Rolf Derpsch est un agronome et consultant international de renom, pionnier de l’agriculture de conservation et du semis direct (no-till).
notill.org
Biographie rapide
Né en 1937 au Chili de parents allemands (nationalités chilienne et allemande).
Études d’agronomie à l’Université du Chili (Santiago).
A travaillé de 1966 à 2001 pour la GTZ (agence allemande de coopération technique).
Dès avril 1971, il commence des recherches sur le semis direct au Brésil, l’un des tout premiers en Amérique latine. Il a collaboré étroitement avec des pionniers brésiliens comme Herbert Bartz.
Depuis 1988, basé au Paraguay (Asunción), où il exerce comme consultant indépendant après avoir quitté la GTZ.
Il est l’auteur de nombreuses publications sur l’adoption mondiale du no-till, ses avantages économiques, environnementaux et agronomiques (érosion, carbone, etc.). Son site (rolf-derpsch.com) est une référence dans le domaine. rolf-derpsch.com
Il est considéré comme l’un des grands promoteurs mondiaux du semis direct et de l’agriculture sans labour, particulièrement en Amérique latine (où les surfaces ont explosé).
Ses relations avec Lucien Séguy
Lucien Séguy (décédé) était un agronome et pédologue français du CIRAD, pionnier du Semis Direct sur Couvert Végétal (SCV), surtout dans les conditions tropicales (Cerrados brésiliens). Il est souvent vu comme le « père » ou un grand promoteur du SCV au Brésil, avec un accent fort sur les couverts végétaux permanents, les rotations et l’adaptation aux petits agriculteurs.
no-tillfarmer.com
Relation : Les deux hommes sont des collaborateurs et co-promoteurs de l’agriculture de conservation. Ils ont travaillé ensemble ou dans des contextes proches (projets, publications, rencontres comme RELACO). On les cite souvent ensemble dans les articles et ouvrages sur le semis direct et le SCV (ex. : définitions communes, chapitres de livres, projets de coopération). Derpsch est plus axé sur la promotion globale, l’économie et le no-till « classique » ; Séguy a beaucoup insisté sur les systèmes tropicaux avec couverts vivants. Ils ont contribué au succès du semis direct en Amérique latine.
open-library.cirad.fr
En résumé : Rolf Derpsch = grand expert germano-latino-américain du semis direct, très orienté terrain et diffusion mondiale.
Lucien Séguy = son homologue français du CIRAD, visionnaire du SCV tropical. Ils sont complémentaires et ont avancé la même cause.
Les 180 millions d’hectares semés directement dans le monde parlent d’eux-mêmes ! Depuis 1987, la superficie ensemencée par semis direct en Amérique latine a été multipliée par 74, passant de 670 000 ha à 49,6 millions d’hectares en 2008, contre une augmentation de 6,5 fois aux États-Unis.
Les principales raisons pour lesquelles les agriculteurs adoptent ce nouveau système de culture sont les suivantes :
Moins de travail
Plus d’argent
Contrôle de l’érosion, respectueux de l’environnement
Améliorer la qualité de vie
Qu’est-ce que le semis direct ?
Description et définition du semis direct
Il est extrêmement important de formuler une définition adéquate et précise de l’ensemencement direct lorsqu’il s’agit d’obtenir des résultats expérimentaux comparables entre différents scientifiques.
Dans de nombreux cas, les résultats expérimentaux contradictoires s’expliquent uniquement par l’utilisation d’une terminologie régionale, par les différentes définitions de l’agriculture sans labour employées par divers chercheurs et par les divergences d’opinions quant à sa mise en œuvre. Il est donc crucial de parvenir à un consensus sur une description et une définition précises de l’agriculture sans labour. Faute d’une compréhension commune rapide de cette pratique, nous continuerons à observer des résultats expérimentaux contradictoires dans la recherche sur l’agriculture sans labour, tant au niveau national qu’international.
Le semis direct est un système agricole où la semence est placée directement dans le sol non travaillé, recouvert de résidus de la culture précédente (Köller et Linke, 2001). À l’aide de machines spécialisées, principalement équipées de semoirs à disques (perturbation minimale du sol) ou de semoirs à dents (perturbation importante du sol), seule une étroite fente est ouverte pour le dépôt de la semence, puis refermée immédiatement après.
L’objectif est de perturber le sol le moins possible afin d’éviter de faire remonter à la surface de nouvelles graines de mauvaises herbes ou de les placer dans une zone de germination favorable. Par ailleurs, aucun autre travail du sol n’est effectué. Les résidus de la culture précédente sont laissés en place, en grande partie intacts, et servent de paillis à la surface du sol.
Si le sol est seulement légèrement travaillé pour préparer le lit de semences, ce système n’est pas considéré comme un semis direct mais plutôt comme un semis sous paillis (DLG, 1997). Les méthodes de semis où plus de 50 % de la surface du sol est ameublie et mélangée ne peuvent être classées comme semis direct (Linke, 1998 ; Sturny et al., 2007).
La maîtrise des adventices est essentielle à la réussite de l’agriculture sans labour. Elle repose sur l’utilisation d’herbicides, la rotation des cultures et la culture ciblée de plantes de couverture adaptées. Cette méthode est connue sous le nom de « semis direct » ou « agriculture zéro labour » dans les pays anglophones. Certains des avantages environnementaux recherchés de l’agriculture sans labour, tels que la lutte contre l’érosion, la protection des ressources en eau, la prévention des inondations et la protection du climat grâce à la séquestration accrue de carbone dans le sol, ne se manifestent pleinement qu’après plusieurs années de pratique continue et ininterrompue.
Le semis direct est déjà pratiqué dans le monde entier sur plus de 100 millions d’hectares, sous une grande variété de conditions pédologiques et climatiques (Derpsch et al., 2010). Le succès de ce système de travail du sol conservateur repose sur une application continue et à long terme, similaire à celle des prairies permanentes (Sturny et al., 2007), ainsi que sur l’utilisation ciblée de rotations culturales et de cultures de couverture adaptées. Les exigences spécifiques du semis direct doivent être prises en compte afin d’éviter les échecs. Pour une mise en œuvre réussie, les conditions préalables et les étapes nécessaires à une conversion réussie doivent être respectées (Kahnt, 1976 ; Duiker et Myres, 2006 ; Derpsch, 2008). La couverture permanente du sol par les résidus de culture et l’absence de perturbation du sol permettent une lutte efficace contre l’érosion, le stockage du carbone dans le sol, une augmentation de la vie microbienne du sol, une meilleure rétention d’eau et une plus grande efficacité économique. De plus, le semis direct est le seul système de culture qui permet une production agricole durable, même dans des conditions pédologiques et climatiques extrêmes.
Résumé
Le semis direct est un système agricole où la semence est placée directement dans un sol non travaillé. Seule une fine sillon est pratiquée dans le sol, puis refermée après le semis ; cette sillon est juste assez profonde et large pour assurer une bonne couverture des graines. Aucun autre travail du sol n’est effectué (Phillips et Young 1973, www.sachsen.de 2011).
Sources
Derpsch, R., 2008, Étapes cruciales pour l’adoption du semis direct, dans : Systèmes agricoles sans labour. Goddard, T., Zoebisch, MA, Gan, Y., Ellis, W., Watson, A. et Sombatpanit, S., éd., 2008, WASWC. p. 479-495
Derpsch, R., Friedrich, T., Kassam, A. et Li, HW, 2010. État actuel de l’adoption de l’agriculture sans labour dans le monde et quelques-uns de ses principaux avantages. Int. J. Agric. & Biol. Eng. Vol. 3. Nº 1.
DLG, 1997. Semis direct. Feuillet 301 de la Société allemande d’agriculture, 16 pp.
Duiker, S. et Myres, JC, 2006. Étapes vers une transition réussie vers le semis direct. Collège des sciences agricoles, Recherche agricole et vulgarisation coopérative, Université PennState, 36 p.
Kahnt, G., 1976. Agriculture sans labour : conditions préalables, méthodes et limites du semis direct en production céréalière. Ulmer, Stuttgart, 126 p.
Köller, K. et Linke, C., 2001. Une agriculture réussie sans charrue. 2e éd. DLG-Verlag, Francfort-sur-le-Main, 176 p.
Linke, C., 1998. Semis direct – un inventaire avec une attention particulière aux aspects techniques, agronomiques et économiques. Thèse, Université de Hohenheim, 482 pp.
Phillips, S. et Young, H. 1973. Agriculture sans labour. Reiman Associates, Milwaukee, Wisconsin. 224 p.
Sturny WG, Chervet A., Maurer-Troxler C., Ramseier L., Müller M., Schafflützel R., Richner W., Streit B., Weisskopf P. et Zihlmann U. 2007. Semis direct et labour dans une comparaison de systèmes – une synthèse, AGRARForschung (maintenant « Agrarforschung Schweiz ») 14 (8) : 350-357.
Les méthodes agricoles traditionnelles des régions tropicales et subtropicales entraînent une dégradation des sols et une baisse de leur productivité. Il en résulte pauvreté, exode rural, prolifération de bidonvilles et conflits sociaux. Pour que les agriculteurs aient une chance de survivre en milieu rural et pour parvenir à une gestion durable des terres, un changement de mentalité fondamental est nécessaire, et de nouvelles approches agricoles doivent être mises en œuvre. La section suivante compare les perspectives (paradigmes) anciennes et nouvelles et analyse leurs conséquences.
(Publié en anglais dans : ISTRO-INFO EXTRA, vol. 4, 1999 ; disponible sur Internet à l’adresse : http://www.soils.wisc.edu/istro )
Paradigmes du passé
Paradigmes du futur
La culture du sol est nécessaire Enfouissement des résidus végétaux à l’aide d’équipements de travail du sol La terre nue pendant des semaines et des mois Réchauffement des sols par rayonnement solaire Brûlage autorisé Les processus chimiques du sol au centre de l’attention Protection des plantes de préférence chimique L’engrais vert et la rotation des cultures comme option L’érosion des sols est une conséquence inévitable de l’agriculture.
Semis direct, sans labour Les résidus végétaux sont laissés à la surface du sol comme paillis. Couvre-sol permanent Réduction des températures du sol Interdiction de brûler Processus biologiques du sol au premier plan Protection des plantes de préférence biologique Les engrais verts et la rotation des cultures sont essentiels L’érosion des sols n’est rien d’autre qu’un symptôme du fait qu’un système de culture inadapté au lieu et à l’écosystème a été utilisé.
Conséquences du travail du sol ou du sol nu
Conséquences du système de semis direct ou de la couverture permanente du sol
L’érosion éolienne et hydrique se produit Faible infiltration d’eau dans le sol faible humidité du sol Dégradation inévitable de la matière organique dans le sol Le dioxyde de carbone s’échappe dans l’atmosphère (effet de serre = réchauffement climatique). Dégradation des sols (chimique, physique, biologique) Déclin de la productivité des cultures Utilisation accrue d’engrais et coûts de production plus élevés La survie à long terme à la campagne n’est pas possible (faibles rendements, absence de rentabilité, perte de revenus). Pauvreté, exode rural, multiplication des bidonvilles et conflits sociaux
L’érosion éolienne et hydrique est stoppée. Infiltration accrue de l’eau dans le sol humidité du sol plus élevée Accumuler ou maintenir la matière organique dans le sol (améliorer la qualité du sol) Le sol agit comme un puits de carbone (améliorant la qualité du sol ; contrant l’effet de serre). Amélioration des sols (chimique, physique, biologique) Augmenter la productivité des cultures Réduction de l’utilisation d’engrais et baisse des coûts de production Des opportunités de revenus à long terme pour les agriculteurs des zones rurales grâce à une bonne rentabilité et à des pratiques agricoles durables. Satisfaction des besoins fondamentaux, amélioration du niveau et de la qualité de vie de la famille agricole
Impacts externes de l’érosion des sols
Impacts externes du système de culture
Sédimentation des rivières, des réservoirs et des lacs Qualité de l’eau dégradée Problèmes rencontrés par les centrales hydroélectriques Sédimentation des routes Les coûts élevés pour l’État et la société dus aux effets externes de l’érosion des sols
Réduction de la sédimentation dans les rivières, les réservoirs et les lacs Amélioration de la qualité de l’eau Aucun problème pour les centrales hydroélectriques Pas de sédimentation provenant des routes Des coûts moindres pour l’État et la société, grâce à l’élimination ou à la réduction des coûts externes liés à l’érosion des sols.
Conclusion
Conclusion
L’utilisation durable des terres est impossible (ni sur le plan écologique, ni sur le plan social, ni sur le plan économique).Exploitation des terres
Utilisation durable des terres assurée (sur les plans écologique, social et économique) Utilisation des terres appropriée au site
« Le lion et la panthère sont inoffensifs ; en revanche, les poules et les canards sont des animaux très dangereux, disait un ver de terre à ses enfants. » Bertrand Russel
Perspectives du ver de terre et du sol
« Depuis que j’ai vu un peu d’humanité dans le regard d’un ver de terre, à l’occasion d’un coup de fourche dans mon jardin… » — Christophe Gatineau (dans Éloge du ver de terre).
« Il est douteux qu’aucun animal quel qu’il soit ait joué un rôle équivalent au ver de terre dans l’histoire de la nature. » — Charles Darwin.
« Les vers de terre sont les intestins du sol. » — Aristote.
« Je fus amené à conclure que la terre végétale sur toute l’étendue d’un pays a passé bien des fois par le canal intestinal d’un ver et y passera bien des fois encore. » — Charles Darwin. Le sol n’est pas une matière inerte : c’est du ver digéré et régénéré.
« Si vous pensez que vous êtes trop petit pour changer quoi que ce soit, essayez donc de dormir avec un moustique dans votre chambre. » — Betty Reese.
« L’homme est apparu comme un ver dans un fruit, comme une mite dans une balle de laine, et a rongé son habitat, en sécrétant des théories pour justifier son action. » — Jean Dorst.
« Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas. » — Proverbe amérindien
« La terre, donc, n’est pas que le sol, c’est une fontaine d’énergie qui traverse un circuit de sols, de plantes et d’animaux. » — Aldo Leopold
« Les vers de terre sont de véritables maîtres d’œuvre : ils façonnent, nourrissent et aèrent le sol. »
« Le bulldozer et le glyphosate sont inoffensifs ; en revanche, la pluie fine et le ver de terre sont des catastrophes, disait un agriculteur conventionnel à ses enfants… jusqu’à ce que son sol meure. »
« Nous héritons de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. » — Proverbe amérindien
« Le sol n’est pas un support pour les plantes ; il est un monde vivant. » — Claude Bourguignon
« Une civilisation qui détruit son sol se détruit elle-même. » — Franklin D. Roosevelt
« Le dernier arbre coupé, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors seulement l’homme découvrira que l’argent ne se mange pas. » — Prophétie attribuée aux Cris
« La terre est insultée et offre ses fleurs comme réponse. » — Rabindranath Tagore
« Dans chaque poignée de terre vivent plus d’êtres que d’humains sur Terre. » — Citation inspirée des travaux de microbiologie des sols
« L’eau est la force motrice de toute la nature. » — Leonardo da Vinci
« Ce ne sont pas les mauvaises herbes qui ruinent une terre, mais l’absence de vie dans le sol. » — Inspiration agroécologique
« Le ver de terre laboure mieux que le paysan, et sans gasoil. » — Proverbe agricole revisité
« Plus on travaille le sol, plus on le fatigue ; plus on le couvre, plus il vit. » — Principe des SCV
« La forêt ne produit pas de déchets ; elle produit de la fertilité. » — Inspiration permaculturelle
« Le sol couvert est un sol protégé ; le sol vivant est un sol fertile. » — Principe agronomique des SCV
« L’érosion est silencieuse, mais ses conséquences crient. » — Formule agroécologique contemporaine
« Quand on nourrit le sol, le sol nourrit les plantes, les plantes nourrissent les hommes. » — Adaptation d’un principe d’agriculture régénératrice
« La nature comprend toujours le dernier mot ; l’homme, souvent, le comprend trop tard. » — Inspiration écologique
« Le tracteur croit dominer le champ ; pourtant, c’est souvent le lombric qui fait le vrai travail. »
« Les plus grands ennemis du sol ne viennent pas toujours du ciel, mais parfois de la cabine du tracteur. »
« Le champ nu paraît propre à l’homme pressé ; il ressemble surtout à un désert pour le vivant. »
« Le ruissellement commence souvent là où l’homme croyait avoir “bien nettoyé” son sol. »
« Les vers de terre ne parlent pas, mais ils savent exactement ce qu’est une bonne agriculture. »
« Les hommes craignaient la sécheresse ; le sol, lui, craignait surtout les labours. »
« Le blé regardait le couvert végétal comme un concurrent ; l’été venu, il l’appelait son ombre. »
« “Nous manquons d’eau”, disaient les cultures. “Non”, répondit le sol, “vous manquez surtout de racines.” »
« Le paysan voulait nourrir ses plantes ; le vieux champ, lui, réclamait d’abord qu’on nourrisse ses vers de terre. »
« Les rivières deviennent boueuses quand les champs oublient de garder leurs secrets. »
« Un enfant demanda au ver de terre : “Qui détruit le plus la nature ?” Le ver répondit : “Celui qui croit travailler contre elle sans jamais travailler avec elle.” »
« Le soleil brûlait la plaine nue ; sous le couvert, la vie continuait à voix basse. »
« Le champ labouré paraissait propre aux hommes ; aux yeux des microbes, c’était un tremblement de terre. »
« “Pourquoi caches-tu toujours le sol sous des plantes ?” demanda le tracteur. “Pour les mêmes raisons que tu mets un toit sur ta maison”, répondit la prairie. »
« La pluie n’abîme jamais la terre ; elle révèle seulement les erreurs des hommes. »
« Le ruisseau disait au champ : “Je n’emporte que ce que tu ne sais plus retenir.” »
« Les mauvaises herbes sont souvent des pansements posés par la nature sur les blessures du sol. »
« Quand le sol se tait, les engrais doivent parler plus fort. »
« Le paysan moderne regardait son GPS ; le ver de terre regardait l’humus disparaître. »
« La forêt nourrit son sol depuis des millions d’années sans jamais ouvrir un sac d’engrais. »
« “Pourquoi protèges-tu autant la terre ?” demanda l’homme. Le vieux paysan répondit : “Parce qu’avant d’être notre richesse, elle est notre patience.” »
« Le champ couvert boit la pluie comme une éponge ; le champ nu l’avale comme une pierre. »
« Les racines sont les mains invisibles par lesquelles les plantes fabriquent la fertilité. »
« L’eau tombe du ciel ; l’infiltration, elle, vient du sol vivant. »
« Le ver de terre disait à ses enfants : “Méfiez-vous des champs trop propres : ils cachent souvent une terre malade.” »
« Le jeune agriculteur demandait comment produire plus. Le vieux sol répondait : “Commence déjà par arrêter de perdre ce que je sais faire.” »
« Le labour croyait préparer la terre ; le couvert végétal, lui, préparait l’avenir. »
« Le champ nu impressionne le voisin ; le champ vivant impressionne les générations suivantes. »
« L’homme pensait cultiver du maïs ; en réalité, il cultivait surtout la qualité de son sol. »
« Le sol vivant est le seul ouvrier agricole qui travaille jour et nuit sans réclamer de gasoil. »
« Le paysan demanda : “Quel est le meilleur engrais ?” La forêt répondit : “Le temps laissé au vivant.” »
« Plus le tracteur devenait puissant, plus le ver de terre devenait indispensable. »
« Le ruissellement est une lettre de plainte envoyée par le sol aux hommes. »
« Les racines profondes font des cultures résistantes ; les idées profondes font des agricultures durables. »
« Le couvert végétal n’est pas une dépense : c’est une conversation permanente entre la plante et le sol. »
« Le paysan moderne voulait contrôler la nature ; le vieux semis direct cherchait seulement à collaborer avec elle. »
« Quand le sol reste couvert, même le soleil apprend la patience. »
« Le champ fatigué disait aux engrais : “Vous me nourrissez aujourd’hui.” Les vers de terre lui répondaient : “Nous, nous te reconstruisons.” »
« La nature n’aime pas les sols nus ; elle les couvre toujours, comme une mère couvre un enfant endormi. »
« Le semoir entra dans le couvert comme une barque glisse sur un lac : sans violence et sans bruit. »
« Les anciens mesuraient la richesse d’un champ à sa couleur ; les agronomes du vivant la mesurent à son activité. »
« Le sol compacté produit parfois encore des récoltes ; le sol vivant produit des résiliences. »
« Un agriculteur demanda à son voisin : “Pourquoi gardes-tu toujours des plantes dans tes parcelles ?” L’autre répondit : “Parce que la terre déteste la solitude.” »
« La meilleure irrigation commence souvent par une meilleure infiltration. »
« Le jour où l’homme a compris qu’il fallait nourrir le sol avant la plante, l’agriculture a cessé de lutter contre la nature. »
« Le couvert végétal est à la terre ce que le toit est à la maison : on remarque surtout son importance quand il disparaît. »
« Dans les champs vivants, la fertilité descend des feuilles vers les racines avant de remonter vers les récoltes. »
« Le ver de terre disait à ses enfants : “Craignez moins la sécheresse que les hommes qui laissent le soleil toucher directement la terre.” »
« Les SCV ne demandent pas au sol de produire davantage ; ils lui redonnent simplement les moyens de respirer. »
« Le paysan regardait la surface du champ ; la nature, elle, travaillait surtout dessous. »
Lionel Mesnage : agronome indépendant breton avec plus de 30 ans d’expérience (conseiller depuis 2000, après des débuts dans les années 90). Il s’appuie sur une approche très empirique, issue d’observations de terrain, de profils de sols et d’accompagnement d’agriculteurs, plutôt que sur des dogmes théoriques.
Philosophie générale Lionel Mesnage remet en question le paradigme dominant « plus d’azote = plus de rendement ». Selon lui, l’azote n’est pas le facteur limitant principal dans la majorité des situations. Ce qui bloque vraiment les rendements, c’est avant tout :
La compaction (tassement) des sols.
La mauvaise structure physique et la réserve utile en eau (RU).
La gestion des adventices et l’équilibre global du système sol-plante.
En rétablissant une bonne porosité et aération du sol, la plante accède beaucoup mieux à l’azote déjà présent (minéralisation) et à celui apporté → on peut diviser par deux les apports d’azote minéral tout en maintenant (voire améliorant) les rendements et la rentabilité.Objectif concret : viser environ 1 kg d’azote total (minéral + organique) par quintal de blé (ou équivalent), avec une efficience de 1,2–1,3 unités voire moins dans les meilleurs systèmes.
1. La compaction des sols : l’ennemi silencieux
C’est le cœur de son message. Les engins modernes exercent des pressions énormes (4-6 kg/cm²) alors qu’un sol « naturel » résiste en moyenne à ~600 g/cm² seulement. Même en semis direct ou avec couverts, le sol n’est pas invincible, surtout en conditions humides.
Les racines (surtout graminées comme avoine noire) aident mais ne suffisent pas seules.
. Fertilisation azotée : efficience avant tout
Fractionner : petits apports fréquents (max 40 unités par passage) pour forcer l’enracinement en profondeur.
Préférer l’ammonitrate (équilibré, polyvalent) plutôt que urée ou solutions (risques de volatilisation).
Ne pas compenser un sol déstructuré par des biostimulants ou inhibiteurs : ça ne marche pas durablement.
Travailler avec la minéralisation du sol via couverts et rotation.
3. Couverts végétaux et matière organique
Règle simple : souvent 4 espèces max (2 graminées + 2 légumineuses) pour un bon rapport coût/bénéfice.
Phacélie = excellent ameublisseur et mobilisateur de phosphore.
Attention à la gestion de l’eau : neutraliser tôt les couverts en contexte séchant.
Le carbone est surtout stocké via racines (pas seulement biomasse aérienne). Équilibre stœchiométrique C/N/P/S indispensable pour transformer la paille en humus.
4. Autres leviers clés
Baisser les densités de semis (150-120 grains/m² en blé) → plantes plus robustes, gros épis, meilleure résistance à la sécheresse, moins de compétition.
Gestion des adventices : résistances aggravées par la perte des hivers froids (moins de gel naturel). Priorité à la rotation et l’évitement plutôt qu’à la chimie seule.
Observation fine du sol et adaptation contexte par contexte (pas de recette miracle universelle).
Résultats et impact
De nombreux agriculteurs accompagnés ont maintenu ou augmenté leurs rendements tout en divisant fortement leurs factures d’engrais, avec des sols plus résilients face aux aléas climatiques (sécheresse, excès d’eau). Son approche est particulièrement valorisée en Agriculture de Conservation des Sols (ACS), mais s’applique aussi en systèmes conventionnels ou labourés.
En résumé, Lionel Mesnage prône une agronomie de la résilience : remettre le sol physique au centre, observer, ajuster, et optimiser l’efficience plutôt que de compenser par des intrants. C’est pragmatique, parfois iconoclaste, et très axé terrain.
Compaction des sols.
Fertilisation azotée (objectif 1 kg/quintal).
Couverts végétaux.
Synthèse « Ce qui plombe réellement votre rendement ».
Pendant de nombreuses années, le labour a été considéré comme une étape nécessaire avant le semis. Beaucoup d’agriculteurs pensaient que plus le sol était retourné et perturbé, meilleure serait la récolte.
Mais aujourd’hui, l’expérience de différentes communautés agricoles prouve autre chose : perturber constamment le sol peut lentement l’affaiblir. C’est pourquoi l’agriculture sans labour, également connue sous le nom d’agriculture sans travail du sol, devient une pratique importante dans l’agriculture régénérative. L’agriculture sans labour est une approche agricole où les cultures sont cultivées avec un minimum ou pas de perturbation du sol. Au lieu de labourer régulièrement le terrain, les agriculteurs protègent la structure du sol et permettent aux processus biologiques naturels d’améliorer la fertilité du sol au fil du temps. Les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture sans labour remarquent souvent que leurs sols retiennent l’humidité plus longtemps, surtout pendant les périodes sèches. Les résidus de cultures laissés à la surface du sol aident à réduire l’évaporation de l’eau, protègent le sol de la lumière directe du soleil et minimisent l’érosion causée par le vent et les fortes pluies. Un autre avantage majeur est la restauration de la vie du sol. Des sols sains contiennent des micro-organismes, des insectes et de la matière organique qui soutiennent naturellement la croissance des plantes. Un labour excessif perturbe cet écosystème, tandis que l’agriculture sans labour permet au sol de se régénérer et de rester biologiquement actif. Cette pratique aide également les agriculteurs à réduire les coûts de production. Moins de labour signifie des dépenses de carburant plus faibles, des besoins en main-d’œuvre réduits et une moindre dépendance aux machines lourdes. Au fil du temps, les agriculteurs peuvent investir moins tout en maintenant des terres plus saines et plus productives. Dans le district de Bugesera, de nombreux agriculteurs impliqués dans l’agriculture régénérative démontrent déjà l’impact de l’agriculture sans labour. En combinant des pratiques telles que le paillage, l’application de compost, la culture de couverture et la perturbation minimale du sol, ils restaurent les sols dégradés et améliorent la productivité de manière durable. Lorsque l’agriculture régénérative est combinée à des solutions d’énergie renouvelable telles que l’irrigation alimentée par l’énergie solaire, les agriculteurs deviennent encore plus résilients au changement climatique. Ils sont capables de conserver l’eau, de réduire les coûts agricoles et d’améliorer la production sans dépendre fortement des pluies imprévisibles ou du carburant coûteux. C’est la vision promue à travers le Partenariat Power for Food , où l’Agriculture Régénérative et l’Utilisation Productive de l’Énergie Renouvelable aident les agriculteurs à construire des systèmes alimentaires plus solides, plus sains et plus durables. Dans les communautés, les agriculteurs commencent à réaliser que protéger le sol n’est pas une limitation à la productivité. En fait, des sols sains sont la base du succès agricole à long terme. Parfois, la meilleure façon d’aider le sol à produire plus… est de le perturber moins.
