La révolution de l’urine : comment le recyclage de l’urine pourrait aider à sauver le monde
La séparation à la source des urines est un paradigme prometteur pour la transition énergétique et
écologique ainsi que le développement d’un métabolisme urbain durable. Aujourd’hui, le recyclage
des nutriments des eaux usées est faible, seulement 4 % de l’azote et 41 % du phosphore présents
dans les eaux usées de la région parisienne sont actuellement recyclés alors que la consommation en
engrais azotés francilienne pourrait être couverte par les excrétions de l’agglomération parisienne.
Cette valorisation est notamment possible via les urines, qui comportent la majeure partie de ces
nutriments (75 % de la charge en azote des eaux usées domestiques) et qui de plus, sont peu
chargées en polluants.
Passer d’une pollution gaspillante à une solution durable concernant l’eau et le sol …
la cuticule
La cuticule (du latin cuticula « petite peau ») est la couche externe continue cireuse produite par l’épiderme des organes aériens des plantes terrestres
C’ est une couche protectrice qui recouvre les organes aériens des plantes vasculaires.
Sa fonction principale est d’être une barrière physique étanche qui empêche les pertes en eau massives, permettant ainsi aux stomates d’effectuer un contrôle dynamique des échanges gazeux et de la transpiration végétale
Elle a comme fonctions secondaires: d’être une barrière physique et chimique constituant la première ligne de défense chez les plantes contre les agressions causées par des ravageurs et des agents phytopathogènes
Grâce à ses propriétés hydrophobes, la cuticule offre à la feuille une protection contre la dessiccation et les contraintes environnementales externes. Ainsi armés d’une peau protectrice et de toute une gamme de stratégies d’adaptation pour l’acquisition et la conservation de l’eau, les plantes terrestres se sont développées dans de nombreux environnements desséchants.

Les adjuvants contenus dans les biocides ont entre autres pour rôle d’annuler ponctuellement cette protection afin de permettre la pénétration de principes actifs,
Quelques années de semis direct pour commencer, puis passage aux SCV avec Noël Deneuville
Liens à visiter
lucien seguy.org de M. Cédric Cabannes
L’objectif est de fédérer une communauté d’agriculteurs qui vont continuer à faire vivre les travaux de Lucien pour inspirer une agriculture durable.
https://agriculture-de-conservation.com/ de Frédéric Thomas
Réflexion sur la biodiversité
Ce terme qui désigne la variété des formes de vies sur terre s’apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des espèces qui les composent ainsi que leurs interactions et niveaux d’organisation. Depuis le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, la préservation de la biodiversité est considérée comme un des enjeux essentiels du développement durable et les pays signataires se sont engagés à préserver et restaurer la diversité du vivant. Après l’année de la biodiversité en 2010, une plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) qui réunit un groupe d’experts de manière similaire au GIEC est chargée de conseiller les gouvernements sur cette thématique majeure. Au-delà des raisons éthiques, la biodiversité est essentielle aux sociétés humaines qui en sont complètement dépendantes à travers l’ensemble des services écosystémiques qui nous permettent de vivre.
De nombreuses espèces sont impactées voire menacées par les activités humaines et la sanctuarisation d’espaces naturels est nécessaire pour préserver cette diversité biologique. Cependant et loin de la science, la biodiversité est devenue un terme valise et fourre-tout à la mode où chacun idéalise sa vision de la nature fléchant en même temps ceux qui, soi-disant, la maltraitent : très souvent l’agriculture et les agriculteurs !
