Proposition de programme de lutte allélophatique contre le chiendent

Voici une idée d’une stratégie continue de lutte contre le chiendent en agriculture de conservation des sols (ACS) biologique tout à fait pertinente. Elle vise à maintenir une pression constante sur cette adventice vivace tout au long de l’année, en enchaînant des mélanges de plantes complémentaires (allélopathiques, compétitives, décompactantes) sur plusieurs saisons, sans glyphosate ni labour. L’objectif est d’épuiser les rhizomes du chiendent, limiter sa repousse et repartir l’année suivante avec un contrôle durable, tout en respectant les principes de l’ACS (couverture permanente, biodiversité, fertilité). Voici une proposition détaillée pour un programme sur deux ans :


Stratégie globale

  • Principe : Combiner des plantes à croissance rapide (été) et longue (hiver/printemps) pour étouffer, inhiber et épuiser le chiendent, avec une succession qui maintient le sol couvert et actif toute l’année.
  • Critères : Inclure des espèces allélopathiques, compétitives, mellifères (pour la biodiversité) et, si possible, décompactantes ou fixatrices d’azote.
  • Durée : Une première année offensive (fin printemps à automne), suivie d’une deuxième année de consolidation.

Année 1 : Offensive initiale

Phase 1 : Fin de printemps (mai-juin) – Mélange estival précoce

Mélange proposé : Sorgho fourrager + Moutarde blanche

  • Composition :
    • Sorgho (15-20 kg/ha) : Allélopathie (sorgolactone, dhurrine), biomasse massive (5-10 t/ha), concurrence racinaire profonde (1-1,5 m).
    • Moutarde (5-10 kg/ha) : Allélopathie (glucosinolates biofumigants), croissance rapide, décompaction (racine pivotante).
  • Rôle :
    • Étouffer les pousses de chiendent par une couverture dense et rapide.
    • Inhiber la germination et affaiblir les jeunes rhizomes via l’allélopathie combinée.
    • Préparer le sol (décompaction légère avec les racines) pour la phase suivante.
  • Durée : Mai à août (3 mois).
  • Gestion :
    • Semis fin mai après une culture précoce (ex. : orge) ou sur sol nu.
    • Destruction par roulage ou fauche début août, avant que la moutarde ne monte trop en graines.
  • Atouts : Mellifère (moutarde), forte biomasse, adapté aux étés chauds.

Phase 2 : Fin d’été/automne (août-octobre) – Mélange de transition

Mélange proposé : Sarrasin + Vesce commune

  • Composition :
    • Sarrasin (50-60 kg/ha) : Allélopathie (composés phénoliques), couverture rapide, étouffement.
    • Vesce (15-20 kg/ha) : Fixation d’azote (100-150 kg/ha), croissance rampante pour combler les espaces.
  • Rôle :
    • Maintenir la pression sur le chiendent après le sorgho/moutarde avec une nouvelle vague allélopathique (sarrasin).
    • Épuiser les repousses automnales par compétition et enrichir le sol (vesce).
  • Durée : Août à novembre (2-3 mois).
  • Gestion :
    • Semis mi-août après destruction du premier mélange.
    • Détruit par gel naturel (vesce et sarrasin sensibles) ou roulage fin automne.
  • Atouts : Mellifère (sarrasin), azote pour la suite, cycle court.

Phase 3 : Hiver/printemps (novembre-avril) – Mélange hivernal

Mélange proposé : Seigle + Trèfle incarnat

  • Composition :
    • Seigle (120-150 kg/ha) : Allélopathie puissante (benzoxazinones), biomasse abondante (5-8 t/ha).
    • Trèfle incarnat (15 kg/ha) : Fixation d’azote, couverture basse, mellifère au printemps.
  • Rôle :
    • Épuiser les rhizomes du chiendent pendant sa dormance hivernale par compétition racinaire et allélopathie.
    • Prévenir toute repousse printanière grâce à une couverture persistante.
  • Durée : Novembre à avril/mai (6 mois).
  • Gestion :
    • Semis fin octobre/début novembre après le sarrasin/vesce.
    • Destruction par roulage début mai avant culture principale (ex. : maïs, soja).
  • Atouts : Résistance au froid, mellifère (trèfle), azote.

Année 2 : Consolidation et contrôle durable

Phase 4 : Printemps/été (mai-septembre) – Couvert longue durée

Plante proposée : Luzerne (Medicago sativa)

  • Composition : Luzerne seule (10-15 kg/ha) ou avec un semis d’appoint (ex. : trèfle blanc à faible dose).
  • Rôle :
    • Maintenir une couverture dense et pérenne pour empêcher la réinstallation du chiendent.
    • Épuiser les derniers rhizomes par compétition racinaire profonde (1-2 m) sur plusieurs saisons.
    • Inhiber légèrement via une allélopathie faible (saponines).
  • Durée : Mai année 2 à printemps année 3 (1-2 ans).
  • Gestion :
    • Semis fin mai après destruction du seigle/trèfle.
    • Laisser en place 1 à 2 ans (fauche ou pâturage possible), puis détruire pour une nouvelle culture.
  • Atouts : Mellifère, décompactante, fixe 200-300 kg/ha d’azote, durable.