Ce texte, promeut le zéro tillage comme méthode régénérative qui préserve la structure du sol, améliore la rétention d’humidité et réduit l’érosion grâce aux résidus de culture laissés en surface.Il met en avant les expériences des agriculteurs du district de Bugesera au Rwanda, qui combinent zéro labour, paillage, compost et irrigation solaire via le partenariat Power for Food pour une plus grande résilience climatique.Les images montrent des champs mulchés avec des jeunes plants de maïs et légumes émergeant, illustrant concrètement la réduction des coûts en carburant et main-d’œuvre tout en favorisant la vie biologique du sol.
Agriculture sans labour :
Une approche durable L’agriculture sans labour, souvent appelée agriculture de conservation, est une pratique agricole qui consiste à cultiver des cultures sans perturber le sol par le labour ou le travail du sol. Cette méthode a gagné en popularité en tant qu’alternative durable à l’agriculture conventionnelle, principalement en raison de ses nombreux avantages environnementaux et économiques.
Avantages de l’agriculture sans labour Santé du sol :
En évitant la perturbation du sol, l’agriculture sans labour préserve la structure du sol et favorise l’écosystème naturel. Elle améliore la rétention de la matière organique, optimise la conservation de l’humidité et stimule l’activité microbienne, ce qui conduit à des cultures plus saines. Contrôle de l’érosion : Sans labour, le sol est mieux protégé contre l’érosion due au vent et à l’eau. Les résidus de cultures laissés en surface agissent comme une barrière, réduisant l’écoulement des eaux et favorisant l’infiltration de l’eau.
Séquestration du carbone :
L’agriculture sans labour peut réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre. En maintenant les niveaux de carbone du sol et en encourageant la séquestration du carbone, cette méthode contribue à l’atténuation du changement climatique.
Efficacité des coûts :
Les agriculteurs peuvent économiser sur les coûts de carburant et de main-d’œuvre, car les équipements de labour ne sont pas nécessaires. De plus, une meilleure santé du sol conduit souvent à des rendements plus élevés au fil du temps, en faisant une option financièrement viable.
Gestion des mauvaises herbes :
Bien que l’agriculture sans labour puisse initialement poser des défis liés aux mauvaises herbes, à long terme, elle encourage un écosystème plus équilibré qui peut aider à gérer naturellement les populations de mauvaises herbes.
Défis de mise en œuvre
La transition vers l’agriculture sans labour peut poser des défis pour les agriculteurs, notamment la nécessité d’équipements nouveaux et des réductions potentielles de rendement initiales alors que l’écosystème s’ajuste.
L’éducation et le soutien des services de vulgarisation agricole peuvent aider à atténuer ces problèmes.
L’agriculture sans labour offre une solution durable pour l’agriculture moderne, apportant de nombreux avantages pour la santé du sol, l’environnement et la viabilité économique.
Comment cet herbicide controversé sauve la faune sauvage et quelles sont ses limites.
13 mars 2026
Par Dan Blaustein-Rejto
Le glyphosate est sans doute le produit chimique le plus controversé de l’agriculture moderne, voire de la société contemporaine. Depuis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé l’a classé comme « cancérogène probable pour l’homme » en 2015, le glyphosate est devenu un sujet récurrent des batailles juridiques, de l’inquiétude des consommateurs et des débats politiques. Des jurys ont condamné son fabricant, Monsanto, racheté par Bayer en 2018, à verser des milliards de dollars de dommages et intérêts. Plusieurs pays ont interdit son utilisation, avant de lever cette interdiction peu après, comme au Mexique, en Allemagne et au Sri Lanka. Par ailleurs, des militants ont réussi à contraindre des organismes de réglementation, dont l’Agence de protection de l’environnement (EPA), à réexaminer leurs évaluations de l’innocuité de ce produit chimique.
L’opposition du public au glyphosate repose non seulement sur des inquiétudes concernant ses effets présumés sur la santé, mais aussi sur un discours répandu présentant le glyphosate comme un fléau écologique – accusé de détruire les sols sains, de nuire aux pollinisateurs, de contaminer l’eau et de dégrader la biodiversité.
Mais un examen plus approfondi de l’utilisation du glyphosate, des herbicides qu’il a remplacés et de son impact sur les systèmes agricoles révèle une réalité plus complexe. Pour bon nombre de ses usages agricoles les plus courants, le glyphosate a généré des bénéfices environnementaux nets, principalement en se substituant à des herbicides plus toxiques et en favorisant des pratiques agricoles réduisant l’érosion des sols, la pollution de l’eau et de l’air, la consommation d’énergie et les pertes de récoltes.
Cela ne signifie pas pour autant que le glyphosate soit inoffensif, ni que les pratiques actuelles de désherbage soient irréprochables. La résistance des adventices au glyphosate continue de se propager. De plus, les herbicides à base de glyphosate, bien que souvent préférables aux autres solutions, ont toujours un impact négatif sur la faune et les écosystèmes. Pour développer des alternatives de gestion des adventices plus durables, il est donc essentiel de comprendre ce qui fonctionne bien aujourd’hui afin de préserver et d’amplifier les bénéfices environnementaux à l’avenir.
Plus de pulvérisation, moins de risques
Le glyphosate a été approuvé et commercialisé pour la première fois aux États-Unis en 1974 comme herbicide à large spectre conçu pour détruire la plupart des plantes avec lesquelles il entre en contact. Son essor a coïncidé avec la commercialisation, à partir du milieu des années 1990, de cultures génétiquement modifiées tolérantes au glyphosate (« Roundup Ready »). Aujourd’hui, le glyphosate est principalement utilisé dans les cultures de maïs, de soja et de coton, où il est appliqué sur environ 80 à 90 % des surfaces cultivées. Ces cultures, destinées en grande majorité à l’alimentation animale, aux biocarburants et à la production de fibres plutôt qu’à la consommation humaine directe, représentent la grande majorité de l’utilisation agricole du glyphosate, soit environ 84 % .
Dans ces systèmes, le glyphosate est utilisé principalement de trois manières : en désherbage total avant les semis pour nettoyer les champs sans labour ; pour lutter contre les adventices sur les cultures tolérantes au glyphosate pendant leur croissance ; et après la récolte pour maîtriser les adventices avant les semis suivants. Ces usages ont fait du glyphosate l’herbicide le plus utilisé de l’histoire des États-Unis, avec plus de 113 millions de kilogrammes utilisés chaque année.
Mais le volume d’utilisation à lui seul ne suffit pas à évaluer les dommages environnementaux. Ce qui importe, c’est la toxicité du glyphosate, sa comparaison avec les herbicides qu’il remplace et les pratiques agricoles qu’il favorise.
De l’avis de presque tous les experts, le glyphosate et les herbicides à base de glyphosate (qui contiennent d’autres substances comme des surfactants) présentent une faible toxicité, même aux volumes élevés utilisés. Par exemple, une analyse réalisée en 2017 par le spécialiste des mauvaises herbes Andrew Kniss a révélé que, selon les données les plus récentes disponibles, le glyphosate représentait environ 26 % à 43 % des applications d’herbicides sur le maïs et le soja, respectivement, mais ne contribuait qu’à 0,1 % et 0,3 % du risque de toxicité chronique pour les mammifères dans ces cultures, ce qui reflète le risque d’effets néfastes sur les mammifères en cas d’exposition prolongée. Nous avons mis à jour ces estimations à l’aide des données de l’USDA publiées depuis. Comme le montre la figure ci-dessous, bien que le glyphosate représente une part importante des herbicides appliqués à chaque grande culture, il ne représente qu’une part beaucoup plus faible du risque aigu pour les mammifères et pas plus de 1 % du risque chronique. Par exemple, en 2024, le glyphosate représentait 50 % des applications d’herbicides sur le blé d’hiver, mais seulement 0,7 % des risques chroniques pour les mammifères.
Certes, il existe de nombreuses méthodes pour mesurer la toxicité des herbicides. Les chiffres de danger mentionnés ci-dessus sont basés uniquement sur des estimations de toxicité chez les rats. Bien que cela soit utile pour comprendre les impacts potentiels sur les mammifères, cela ne renseigne que peu sur l’effet d’un herbicide sur les oiseaux, les insectes, les poissons et autres organismes. Cependant, selon la plupart des indicateurs, le glyphosate a également peu d’impact sur ces animaux et est beaucoup plus inoffensif que les autres herbicides que les agriculteurs utilisent souvent aujourd’hui, notamment pour lutter contre les adventices résistantes au glyphosate. Le tableau ci-dessous compare plusieurs de ces indicateurs pour les herbicides les plus couramment utilisés sur le maïs, le soja et le blé. Il montre que le glyphosate, ainsi que le glufosinate (un herbicide non sélectif souvent utilisé contre les adventices résistantes au glyphosate), figurent parmi les options les moins toxiques pour la plupart des espèces étudiées.
L’adoption du glyphosate et des systèmes de culture tolérants au glyphosate a également permis de réduire la dépendance à l’égard de plusieurs herbicides anciens présentant des niveaux de toxicité excessivement élevés. Par exemple, la gestion des adventices à base de glyphosate a permis aux agriculteurs de réduire l’utilisation d’alachlore, un herbicide largement employé dans les cultures de maïs et de soja. Après avoir déterminé qu’il s’agissait d’un cancérogène probable pour l’homme, l’EPA en a restreint l’usage et, face à la disponibilité d’alternatives efficaces pour les agriculteurs, a finalement retiré l’autorisation de mise sur le marché de tous les produits à base d’alachlore.
Rien de tout cela ne signifie que le glyphosate soit sans danger pour l’environnement. Les évaluations des risques écologiques menées par l’EPA et d’autres organismes de réglementation mettent en évidence des préoccupations réelles dans certains contextes. Une exposition chronique au glyphosate peut ralentir la croissance de certains oiseaux. Cependant, l’un des risques les plus concrets ne provient pas du glyphosate lui-même, mais des surfactants ajoutés à certaines formulations pour faciliter sa pénétration dans les feuilles des plantes : l’EPA constate que la dérive due à l’épandage aérien intensif de formulations contenant de la polyéthoxylate de suif (POEA) présente un léger risque pour certains poissons d’eau douce, amphibiens et invertébrés aquatiques. De même, certaines formulations peuvent aggraver l’impact d’une exposition aiguë chez les oiseaux, bien que les données à ce sujet soient limitées.
Le glyphosate, comme d’autres herbicides à large spectre, peut avoir des effets indirects sur la faune sauvage en détruisant les plantes dont elle dépend. Par exemple, le glyphosate n’est pas considéré comme toxique pour les papillons monarques ni leurs chenilles aux doses auxquelles ils sont exposés. Cependant, les pulvérisations et la dérive des herbicides peuvent détruire l’asclépiade, plante sur laquelle les papillons pondent exclusivement leurs œufs. Les populations d’asclépiade ont considérablement diminué au moment même où les cultures tolérantes aux herbicides et l’utilisation du glyphosate ont augmenté. Mais l’utilisation accrue de tout herbicide affectant l’asclépiade aurait eu un effet similaire. En fait, comparés au glyphosate, de nombreux herbicides courants, comme le dicamba, affectent l’asclépiade à des doses encore plus faibles et sont plus susceptibles de se disperser par dérive et d’affecter la végétation environnante.
Le glyphosate, comme tout produit destiné à tuer les plantes, comporte certains risques. Pour évaluer son impact environnemental, la question pertinente n’est pas de savoir s’il présente un risque quelconque , mais plutôt s’il présente moins de risques que d’autres solutions réalistes. Pour la plupart des usages agricoles, la réponse est claire : le glyphosate est le moindre mal.
Agriculture sans labour assistée par herbicides
L’un des avantages environnementaux les plus importants du glyphosate est cependant indirect.
En permettant un désherbage efficace sans labour, le glyphosate et les cultures tolérantes au glyphosate ont rendu viables à grande échelle l’agriculture sans labour et le travail réduit du sol. Auparavant, le labour était le principal moyen utilisé par les agriculteurs pour lutter contre les adventices, perturbant le sol de manière répétée pour déraciner les plantes et enfouir leurs graines profondément. Les agriculteurs pouvaient éliminer les adventices avant les semis grâce à d’autres herbicides, mais nombre d’entre eux n’étaient pas efficaces contre toutes les espèces ou persistaient trop longtemps dans le sol, obligeant les agriculteurs à attendre trop longtemps avant de semer. Une fois la culture levée, les agriculteurs devaient souvent labourer entre les rangs pour contrôler les adventices. Le glyphosate, associé à des cultures tolérantes, leur a permis de pulvériser leurs champs avant les semis pour un désherbage efficace, ainsi qu’après la levée des cultures.
La gestion des adventices à base de glyphosate n’est pas le seul facteur influençant la décision d’un agriculteur d’adopter le travail réduit du sol, une pratique qui remonte aux années 1940. Toutefois, elle a considérablement accru le recours à l’agriculture sans labour et à l’agriculture réduite. Des enquêtes menées auprès d’agriculteurs au milieu des années 2000, comme illustré ci-dessous, ont révélé une forte augmentation de l’adoption de ces méthodes après que les producteurs de coton, de soja ou de maïs ont adopté des variétés tolérantes au glyphosate. Depuis, l’apparition d’adventices résistantes au glyphosate a incité certains agriculteurs à labourer davantage. Néanmoins, l’utilisation du glyphosate demeure le facteur prédictif le plus important du recours aux méthodes de travail réduit du sol.
