’hectares semés directement dans le monde parlent d’eux-mêmes ! Depuis 1987, la superficie ensemencée par semis direct en Amérique latine a été multipliée par 74, passant de 670 000 ha à 49,6 millions d’hectares en 2008, contre une augmentation de 6,5 fois aux États-Unis.
Les principales raisons pour lesquelles les agriculteurs adoptent ce nouveau système de culture sont les suivantes :
Moins de travail
Plus d’argent
Contrôle de l’érosion, respectueux de l’environnement
Améliorer la qualité de vie
Qu’est-ce que le semis direct ?
Description et définition du semis direct
Il est extrêmement important de formuler une définition adéquate et précise de l’ensemencement direct lorsqu’il s’agit d’obtenir des résultats expérimentaux comparables entre différents scientifiques.
Dans de nombreux cas, les résultats expérimentaux contradictoires s’expliquent uniquement par l’utilisation d’une terminologie régionale, par les différentes définitions de l’agriculture sans labour employées par divers chercheurs et par les divergences d’opinions quant à sa mise en œuvre. Il est donc crucial de parvenir à un consensus sur une description et une définition précises de l’agriculture sans labour. Faute d’une compréhension commune rapide de cette pratique, nous continuerons à observer des résultats expérimentaux contradictoires dans la recherche sur l’agriculture sans labour, tant au niveau national qu’international.
Le semis direct est un système agricole où la semence est placée directement dans le sol non travaillé, recouvert de résidus de la culture précédente (Köller et Linke, 2001). À l’aide de machines spécialisées, principalement équipées de semoirs à disques (perturbation minimale du sol) ou de semoirs à dents (perturbation importante du sol), seule une étroite fente est ouverte pour le dépôt de la semence, puis refermée immédiatement après.
L’objectif est de perturber le sol le moins possible afin d’éviter de faire remonter à la surface de nouvelles graines de mauvaises herbes ou de les placer dans une zone de germination favorable. Par ailleurs, aucun autre travail du sol n’est effectué. Les résidus de la culture précédente sont laissés en place, en grande partie intacts, et servent de paillis à la surface du sol.
Si le sol est seulement légèrement travaillé pour préparer le lit de semences, ce système n’est pas considéré comme un semis direct mais plutôt comme un semis sous paillis (DLG, 1997). Les méthodes de semis où plus de 50 % de la surface du sol est ameublie et mélangée ne peuvent être classées comme semis direct (Linke, 1998 ; Sturny et al., 2007).
La maîtrise des adventices est essentielle à la réussite de l’agriculture sans labour. Elle repose sur l’utilisation d’herbicides, la rotation des cultures et la culture ciblée de plantes de couverture adaptées. Cette méthode est connue sous le nom de « semis direct » ou « agriculture zéro labour » dans les pays anglophones. Certains des avantages environnementaux recherchés de l’agriculture sans labour, tels que la lutte contre l’érosion, la protection des ressources en eau, la prévention des inondations et la protection du climat grâce à la séquestration accrue de carbone dans le sol, ne se manifestent pleinement qu’après plusieurs années de pratique continue et ininterrompue.
Le semis direct est déjà pratiqué dans le monde entier sur plus de 100 millions d’hectares, sous une grande variété de conditions pédologiques et climatiques (Derpsch et al., 2010). Le succès de ce système de travail du sol conservateur repose sur une application continue et à long terme, similaire à celle des prairies permanentes (Sturny et al., 2007), ainsi que sur l’utilisation ciblée de rotations culturales et de cultures de couverture adaptées. Les exigences spécifiques du semis direct doivent être prises en compte afin d’éviter les échecs. Pour une mise en œuvre réussie, les conditions préalables et les étapes nécessaires à une conversion réussie doivent être respectées (Kahnt, 1976 ; Duiker et Myres, 2006 ; Derpsch, 2008). La couverture permanente du sol par les résidus de culture et l’absence de perturbation du sol permettent une lutte efficace contre l’érosion, le stockage du carbone dans le sol, une augmentation de la vie microbienne du sol, une meilleure rétention d’eau et une plus grande efficacité économique. De plus, le semis direct est le seul système de culture qui permet une production agricole durable, même dans des conditions pédologiques et climatiques extrêmes.
Résumé
Le semis direct est un système agricole où la semence est placée directement dans un sol non travaillé. Seule une fine sillon est pratiquée dans le sol, puis refermée après le semis ; cette sillon est juste assez profonde et large pour assurer une bonne couverture des graines. Aucun autre travail du sol n’est effectué (Phillips et Young 1973, www.sachsen.de 2011).
Sources
Derpsch, R., 2008, Étapes cruciales pour l’adoption du semis direct, dans : Systèmes agricoles sans labour. Goddard, T., Zoebisch, MA, Gan, Y., Ellis, W., Watson, A. et Sombatpanit, S., éd., 2008, WASWC. p. 479-495
Derpsch, R., Friedrich, T., Kassam, A. et Li, HW, 2010. État actuel de l’adoption de l’agriculture sans labour dans le monde et quelques-uns de ses principaux avantages. Int. J. Agric. & Biol. Eng. Vol. 3. Nº 1.