Programme résumé

  • Année 1 :
    • Mai-août : Sorgho + Moutarde (offensive estivale).
    • Août-novembre : Sarrasin + Vesce (transition automnale).
    • Novembre-mai : Seigle + Trèfle (pression hivernale).
  • Année 2 :
    • Mai à long terme : Luzerne (contrôle durable).

Pourquoi ce programme ?

  • Continuité : Le sol reste couvert toute l’année, alternant des plantes à cycles courts (sorgho, sarrasin) et longs (seigle, luzerne) pour une pression constante.
  • Actions combinées :
    • Allélopathie : Sorgho, sarrasin et seigle ciblent les pousses et rhizomes à différents moments.
    • Compétition : Biomasse massive (sorgho, seigle) + racines profondes (luzerne).
    • Épuisement : Luzerne sur le long terme prive les rhizomes de ressources.
  • Bonus ACS : Mellifère (moutarde, sarrasin, trèfle, luzerne), azote (vesce, trèfle, luzerne), décompaction (moutarde, luzerne).
  • Bio : Aucun intrant chimique, destruction mécanique ou naturelle (gel).

Alternatives ou ajustements

  • Si été très sec : Remplacez sorgho + moutarde par sorgho seul (plus résistant) ou ajoutez du millet (allélopathique et tolérant).
  • Si chiendent très dense : Doublez la dose de seigle (200 kg/ha) et prolongez sa durée avant destruction.
  • Si culture intermédiaire souhaitée : Récoltez le sorgho (grain) ou fauchez la luzerne pour fourrage, tout en maintenant l’effet anti-chiendent.

Mon avis

Ce programme est une stratégie robuste et continue qui maximise vos chances contre le chiendent en ACS bio. L’enchaînement sorgho/moutarde → sarrasin/vesce → seigle/trèfle attaque le chiendent sous tous les angles en année 1, tandis que la luzerne verrouille le contrôle en année 2. Vous pourriez même tester une parcelle avec ce plan et une autre avec juste seigle + luzerne pour comparer.

Allélopathie

Le sarrasin

Le sarrasin (Fagopyrum esculentum) est une plante intéressante à analyser sous l’angle de son effet allélopathique, surtout dans le contexte de l’agriculture de conservation des sols (ACS). Bien qu’il ne soit ni une légumineuse ni une plante décompactante profonde comme la chicorée ou la luzerne, il est souvent utilisé comme couvert végétal pour ses nombreux atouts, dont son potentiel allélopathique. Voici une évaluation détaillée :


Effet allélopathique du sarrasin

  • Mécanisme :
    Le sarrasin produit et libère des composés chimiques, principalement des composés phénoliques (comme l’acide gallique, l’acide chlorogénique et la rutine) ainsi que des flavonoïdes, par ses racines, ses feuilles et ses résidus après décomposition. Ces substances ont un effet inhibiteur sur la germination et la croissance de certaines plantes voisines, en particulier les adventices.
  • Cibles principales :
    • Adventices comme le chénopode blanc (Chenopodium album), le mouron des champs (Stellaria media) ou certaines graminées (ex. : pâturin).
    • Moins d’effet sur les grandes adventices établies ou les cultures à enracinement profond.
  • Mode d’action :
    • Les allélochimiques interfèrent avec la respiration cellulaire, la synthèse des protéines ou la division cellulaire des plantes sensibles, réduisant leur compétitivité.
    • L’effet est plus marqué dans les sols où les résidus de sarrasin sont laissés en surface (typique en ACS avec semis direct).

Caractéristiques et atouts en ACS

  • Période d’action :
    • Croissance rapide (30-40 jours pour couvrir le sol), floraison en 6-8 semaines. Semé souvent en été (juin-août) comme interculture.
    • L’effet allélopathique est actif pendant sa croissance et persiste après sa destruction grâce aux résidus.
  • Autres bénéfices :
    • Couverture du sol : Étouffe physiquement les adventices par sa densité (compétition pour la lumière).
    • Mobilisation du phosphore : Ses racines exsudent des acides organiques qui rendent le phosphore plus disponible dans le sol.
    • Mellifère : Fleurs blanches très attractives pour les abeilles et autres pollinisateurs, produisant un miel foncé au goût prononcé.
    • Biomasse : Fournit une matière organique abondante après destruction (gel ou roulage).
  • Décompaction :
    • Racines fibreuses peu profondes (20-30 cm), donc un effet décompactant limité comparé à des pivotantes comme la luzerne ou le radis. Son action sur la structure du sol est plutôt superficielle.

Intérêt allélopathique spécifique

  • Suppression des adventices :
    • Études montrent que le sarrasin peut réduire la biomasse des adventices de 50 à 80 % dans les semaines suivant son implantation, grâce à la combinaison de son effet chimique (allélopathie) et physique (couverture dense).
    • Efficace surtout contre les petites adventices annuelles en phase de germination ou de jeune plantule.
  • Impact sur les cultures suivantes :
    • L’effet allélopathique du sarrasin est généralement de courte durée (quelques semaines à un mois après destruction), car ses composés se dégradent rapidement dans le sol. Cela le rend compatible avec la plupart des cultures suivantes (ex. : céréales d’hiver), à condition de respecter un délai après sa destruction.
    • Cependant, un semis trop précoce après le sarrasin peut légèrement retarder la germination de cultures sensibles (ex. : jeunes légumes ou blé tendre), bien que cet effet soit rare en pratique.