Un travail du sol engendre l’érosion, l’une des externalités les plus néfastes de l’agriculture. Les sols érodés transportent des sédiments, des nutriments et des pesticides vers les cours d’eau, dégradant ainsi les habitats aquatiques et la qualité de l’eau. Depuis 1982, les taux d’érosion des terres cultivées aux États-Unis ont diminué d’environ un tiers , notamment grâce à la gestion des adventices à base de glyphosate et aux techniques de travail du sol conservatrices. Selon une estimation, l’adoption de variétés de soja tolérantes au glyphosate a augmenté de 20 % le recours au semis direct chez les producteurs de soja , réduisant l’érosion des sols de 27 millions de tonnes par an et générant des économies de plus de 100 millions de dollars sur la qualité de l’eau.
Laisser les résidus de récolte sur le champ améliore la structure du sol, augmente sa teneur en matière organique et réduit le ruissellement des nutriments. Les systèmes sans labour perturbent moins les vers de terre et les autres organismes du sol et offrent un couvert végétal plus continu, favorable à la faune sauvage. Des études montrent souvent une plus grande abondance d’oiseaux et de petits mammifères dans les systèmes de travail réduit du sol, notamment parce que les résidus offrent un abri contre les prédateurs, de la nourriture et évitent la destruction des nids d’oiseaux au sol lors du labour printanier.
Le travail réduit du sol permet également d’économiser de l’énergie et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le labour et le travail du sol nécessitent plusieurs passages de tracteur, ce qui consomme du diesel. L’agriculture sans labour en continu permet d’économiser plus de trois gallons de carburant par acre et par an, réduisant ainsi les émissions de CO₂. Aux États-Unis, la réduction du travail du sol grâce au glyphosate permet d’économiser jusqu’à 60 millions de gallons de carburant, évitant ainsi l’émission de près d’un demi-million de tonnes d’équivalent CO₂ par an. Bien que cette quantité soit relativement faible (environ 1 % des émissions annuelles liées à la combustion de carburant pour l’agriculture), elle n’en demeure pas moins bénéfique. L’agriculture sans labour peut également contribuer au stockage de carbone supplémentaire dans le sol, même si la quantité est souvent bien moindre que ce que l’on estime généralement.
Souvent négligée, la technique du sans-labour réduit également la quantité de terre et de poussière issues de l’agriculture, améliorant ainsi considérablement la qualité de l’air. Le labour conventionnel perturbe le sol, projetant des particules dans l’air où elles restent souvent en suspension et contribuent aux maladies cardiovasculaires et aux problèmes respiratoires chroniques comme la BPCO. Bien qu’elle ne soit pas l’une des principales sources de particules fines ou d’autres polluants atmosphériques, la pollution liée au labour est néanmoins responsable d’ environ 1 300 décès par an . L’essor du semis direct et du labour réduit, souvent facilité par l’utilisation du glyphosate, contribue à éviter plusieurs centaines de décès chaque année.
Utilisation du glyphosate avant la récolte
Parmi les différents usages du glyphosate, l’application avant récolte – la pulvérisation de glyphosate sur le blé arrivé à maturité et d’autres cultures vivrières – a suscité une vive opposition. Le représentant Thomas Massie , les militants de la MAHA et Robert F. Kennedy Jr. ont tous proposé d’interdire cette pratique. Les inquiétudes liées à la pulvérisation de tout herbicide sur les cultures vivrières à l’approche de la récolte sont compréhensibles. Cependant, cette pratique est rare, considérée comme sûre et présente plusieurs avantages environnementaux uniques.
Le traitement phytosanitaire avant récolte est surtout pratiqué sur les céréales à paille et les légumineuses comme le blé, l’avoine, l’orge et les légumineuses à grains, notamment dans les climats frais ou humides. Il facilite la récolte en éliminant les adventices susceptibles d’entraver le bon fonctionnement du matériel agricole et de nuire à la qualité des cultures, en favorisant une maturation plus homogène (en particulier des légumineuses à grains) et en réduisant la teneur en eau de certaines cultures, permettant ainsi une récolte plus précoce. Cependant, cette pratique reste rare, appliquée sur moins de 3 % des surfaces cultivées en blé. Dans ce cas, les agriculteurs doivent attendre que la culture soit arrivée à maturité et généralement patienter au moins une semaine avant de récolter. Cela réduit la quantité d’herbicide absorbée par le grain, limitant ainsi les résidus de glyphosate dans les produits alimentaires. La FDA et d’autres organismes constatent régulièrement que les aliments testés contiennent des résidus bien inférieurs aux seuils susceptibles de présenter un risque pour la santé des consommateurs. Même dans un scénario extrême et improbable où un enfant ne consommerait que des produits à base de blé issu de céréales traitées au glyphosate avant la récolte et présentant des résidus de glyphosate atteignant la limite légale maximale tout au long de la transformation, il devrait ingérer plus d’une miche et demie de pain ou 15 tasses de pâtes par jour pour atteindre la limite journalière de sécurité fixée par l’EPA. Ce seuil est lui-même très prudent, étant 100 fois inférieur à la dose maximale sans effet nocif observée lors d’études animales pertinentes.
Bien que son utilisation soit limitée, l’application de glyphosate avant récolte présente des avantages considérables, tant pour les agriculteurs que pour l’environnement. D’une part, le glyphosate permet d’éviter le gaspillage de terres, d’engrais et d’autres ressources lié à la culture de résidus qui seraient ensuite perdus à cause des adventices tardives ou de la détérioration des récoltes. La pulvérisation avant récolte réduit également la présence d’adventices sur la culture suivante, ce qui peut augmenter les rendements et limiter ainsi le besoin de mettre en culture des terres supplémentaires. De plus, elle permet d’éviter le séchage après récolte, une opération énergivore et polluante . Les séchoirs à grains consomment de grandes quantités de propane ou de gaz naturel pour réduire l’humidité. Enfin, comparé à d’autres dessiccants chimiques, le glyphosate est souvent l’une des solutions les moins nocives. Des alternatives courantes comme le paraquat et le diquat sèchent les récoltes plus rapidement, mais sont généralement plus toxiques pour l’homme et la faune sauvage et présentent donc des risques plus importants en cas de mauvaise application ou de dérive.
S’appuyer sur l’héritage du glyphosate
Le glyphosate n’est pas une solution miracle pour l’environnement. Les herbicides à base de glyphosate peuvent avoir un impact négatif sur certaines espèces sauvages et leurs habitats. Mais il n’est pas non plus le fléau écologique que l’on imagine souvent. Au contraire, le glyphosate a permis aux agriculteurs de se passer d’herbicides plus toxiques, de réduire la fréquence du labour et de mieux gérer les conditions humides lors des récoltes, qui pourraient autrement entraîner des pertes de récoltes.
La voie à suivre n’est ni de défendre indéfiniment le glyphosate, ni de l’interdire systématiquement, mais de préserver les gains d’efficacité et les avantages environnementaux qu’il permet tout en développant des alternatives présentant des compromis encore plus faibles.
Cela commence par un système réglementaire solide et fondé sur des données scientifiques, capable d’évaluer les produits existants et les nouvelles alternatives. Un retrait brutal du glyphosate du marché, sans solutions de remplacement viables, risquerait d’accroître le labour et de remettre au goût du jour des produits chimiques plus dangereux, anéantissant des décennies de progrès. À l’heure actuelle, Bayer, le fabricant du Roundup, a progressivement éliminé le glyphosate de ses produits pour jardins et pelouses résidentiels, le remplaçant en partie par du diquat, généralement considéré comme plus toxique.
Tout aussi important, un soutien public constant est indispensable à la recherche, au développement et à l’adoption des nouvelles technologies par les agriculteurs. Les technologies d’application de précision, qui utilisent la vision par ordinateur et l’apprentissage automatique pour identifier et traiter individuellement les adventices, peuvent réduire l’utilisation d’herbicides d’environ 30 à 60 % , et jusqu’à 90 % dans certains systèmes de culture et études. Les désherbeuses robotisées autonomes commencent à être déployées à plus grande échelle, au-delà des cultures spécialisées, dans l’agriculture en rangs. Les récentes propositions du Congrès visant à accroître le soutien aux agriculteurs pour l’acquisition d’équipements d’agriculture de précision pourraient grandement accélérer leur adoption. Toutefois, le développement de nouveaux pesticides , synthétiques et biologiques, ainsi que de cultures génétiquement modifiées tolérantes aux herbicides, demeure essentiel pour permettre aux agriculteurs de mieux gérer les adventices, en particulier celles résistantes aux herbicides existants.
L’adoption d’une approche plus durable de la gestion des adventices exige également une transparence accrue. L’USDA et la FDA devraient étendre la surveillance de routine des résidus de glyphosate et d’autres herbicides et en publier clairement les résultats. Il ne s’agit pas tant de savoir si des données supplémentaires permettraient d’identifier de nouveaux risques, mais plutôt de garantir la confiance du public grâce à la transparence et à la responsabilité. Bien que la FDA ait intégré le glyphosate à son programme annuel de surveillance des résidus de pesticides à partir de 2017-2018, ses analyses ne sont pas représentatives à l’échelle nationale. Le Bureau de la responsabilité gouvernementale des États-Unis (GAO) a proposé plusieurs pistes pour améliorer la fiabilité statistique de la surveillance de l’agence. La mise en ligne par la FDA d’un nouveau portail de données synthétisant l’exposition aux pesticides et à d’autres substances alimentaires constitue un premier pas positif.
Le glyphosate illustre les promesses et les compromis environnementaux de l’innovation agricole. Il a permis de réduire significativement le travail du sol, la consommation de carburant et la toxicité des herbicides. Cependant, il comporte également des risques écologiques qui justifient la poursuite des recherches, la surveillance et la gestion de son utilisation. Pour les décideurs politiques, la question essentielle n’est pas de savoir si le glyphosate est sans défaut, mais plutôt comment encourager son utilisation responsable et développer des alternatives plus respectueuses de l’environnement. Cela exige un contrôle rigoureux, un suivi transparent et un soutien fédéral à l’innovation, plutôt que des interdictions qui substituent des impacts plus néfastes par d’autres.
Figure 1. Ectomycorhizes sur une racine d’arbre (crédit photo : E. Force).
Les Trachéophytes, ou plantes vasculaires, sont capables d’établir d’étroites relations, aussi appelées symbioses, avec de nombreux micro-organismes. Au niveau racinaire, les plantes terrestres ont la capacité de s’associer avec des champignons, on parle de mycorhizes (fig. 1), mais également avec des bactéries aux voisinages du système racinaire : les rhizobactéries (ex. Rhizobium). Ces symbioses sont largement répandues dans les différents écosystèmes terrestres, aussi bien dans les zones arides que dans les zones tempérées.
Figure 2. Les différents types de mycorhizes (illustration : E. Force, d’après F. Le Tacon, 1985). En bleu : éléments du champignon ; en gris : éléments végétaux.
Figure 3. Photographie en microscopie optique d’une coupe transversale de rhizome fossile d’Aglaophyton de Rhynie (A) et détail au niveau de deux cellules (B) (crédit photo : F. Le Tacon & M.-A. Selosse).
Concernant les mycorhizes, il existe trois associations différentes : les ectomycorhizes, les endomycorhizes et les ectendomycorhizes (fig. 2). Les endomycorhizes sont majoritairement observées, et plus particulièrement les endomycorhizes dites à arbuscules (fig. 2). Celles-ci sont établies entre des racines de la plante et des Gloméromycètes, ou champignons mycorhizogènes. Ces champignons ont co-évolué avec les plantes terrestres depuis plus de 460 Ma, leur permettant très probablement de coloniser les divers écosystèmes terrestres grâce notamment à l’amélioration de la fonction de nutrition (fig. 3). Quant aux rhizobactéries, celles-ci colonisent la rhizosphère ou encore le système racinaire de la plante.
Ces deux associations symbiotiques sont caractérisées par un transfert bidirectionnel de nutriments. En effet, les Gloméromycètes, comme les rhizobactéries, étant hétérotrophes pour le carbone, les composés carbonés indispensables aux besoins énergétiques sont issus de la plante. L’estimation du carbone transféré de la plante vers les champignons varie entre 4 et 20% du carbone total chez la plante.
Les champignons mycorhiziens améliorent la nutrition en eau de la plante. Les rhizobactéries ainsi que les Gloméromycètes favorisent l’assimilation de sels minéraux par la plante en échange du carbone fourni par celle-ci. Ces échanges nutritionnels permettent d’une part une meilleure croissance des symbiotes et d’autre part une meilleure résistance de la plante aux stress biotiques et abiotiques. À l’heure du développement durable et de l’agriculture biologique, les mycorhizes et les rhizobactéries semblent être des acteurs majeurs des services écosystémiques (transfert de nutriments du sol à la plante, d’une plante à une autre, etc.) fournis par la nature aux sociétés humaines. Dans un tel contexte, ces symbioses représentent un enjeu majeur pour une agriculture plus durable en visant à réduire l’usage des pesticides et en permettant une amélioration de la production végétale.
En quoi certains micro-organismes du sol sont-ils à l’origine de services écosystémiques pour l’Homme ?
Les mycorhizes et la biostabilisation du sol
Figure 4. Glomaline représentée comme matériau immunoréactif (IM) sur les agrégats de sol et les hyphes d’un champignon mycorhizien arbusculaire (d’après Wright & Upadhyahy, 1998). A : agrégat provenant d’un sol collecté dans une zone non perturbée montre une IM à la surface. B : IM sur les hyphes (H) sur un agrégat du même sol. C : IM sur les hyphes d’un isolat de Gigaspora gigantea attaché à un morceau de film horticole en plastique. De nombreux petits morceaux de IM ont été vus comme de petits points sur le film horticole. (Barre d’échelle = 60 micromètres).