Rien ne ressemble à notre biodiversité initiale
C’est exact que pour produire de la nourriture, les chasseurs-cueilleurs qui n’étaient pas sans impacts sur les écosystèmes de l’époque, sédentarisés en agriculteurs, ont progressivement organisé des milieux naturels. L’agriculture est donc devenue l’art d’altérer ou plutôt d’aménager la biodiversité à son avantage. Plus tard, avec le développement du transport et des échanges, les agriculteurs ont déplacé, sélectionné et modifié de nombreuses espèces. Ainsi, la grande majorité de ce que nous cultivons et mangeons aujourd’hui ressemble peu aux espèces locales d’origine et vient d’autres parties du monde. Que ce soient les tomates ou le maïs pour les plus emblématiques, en passant par les céréales, beaucoup d’arbres fruitiers et même la vigne, rien ne ressemble à notre biodiversité initiale. Avec la sélection variétale, et même la création de nouvelles espèces, la biodiversité végétale de nos campagnes s’est certainement enrichie ! De plus, ces plantes sont souvent accompagnées par une activité biologique plus ou moins spécifique et même de ravageurs et de maladies, qui de fait, viennent enrichir la biodiversité locale tout en perturbant les écosystèmes existants.
Grand brassage
Bien entendu, ce grand brassage ne s’est pas fait sans accident. Citons quelques exemples emblématiques : l’introduction du lapin de garenne en Australie, l’arrivée du frelon asiatique, de la coccinelle asiatique (cf TCS 122 de mars/avril/mai 2023) ou l’invasion de plantes comme la jussie qui, après s’être échappée de bassins d’agréments et d’aquariums, est devenue depuis quelques décennies un redoutable envahisseur des milieux naturels humides. Ainsi, en matière de biodiversité, rien n’est vraiment statique mais tout est en perpétuelle évolution et adaptation.
Le sol, écosystème précieux
Par ailleurs, nous sommes sensibles à ce que nous voyons et apprécions comme les animaux, les insectes, les oiseaux mais beaucoup moins à ce qui est petit et caché. À ce titre, les sols sont certainement un réservoir très sous-estimé en matière de biodiversité. Ils n’hébergent pas que des vers de terre, des carabes, des collemboles et des larves d’insectes. On y trouve également des nématodes, des bactéries et des mycorhizes. Lorsque des analyses d’ADN nous révèlent plus de 500 « génotypes » différents de ces précieux champignons auxiliaires dans une petite poignée de terre, rien que ce niveau nous laisse présager de la richesse et de la diversité de cet écosystème précieux. En agriculture, il est bien entendu essentiel d’encourager cette biodiversité même si elle recèle quelques trouble-fêtes comme les taupins, certains nématodes ou autres champignons pathogènes. Ces réseaux trophiques sont essentiels pour décomposer les résidus, recycler la fertilité et la transférer aux végétaux mais aussi organiser la matrice sol qui est leur habitat et réguler une partie des « ravageurs ». Vu sous cet angle, on comprend pourquoi le travail du sol peut être un énorme stress pour cet écosystème et cette biodiversité. Tout en perturbant les horizons, il détruit inévitablement un certain nombre d’individus et souvent les plus gros comme les vers de terre qui sont déjà un écosystème à eux tout seuls. Il déstructure et désorganise profondément le milieu qui va se réchauffer et s’assécher plus rapidement tout en perturbant les connections et échanges entre les êtres vivants. Cependant, en système conventionnel, une autre organisation de vie existe et s’adapte ; elle est seulement différente.
Ce constat nous amène à deux réflexions fondamentales :
La biodiversité n’a rien de stable et les équilibres naturels, trop souvent mis en avant, ne sont qu’apparence. Il ne s’agit en fait que de déséquilibres continus entre les acteurs qui s’ajustent aux conditions de milieu et les uns par rapport aux autres, donnant cette sensation de stabilité. La vie s’adapte en permanence avec une biodiversité propre à chaque milieu que ce soit une forêt, un champ de blé, une prairie ou même une ville. Inversement, la biodiversité d’un milieu est source de résilience c’est-à-dire de capacité de réaction et d’adaptation par rapport à des changements de conditions.