Limites de l’allélopathie du sarrasin

  • Efficacité variable :
    • Dépend des conditions du sol (plus fort en sols légers et acides), du climat (efficace en été chaud) et de la densité de semis (au moins 50-70 kg/ha pour un effet optimal).
  • Effet sélectif :
    • Moins efficace contre les adventices vivaces à rhizomes (ex. : liseron, chiendent) ou déjà bien implantées avant le semis.
  • Pas d’effet sur les pathogènes :
    • Contrairement à la moutarde (glucosinolates biofumigants), le sarrasin n’a pas d’action notable sur les nématodes ou champignons du sol.


Mon avis sur le sarrasin en ACS

Le sarrasin est une star des intercultures estivales grâce à son effet allélopathique, qui en fait un outil naturel pour limiter les adventices sans herbicides ni travail du sol – un atout clé en ACS. Son côté mellifère ajoute une valeur pour la biodiversité, et sa capacité à mobiliser le phosphore enrichit le sol. Cependant, il ne répond pas au critère de décompaction profonde.

Contrôle naturelle des adventices ….!

L’objectif est le désherbage du blé d’hiver …..J’ai semé (en Semis Nature) un mélange sarrasin+blé avant la chute des feuilles du soja …..Cette photo est prise avant le passage de la batteuse pour récolter le soja …De ce fait, la culture de blé est déjà en place (à peu de frais) ….Lucien m’a fait comprendre que dès que la lumière traversait le feuillage des cultures pour pouvoir parvenir au sol , la nature s’activait pour remettre en place des plantes (que nous humains on appelle adventices ou mauvaises herbes ) pour assurer à nouveau une protection du sol et un captage de soleil pour un nouveau cycle de fabrication de photosynthèse (la Nature ne s’arrête jamais) ….Donc, d’après Lucien, il faut être le premier à choisir, les graines, les plantes que l’on veut pour reproduire cette action avant que la Nature ai réagi et développe les siennes …..Dans ce cas précis, dès que le blé avance en stade et que le gel arrive, le sarrasin disparaît en laissant la parcelle relativement propre suivant la dose de sarrasin (le choix du sarrasin est du à sa fonction allélophatique; la plante secrète des molécules chimiques capables de limiter le développement des adventices )…. Il y a quand même des conditions de propreté préalable nécessaire lors de la mise en place de cette technique, d’humidité, chaleur qui entre en jeu ….L’absence de travail de sol est aussi très importante (semis Nature)

Allélophatie

En préalable , on a souvent observer en SCV que le phénomène de l’allélopathie au champ ne fonctionnait correctement qu’à la faveur de pluies d’une certaine importance, c’est certainement ces mouvements d’eau dans les premiers centimètres du sol qui favorisent les échanges de toxines anti-germinative …..En période sèche, ce phénomène est beaucoup moins observable.

https://agritrop.cirad.fr/390382/1/document_390382.pdf

Qu’est-ce qu’une plante allélopathique ?

Une plante allélopathique a la particularité de produire des composés biochimiques qui vont entrainer des interactions biochimiques sur les plantes voisines ou avec des micro-organismes, inhibant leur croissance, empêchant la reproduction d’insectes ou bloquant la germination notamment.

Dès l’antiquité, les hommes ont décrit le comportement de certaines plantes ayant la capacité de freiner la croissance d’autres végétaux. Le terme d’ »allélopathie » fut utilisé pour la première fois en 1937  pour décrire le phénomène de concurrence entre végétaux. Il provient du grec ‘allêlon’ signifiant « réciproque » et ‘pathos’ signifiant « souffrance » : il désigne l’ensemble des interactions chimiques d’une espèce végétale sur les autres.

L’allélopathie, c’est la propriété qu’ont certaines plantes d’émettre des molécules chimiques qui affectent la germination et/ou la croissance des mauvaises herbes. Les effets antigerminatifs sont inoffensifs sur les grosses semences (céréales, soya, etc.) et les transplants, mais affecteront la germination des cultures dont les semences sont plus petites. En utilisant des plantes allélopathiques comme culture de couverture, on peut diminuer la pression des mauvaises herbes tout en récoltant les bénéfices de garder son sol couvert. L’usage de plantes allélopathiques comme intercalaires est aussi possible, mais il importe de s’assurer qu’elles n’auront pas un effet négatif sur la culture. Les avantages ne s’arrêtent pas là, on peut rouler la plante allélopathique comme le seigle pour former ensuite un paillis végétal. La biofumigation est une technique similaire, elle implique d’incorporer dans le sol des crucifères dont la décomposition produira des molécules affectant les maladies du sol et les mauvaises herbes.

Parmi les cultures pouvant être utilisées pour leur allélopathie, on compte surtout le seigle, mais aussi la fétuque élevée, le blé, le pâturin des prés, le sorgho et le radis fourrager.