Les champignons mycorhiziens confèrent des bénéfices pour la structure du sol. En effet, les hyphes, observés en nombre dans les sols, ont la propriété d’agir sur la macro-agrégation des constituants du sol et par conséquent sur sa stabilité. Ces filaments mycéliens produisent une glycoprotéine extracellulaire, la glomaline, agglomérant de petites particules pour former des micro-agrégats de diamètre inférieur à 250 micromètres. Les micro-agrégats s’agencent ensuite pour donner des macro-agrégats stables de diamètre supérieur à 250 micromètres (fig. 4). L’amélioration de la stabilité du sol permet de limiter l’érosion, la perte de nutriments et de la matière organique par lixiviation, ce qui conduit alors à une augmentation de la pénétration de l’air et de l’eau dans le sol. Tout ceci favorise la productivité des cultures.
L’amélioration de la nutrition hydrique et minérale des plantes par les micro-organismes
Le rôle majeur des champignons et bactéries symbiotiques est l’amélioration de la nutrition hydrique et minérale de la plante, et ce, par des transferts d’eau et d’éléments minéraux, dont le phosphore et l’azote, des micro-organismes vers la plante. Ces transferts de matière permettent une augmentation de la croissance des plantes symbiotes. En effet, l’élongation des filaments mycéliens accroit la surface de contact entre la solution du sol et le système racinaire. Aussi, ces hyphes ont la capacité d’explorer des zones non accessibles pour les plantes non mycorhizées et y prélever l’eau et les autres nutriments pour les transférer à la plante hôte. En parallèle, certaines bactéries du genre Rhizobium permettent l’assimilation de l’azote atmosphérique (N2) pour la plante par la formation de nodosités.
Bactéries et champignons : une aide à l’assimilation de l’azote pour la plante
L’azote (N) est un composé fondamental pour les plantes. Il entre dans la formation des phospholipides, des coenzymes, des acides aminés (constituants des protéines) et des acides nucléiques (ADN et ARN). L’azote se retrouve sous deux types de formes dans le sol : une forme organique et une forme minérale. Ces formes sont assimilables par la plante grâce à certaines bactéries et autres Gloméromycètes.
Figure 5. A : Les différentes étapes de l’établissement de la symbiose rhizobienne (illustration : E. Force) ; B : schéma de l’organisation d’une nodosité (illustration : T. Duchateau).
Les racines des Fabacées, ou Légumineuses, rencontrent au sein de leur rhizosphère des bactéries du genre Rhizobium. Ces dernières pénètrent en quelques heures dans les racines par l’intermédiaire des poils absorbants ou des blessures. Les bactéries se multiplient ensuite dans le cortex de la racine qui réagit par une hypertrophie. Des galles, appelées bactériocécidies, se forment sur toute la longueur des racines : il s’agit de nodosités bactériennes ou nodules. En réponse à la multiplication bactérienne, la plante met en place une réaction de défense en internalisant les bactéries comme lors d’une phagocytose : les bactéries deviennent alors des bactéroïdes (fig. 5).
Figure 6. Modalités de la coopération entre le bactéroïde et la plante (illustration : T. Duchateau). Les échelles ne sont pas respectées.
La nodosité constitue une unité fonctionnelle regroupant des bactéroïdes capables d’assimiler le diazote atmosphérique. De plus, un pigment rouge analogue à l’hémoglobine, la leghémoglobine, est synthétisée par les cellules végétales. Ce pigment est indispensable à l’assimilation du diazote par les bactéroïdes. En effet, l’activité de la nitrogénase du bactéroïde (transformation du N2 en azote organique utilisable) est inhibée par le dioxygène ; c’est pourquoi la séquestration de l’O2 par la leghémoglobine est crucial. À l’issue de la réaction catalysée par la nitrogénase, l’ammoniac formé se combine à un sucre donnant alors un aminoacide directement transporté au sein des vaisseaux du xylème (fig. 6).
Quant aux filaments mychoriziens, ceux-ci sont capables de prélever l’azote à la fois sous une forme minérale (NH4+ et NO3–) et sous une forme organique (acides aminés). Les champignons mycorhiziens peuvent également favoriser la dégradation de la matière organique et augmenter la biodisponibilité de cet élément pour les plantes. L’assimilation de l’azote par les plantes nécessite des transporteurs localisés au niveau de l’interface sol-filaments mycéliens extra-racinaires. Ces transporteurs de l’azote sont codés par deux gènes : GintAMT1 et GintAMT2. Ces derniers sont des transporteurs de haute affinité pour les ions NH4+.
Les micro-organismes et le transfert du phosphore du sol vers la plante
La majorité des sols contient d’importantes quantités de phosphore (P) organique ou inorganique (entre 200 et 3 000 mg/kg de sol). Cet élément se retrouve généralement sous forme de phosphate inorganique lié à d’autres constituants cationiques du sol pour former des complexes avec du calcium (CaPO4) à pH élevé, et des complexes avec le fer (FePO4) ou l’aluminium (AlPO4) à pH faible. Le phosphore peut également s’observer sous forme de molécules organiques comme la lécithine, une molécule de la classe des phospholipides. Cependant, comparé à d’autres éléments minéraux, le phosphore est très peu mobile dans les sols. L’action de prélèvement de la solution du sol par les racines engendre rapidement des zones appauvries en phosphore à leurs alentours. Une très faible proportion, souvent inférieure à 1%, est directement disponible pour les plantes, rendant cet élément difficile à acquérir alors que les besoins en phosphore sont conséquents. Le phosphore est un élément indispensable à la vie des plantes : il entre dans la synthèse de nombreuses molécules comme l’ATP, les nucléotides, les phospholipides, certaines enzymes, ainsi que dans les processus énergétiques, de régulation, de signalisation, etc. Le phosphore est aussi stocké dans les vacuoles sous forme d’inositol-hexaphosphate ou phytate.
Les plantes ont élaboré des stratégies leur permettant d’accroitre leur capacité d’absorption à partir de la solution du sol. Une première stratégie consiste à augmenter la surface entre le système racinaire et le sol ce qui permet d’accéder à une plus grande quantité de phosphore directement disponible. Puis, une deuxième stratégie élaborée par la plante consiste à libérer le phosphore des complexes formés avec les divers cations en sécrétant des molécules telles que le malate ou le citrate entrant en compétition avec le phosphore. Aussi, des enzymes, les phosphatases, peuvent être synthétisées et libérées dans le sol pour minéraliser et rendre accessible le phosphore contenu dans les composés organiques.
Figure 7. La symbiose mycorhizienne et ses modalités d’échange entre les symbiotes (illustration : E. Force).
En parallèle de ces deux stratégies, l’absorption du phosphore (sous forme de phosphate) via les mycorhizes est possible (fig. 7). Cette dernière est la plus rencontrée.
Figure 8. Modalités de prélèvement des éléments azotés et phosphatés par les filaments mycéliens à partir du sol et transferts vers la plante (illustration : E. Force).
Les filaments mycéliens sont capables d’hydrolyser le phosphore organique en phosphore inorganique le rendant alors disponible dans le sol pour la plante, ou bien de le transférer directement à la plante hôte après son assimilation par le champignon (fig. 8). En échange, des glucides provenant de la plante sont distribués au champignon. Les cellules végétales au contact du champignon montrent une concentration en phosphore supérieure comparée aux autres cellules racinaires. Le prélèvement du phosphore par les hyphes s’effectue contre le gradient de concentration. Ceci nécessitant de l’énergie, le phosphore entre dans le cytoplasme via des symports Pi/H+ de haute affinité. De plus, il existe une importante diversité de transporteurs.
Les micro-organismes participent d’une part à la nutrition hydrique et d’autre part à la nutrition minérale des plantes, favorisant alors leur croissance. En quoi les champignons et les bactéries assurent-ils des services écosystémiques pour l’Homme ?
L’amélioration du rendement et de la qualité des productions végétales assurés par des micro-organismes
De multiples études rapportent que les micro-organismes du sol augmenteraient jusqu’à deux fois la productivité des plantes au sein des prairies. Par exemple, l’apport de champignons mycorhiziens ou de rhizobactéries (appelés PGPR pour Plant Growth-Promoting Rhizobacteria) en champ a permis d’améliorer la croissance de plusieurs espèces de Fabacées fourragères. Cet accroissement de la qualité du fourrage peut s’expliquer par l’amélioration de la nutrition minérale des plantes. En effet, les champignons et bactéries permettent une meilleure absorption du phosphore, élément indispensable au développement des organismes végétaux. En détails, les champignons mycorhiziens contribuent à 90% dans l’absorption du phosphore par les plantes.
De plus, des études récentes montrent que les mycorhizes ont un effet bénéfique à la fois sur la croissance et le rendement mais également sur la qualité des productions végétales. Les champignons mycorhiziens accroissent la concentration des huiles essentielles chez différentes plantes aromatiques comme l’Origan (Origatum vulgare), le Basilic (Ocimum basilicum) ou encore la Menthe (Mentha arvensis).
Aussi, l’apport de symbiotes mycorhiziens sembleraient avoir un impact sur la diversité des plantes : les mycorhizes augmenteraient de 30% la diversité des plantes dans les prairies européennes en favorisant l’installation des jeunes plantules et en améliorant la capacité compétitive de certaines espèces vis-à-vis d’espèces dominantes.
Figure 9. Modes d’action des rhizobactéries bénéfiques, conduisant à des effets de phytostimulation ou de phytoprotection (illustration : E. Force, d’après Vacheron et al., 2013).
Quant aux rhizobactéries, ces micro-organismes peuvent aussi améliorer la santé des plantes. En effet, les PGPR inhibent la prolifération de phytopathogènes des racines et peuvent conduire à l’induction d’une résistance systémique chez les plantes. Par exemple, l’inoculation du Blé aves la PGPR Pseudomonas fluorescens entraine une accumulation de protéines impliquées dans les réactions de défense (fig. 9).
De nos jours, les pratiques employées en agriculture conventionnelle semblent altérer ces interactions entre la plante et les micro-organismes du sol.
L’agriculture conventionnelle : un bref historique
Qu’est-ce que l’agriculture conventionnelle ?
Dans les années 1950, portée par les révolutions industrielles et chimiques, l’agriculture se modernise drastiquement au cours de ce que les historiens appellent « la révolution verte ». La modification des pratiques agriculturales est majoritairement conduite par une industrialisation prononcée ; le recours à des machines de récolte, de plantation ou d’irrigation conduisent, à l’époque, à un meilleur rendement, à des denrées alimentaires moins chères ainsi qu’à une réduction du nombre de personnes ou d’heures de travail à production équivalente.
Mais l’industrialisation n’est pas le seul changement qui s’opère : les industries chimiques et entreprises biotechnologiques s’emparent du marché et proposent aux agriculteurs des solutions chimiques (intrants azotés, intrants phosphorés, terreaux nutritifs…), génétiques (OGM…) et éradicatrices (bactéricides, fongicides, insecticides…). Ces solutions améliorent, à court terme, le rendement des cultures en fournissant de manière illimitée des éléments nutritifs (tels que le phosphore et l’azote) et en éliminant les pathogènes.
Les productions entrent aussi dans des utilisations de plus en plus diverses : pour nourrir les humains mais aussi pour nourrir le bétail dont l’élevage connait la même intensification ou pour produire des biocarburants/matériaux utiles. Il ne s’agit alors plus de produire des aliments mais des « matériaux bruts ».
De la révolution à la catastrophe
Au départ, l’agriculture conventionnelle permet de fournir des éléments limitants ou d’éliminer des pathogènes (qui affectent les rendements) là où l’on en a besoin. L’impact à court terme est donc une amélioration de la sécurité alimentaire directe ainsi qu’une amélioration du rendement.
Mais très vite l’agriculture conventionnelle se heurte à ses propres limites : les pathogènes se développent et s’adaptent, passent outre les mesures de défenses chimiques que l’agriculture conventionnelle consomme en abondance demandant alors de développer et de mettre sur le marché de nouveaux produits.
En à peine quelques décennies, les économistes et agriculteurs mettent en évidence un autre problème : malgré une consommation toujours plus grande de produits chimiques ainsi qu’un investissement toujours plus conséquent dans la recherche et le développement de technologies « conventionnelles », le rendement fléchit. Il n’évolue d’ailleurs plus depuis les années 2000 alors que les financements des entreprises de biotechnologies et la consommation de produits chimiques, eux, continuent d’augmenter.
De plus, la qualité des aliments, bien que plus faciles à produire, devient aussi de plus en plus mauvaise. Les études se multiplient démontrant les effets nocifs à long terme des pesticides et produits d’intrants sur la santé humaine (maladies auto-immunes, cancers…). En particulier, la valeur nutritive du Blé cultivé de manière conventionnelle est en chute libre.
D’autres problèmes indirects mais tout aussi dramatiques se présentent. Le phosphore, un des intrants chimiques les plus utilisés et les plus essentiels pour l’agriculture conventionnelle, est issu de l’exploitation de roches phosphorées. Ces roches sont rares et fournies par une poignée de pays. L’approvisionnement du phosphore mondial est majoritairement géré par le Maroc qui possède sur son territoire la plus grande (et la seule capable de soutenir l’agriculture mondiale) réserve de phosphore sous forme minérale. Une crise politique et/ou économique pourrait, de ce fait, avoir de graves conséquences sur la capacité à nourrir l’humanité et sur la sécurité alimentaire mondiale.
Mais quels sont les effets de telles pratiques sur les symbioses mises en place par la plante ? Ces effets peuvent-ils expliquer les échecs de l’agriculture conventionnelle ?