Si beaucoup de personnes centrées « individu » et « milieu » cherchent à supprimer les sources d’agression, elles oublient trop souvent la ressource alimentaire qui est la clé de voute de tout écosystème. Les plantes et la photosynthèse qui sont l’entrée de l’énergie dans le vivant sont donc essentielles à ce niveau. Ainsi, en agriculture comme ailleurs, si la diversité végétale est un atout, il ne faut pas négliger la productivité et donc la biomasse laissée au milieu. C’est ici que l’ACS introduit une différence importante avec les autres systèmes de cultures en apportant d’imposants couverts végétaux multi-espèces et une continuité de photosynthèse. C’est cette biomasse qui nourrira en premier les « herbivores » mais aussi toute l’activité collaborative des plantes, comme les insectes qui profitent du nectar et du pollen ou les bactéries des exsudats racinaires. Vient ensuite une horde de décomposeurs et détritivores qui consomment les résidus laissés au sol, les corps et les déjections de la première chaine de consommateurs. Ils seront ensuite relayés par des réseaux très longs et ramifiés d’êtres vivants qui puiseront un peu de l’énergie restante dans les liaisons entre les atomes de carbone tout en restituant à chaque étape une partie des éléments minéraux liés.
Ainsi et tout au long de ce processus, la fertilité mobilisée par les végétaux est redistribuée et le carbone repart dans l’atmosphère sous forme de CO2. Celui-ci est certainement aussi accompagné d’un peu de méthane (CH4) et d’autres GES, vu que les processus de digestion du sol sont assez proches de ceux des polygastriques comme les vaches. Certains laboratoires vont même jusqu’à évaluer l’activité biologique des sols en mesurant leurs niveaux d’émission en CO2. Bien qu’assez futile, c’est simple avec une approche globale et fonctionnelle intéressantes.
Les milieux agricoles ne sont pas sans biodiversité
Nos sociétés doivent donc accepter que les milieux agricoles soient organisés mais ce n’est pas pour cette raison qu’ils sont sans biodiversité. Le bocage, souvent mis en avant comme idéal, n’a rien d’un milieu naturel ; c’est un milieu complètement façonné par l’agriculture. Certes, certains paysages agricoles sont devenus trop monotones, ce qui réduit de fait la biodiversité qu’ils hébergent et il conviendrait de penser corridors et zones de compensation écologique. Cependant de nombreux agriculteurs et beaucoup d’ACSistes cultivent des formes de diversité dans leurs champs qui viennent enrichir la biodiversité générale du territoire.
Un niveau de productivité élevée est essentiel afin de préserver d’autres territoires plus « naturels ». À ce titre, à la révolution française, les forêts n’occupaient plus que 9 millions d’hectares, mais depuis, elles ont pu se développer sur le territoire et continuer de progresser de 20 % depuis 1985 pour atteindre 17 millions d’hectares en 2020, soit une couverture de 31 % du territoire métropolitain. Il s’agit bien d’extension de milieux « naturels » mais avec une biodiversité différente. Une autre partie importante de la surface agricole a été simultanément transformée en villes et infrastructures grignotant de nombreux espaces naturels. Il est donc normal que les mesures comparatives de biodiversité dans le temps donnent des informations différentes sur les insectes et sur les oiseaux reprises de manière alarmiste qui deviennent des vérités pointant seules l’agriculture et la « chimie » comme responsables.
Une mutation s’est opérée
Cependant, en examinant plus en détail les recherches et publications notamment celles du CNRS de mai dernier, on constate que les oiseaux des milieux agricoles ont diminué de 38 % comme ceux des milieux urbains (-29 %) entre 1985 et 2020. Cependant, les oiseaux classés « généralistes » parmi lesquels on retrouve les corbeaux, corneilles, geais, étourneaux, pigeons et bien d’autres ont connu, sur la même période, une croissance de 22 %. C’est donc plus une mutation qui s’est opérée et ces généralistes de moins en moins bien « contrôlés » voire « protégés » sont certainement venus consommer une partie des ressources alimentaires des oiseaux des champs, et faire de plus en plus de dégâts sur les cultures, comme ce fut le cas ce printemps. Cet exemple montre bien qu’en termes de biodiversité, il est très risqué d’avoir une lecture orientée avec des causalités simplistes. Une vision large avec un inventaire de la globalité des interactions s’impose.