DLG, 1997. Semis direct. Feuillet 301 de la Société allemande d’agriculture, 16 pp.
Duiker, S. et Myres, JC, 2006. Étapes vers une transition réussie vers le semis direct. Collège des sciences agricoles, Recherche agricole et vulgarisation coopérative, Université PennState, 36 p.
Kahnt, G., 1976. Agriculture sans labour : conditions préalables, méthodes et limites du semis direct en production céréalière. Ulmer, Stuttgart, 126 p.
Köller, K. et Linke, C., 2001. Une agriculture réussie sans charrue. 2e éd. DLG-Verlag, Francfort-sur-le-Main, 176 p.
Linke, C., 1998. Semis direct – un inventaire avec une attention particulière aux aspects techniques, agronomiques et économiques. Thèse, Université de Hohenheim, 482 pp.
Phillips, S. et Young, H. 1973. Agriculture sans labour. Reiman Associates, Milwaukee, Wisconsin. 224 p.
Sturny WG, Chervet A., Maurer-Troxler C., Ramseier L., Müller M., Schafflützel R., Richner W., Streit B., Weisskopf P. et Zihlmann U. 2007. Semis direct et labour dans une comparaison de systèmes – une synthèse, AGRARForschung (maintenant « Agrarforschung Schweiz ») 14 (8) : 350-357.
Les méthodes agricoles traditionnelles des régions tropicales et subtropicales entraînent une dégradation des sols et une baisse de leur productivité. Il en résulte pauvreté, exode rural, prolifération de bidonvilles et conflits sociaux. Pour que les agriculteurs aient une chance de survivre en milieu rural et pour parvenir à une gestion durable des terres, un changement de mentalité fondamental est nécessaire, et de nouvelles approches agricoles doivent être mises en œuvre. La section suivante compare les perspectives (paradigmes) anciennes et nouvelles et analyse leurs conséquences.
(Publié en anglais dans : ISTRO-INFO EXTRA, vol. 4, 1999 ; disponible sur Internet à l’adresse : http://www.soils.wisc.edu/istro )
Paradigmes du passé
Paradigmes du futur
La culture du sol est nécessaire Enfouissement des résidus végétaux à l’aide d’équipements de travail du sol La terre nue pendant des semaines et des mois Réchauffement des sols par rayonnement solaire Brûlage autorisé Les processus chimiques du sol au centre de l’attention Protection des plantes de préférence chimique L’engrais vert et la rotation des cultures comme option L’érosion des sols est une conséquence inévitable de l’agriculture.
Semis direct, sans labour Les résidus végétaux sont laissés à la surface du sol comme paillis. Couvre-sol permanent Réduction des températures du sol Interdiction de brûler Processus biologiques du sol au premier plan Protection des plantes de préférence biologique Les engrais verts et la rotation des cultures sont essentiels L’érosion des sols n’est rien d’autre qu’un symptôme du fait qu’un système de culture inadapté au lieu et à l’écosystème a été utilisé.
Conséquences du travail du sol ou du sol nu
Conséquences du système de semis direct ou de la couverture permanente du sol
L’érosion éolienne et hydrique se produit Faible infiltration d’eau dans le sol faible humidité du sol Dégradation inévitable de la matière organique dans le sol Le dioxyde de carbone s’échappe dans l’atmosphère (effet de serre = réchauffement climatique). Dégradation des sols (chimique, physique, biologique) Déclin de la productivité des cultures Utilisation accrue d’engrais et coûts de production plus élevés La survie à long terme à la campagne n’est pas possible (faibles rendements, absence de rentabilité, perte de revenus). Pauvreté, exode rural, multiplication des bidonvilles et conflits sociaux
L’érosion éolienne et hydrique est stoppée. Infiltration accrue de l’eau dans le sol humidité du sol plus élevée Accumuler ou maintenir la matière organique dans le sol (améliorer la qualité du sol) Le sol agit comme un puits de carbone (améliorant la qualité du sol ; contrant l’effet de serre). Amélioration des sols (chimique, physique, biologique) Augmenter la productivité des cultures Réduction de l’utilisation d’engrais et baisse des coûts de production Des opportunités de revenus à long terme pour les agriculteurs des zones rurales grâce à une bonne rentabilité et à des pratiques agricoles durables. Satisfaction des besoins fondamentaux, amélioration du niveau et de la qualité de vie de la famille agricole
Impacts externes de l’érosion des sols
Impacts externes du système de culture
Sédimentation des rivières, des réservoirs et des lacs Qualité de l’eau dégradée Problèmes rencontrés par les centrales hydroélectriques Sédimentation des routes Les coûts élevés pour l’État et la société dus aux effets externes de l’érosion des sols
Réduction de la sédimentation dans les rivières, les réservoirs et les lacs Amélioration de la qualité de l’eau Aucun problème pour les centrales hydroélectriques Pas de sédimentation provenant des routes Des coûts moindres pour l’État et la société, grâce à l’élimination ou à la réduction des coûts externes liés à l’érosion des sols.