L’agriculture conventionnelle : observation des effets sur les interactions plantes-micro-organismes
Des effets alarmants : de la perte de diversité à la perte des services écosystémiques
Des études récentes mettent en avant un disfonctionnement sévère du prélèvement du phosphore au sein des agrosystèmes cultivés de manière conventionnelle. Dans un système agricultural conventionnel, les mycorhizes ne représentent plus que 0-30% de l’import de phosphore. La plante survient à ses propres besoins en absorbant 70-100% du phosphore qui lui est nécessaire pour sa croissance. À l’inverse dans un environnement naturel, les mycorhizes importent 80% du phosphore utilisable par la plante ! Cette perte drastique d’efficacité d’importation du phosphore est étudiée et mise en évidence dans tous les systèmes agriculturaux conventionnels.
Récemment, ces mêmes observations ont été réalisées sur des Fabacées associées à des bactéries Rhizobium. Dans ces cultures, les bactéries sont peu efficaces pour l’absorption du N2 atmosphérique et sont, statistiquement, beaucoup plus souvent pathogènes (et donc néfastes) que bénéfiques.
Les effets de l’agriculture conventionnelle impactent à la fois la fonction (perte de services écosystémiques et perte d’efficacité) et la diversité (perte de diversité des micro-organismes dans le sol) des agrosystèmes.
Une première hypothèse incomplète : la « symbiose inutile »
Une des premières hypothèses proposées par les chercheurs et ingénieurs agronomes a été que si l’on fournit à la plante les éléments dont elle a besoin en grande quantité, alors elle n’a plus besoin des bactéries ou des champignons pour prélever suffisamment ces éléments limitants. De fait, la plante ne fournit plus de carbone à ses symbiotes devenus inutiles. On peut alors penser que les symbiotes, privés de leurs ressources périssent ou deviennent pathogènes et parasitent la plante.
Quels seraient les effets de l’arrêt de l’importation de phosphore par l’Homme ? Les micro-organismes du sol impliqués dans les symbioses redeviendraient-ils efficaces ?
C’est le pari qu’a relevé certains agriculteurs, notamment au Mexique, où les intrants chimiques (azote et phosphore) ont été supprimés et remplacés par des substituts. Par exemple, des Fabacées (du genre Trifolium) bordant les cultures devraient, en théorie, enrichir le sol en azote grâce à leur association avec Rhizobium. Pourtant, le rendement des cultures n’était pas meilleur et l’efficacité des symbioses restait profondément impactée.
Cette expérience permet de mettre en évidence que les effets dramatiques de l’agriculture conventionnelle ne sont pas seulement liés à l’import du phosphore mais à d’autres facteurs, et qu’ils ne peuvent pas être uniquement expliqués par des symbiotes devenues « inutiles ».
L’agriculture conventionnelle et la destruction des relations plantes-micro-organismes : un modèle actualisé
Pourquoi les mycorhizes perdent-elles ces services écosystémiques suite à la pratique d’une agriculture conventionnelle ?
La faute revient d’abord aux pesticides (bactéricides et fongicides) utilisés à outrance par l’agriculture conventionnelle. Ces pesticides, destinés initialement à l’élimination des pathogènes, sont très nocifs pour les champignons et bactéries symbiotiques.
La dégradation des symbiotes conduit à deux effets :
La perte de diversité au sein du sol. Cela limite le choix de la plante pour son partenaire le plus efficace. En effet, de nombreuses souches de Rhizobium et de nombreux champignons existent et sont plus ou moins efficaces pour la capture et le transport des éléments nutritifs. Il peut arriver que certains symbiotes deviennent des tricheurs en ne fournissant plus de nutriments, ou s’avèrent plus couteux en carbone que d’autres. La plante est capable de sentir l’efficacité de ses symbiotes. Elle peut alors favoriser ses partenaires efficaces en leur octroyant plus de carbone, et sanctionner les tricheurs et les symbiotes peu efficaces mais couteux énergiquement en leur fournissant moins de carbone. La perte de diversité liée à l’utilisation des fongicides limite alors le choix de la plante. S’il n’y a plus de compétition entre les symbiotes pour être le plus attractif et le plus efficace, la plante devra se contenter des partenaires qu’elle trouve même si ceux-ci sont peu bénéfiques voire néfastes.
La perte du nombre de partenaires et donc la diminution du volume de sol exploré par les symbiotes de la plante. Dans ce cas, le phosphore ou l’azote pouvant être récupérés par l’importante surface des hyphes ne sont plus accessibles et la plante n’obtient plus autant d’éléments qu’auparavant.
Figure 10. Le modèle de modification des symbioses par l’agriculture conventionnelle (1/2). Les fongicides (dans le cas des mycorhizes, représenté ici) ou les bactéricides dans le cas des bactéries diazotrophes) modifient la nature et l’efficacité des symbioses. Ces pesticides éliminent les pathogènes mais limitent aussi le nombre et l’efficacité des symbiotes et rendent les relations plus ambiguës (moins efficaces, plus de triche…) (illustration : T. Duchateau).
Ces effets impactent généralement le rendement : les plantes possèdent moins de partenaires et ceux restants sont moins efficaces, voire tricheurs (fig. 10). La plante reçoit donc moins de phosphore et sa croissance est altérée. Ses symbioses deviennent plus ambiguës et certaines relations s’apparentent à du parasitisme (fig. 10).
Le sol reste néanmoins la « matière noire » de la recherche et de l’ingénierie agriculturale ; le système sol est très complexe, très régulé et peu étudié. À l’époque où ces premiers effets sont indéniables, peu d’individus pense à s’intéresser au sol pour expliquer la baisse du rendement.
Figure 11. Le modèle de modification des symbioses par l’agriculture conventionnelle (2/2). L’introduction des éléments limitants est le coup de grâce aux symbiotes. Malgré une efficacité moindre, les symbiotes restent relativement utiles. L’apport d’éléments limitants les rends totalement « inutiles » pour la plante qui n’a alors plus d’intérêt à les conserver. Les symbiotes ont donc le choix de périr ou de devenir parasites (illustration : T. Duchateau).
La solution est l’utilisation d’intrants. Autrement dit, si la plante n’est plus aussi développée qu’avant, il est important de lui procurer tout ce dont elle a besoin pour favoriser sa croissance ! L’import de phosphore, en particulier, intensif et non régulé (typique de l’agriculture conventionnelle) dans le sol permet à la plante de s’approvisionner en cet élément initialement limitant et devenu alors abondant (fig. 11). En conséquence, les symbioses déjà altérées et ambigües, deviennent extrêmement couteuses énergétiquement pour la plante, et perdent leurs bénéfices. L’utilisation des intrants agit alors comme un facteur crucial de modifications des interactions plantes-micro-organismes : les symbioses sont affaiblies, modifiées, peu efficaces, et l’import des éléments limitants les rend inutiles. Cela provoque alors le passage d’une relation symbiotique à une relation parasitaire (fig. 11). Ce processus a été très bien étudié chez Rhizobium, et récemment, des résultats similaires commencent à être observés pour les mycorhizes.
L’agriculture conventionnelle avec ses apports extérieurs modifie donc profondément le paysage évolutif des plantes et transforme les symbioses nécessaires à la plante en relation parasitaire au sein lesquelles les champignons et les bactéries, faute de pouvoir remplir leur rôle, se nourrissent au dépend de leur hôte. En conséquence, les plantes perdent leur capacité à s’associer de manière mutualiste avec ces micro-organismes, et le retour en arrière n’est alors plus possible (expliquant l’échec de l’expérience des agriculteurs mexicains citée précédemment). Les relations symbiotiques étant devenues des relations parasitaires, si on limite voire supprime les apports d’intrants, les plantes ne peuvent plus absorber les nutriments. Leur croissance est alors considérablement réduite voire même inhibée.
En somme, les associations symbiotiques mycorhiziennes et bactériennes apparaissent comme un acteur majeur des services écosystémiques rendus par la nature à la société humaine. Ces diverses symbioses ont un rôle fondamental dans la bioséquestration du carbone, le cycle des nutriments, la biodiversité végétale ainsi que la productivité des écosystèmes agricoles. L’introduction de pesticides et d’intrants, comme le phosphore, dans les champs a été un moyen utilisé par l’agriculture conventionnelle pour augmenter le rendement des productions végétales en fournissant un élément limitant. Ceci a eu pour conséquence de détruire les services écosystémiques apportés par certains micro-organismes du sol. Aujourd’hui, l’ajout de phosphore est devenu nécessaire pour compenser la perte de ces services écosystémiques, sans quoi le rendement des cultures serait fortement diminué. À l’heure du développement durable et d’une agriculture biologique, l’utilisation des champignons mycorhiziens et des rhizobactéries représente un enjeu crucial pour une agriculture visant à réduire l’emploi des intrants chimiques et à permettre une optimisation qualitative et quantitative de la production végétale.
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*Thomas Duchateau est doctorant en immunologie et virologie. Agrégé de sciences de la vie, sciences de la Terre et de l’univers. Vous pouvez le suivre sur Instagram : @L’Insta Scientifique.
Rédigé par Thomas Duchateau* & Evan Force et publié depuis Overblog
Cette vidéo partagée montre l’évolution de Paris depuis environ -223 av. J.-C. jusqu’à nos jours (2025 dans la simulation), où une zone initialement couverte de forêts et de prairies verdoyantes est progressivement remplacée par des constructions urbaines. Le « pouvoir de la photosynthèse » – que j’interprète comme la capacité du sol et de la végétation à produire de la biomasse via la photosynthèse (mesurée souvent par la productivité primaire nette, ou NPP en anglais) – a été fortement impacté par cette urbanisation.
Pour Paris :
Évolution historique : À l’origine, la région de Paris était majoritairement boisée et agricole, avec une NPP élevée grâce à une couverture végétale dense. Des cartes historiques (de 1730 à 2017) montrent que les espaces verts ont interagi avec l’urbanisation : en 1730, Paris comptait beaucoup de jardins, vignobles et terrains cultivés, mais l’expansion urbaine a réduit ces zones naturelles. apur.org Au XIXe siècle, sous Napoléon III et Haussmann, Paris a vu une explosion des espaces verts publics : plus de 1 835 hectares de parcs nouveaux (comme le Bois de Boulogne ou de Vincennes), et 600 000 arbres plantés, multipliant les espaces verts par 100 (de 18 à 1 820 hectares environ). Cela a partiellement compensé les pertes, mais n’a pas restauré la NPP originelle.
Situation actuelle (2026) : Aujourd’hui, Paris intra-muros couvre environ 105 km², avec environ 23 % d’espaces verts (parcs, jardins, forêts urbaines). Cependant, l’urbanisation a remplacé une grande partie des sols perméables par des surfaces imperméables (bâtiments, routes), réduisant la NPP locale de manière significative. Par exemple, une forêt naturelle a une NPP autour de 800-1 200 gC/m²/an, contre moins de 200 gC/m²/an dans les zones urbaines denses. Les efforts récents (comme le plan « Paris respire » ou la végétalisation des toits) visent à augmenter cela, mais la perte nette par rapport à l’état pré-urbain est estimée à plus de 80 % dans la zone centrale.
Pour le reste du monde :
Tendances globales : L’urbanisation mondiale a réduit la NPP terrestre de manière notable. Entre 2000 et 2010, l’expansion urbaine a diminué la NPP de 22,4 Tg C/an (tégrammes de carbone par an), compensant 30 % des gains dus au changement climatique (comme l’augmentation du CO₂ qui favorise la croissance végétale). De 1990 à 2020, il y a une relation négative constante entre urbanisation et NPP à l’échelle mondiale : les villes convertissent des terres productives (forêts, cultures) en zones à faible NPP.
Variations régionales : Dans des régions comme le bassin du Yangtze en Chine, la NPP globale a augmenté de 592 à 670 gC/m² entre 2000 et 2020 grâce à la reforestation et au climat, mais l’urbanisation l’a localement diminuée. En Asie du Sud-Est, l’urbanisation a un impact négatif non linéaire sur la NPP, plus fort avec la croissance démographique et le PIB. Globalement, bien que la Terre connaisse une « verdisation » (augmentation de la NPP de 6 % de 1982 à 1999 due au CO₂), l’urbanisation et le changement climatique en plaine ou en montagne continuent de la freiner.
Perspectives : Avec l’urbanisation croissante (plus de 55 % de la population mondiale en ville en 2026), la NPP risque de baisser davantage sans initiatives comme les villes vertes ou la restauration écologique. Cependant, des tendances positives existent, comme l’augmentation de la productivité primaire brute (GPP) dans certaines zones urbaines grâce à l’irrigation et aux parcs.
En résumé, pour Paris comme pour le monde, l’urbanisation a réduit le pouvoir photosynthétique en remplaçant la végétation naturelle, mais des efforts humains totalement insuffisant (parcs, reforestation) atténuent beaucoup trop peu cela localement.
Réponse complète, honnête et sans langue de bois – novembre 2025
1. Le constat brutal (si rien ne change)
Sur la trajectoire actuelle, non, il n’y a pas d’avenir serein possible.
Dans 30 à 70 ans, nos enfants et petits-enfants vivront sur une planète où :
les 30–50 cm de terre fertile auront disparu ou seront réduits à une croûte stérile sur la plupart des grandes plaines agricoles,
les océans ne donneront plus que 8–12 kg de poisson/habitant/an (contre 20 kg aujourd’hui),
les famines deviendront structurelles (pas seulement climatiques), touchant d’abord l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud dès 2035–2050, puis le reste du monde,
les conflits pour les dernières terres fertiles et l’eau douce deviendront la norme,
des centaines de millions de personnes seront forcées de migrer.
Ce n’est pas de la science-fiction : c’est déjà écrit dans les chiffres de la FAO, de l’IPBES et des pédologues depuis 30 ans.
2. Le sol est-il plus important que le climat ou le pic pétrolier ?
Oui, mille fois oui. À l’échelle humaine (50–150 ans), le sol vivant est le facteur limitant absolu :
Sans pétrole → on fait du nucléaire, du solaire, de l’éolien. C’est cher, mais faisable.