Dans le même ordre d’idée, faut-il supprimer le nombre de vaches pour sauver la planète du réchauffement climatique ? Effectivement, nos bovins émettent du CO2 et même un peu de méthane. Comme beaucoup d’herbivores, ils consomment des plantes et donc de la photosynthèse, que nous ne pouvons pas valoriser, pour les transformer en aliments. Ce n’est donc pas du CO2 additif comme celui émis par du charbon ou toute autre énergie fossile, mais un carbone qui est recyclé pour alimenter les écosystèmes et nous-mêmes en énergie solaire. Ces vaches ne sont que les premiers maillons des chaines de recyclage de la matière végétale qui, d’une manière ou d’une autre, devra être décomposée et minéralisée pour restituer la fertilité au système. Intégrées dans cette vue d’ensemble, il n’est pas si sûr que les vaches soient si impactantes.
Faire confiance aux acteurs du quotidien
Limiter le nombre de vaches, c’est également réduire les prairies, sources de biodiversité et points d’abreuvement stratégiques pour beaucoup d’oiseaux et d’insectes en été. C’est aussi réduire les bouses et les tas de fumiers qui sont des multiplicateurs d’insectes très appréciés par les oiseaux. C’est enfin menacer des arbres, des haies et une mosaïque de paysages agricoles favorables à la biodiversité.
Force est de constater que les politiques environnementales, à l’image du cas des bovins, sont de plus en plus animées par des « experts » hors sol avec des approches très orientées. Pire, leurs mesures simplistes deviennent aberrantes pour un regard systémique et peuvent souvent entrainer une aggravation des impacts globaux. Faire confiance aux acteurs du quotidien qui sont les meilleurs observateurs et experts et accepter la complexité du vivant avec une gestion des questions environnementales en compromis est certainement le meilleur moyen d’avancer sereinement et surtout d’avoir un vrai impact local comme global, tangible et durable.
ENCADRÉ
Évolution des flux de carbone et d’azote lors des processus de décomposition et de minéralisation.
Lorsque les résidus organiques (paille, couvert, fourrage, fumier, compost…), qui contiennent environ 45 % de carbone, sont remis au sol, un ensemble d’activité biologique se succède pour consommer cette biomasse, en extraire la matière nécessaire à sa constitution mais aussi à son énergie. Ainsi, en coupant les liaisons carbonées, des plus simples aux plus complexes, ces chaînes de vie vont renvoyer petit à petit dans l’atmosphère le carbone d’entrée tout en libérant les éléments minéraux et entre autres l’azote réutilisable par les plantes.
Sans la présence d’herbivores, les résidus trop carbonés (C/N supérieur à 25) retournés au sol vont entraîner une « faim d’azote » que l’on constate assez souvent en ACS sans la minéralisation du travail mécanique. Outre mobiliser tout l’azote libre du sol, cette activité de décomposition, en quête d’azote pour se multiplier, consomme alors une partie des matières organiques du sol dont le C/N est beaucoup plus bas, libérant ainsi du carbone stocké. C’est en partie pour cette raison que l’incorporation massive de pailles ne contribue pas autant que beaucoup le pensent, à la croissance du taux de MO.
L’intégration des animaux dans le système va bien sûr émettre du carbone (environ 60 % du carbone ingéré) qui est utilisé pour leur métabolisme et leur production. Cependant, cette transition par le rumen et les estomacs des herbivores qualifie (réduit fortement le C/N) la nourriture apportée à l’activité biologique du sol qui, elle, émettra moins de carbone et certainement d’autres GES, limitera les faims d’azote et le déstockage du carbone déjà présent dans les MO du sol avec un retour plus rapide de l’azote et de la fertilité pour plus de photosynthèse future. C’est en partie pour cette raison qu’une prairie productive peut être considérée comme un « puits » de carbone. Malheureusement, sans les vaches, l’affaire sera plus compliquée. C’est aussi pour cette raison que l’élevage pâturant intégré dans les itinéraires ACS, apporte des bénéfices en matière de qualité de sol et retour de fertilité.