L’origine du mot vient du grec allelo pour « l’un l’autre » ou « dommage mutuel » et pathos faisant référence à la « souffrance ». Toutefois, les effets ne sont pas toujours dommageables, ils peuvent aussi être bénéfiques, on parle alors respectivement d’allélopathie négative ou positive.

Les composés dits allélochimiques sont à l’origine de l’interaction, ils sont libérés par la plante dans son milieu, par différents canaux : les racines qui exsudent, ou encore les parties aériennes à l’origine de lixiviation et de volatilisation ou même la décomposition de la plante morte.

Dès lors, on comprend mieux l’effet inhibiteur d’une plante allélopathique sur la germination et le développement des adventices, ce qui fait d’elle une alternative aux désherbants intéressante pour limiter les corvées de désherbage et empêcher le recours aux herbicides chimiques.

En permettant de réduire le stock semencier ainsi qu’en agissant sur certains ravageurs et certaines maladies, l’allélopathie contribuerait à réduire les usages de produits phytosanitaires (herbicides, insecticides et fongicides) et leur transfert vers l’air. De plus, par rapport à un sol nu, l’implantation de plantes de services en interculture permet de limiter le phénomène d’acidification des sols s’il la culture est restituée au sol. Elle aura un effet alcalisant.

Par rapport à un sol nu, l’implantation d’un couvert végétal, qu’il ait un effet allélopathique ou non, permet de piéger l’azote et le phosphore. De plus, celui-ci peut éventuellement fixer l’azote atmosphérique s’il contient des légumineuses, et rendre le phosphore disponible à la culture suivante ce qui permettra de limiter les apports en engrais. L’effet allélopathique permettant de réguler la flore adventice ainsi que les attaques de ravageurs, permettrait de réduire l’usage de pesticides et donc permet d’améliorer la qualité de l’eau.

L’azote capté par le couvert pendant son développement est restitué progressivement après sa destruction. Une partie sera directement disponible pour la culture suivante. Le couvert permet aussi d’améliorer la disponibilité en phosphore et en potasse pour la culture suivante (remobilisation des éléments).

Cette technique favorise l’activité biologique du sol, permet d’améliorer les teneurs en matière organique, de stocker du carbone et fixer de l’azote dans le sol, favorisant ainsi sa fertilité.

Cette méthode limite les fuites de nitrates, l’érosion, la battance et l’altération de la structure du sol.

La présence du couvert favorise certaines espèces en leur fournissant refuge et nourriture (insectes auxiliaires, pollinisateurs, macro et microfaune du sol, oiseaux, etc.). Cet effet est variable selon la nature du couvert, par exemple s’il s’agit d’une espèce nectarifère ou pas.

https://www6.inrae.fr/ciag/content/download/6304/46330/file/Vol62-3-Gfeller.pdf

Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41
Les Cultures intermédiaires allélopathiques: un moyen de lutte contre les
adventices ?
Gfeller A. 1 , Wirth J. 1
Agroscope, Systèmes de production plantes, Malherbologie grandes cultures et viticulture, 50 Route
de Duillier, CH-1260 Nyon 1
1
Correspondance : judith.wirth@agroscope.admin.ch
Résumé
Les cultures intermédiaires allélopathiques soulèvent un grand intérêt chez les agriculteurs en tant que
technique de désherbage écologique. L’impact de l’allélopathie par les cultures intermédiaires au
champ est méconnu. Toutefois, nos résultats suggèrent que l’allélopathie est un facteur à considérer. A
contrario des idées reçues, le développement d’une biomasse aérienne importante, créant un fort
ombrage, n’est pas toujours le facteur principal de suppression des adventices. En effet, l’inhibition de
la croissance de l’amarante par le sarrasin, le radis fourrager et la moutarde brune est la même avec un
fort ou un faible ombrage du couvert, suggérant que les exsudats racinaires jouent un rôle important.
Notre approche expérimentale combine des essais au champ et une approche métabolomique.
Mots-clés : Cultures intermédiaires, Suppression des adventices, Allélopathie, Sarrasin, Radis
fourrager, Moutarde brune