Conclusion
Conclusion
L’utilisation durable des terres est impossible (ni sur le plan écologique, ni sur le plan social, ni sur le plan économique).Exploitation des terres
Utilisation durable des terres assurée (sur les plans écologique, social et économique) Utilisation des terres appropriée au site
Vers une couverture végétale permanente des territoires
Quand la nature disparaît, la chaleur s’accumule
Dans les milieux naturels et les systèmes agricoles inspirés de Lucien Séguy, la couverture végétale permanente joue un rôle central dans la régulation thermique. Grâce à l’évapotranspiration, à l’ombrage et à une biomasse foliaire abondante, une grande partie de l’énergie solaire est utilisée pour évaporer l’eau plutôt que pour réchauffer l’environnement.
Lorsque les sols sont artificialisés par du béton, de l’asphalte, des parkings ou des toitures inertes, ces mécanismes naturels disparaissent. L’énergie solaire est alors presque entièrement convertie en chaleur sensible. Les surfaces minérales absorbent fortement le rayonnement, montent à des températures élevées (souvent > 50-60 °C) et restituent cette chaleur à l’air, y compris la nuit.
Le phénomène des îlots de chaleur urbains et leur impact global
Les villes modernes fonctionnent comme de vastes îlots de chaleur. En été, les températures y sont souvent de plusieurs degrés supérieures à celles des zones rurales ou forestières environnantes.
Avec l’expansion rapide des zones urbaines partout sur la planète, ces surfaces minéralisées en forte croissance ont une influence non négligeable sur le climat actuel.
En accumulant et en restituant une chaleur excessive, elles réduisent fortement l’évaporation et l’évapotranspiration à l’échelle locale et régionale. Ce phénomène contribue à perturber les équilibres climatiques en limitant la participation naturelle des sols au cycle de l’eau et au refroidissement atmosphérique.
Une menace croissante pour la santé humaine
Cette surchauffe urbaine n’est pas seulement inconfortable, elle devient un véritable risque sanitaire :
Augmentation des coups de chaleur et déshydratations
Aggravation des maladies cardiovasculaires et respiratoires
Perturbation du sommeil
Hausse de la mortalité pendant les canicules
Les populations vulnérables (personnes âgées, enfants, malades, précaires) en paient le prix le plus lourd. Avec le réchauffement climatique, ces phénomènes vont s’intensifier.
Rupture du cycle de l’eau et perte de résilience
Les surfaces imperméables empêchent l’infiltration de l’eau, réduisent l’humidité des sols et limitent l’évapotranspiration. On reproduit ainsi en ville les mêmes problèmes que dans les sols nus agricoles : sécheresses locales accentuées, ruissellement rapide, inondations et perte de biodiversité.
Le même enjeu en agriculture et en milieu urbain
Ce constat dépasse largement le cadre urbain. En agriculture conventionnelle, les sols laissés nus une grande partie de l’année produisent le même type de dysfonctionnement : faible évapotranspiration, accumulation de chaleur, et perturbation du cycle de l’eau.
Qu’il s’agisse des villes ou des zones agricoles, la stratégie est la même : nous devons revoir nos modèles pour passer d’une logique de surfaces minérales ou nues à une couverture végétale dense et permanente. Les principes développés par Lucien Séguy en agriculture s’appliquent directement à l’urbanisme.
Réintroduire le génie végétal dans la ville
Inspirés par l’approche de Lucien Séguy, nous pouvons appliquer le même principe aux territoires urbains :
Arbres de haute tige, haies et strates végétales multiples
Sols vivants, prairies urbaines et espaces perméables
Toitures et murs végétalisés
Cours d’école, parkings engazonnés et talus végétalisés
Chaque mètre carré végétalisé contribue à transformer l’énergie solaire en fraîcheur plutôt qu’en chaleur.
Quelle ville voulons-nous pour demain ?
L’objectif n’est pas d’éliminer les infrastructures indispensables, mais de réduire au maximum les surfaces minérales inutiles et de généraliser une couverture végétale permanente partout où c’est possible.
Former les architectes, urbanistes et aménageurs de demain à cette problématique est devenu une nécessité urgente, afin qu’ils intègrent dès la conception la végétalisation et la couverture végétale comme éléments fondamentaux de l’architecture résiliente et du bien-être des habitants.
Une ville (et un territoire) résilient est un territoire où la végétation n’est plus un élément décoratif, mais une infrastructure vitale au même titre que l’eau, l’énergie ou les transports.
En résumé
Là où la couverture végétale permanente rafraîchit, hydrate, protège les sols et régule le climat local, les surfaces minérales ou nues accumulent et restituent la chaleur. L’expansion des zones urbaines et les pratiques agricoles conventionnelles contribuent toutes deux à perturber le cycle naturel de l’eau et du climat.
Restaurer massivement le vivant dans les villes comme dans les campagnes constitue l’un des leviers les plus efficaces, les moins coûteux et les plus bénéfiques pour adapter nos territoires au climat de demain.