Frédéric Thomas
Semis Nature en sarrasin
Structuration du sol
Type de racines
| Les systèmes racinaires des plantes se répartissent entre deux structures extrêmes : les racines en pivot et les racines en fascicule.Les racines en pivot, comme le radis, permettent de structurer la terre en profondeur, en creusant des sillons. Les racines en fascicule, type maïs , sont généralement plus en surface où elles forment un réseau dense.Dans les deux cas, ces racinent permettent de créer de la porosité, donc d’aérer le sol et de faciliter le passage de micro-organismes et de futures racines. | Racines pivotante (à gauche) et fasciculée (à droite) (©Équipe projet ingénieur) |
Profondeur d’enracinement
Pour choisir les plantes de couverture les plus adaptées à la culture principale, il faut connaître les profondeurs d’enracinement. En effet, un couvert préparera d’autant mieux le sol qu’il travaille à des profondeurs similaires à celles des racines suivantes. On classe généralement les plantes de couverture en trois groupes, selon que leur enracinement est superficiel, intermédiaire ou profond.
Par exemple, le maïs a en moyenne des racines capables d’atteindre plus d’un mètre de profondeur au moment de la floraison. Il est donc judicieux de choisir des plantes de couverture d’enracinement profond.
L’utilisation d’un couvert composé d’un mélange d’espèces peut s’avérer payante en ce qu’elle permet de travailler à différentes profondeurs avec tous les types de racines.
Structuration par l’activité biologique
En addition de la structuration directe du sol mentionnée précédemment, les couverts végétaux favorisent aussi la structuration du sol de manière indirecte, via l‘activité biologique. En effet, les plantes de couverture permettent de créer de la biomasse qui nourrit les organismes du sol. De plus, la création de porosité favorise le développement de ces organismes. Par exemple, les vers de terre privilégient les conduits creusés par des racines pour se déplacer. Or, ces organismes du sol améliorent aussi la structure du sol. Prenons l’exemple des champignons. Ceux-ci sécrètent une molécule, la glomaline, qui tient le rôle de colle dans le sol et permet de stabiliser les agrégats de terre. Donc plus la plante s’associe avec des micro-organismes (par exemple via les mycorhizes pour les champignons), plus elle favorise la structuration physique, chimique et biologique des sols.
https://agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/dossier_TCS_57.pdf
Comment l’agriculture de conservation peut améliorer la qualité des sols
Qu’est-ce qu’un sol de qualité ? Quels sont aujourd’hui les principaux leviers pour pallier l’appauvrissement et l’érosion des terres agricoles ? L’agriculture « régénérative » plante les graines de nouveaux modes plus durables de travail des sols. Enquête auprès des scientifiques du centre Occitanie-Toulouse de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).
Publié le 12 juillet 2022

Par Fleur Olagnier, journaliste
Des machines et des outils agricoles toujours plus lourds et qui travaillent profondément, souvent jusqu’à 25 à 30 centimètres, perturbent l’écosystème souterrain. La terre manipulée à outrance est trop aérée, elle s’assèche plus vite, et le travail des bactéries et champignons qui s’y trouvent est perturbé. Ainsi, les méthodes de l’agriculture intensive détériorent la qualité des sols.
Les scientifiques du centre de recherche INRAE Occitanie-Toulouse travaillent sur les transitions vers une agriculture plus écologique : l’agroécologie. Le concept d’agriculture « simplifiée », par la suite appelée agriculture « de conservation » et de plus en plus aujourd’hui agriculture « régénérative », est né à la fin des années 1990. Cette nouvelle méthode d’exploitation des terres a pour ambition de maximiser la qualité des sols.