  1. La maîtrise des adventices par les cultures intermédiaires
    Les cultures intermédiaires (CI) apportent beaucoup de bénéfices, dont la maîtrise des adventices. La
    réduction des adventices par les CI peut être expliquée par l’action de différents facteurs : i. compétition
    pour la lumière, l’eau, l’espace et les nutriments (Bezuidenhout et al., 2012 ; Kunz et al., 2016). ii. la
    libération des substances allélopathiques. Les substances allélopathiques peuvent être libérées :
  2. par les couverts vivants pendant l’interculture et/ou
  3. par les résidus libérés dans la culture suivante suite à la destruction de la CI (par le gel,
    mécaniquement, par un herbicide) (Farooq et al., 2011 ; Kunz et al., 2016).
    Notre approche consiste à comprendre comment certaines CI suppriment les adventices pendant
    l’interculture et si l’allélopathie joue un rôle important dans la maîtrise des adventices par des CI au
    champ.A. Gfeller et J. Wirth
  4. L’allélopathie, c’est quoi ?
    L’allélopathie est définie comme tout effet direct ou indirect, positif ou négatif, d’une plante sur une
    autre, par le biais de composés biochimiques libérés dans l’environnement (Rice, 1984). Un des
    exemples classique, qui d’ailleurs avait déjà été observé par Pline l’ancien au premier siècle avant J.C.,
    est l’action inhibitrice qu’exerce le noyer sur différentes plantes herbacées ou ligneuses. Lorsque les
    feuilles et tiges de noyer sont lessivées par la pluie, la juglone, un allélochimique très toxique, est
    libérée et inhibe la germination des graines avoisinantes.
    Figure 1: Voies possibles pour la libération des allélochimiques dans l’environnement par une plante donneur
    selon Kobayashi (2004).
    Ainsi l’effet de l’allélopathie est le plus souvent décrit comme un effet inhibiteur de la germination ou
    croissance exercé par une plante (donneur) sur une autre plante (receveur). Les substances
    allélochimiques sont en général des métabolites végétaux secondaires et appartiennent à plusieurs
    familles chimiques comme des dérivés benzéniques (p. ex. sorgoleone du sorgho), des phénoliques
    (p.ex. acide vanillique), des acides hydroxamiques (p.ex. DIMBOA du seigle) ou des terpenes (Latif et
    al., 2016 ; Massalha et al., 2017). Ils sont libérés par volatilisation, lessivage, lixiviation, décomposition
    des résidus ou exsudation racinaires (Figure 1).
    Pour mettre en évidence le phénomène d’allélopathie, la plupart des essais sont effectués en
    laboratoire ou en serre en conditions contrôlées. De nombreuses études utilisent des méthodes
    d’extraction à l’eau ou à l’éthanol des parties aériennes et/ou des racines pour des tests de germination
    avec des graines de cresson ou de laitue par exemple (Kalinova et Vrchotova, 2009). En conditions
    naturelles, l’étude est plus complexe car les interactions biotiques et abiotiques du sol peuvent
    influencer la présence des composés allélopathiques. De plus, de nombreux facteurs, comme les
    conditions environnementales ou l’état phytosanitaire de la plante, influencent la synthèse et la
    libération de ces molécules (Figure 2). La grande difficulté est de séparer la compétition pour les
    ressources des effets allélopathiques, car l’allélopathie dans le champ est subtile et il est compliqué de
    la distinguer de la compétition (Duke, 2015). En général des allélochimiques sont des molécules
    phytotoxiques, qui exercent leurs effets à des quantités faibles, mais constantes ou des
    concentrations croissantes sur des longues périodes (Duke, 2015). L’effet allélopathique peut être dû à
    un composé allélochimique ou à un mélange de molécules. Une fois libérés dans le sol, les propriétés
    34
    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41Les CIMS allélopathiques: un moyen de lutte contre les adventices
    physiques, chimiques et biologiques des allélochimiques changent (Latif et al., 2016). En plus, les
    composés peuvent être transformés et dégradés par les microbes du sol (Massalha et al., 2017). Pour
    la pratique agricole ceci indique que l’effet allélopathique d’une CI ne sera très probablement jamais
    aussi fiable qu’un herbicide.
    Figure 2 : Induction de la production
    des allélochimiques par des facteurs
    biotique et abiotique selon De
    Albuquerque et al. (2011).
  5. Des cultures « allélopathiques »
    3.1 Grandes cultures
    Chez plusieurs grandes cultures, des effets allélopathiques sont connus (Jabran et al., 2015). Quelques
    allélochimiques responsables pour les effets observés ont été identifiés comme les momilactones A et B
    chez le riz, le DIMBOA chez le seigle et le blé, la sorgoleone chez le sorgho et des composés
    phénoliques chez le tournesol. Pour toutes ces cultures les effets allélopathiques sont très variables
    selon le cultivar (Jabran et al., 2015). Un cultivar allélopathique qui supprime bien les adventices doit
    également produire des bons rendements et ne pas avoir d’impact négatif sur la culture suivante. En
    effet, la production d’allélochimiques peut générer des phénomènes d’autotoxicité, comme chez l’orge
    (Bouhaouel et al., 2015). La sélection d’un cultivar allélopathique est donc un long processus et
    demande beaucoup de travail. Actuellement le premier et seul cultivar allélopathique commercialisé est
    le cultivar de riz Haugan-3 en Chine (Jabran et al., 2015 ; Kong et al., 2011).