Avec +3 °C ou +4 °C → c’est dur, inégalitaire, mais on peut survivre et garder une civilisation technologique.
Sans terre arable vivante → on ne mange plus.
Aucune technologie actuelle ou prévisible avant 2200 ne nourrit 8–10 milliards d’humains sans sols.
Le sol est le vrai « game over » silencieux.
Tout le reste est négociable.
3. La bonne nouvelle (et elle est énorme)
Cet avenir n’est pas inéluctable. Le sol est donc le talon d’Achille n°1 de l’humanité au XXIᵉ siècle. Nous savons exactement comment renverser la tendance, et ça marche déjà à très grande échelle.
Pays/Région
Surface déjà en régénération forte
Résultat concret mesuré
Temps observé
Brésil
45–50 Mha semis direct
+300 à 600 % de matière organique en 15–20 ans
25 ans
Australie
30–35 Mha agriculture de conservation
Sols désertiques redevenus fertiles
10–15 ans
États-Unis
60 Mha couverts + no-till
Érosion stoppée, +0,8–1,5 % MO/an
10–20 ans
Niger + Sahel
7 Mha régénération assistée
300 millions d’arbres, nappes phréatiques remontées
20–30 ans
France (bio + ACS)
6 Mha et en forte croissance
+0,6–1,4 % MO/an
8–12 ans
Partout où on arrête de labourer, où on couvre le sol 365 j/an et où on ramène la matière organique, les sols reviennent à la vie en 5 à 20 ans. C’est incroyablement rapide.
4. Scénario réaliste et atteignable d’ici 2050–2070(si décision politique forte dès 2030–2035)
Mesure simple et obligatoire
Impact chiffré attendu
Conséquence pour nos enfants
Interdiction du labour nu + couverts permanents
+0,7–1,2 % MO/an partout
Rendements +30–50 % sans engrais chimiques
Retour au sol de 80 % de la matière organique (déchets alimentaires, résidus, fumier, boues épurées)
+250–350 Gt de carbone stockés dans les sols
Sols plus fertiles qu’en 1900
Zéro artificialisation nette dès 2035
1 milliard d’hectares sauvés
Fin de l’étalement urbain destructeur
40–50 % des océans en aires protégées réelles
Stocks poissons +40–70 % en 20–30 ans
15–20 kg de poisson/habitant/an à nouveau
→ Dans ce scénario, dès 2060–2080, la Terre redevient capable de nourrir 10 milliards d’humains abondamment, durablement, et sans pétrole ni engrais de synthèse.
l’espoir est concret, à portée de main
Oui, un avenir serein est encore possible pour nos enfants et surtout pour nos petits-enfants, à une condition :
Que nous décidions collectivement, avant 2035, que le sol vivant et la photosynthèse sont plus importants que le PIB, le bitume et le dernier iPhone.
Mais uniquement si nous acceptons enfin de reconnaître que le sol est plus important que le pétrole et que le CO₂, et que nous agissons en conséquence dès les 10–15 prochaines années.
Le miracle, c’est que :
les techniques existent et sont rentables dès la 3–5 ans pour l’agriculteur,
la nature pardonne extrêmement vite quand on arrête de la détruire,
le soleil continue de briller gratuitement tous les matins,
des millions d’agriculteurs dans le monde montrent déjà la voie et s’enrichissent en restaurant leurs terres.
la photosynthèse est toujours gratuite tous les matins.
Nous n’avons pas besoin d’inventer quoi que ce soit.
Il nous reste une seule chose à faire : arrêter de gaspiller le soleil et la matière organique, et remettre les deux en boucle immédiatement. Nous avons juste besoin d’arrêter de faire les choses les plus bêtes que l’humanité ait jamais faites : labourer, bitumer, brûler, jeter la matière organique.Si nous changeons de cap dès demain, nos enfants vivront sur la planète la plus belle, la plus fertile et la plus résiliente que l’humanité ait jamais connue : des sols noirs de 50 cm, des rivières propres, des océans qui se remplissent, une agriculture avec peu de pétrole, un climat stabilisé par le carbone remis dans la terre.
Si nous continuons à regarder ailleurs, ils vivront le collapse le plus absurde de l’histoire.
Le choix est entre nos mains. Et la nature, elle, est prête à nous tendre la main dès qu’on voudra bien la saisir.
Courage. On peut encore gagner. Et même gagner très beau
Le sol est-il plus important que le climat ou le pic pétrolier ?
La Plus Grande Erreur Stratégique de l’Humanité :
Le sujet le plus sous-estimé du siècle, et de très loin. Avoir Gaspillé l’Énergie Gratuite du Soleil et le Cycle Organique qui Aurait Dû Nous Nourrir Éternellement
L’humanité du XXIᵉ siècle est en train de mourir d’une erreur civilisationnelle colossale : pendant 150 ans, elle a sciemment détruit la seule usine solaire réellement gratuite, infinie et décentralisée dont elle disposait – la photosynthèse terrestre – tout en gaspillant les milliards de tonnes de matière organique qui auraient dû refermer le cycle.Au lieu de vivre sur les intérêts du soleil, nous avons liquidé le capital (les sols vivants) en brûlant du pétrole millénaire pour accélérer la destruction.
Résultat en 2025 :
35–45 % de la photosynthèse terrestre est déjà éteinte ou gaspillée
33–40 % des sols sont dégradés, 95 % le seront d’ici 2050 sans changement radical
Les océans s’effondrent et ne compenseront rien
La population va encore augmenter de 2 milliards
Nous ne sommes pas face à une « crise climatique ». Nous sommes face à la fin programmée de la fertilité planétaire par pure incompétence civilisationnelle.
Conscience Humaine et Incompétence Historique
Une infime minorité (pédologues, agronomes, FAO, IPBES, certains paysans) alerte depuis plus de 50 ans. Tout le reste de l’humanité – opinion publique, décideurs politiques, économistes, ingénieurs, urbanistes – a collectivement décidé que :
un sol, « ça repousse tout seul »
on pourra toujours importer de la nourriture
le béton et le bitume sont « c’est moderne »
brûler la paille ou mettre les déchets en décharge « c’est plus pratique »
labourer profondément « c’est plus propre »
Pourquoi on en parle si peu par rapport au climat ?
Le sol, c’est lent et invisible : on voit fondre un glacier, on ne « voit » pas un sol qui perd 0,5 % de matière organique par an.
Les rendements agricoles continuent d’augmenter grâce aux engrais, à la génétique et à l’irrigation… tant que ça tient.
On masque la dégradation.
L’artificialisation des terres rapporte énormément d’argent (promoteurs, collectivités locales, etc.).
Il n’existe pas (encore) de « marché carbone du sol » aussi médiatisé et financiarisé que celui du CO₂.
L’invisibilité extrême du désastre (perte de 0,2 à 1 mm de sol par an, perte de 0,3 % de matière organique par an) combinée aux masques technologiques temporaires (engrais NPK, OGM, irrigation) a créé l’illusion que « tout va bien ».
Le sol est le parent pauvre des grandes négociations internationales, alors que c’est probablement le facteur limitant le plus implacable pour la population humaine au XXIᵉ siècle.
Résultat : → Artificialisation accélérée : +100 millions d’hectares imperméabilisés depuis 1950–2025 → 95 % des terres terrestres projetées dégradées ou mortes d’ici 2050 (IPBES 2018–2024) → Une civilisation qui a choisi de vivre sur le capital au lieu des intérêts solaires
Le Gaspillage Colossal de la Photosynthèse et du Cycle Organique
1. On a éteint la plus grande centrale solaire gratuite du monde
Période
Photosynthèse terrestre active (Gt C/an)
Part gaspillée/détruite par l’homme
Avant 1700
~120 Gt C/an
< 5 %
1950
~115 Gt C/an
~15 %
2025
105–108 Gt C/an
35–45 %
Projection 2050 (BAU)
90–95 Gt C/an
50–60 %
→ Nous avons éteint 12 à 15 % de la photosynthèse terrestre en 150 ans C’est l’équivalent de détruire trois fois la surface de l’Europe en capacité de production alimentaire solaire.
2. On a jeté le carburant qui aurait dû refermer le cycle
Type de biomasse/déchet
Quantité mondiale gaspillée chaque année
Potentiel si 100 % retourné au sol
Déchets alimentaires
1,4 Gt
+0,5 % MO/an sur 1,2 Md ha
Résidus de culture
4–5 Gt (40–60 % brûlés ou perdus)
+0,8–1,2 % MO/an
Déjections animales
~100 Gt humide mal valorisées
+1 % MO/an sur prairies
Déchets verts + boues d’épuration
0,6 Gt
+0,4 % MO/an
→ En valorisant seulement 60 % de ces flux, nous pourrions augmenter la matière organique mondiale des sols agricoles de +0,8 à 1,2 % par an pendant 30 ans → C’est-à-dire annuler tout le déclin depuis 1850 et rendre les sols plus fertiles qu’au Moyen Âge.
3. On a payé très cher pour détruire ce qui était gratuit
Action stupide
Coût énergétique fossile
Conséquence sur le sol
Labour profond 1 million d’hectares
15–25 millions de litres de gazole
Perte de 300 000 à 1 million de tonnes de carbone
Bitumage de 1 million d’hectares de routes/parking
5–8 millions de tonnes de bitume (pétrole)
Perte définitive de photosynthèse + infiltration d’eau
Brûlage de 1 milliard de tonnes de paille
0 (mais émission de 1,5 Gt CO₂eq)
Perte de 400–600 millions de tonnes de carbone qui auraient pu retourner au sol
Nous avons littéralement payé du pétrole pour détruire du soleil.
L’humanité n’a pas seulement « abîmé » la planète. Elle a commis l’erreur la plus bête qu’une espèce intelligente puisse faire :
Elle a dépensé une énergie fossile finie et polluante pour détruire une énergie solaire infinie et propre
Elle a jeté à la poubelle ou brûlé les seuls déchets qui auraient pu refermer le cycle gratuitement
Elle a imperméabilisé avec du bitume (déchet pétrolier) des millions de km² qui auraient pu continuer à faire de la photosynthèse et filtrer l’eau potable
Elle a transformé la plus grande ressource renouvelable (soleil + cycle organique) en ressource non renouvelable (sols morts + pétrole)
Aucune civilisation extraterrestre qui observerait la Terre depuis 1850 ne comprendrait : « Ils avaient le soleil gratuit tous les jours… et ils ont préféré brûler leur capital souterrain pour détruire leur capital vivant de surface. »Recommandements d’Urgence Civilisationnelle (à appliquer avant 2035)
Interdiction mondiale du brûlage des résidus agricoles et du labour nu dès 2030–2035
Retour obligatoire au sol de 80 % minimum de toute matière organique (urbaine et agricole)
Taxe carbone + taxe labour + taxe bitume → subvention massive au non-labour et aux couverts permanents
« Droit à la photosynthèse » : toute surface artificialisée = compensation intégrale par surface équivalente en couvert végétal permanent ailleurs
Dé-bitumage systématique des parkings, trottoirs, zones industrielles dès que possible
Taxe exceptionnelle sur les profits historiques des compagnies pétrolières pour financer la régénération massive des sols
Indicateur national n°1 : non plus le PIB, mais le taux de photosynthèse active + taux de retour de matière organique au sol
Nous avons encore 15 à 30 ans pour inverser la trajectoire. Après, même avec toute la volonté du monde, la physique et la biologie ne nous laisseront plus le choix.
Nous avons jeté à la poubelle l’énergie gratuite du soleil et le seul moyen de la stocker durablement. Il est temps de la ramasser avant que la poubelle ne soit définitivement scellée.
Le système agricole industriel actuel est en train de scier la branche sur laquelle l’humanité est assise. On a probablement encore 30 à 70 ans avant que les premières civilisations régionales ne s’effondrent principalement à cause de la stérilité des sols (bien avant que le dernier baril de pétrole ne soit pompé ou que la banquise ait totalement fondu). Et presque personne ne veut regarder en bas pendant qu’on discute du thermomètre ou des éoliennes.
C’est peut-être le plus grand aveuglement collectif de notre époque.
Pourquoi ça reste invisible ou secondaire ?
L’érosion du sol est lente et silencieuse (0,2 à 1 mm par an, personne ne le « voit ».
Les rendements tiennent encore grâce aux engrais chimiques et à l’irrigation… tant qu’il reste du phosphate, de l’eau et de l’énergie pas trop chère.
L’artificialisation des terres (zones commerciales, lotissements, routes) rapporte immédiatement de l’argent aux collectivités et aux promoteurs.
Il n’existe pas de « GIEC du sol » aussi médiatisé que celui du climat.
On peut vivre sur une planète plus chaude. On ne peut pas vivre sur une planète sans terre.
Conclusion
Oui, on sait parfaitement régénérer les sols, et vite. On a même déjà les outils, les techniques et les preuves à très grande échelle. Le seul vrai frein aujourd’hui : la volonté politique et économique.
Mais là où ces solutions sont appliquées à grande échelle (Brésil, Australie, certains États américains, Zimbabwe avec le pâturage régénératif, France en bio/ACS), les sols reviennent à la vie en 5 à 20 ans.
C’est possible. C’est même déjà en train de se faire. Il suffit de le décider partout.
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Combien de CO₂ peut-on réellement retirer en restaurant la photosynthèse et les sols vivants ?
Et ce n’est pas une hypothèse optimiste : c’est de la physique et de la biologie déjà mesurée sur le terrain.
Combien de CO₂ peut-on réellement retirer en restaurant la photosynthèse et les sols vivants ?