« L’agriculture de conservation est basée sur trois principes étroitement liés : la réduction du travail du sol, la couverture du sol pour un maximum de biomasse produite et restituée, ainsi qu’une rotation diversifiée des plantes », décrypte Lionel Alletto, directeur de recherche en agronomie systémique au centre INRAE Occitanie-Toulouse et spécialiste des effets des pratiques agroécologiques, en particulier sur le fonctionnement du sol. « Au sein du laboratoire Agroécologie, innovations et territoires (AGIR), nous réfléchissons à la manière la plus pertinente de combiner ces trois leviers. »
Un sol de qualité est un sol fertile
La rotation diversifiée des plantes consiste à alterner des cultures destinées à être récoltées et des cultures dites « de service ». La culture de service permet de diminuer les bioagresseurs (maladies, ravageurs…), afin d’utiliser moins d’intrants chimiques dans les sols, notamment de pesticides. Elle a également le pouvoir de régénérer la terre et donc de restaurer la matière organique.
Mais qu’est-ce qu’un « sol de qualité » ? « La qualité globale d’un sol, du point de vue agricole, est une vraie question », poursuit Lionel Alletto. « Un sol est un élément complexe, avec des propriétés physiques, chimiques et biologiques en constante interaction. Si cette interaction est positive et produit une grande diversité de services écosystémiques, on parle de sol fertile. Il existe même aujourd’hui des cabinets spécialement dédiés à la notation des terres ! »
Dans un premier temps, la qualité du sol est liée à sa nature intrinsèque. « Un sol de la plaine de la Beauce par exemple est considéré comme plus fertile qu’un sol des Causses du Quercy, car il est plus profond avec moins de cailloux. Il retient donc mieux l’eau et il est plus simple à travailler », détaille le directeur de recherche.
La structure du sol est également importante car un milieu plus poreux avec des mottes est plus meuble : l’eau y pénètre bien, les racines descendent plus facilement en profondeur et les microorganismes s’y développent plus vite.
La matière organique, un élément essentiel
« Toutefois, la clef de voûte d’un sol de qualité demeure principalement la matière organique qu’il contient », appuie Lionel Alletto. « De façon un peu simplifiée, on peut considérer que plus un sol agricole est riche en carbone et donc en matière organique, plus il est fertile. » Les ressources en matières organiques sont multiples : résidus de cultures, composts ou fumiers par exemple.
Une fois restituées au champ, elles sont consommées par les microorganismes (bactéries, champignons…). Cela libère des éléments que les plantes peuvent absorber tels que l’azote, le magnésium, le potassium… « Lorsque la plante meurt, elle redevient cette matière organique de départ, et cela constitue un véritable cercle vertueux d’activité microbiologique. »
Cette activité microbiologique permise par la matière organique contribue notamment à stabiliser les particules minérales du sol par la production de « colles », telles que la glomaline. Ainsi stabilisé et donc structuré, le sol a une meilleure capacité à retenir l’eau et à nourrir les plantes, et résiste mieux au phénomène d’érosion en cas de fortes pluies. Dans le cadre de la lutte contre la déstructuration, l’érosion et l’appauvrissement des sols, les chercheurs INRAE réfléchissent à des méthodes pour favoriser la présence de carbone et donc de matière organique dans les sols.