    3.2 Cultures intermédiaires
    Contrairement aux grandes cultures mentionnées ci-dessus les connaissances sur les effets
    allélopathiques des CI sont beaucoup plus faibles pour plusieurs raisons.
    3.2.1 Métabolome
    Dans l’état actuel des connaissances, la nature des molécules n’est pas toujours connue, ce qui
    implique la nécessité d’une approche métabolomique très large et donc coûteuse et compliquée.
    3.2.2 Génome
    Une connaissance plus approfondie du génome des CI permettrait pour la recherche fondamentale de
    mieux comprendre les gènes et mécanismes impliqués dans l’allélopathie et profiterait ultérieurement à
    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41
    35A. Gfeller et J. Wirth
    la recherche agronomique appliquée. Chez le blé, des locus qui sont liés à des traits allélopathiques ont
    été identifiés (Zuo et al., 2012).
    3.2.3 Cultivars
    De nombreux CI, comme la phacélie, existent encore en tant que population et souvent, le nom du
    cultivar n’est pas connu lorsque l’on achète les semences d’une CI dans le commerce Suisse. Nous
    avons été surpris de remarquer des différences marquées de phénotypes entre des lots de sarrasin soi-
    disant de la même variété. Nous pensons que le travail de sélection et distribution des CI est donc très
    en retard par rapport à celui réalisé sur les cultures principales comme le blé.
    De plus les cultivars d’une même CI sont rarement comparés pour leur effet sur le contrôle des
    adventices. La plupart des études scientifiques qui étudient le potentiel allélopathique des CI travaille
    avec un seul cultivar. Nous pouvons citer pour exemple les études réalisées sur le radis fourrager.
    Nous, ainsi que Lawley et al. (2012), avons travaillé avec Raphanus sativus var. longipinnatus, tandis
    que Kunz et al. (2016) ont travaillé avec Raphanus sativus var. niger. Est-ce que ces résultats peuvent
    être comparés? Autant de différences entre les cultivars des CI par rapport à leurs effets allélopathiques
    sont susceptibles d’exister qu’entre les cultivars des grandes cultures. Bertholdsson (2004) a montré
    que les cultivars d’orge apparus les 100 dernières années au Danemark et en Finlande ont perdu de
    leur activité allélopathique, suggérant une dilution des gènes contribuant au potentiel allélopathique par
    les techniques de sélection. La sélection de cultures intermédiaires allélopathiques offre l’avantage de
    pouvoir s’affranchir de la nécessité de sélectionner ces variétés aussi pour leur rendement. Toutefois
    les traits liés aux autres services rendus par les CI devraient si possibles être conservés.
    Des nombreuses CI sont décrits comme allélopathiques dans les articles de vulgarisation et sur
    internet, comme par exemple sur les pages d’Agro-PEPS :
    http://agropeps.clermont.cemagref.fr/mw/index.php/Implanter_des_cultures_interm%C3%A9diaires_%C
    3%A0_effet_all%C3%A9lopathique_ou_biocide,_biofumigation
    Pourtant, les sources ne sont pas citées et lorsque la recherche est approfondie, ces informations
    relèvent plus d’une appréciation que d’une base scientifique. Peu d’études montrent l’effet inhibiteur de
    différents CI sur la croissance des adventices dans des expériences au champ et en laboratoire (Jabran
    et al., 2015 ; Kunz et al., 2016). À notre connaissance l’effet allélopathique exercé par les CI vivantes
    pendant l’interculture au champ n’a pas encore été prouvé. Notre expérience et nos connaissances
    bibliographiques indiquent que les CI qui montrent un bon potentiel allélopathique sont des céréales,
    des brassicacées et le sarrasin, toutefois nous ne sommes pas exhaustifs dans cette liste. Le pouvoir
    allélopathique des légumineuses est difficile à prouver par le fait qu’elle apporte des avantages
    compétitifs aux plantes voisines via la fixation de l’azote qui masquerait l’effet allélopathique, s’il en
    existe un chez les légumineuses.
  6. Notre projet de recherche
    Le but de nos essais est de comprendre pourquoi certaines CI vivantes contrôlent bien les adventices
    et si l’allélopathie joue un rôle important au champ, c’est-à-dire si la suppression des adventices est
    liée à la libération d’allélochimiques dans le sol. Pour cela nous avons mis au point un système
    permettant de séparer les différents facteurs de concurrence notamment l’ombrage des éventuels
    phénomènes allélopathiques.
    4.1 L’ombrage n’est pas le facteur principal dans la suppression des
    adventices
    Il est connu que de nombreuses CI suppriment fortement les adventices pendant l’interculture, comme
    par exemple le sarrasin (Fagopyrum esculentum Moench) (Creamer et Baldwin, 2000 ; Kumar et al.,
    2009), la moutarde brune (Brassica juncea (L.) Czern.) (Björkman et al., 2015) et le radis fourrager
    36
    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41Les CIMS allélopathiques: un moyen de lutte contre les adventices
    (Raphanus sativus var. longipinnatus L.H. Bailey) (Lawley et al., 2012). Nous avons pu le confirmer
    dans des essais au champ pendant trois années de suite (Tableau 1). Le sarrasin supprimait des
    adventices pour au moins 95%, la moutarde brune 91% et le radis fourrager 93% par rapport à un
    témoin sol nu sans CI.
    Tableau 1 : Suppression des adventices par le sarrasin (var Lileja), la moutarde brune (var Vitasso) et le radis
    fourrager (var Structurator) entre 2013 et 2015 dans des essais au champ. La suppression est calculée par