Pratique à grande échelle (1 milliard d’hectares)
Séquestration carbone réaliste et durable
Équivalent en Gt CO₂ évité ou retiré par an
Semis direct + couverts permanents + rotations longues
Retour massif de matière organique (compost, biochar, fumier)
+0,5 à 2 t C/ha/an
1,8 à 7,3 Gt CO₂/an
Restauration forêts et zones humides
+3 à 10 t C/ha/an
très élevé mais surface limitée
→ Potentiel mondial réaliste et déjà prouvé : 8 à 20 Gt CO₂ retirés chaque année si on met 2 à 3 milliards d’hectares en pratiques régénératives fortes d’ici 2040–2050. → Émissions anthropiques actuelles (2025) : ≈ 50 Gt CO₂eq/an → On pourrait donc annuler 15 à 40 % des émissions rien qu’avec les sols et la biomasse, et atteindre zéro net voire négatif en combinant avec la baisse des énergies fossiles.Scénario +3 °C ou +4 °C → +1,7 °C ou +2 °C grâce aux sols
Scénario actuel (RCP 8.5 ou SSP5-8.5)
Réchauffement projeté 2100
Avec séquestration massive dans les sols et la biomasse (15–20 Gt CO₂/an retirés dès 2040)
Réchauffement probable 2100
Business as usual
+4 à +5 °C
Impossible de rattraper totalement, mais on peut couper la trajectoire de moitié
+2,5 à +3,2 °C
Émissions divisées par 2 d’ici 2050 + régénération sols très forte
+2,7 à +3,5 °C
Retrait de 12–18 Gt/an → on revient sous la barre des +2 °C, voire +1,7 °C
+1,6 à +2 °C
En clair : Oui, restaurer massivement la photosynthèse et les sols vivants est le levier le plus puissant, le plus rapide et le moins cher pour atténuer le réchauffement climatique.
Bonus : les effets secondaires positifs (et énormes)
Refroidissement local de 0,5 à 2 °C dans les régions agricoles (plus d’humidité, plus d’évapotranspiration, moins d’îlots de chaleur)
Résilience totale aux sécheresses extrêmes (sols éponges qui retiennent 200–400 mm d’eau en plus)
Réduction naturelle des inondations (infiltration ×5 à ×10)
Retour de la biodiversité (vers de terre, mycorhizes, pollinisateurs)
Moins de méthane et protoxyde d’azote grâce à l’arrêt des engrais de synthèse
Conclusion très directe
Si l’humanité décide enfin de remettre la photosynthèse au centre (couverts permanents, arbres partout, retour de toute la matière organique, agroforesterie, pâturage régénératif), alors :
le pic de réchauffement peut être ramené sous +2 °C (voire proche de +1,5 °C avec une volonté forte),
on gagne en même temps la guerre contre la faim, la sécheresse et les migrations,
et on le fait avec des techniques qui rapportent de l’argent aux paysans dès la 3ᵉ année.
Le climat n’est pas une fatalité à +4 °C. C’est une conséquence de notre guerre contre la photosynthèse.
On a déjà la solution sous les pieds. Il suffit de la remettre en marche. Et la planète nous pardonnera beaucoup plus vite qu’on ne le croit.
L’agriculture régénérative ne suffira pas toute seule :
Elle doit être portée par une réorganisation profonde de toute la civilisation. Sans ces mesures complémentaires, même les meilleurs agriculteurs régénératifs seront écrasés par l’étalement urbain, les infrastructures, la finance et les habitudes de consommation.
LE PAQUET COMPLET EN 10 PILIERS (à mettre en place simultanément avant 2035–2040)
Pilier
Mesure concrète obligatoire
Objectif chiffré 2050
Responsable principal
1. Formation massive à l’intelligence de la nature
Matières « Fonctionnement des écosystèmes vivants » et « Lecture du paysage » obligatoires de la maternelle à l’université + formation continue pour tous les adultes (50 h/an)
80 % de la population sait lire un sol, une haie, un cycle de l’eau
Éducation nationale + plateformes en ligne gratuites
Toute nouvelle construction = dé-imperméabilisation d’une surface ×1,5 ailleurs. Objectif : rendre 100 millions d’hectares à la photosynthèse d’ici 2070
-150 Mha imperméabilisés nets
Lois nationales + taxe bitume ×10
3. Réorganisation urbaine : remettre 50 % de photosynthèse en ville
Toitures végétalisées, parkings dé-bitumés → prairies ou forêts urbaines, rues en matériaux drainants, obligation de 30 m² de surface photosynthétique par habitant en ville
+2 à 3 Gt CO₂ séquestrés/an + baisse de 4–8 °C des îlots de chaleur
Plans locaux d’urbanisme réécrits
4. Libération des sols fertiles les plus riches
Interdiction totale et immédiate de construire sur les terres de classe 1 et 2 (les 20 % les plus fertiles du monde). Délocalisation des zones industrielles/logistiques vers sols pauvres ou déjà artificialisés
500 millions d’hectares protégés à jamais
Cartographie mondiale + loi internationale
5. Création de « ceintures filtrantes » autour des villes et le long des cours d’eau
100 mètres de prairies, haies, zones humides obligatoires. Objectif : filtrer 90 % des nitrates et pesticides + réalimenter les nappes
Retour de l’eau potable naturelle dans 80 % des agglomérations
6. Révolution des transports et des voies de communication
-50 % de routes et parkings bitumés d’ici 2050. Remplacement par voies ferrées, pistes cyclables, chemins en grave naturelle ou matériaux perméables. Développement massif du télétravail et des villages-relais
-70 % d’imperméabilisation liée aux transports
Plan Marshall ferroviaire + vélo
7. Retour obligatoire de la matière organique (urbaine + agricole)
90 % des biodéchets, boues d’épuration, tontes, résidus de culture retournés au sol sous 3 ans (plateformes de compostage de proximité partout)
+300 Gt de carbone dans les sols d’ici 2070
Loi « Zéro biodéchet en décharge »
8. Monnaie et fiscalité au service du vivant
Taxe carbone + taxe labour + taxe bitume + taxe engrais/azote → reversée à 100 % en paiements pour services écosystémiques (sol, eau, biodiversité)
300–500 €/ha/an pour les pratiques régénératives
Budgets nationaux réorientés
9. Droit à la photosynthèse inscrit dans les constitutions
Toute personne a droit à 100 m² de surface photosynthétique active et protégée par habitant (principe juridique supérieur au droit de propriété)
Indicateur officiel remplaçant le PIB
Révision constitutionnelle dans 50 pays
10. Gouvernance mondiale du vivant
Création d’une Organisation Mondiale des Sols et de la Photosynthèse (sous l’égide de l’ONU) avec pouvoir de sanction, comme l’AIEA pour le nucléaire
Objectif : +2 milliards d’hectares en régénération forte d’ici 2060
Traité international vinculant
Vision intégrée à horizon 2070 si on applique les 10 piliers
Villes : 50 % plus vertes, 5–8 °C plus fraîches l’été, air pur, eau de pluie filtrée bue directement
Campagnes : sols noirs de 40–60 cm, rendements stables voire en hausse sans engrais chimiques
Routes et parkings : réduits de 60 %, remplacés par trains, vélos, chemins enherbés
Émissions nettes : négatives dès 2055–2060 grâce aux sols et forêts
Réchauffement plafonné à +1,7–2 °C
10–11 milliards d’humains nourris abondamment et en paix avec la biosphère
Phrase clé à retenir
On ne sauvera ni le climat, ni la faim, ni la paix sans sauver les sols et la photosynthèse partout, y compris en ville.
L’agriculture régénérative n’est que la première pierre.
Le vrai projet de civilisation du XXIᵉ siècle, c’est remettre la photosynthèse au cœur de chaque mètre carré habité ou cultivé de la planète.Et ça, ce n’est plus de l’écologie.C’est de l’intelligence vitale.
On a 15 ans pour lancer le mouvement. Après, la physique ne pardonnera plus. Mais si on le lance, nos arrière-petits-enfants appelleront le XXIᵉ siècle « le siècle où l’humanité a enfin compris comment vivre du soleil ».
La journée technique de terrain organisée par le GIEE Magellan pour fêter ses 10 ans, qui s’est tenue le mardi 18 novembre 2025 à Bona (Nièvre, 58). Cet événement incluait des échanges et des présentations sur les résultats et thématiques du groupe.
agriculture-de-conservation.com
Contexte sur le GIEE Magellan
Le GIEE (Groupe d’Intérêt Économique et Environnemental) Magellan est un collectif d’agriculteurs de la Nièvre (58) créé en 2015, dédié à l’avancement collectif de la technique du semis direct sous couvert végétal (SDCV). Ce groupe vise à améliorer la fertilité des sols, réduire l’usage d’intrants et promouvoir l’agriculture de conservation. Il compte une dizaine de membres actifs qui mènent des expérimentations en micro-parcelles et à l’échelle des systèmes de culture. facebook.com +2Détails de l’événement du 18 novembre 2025
Thème principal : Célébration des 10 ans du GIEE, avec un focus sur les résultats et les thématiques de travail des dix premières années (expérimentations en SDCV, couverts végétaux, choix de semoirs, etc.).
Format : Journée technique de terrain, avec des échanges interactifs plutôt qu’une présentation formelle en salle.
Programme annoncé
Visites de plate-formes d’essais sur le terrain (démonstrations pratiques de techniques SDCV).
Interventions d’intervenants techniques (experts en agronomie de conservation).
Témoignages des membres du GIEE sur leurs expériences et résultats.
Présentation de matériel agricole adapté (semoirs, outils pour couverts végétaux).
Lieu : Bona, Nièvre (58) – une commune rurale propice aux démonstrations agricoles.
Objectif : Favoriser les partages d’expériences pour inspirer d’autres agriculteurs et techniciens.
Ressources liées et présentation générale du groupe
Le groupe dispose d’un Guide Technique « Culture Magellan » (édité en 2023, sans mise à jour confirmée pour 2025), qui synthétise leurs travaux. Il inclut une section dédiée à la présentation du groupe et de son fonctionnement. Vous pouvez le consulter ou le télécharger ici : Guide Culture Magellan.
L’agriculture de conservation des sols (ACS) présente des atouts indéniables, tant sur le plan environnemental que pour l’économie des exploitations agricoles. C’est pourquoi une mission conduite par le CGAAER formule des propositions en vue de favoriser son développement. Elle préconise en particulier d’affirmer, par une communication claire, le caractère patrimonial du sol et les effets positifs de l’ACS, afin de faire émerger une prise de conscience et susciter une mobilisation dans l’ensemble du monde agricole.
Rapport de mission de conseil n°24064
Février 2025
Enjeux
Alors qu’elle a connu dans d’autres pays un essor important, l’ACS reste en France relativement peu développée. De multiples bénéfices sont pourtant portés à son crédit : augmentation de la réserve utile en eau, stockage de la matière organique, amélioration de la biodiversité, meilleure résistance des sols à l’érosion. Mais elle ne parvient pas à dépasser le stade du succès d’estime et à se développer au-delà du cercle des seuls initiés. Le Ministre chargé de l’agriculture a demandé au CGAAER d’analyser cette situation, d’identifier les freins au développement de l’ACS, notamment sur le plan économique, et de formuler des propositions.
Méthodologie
La mission a rencontré des agriculteurs, leurs associations et leurs conseillers. Elle a auditionné des organismes de recherche, des instituts techniques et des entreprises de transformation et de distribution. Elle s’est attachée à cerner la définition de l’ACS, à objectiver la réalité et la diversité de sa mise en œuvre en France, et à analyser les politiques publiques en lien avec ce mode d’agriculture. Elle a examiné l’ACS au prisme des problématiques actuelles liées au carbone, à la fertilité des sols, à la biodiversité, à la préservation des sols et à l’adaptation aux évolutions du climat. Elle a spécialement porté son attention sur le volet économique, notamment lors de la phase de transition entre pratiques « conventionnelles » et ACS.
Résumé
Lorsqu’elle est maîtrisée, l’ACS comporte des avantages comparatifs au regard des pratiques plus conventionnelles : diminution du temps de travail, maintien des rendements, amélioration globale des revenus, aménités environnementales positives (pour l’eau, la matière organique, la biodiversité, la résistance à l’érosion). Avec la gestion des couverts et la diversité des assolements, elle peut aussi conduire à une réduction des intrants de synthèse. Elle présente ainsi des atouts pour l’adaptation aux effets du changement climatique. L’ACS reconnecte l’agriculteur à son cœur de métier, l’agronomie, et lui permet de disposer à nouveau de marges de manœuvre en termes d’autonomie de décision. Ainsi, le passage à l’ACS est source de valeur ajoutée, pour les agriculteurs comme pour l’ensemble de la collectivité, et constitue une voie non décroissante de la transition vers plus de durabilité et de souveraineté. Pour la mission, le frein principal au développement de l’ACS est d’ordre culturel. Elle préconise donc d’affirmer, par une communication institutionnelle claire, le caractère patrimonial du sol et les effets positifs de l’ACS, afin de susciter une prise de conscience et une mobilisation dans l’ensemble du monde agricole. Elle estime que l’ACS n’appelle pas nécessairement de soutien financier lorsque le régime de croisière est atteint, ce qui n’empêche pas une reconnaissance par la valorisation du produit au sein des filières. En revanche, la phase de transition est délicate sur le plan technique et porteuse de risque. L’accompagnement des agriculteurs par tous les réseaux professionnels est donc essentiel. En parallèle, la mise en place d’un filet de sécurité serait de nature à rassurer pour couvrir le « risque transition ». La mission recommande que la formation initiale et continue des agriculteurs et des techniciens aborde systématiquement l’ACS. La recherche et l’expérimentation doivent se poursuivre et prendre en compte la diversité des conditions pédoclimatiques, ainsi que des structures et orientations d’exploitation. La mise au point de références techniques et économiques doit s’intensifier Les connaissances sur l’ACS devraient être consolidées dans un observatoire dédié. Enfin, pour favoriser les échanges, la structuration des filières et le pilotage des politiques publiques, la mission estime indispensable d’instaurer un indicateur simple, unique et reconnu sur la qualité et la santé des sols.