« Aujourd’hui, la réintroduction de matière organique dans les sols est l’objectif principal des trois piliers cités précédemment. C’est un défi car cette réintroduction dépend souvent de l’élevage qui tend à décroître au niveau national », souligne Lionel Alletto. « Manger moins de viande, se tourner vers des protéines végétales… Ces tendances populaires aujourd’hui résultent des excès liés à l’élevage intensif. Cette pratique a généré des dégradations environnementales telles que l’excès de nitrate dans les eaux. Elle renvoie une image de non-respect du bien-être animal et contribue au changement climatique à travers les émissions de méthane. »
Mais tous les élevages ne sont pas intensifs, et pour être améliorée, la qualité des sols nécessite bien une corrélation avec les animaux. En effet, les recherches d’INRAE indiquent que les élevages bovins et ovins sont à l’origine d’effluents organiques qui peuvent apporter à la terre la matière organique dont elle a besoin. Ces substances permettent, le plus souvent, d’installer des prairies permanentes ou temporaires à l’origine d’un stockage de matière organique, en complément d’autres services écosystémiques. La piste d’élevages plus raisonnés et respectueux de l’environnement est donc bien à considérer comme un levier de transition agroécologique.
Valoriser (tous) les déchets
Les prairies maintenues ou réintroduites par des élevages raisonnés représentent également une très bonne alternative pour réduire l’utilisation de pesticides dans les cultures. Le pâturage ou la fauche de ces dernières permet un contrôle direct des mauvaises herbes, appelées adventices, et donc un recours moins important aux herbicides. Il est également possible de valoriser des cultures en alimentant du bétail suite à la fauche.
D’autre part, les chercheurs INRAE ont démontré que les prairies pouvaient aussi contribuer favorablement à l’enrichissement des sols en éléments nutritifs et à de nombreux autres services écosystémiques. « Les prairies peuvent contenir des légumineuses qui fixent l’azote de l’air et fournissent des protéines, des fleurs variées qui favorisent la pollinisation ou encore des graminées pour satisfaire les besoins énergétiques des animaux », explique le directeur de recherches. « Lorsque des cultures sont couplées à de l’élevage, l’entretien des prairies est alors extrêmement simple. »
Enfin, pour Lionel Alletto, une autre piste à explorer davantage par l’agriculture est la valorisation de l’ensemble des ressources de matière organique sur un territoire, comme les déchets humains par exemple. « La bioéconomie du carbone en particulier est cruciale pour l’avenir de l’agriculture, et une meilleure valorisation agronomique des ressources en carbone (par exemple des stations d’épurations) pourrait largement contribuer au système… », conclut le scientifique. Combiné aux leviers précédemment décrits, les systèmes agricoles devraient gagner en résilience face aux effets du changement climatique.
La version originale de cet article a été publiée sur le site d’Exploreur le 1er juillet 2022.
Hommage à David BRANDT

Agriculteur dans l’Ohio, David Brandt, du comté de Fairfield, est décédé à l’âge de 76 ans des suites d’un accident de voiture.
Il était connu dans le monde entier pour son travail en ACS. Dans les cercles agricoles, Brandt restera dans les mémoires comme un leader mondial du non-labour, des cultures de couverture, de la santé des sols, des cultures riches en nutriments et du marketing direct.
Des agriculteurs du monde entier ont visité sa ferme du comté de Fairfield chaque année pour voir ses sols de première main et apprendre de ses nombreuses années d’expérience. Il a également parcouru le monde en parlant de sa ferme. Brandt était un vétéran du Vietnam qui est rentré chez lui pour cultiver à la fin des années 1960, mais peu de temps après son retour, le père de Brandt est décédé dans un accident agricole. Lui et sa femme, Kendra (décédée en 2020), ont été contraints de vendre la ferme et de recommencer avec très peu d’équipement. Le semis direct était un moyen de réduire les coûts. Depuis lors, l’utilisation par Brandt du semis direct et des cultures de couverture, il a augmenté la matière organique du sol et réduit considérablement les coûts des intrants. Il a servi de mentor en conservation à de nombreuses personnes. Il a cultivé et exploité Walnut Creek Seeds , avec son fils, sa belle-fille et son petit-fils. Merci à lui .

Nous avons perdu une légende dans #regenerativeagriculture . Dave Brandt est décédé hier soir des suites de graves blessures qu’il a subies dans un accident de voiture alors qu’il livrait des semences. C’est difficile car il m’a beaucoup touché et j’en connais des milliers d’autres………….Steve Groff