    rapport au témoin sol nu sans CI.
    année
    2013
    2014
    2015
    moutarde
    daikon
    brune
    Suppression des adventices (%)
    100
    100
    95
    91
    93
    100
    98
    sarrasin
    De nombreuses études montrent qu’il y a une corrélation entre la biomasse des couverts et leurs effets
    suppressifs sur les adventices (Finney et al., 2016 ; Lemessa et Wakjira, 2015 ; Wittwer et al., 2017).
    Un développement juvénile rapide et une biomasse importante crée un ombrage aux adventices. Des
    études suggèrent que la suppression des adventices est due à la réduction par les couverts de la
    lumière solaire disponible (ombrage) (Brust et al., 2014 ; Uchino et al., 2011). Avec l’installation des
    filets dans les CI nous avons étudié l’impact de l’ombrage sur la croissance des adventices. Ces filets
    permettent d’écarter le matériel végétal et de fortement diminuer l’ombrage sur les adventices (Photo 1).
    Photo 1 : Dispositif au champ
    pour tester l’influence de
    l’ombrage sur la croissance de
    l’amarante .
    Dans nos recherches nous avons choisi comme plante modèle, l’amarante (Amaranthus retroflexus),
    une adventice typique des cultures d’été. Nous avons pu observer une forte suppression de l’amarante
    sous les couverts à l’ombre : sarrasin (≥ 87%), moutarde brune (≥ 94%) et radis fourrager (≥ 94%)
    (Tableau 2, ombrage fort).
    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41
    37A. Gfeller et J. Wirth
    Tableau 2 : Suppression de la croissance de l’amarante par différents couverts entre 2013 et 2015 dans des
    essais au champ. Les amarantes poussaient soit sous la CI (ombrage fort) soit entre deux filets qui écartaient les
    feuilles (ombrage faible). La suppression est calculée par rapport au témoin sans CI (sol nu).
    année sarrasin
    ombrage
    fort sarrasin
    ombrage
    faible
    2013
    2014
    2015 100
    87
    99 94
    89
    99
    moutard
    brune
    ombrage
    fort moutarde
    brune
    ombrage
    faible
    100
    94 97
    88
    daikon
    ombrage
    fort daikon
    ombrage
    faible
    94
    99 92
    99
    Si l’ombrage des couverts (= biomasse importante) est un facteur significatif dans la suppression de
    l’amarante, la diminution de l’ombrage par les filets devraient augmenter sa croissance. Pourtant, dans
    nos essais au champ, la suppression de l’amarante en faible ombrage entre les filets est presque
    toujours la même que sous le couvert (Tableau 2, ombrage faible). Des petites différences peuvent être
    observées pour le sarrasin en 2013 et la moutarde en 2014 ou l’adventice poussaient mieux avec plus
    de lumière. Sur la base de nos résultats nous concluons que l’ombrage n’est pas le facteur principal de
    la suppression de l’amarante par le sarrasin, la moutarde brune et le radis fourrager. D’autres facteurs
    doivent donc être responsables pour les effets observés. Nous supposons que l’allélopathie joue un rôle
    important (Gfeller et al., 2018).
    Pourtant, dans la littérature scientifique il n’existe aucune preuve pour l’effet allélopathique de ces trois
    CI. L’état actuel des connaissances sur le sarrasin est résumé dans une review (Falquet et al., 2015).
    Les moutardes sont connues pour leurs effets de biofumigation après incorporation dans le sol. Ils
    contiennent des glucosinolates qui sont hydrolysés par l’enzyme myrosinase pour former des
    isothiocyanates qui peuvent être toxiques pour les adventices. Les glucosinolates s’accumulent dans
    les tissus végétaux et sont également sécrétés par les racines (Schreiner et al., 2011). La moutarde
    brune a été étudiée dans des essais aux États-Unis (Björkman et al., 2015). Ces études ont également
    pu montrer que la suppression des adventices par la moutarde brune était indépendante de sa
    biomasse aérienne. Ils concluent que ce résultat n’est pas attendu si la compétition pour la lumière et
    l’eau sont les principaux mécanismes de suppression. Björkman et al. (2015) ont également étudié si
    l’effet suppressif sur les adventices était plus fort avec les variétés de moutardes avec des teneurs
    élevées de glucosinolates. Pourtant, aucune différence sur la suppression des adventices n’a pu être
    montrée entre des variétés ayant des teneurs en glucosinolates variables. En ce qui concerne le radis
    fourrager des hypothèses différentes existent. Dans une récente étude, Kunz et al. (2016) concluent
    que la suppression des adventices par le radis fourrager en automne est due à des effets compétitifs et
    allélopathiques. Cependant, les effets biochimiques/allélopatiques ont été étudiés avec des extraits
    aqueux des parties aériennes et racinaires du radis fourrager cultivé en pot. Il n’a pas été testé si les
    mêmes composés allélochimiques sont présents au champ en quantité suffisante pour avoir un effet
    suppressif sur les adventices. Lawley et al. (2012) ont également étudié la suppression des adventices
    pendant l’interculture en automne et concluent que le développement rapide du radis fourrager en
    automne concurrence les adventices et est responsable de l’effet observé. Dans leur étude il ne trouve
    pas d’indications d’effets allélopathiques.
    4.2 Essais au phytotron
    Dans nos essais au champ nous avons pu supprimer l’effet d’ombrage des couverts. Par contre, en
    plus de la lumière la compétition pour les ressources comprend l’eau, les éléments nutritifs et l’espace.
    Dans des conditions naturelles, il est difficile de garantir un apport en eau et en éléments nutritifs
    38
    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41Les CIMS allélopathiques: un moyen de lutte contre les adventices
    suffisant et régulier. Nous avons donc mené des expériences en pot dans des conditions contrôlées en
    phytotron. Dans un premier temps nous avons supprimé l’ombrage avec des filets et séparé les racines
    des deux espèces par une barrière en plastique. Ainsi nous avons montré que la suppression de
    l’amarante par le sarrasin est due à l’ombrage et à des interactions racinaires potentiellement
    allélopathiques entre les deux espèces (Falquet et al., 2014). Actuellement, nous travaillons avec un
    tissu (30 µm) qui nous permet d’étudier si les exsudats racinaires diffusent d’une plantes à l’autre. Ces
    expériences en cours indiquent que la suppression de l’amarante par le sarrasin est (en grande partie)
    due à des exsudats racinaires du sarrasin. Nous supposons que le même mécanisme joue un rôle
    important au champ ce qui pourrait expliquer la suppression de l’amarante en absence d’ombrage, ce
    qui reste à prouver.
    4.3 Approche métabolomique
    Nos recherches se concentrent sur le rôle des exsudats racinaires dans la manifestation d’un effet
    allélopathique. Les racines sont une zone métaboliquement active qui joue un rôle essentiel dans les
    interactions avec la rhizosphère et la principale voie par laquelle les allélochimiques atteignent le sol
    environnant sont les exsudats racinaires (Massalha et al., 2017). Dans notre recherche, nous
    considérons que, pour trouver de nouveaux phénomènes allélopathiques, la présence de compétiteurs,
    dans notre cas les adventices, est nécessaire. En effet, toute stratégie de défense est coûteuse pour la
    plante car elle nécessite des ressources qui pourraient être utilisées dans la croissance ou la
    reproduction. Ainsi si le coût lié à la défense est inférieur au coût lié à la perte engendrée par la
    présence des compétiteurs, la plante a intérêt de produire des composés allélopathiques. Suite à ces
    hypothèses, nous cherchons à connaître la réponse d’une CI, le sarrasin, à la présence d’une
    adventice. Est-ce qu’il y a une reconnaissance de la présence de l’adventice ? Est-ce que la
    reconnaissance par le sarrasin induit la production et libération de molécules affectant la croissance et
    le développement de l’adventice? Ceci a déjà été démontré chez le riz (Zhao et al., 2005) et le sorgho
    (Dayan, 2006), car les allélochimiques étaient déjà connus et mesurables. Dans notre cas, il est difficile
    d’isoler et d’identifier des allélochimiques dans le sol car c’est un environnement très complexe et riche
    en composés très variés. Nous avons pris parti de nous éloigner de la réalité agronomique en utilisant
    des modèles simplifiés. Le sarrasin est cultivé dans de l’agar ou du sable en présence ou absence de
    l’adventice. Les composés intéressants sont ceux produits lorsque le sarrasin est en présence de
    l’adventice. Le risque est que l’exsudation des racines soit différente dans ces conditions
    « artificielles », toutefois la présence des molécules sera vérifiée ultérieurement dans la terre du champ.
    Après avoir extrait les exsudats, la séparation des composés chimiques se fait par des techniques de
    chromatographie couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS). Cette technique ne permet d’identifier
    la molécule que si celle-ci est déjà répertoriée dans les bases de données et donc connue, ce qui n’était
    pas le cas pour les composés intéressants exsudés par le sarrasin. En effet, les études
    métabolomiques sur le sarrasin ont été pour la plupart réalisées sur des farines de sarrasin avec des
    objectifs différents des nôtres. Il nous faudra donc purifier les composés d’intérêts et les identifier par
    résonance magnétique nucléaire (RMN), un travail long et laborieux. Des résultats préliminaires
    montrent que les exsudats et le potentiel allélopathique du sarrasin sont différents s’il est en présence
    de l’amarante.
    Conclusions et perspectives
    Nos contacts avec les agriculteurs et notre propre expérience nous ont montré que l’efficacité des CI
    est parfois variable, il est nécessaire d’améliorer la fiabilité des CI. L’utilisation de cultivars respectant
    les mêmes règles de sélection que les cultivars élaborés pour les cultures principales nous paraît un
    élément important. Actuellement, l’allélopathie des cultures intermédiaires n’a pas été prouvée au
    champ car nous ne connaissons pas les mécanismes impliqués. Plusieurs indices suggèrent que le
    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41
    39A. Gfeller et J. Wirth
    sarrasin supprime l’amarante via des exsudats racinaires allélopathiques. Nous travaillons à identifier
    les composés allélopathiques impliqués chez le sarrasin. Cette approche sera ensuite élargie à d’autres
    CI. Le but sera la mise en évidence des différences variétales au sein d’une CI pour le caractère
    allélopathique et l’étude du potentiel d’amélioration lié à ce trait et son efficacité en champ.
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    Innovations Agronomiques 62 (2017), 33-41
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