Les végétaux

Cette planète bleue …..Que l’on pourrait aussi appeler PLANÈTE VERTE ET VÉGÉTALE pour la partie terrestre…..Ces végétaux, n’ont ils pas un petit rôle ….Ne sont ils pas indispensables dans un tas de domaine utile à notre survie nous les humains….!!

Le SCV Lucien Séguy est basé sur la capacité incroyable de ces végétaux ….

Hommage de la Fédération Brésilienne de non labour et d’irrigation

Dans sa newsletter d’avril 2020, la FEBRAPDP rend hommage à Lucien Séguy . L’article est rédigé par deux proches collaborateurs, Serge Bouzinac, chercheur au Cirad, Montpellier, France, et João Carlos de Moraes Sá, Maître de conférences à l’Universidade Estadual de Ponta Grossa (UEPG) Brésil et  Président de la Commission Technico-Scientifique de FEBRAPDP. Vous pouvez retrouver l’article via le lien suivant : https://febrapdp.org.br/noticias/854/

Semis direct et résistance des cultures aux maladies

Semis direct et résistance des cultures aux maladies
L. Séguy, S. Bouzinac, A.C. Maronezzi

Les relations “génotypes – facteurs du milieu” ont toujours constitué un pôle d’intérêt majeur, exercé une véritable fascination pour la recherche, mais les relations plante-parasite sont complexes interviennent en effet, en interaction, les facteurs génétiques (résistance variétale) le cycle physiologique de la plante, le photopériodisme, le climat, la nature du sol, la fertilisation et enfin les incidences des pesticides sur la physiologie de la plante.

L’homme peut cependant, agir de manière efficace par sa gestion des systèmes de culture, sur la plupart des facteurs du milieu qui conditionnent la santé des cultures.

Avec les techniques de semis direct qui ont été développées et ont donné naissance à de multiples systèmes de production de grains, intégrant ou non l’élevage, la gestion des facteurs du milieu a radicalement changé au Brésil au cours des 25 dernières années, sur des surfaces considérables (plus de 10 millions d’hectares sont en semis direct en 1999) ; outre les modifications qui portent sur les flux d’eau et la dynamique des cations et anions, les techniques de semis direct, permettent en toute situation pédoclimatique, de recharger le profil cultural en matière organique dont on connaît les propriétés essentielles pour la nutrition et la santé des cultures.

À un cycle d’érosion continue de la ressource sol, entre 1970 et 1990, a succédé un cycle de restauration, reconstruction, puis préservation de la fertilité et de la qualité des sols.


Le CIRAD-CA3, intervient sur l’amélioration des systèmes de culture dans divers écosystèmes du centre-ouest et de l’Ouest du Brésil depuis plus de 15 ans et a très largement contribué à la mise au point et à la diffusion des techniques de semis direct. Sa démarche de travail repose sur la création-diffusion de systèmes de culture novateurs toujours plus performants (conditions agronomiques et technico-économiques), pour, avec et chez les agriculteurs, dans leurs unités de production.

L. Séguy, S. Bouzinac, 1998

La pérennisation des systèmes a permis, après plusieurs années de fonctionnement, de cumuler les effets des techniques qui ont été parfaitement contrôlées, et donc de les évaluer rigoureusement.

AGRONORTE2, en collaboration avec le CIRAD’ a également, dans le même temps, créé du matériel génétique de pointe et notamment, des variétés de riz à haut potentiel; la sélection du matériel a été faite pour et dans des systèmes de culture pratiqués à la fois, en semis direct et avec préparation mécanisée des sols.

Le CIRAD CA a été le pionnier et le promoteur du semis direct en partenariat avec l’agriculteur Munefume Matsubara, sur les fronts pionniers du centre nord du Mato Grosso

L. Séguy, S. Bouzinac, 1998

De cette expérience, des tendances reproductibles notamment sur le comportement des cultures vis à vis des maladies, ont pu être identifiées ; c’est l’objet principal de ce court article.

1. La résistance du riz pluvial aux maladies fongiques est très nettement améliorée en semis direct.

Le cas du semis direct de riz sur couverture morte.

Le semis direct du matériel génétique a été effectué 2 années consécutives sur couverture morte d’Eleusine coracana, qui venait en succession de soja, l’année précédente ; le labour mis en comparaison, a été réalisé sur les mêmes précédents ; les composantes de l’itinéraire technique du riz pluvial sont égales dans les deux systèmes (date de semis, fumure, traitement de semences, herbicides, etc).

L’incidence des principales maladies cryptogamiques a été évaluée sur différents cultivars de riz (en présence d’une forte fumure azotée et sans fongicides), dont le niveau de résistance suivi au cours des deux années précédentes pour l’ensemble des maladies, est variable. Le tableau 1 résume les principaux résultats obtenus.

Tableau 1 – Niveau de résistance de 3 cultivars de riz AGRONORTE x 2 modes de gestion
du sol : semis direct (SD) et labour (L)
AGRONORTE – Sinop – MT -19971998
Notations (échelle IRAT/CIRAD – De 0 (indemne) à 9 (destruction totale de l’organe atteint).

De manière plus générale, des notations effectuées sur plus de 600 lignées (de F3 à F8, qui portent également sur la comparaison entre les 2 mêmes modes de gestion du sol, montrent une nette amélioration générale de la résistance du matériel génétique sur semis direct : des lignées considérées comme assez sensibles sur travail du sol peuvent être classées comme moyennement résistantes sur la parcelle voisine en semis direct.

Résistance de type horizontal (résistance généralement contrôlée par de nombreux gènes – polygénique).

L’impact sur la productivité du riz en semis direct est hautement significatif : de 23 à plus de 40% d’augmentation en fonction des conditions climatiques de l’année (tableau 1).

Le cas du semis direct de riz sur couverture vivante d’Arachis pintoi.

L’évaluation de l’impact du complexe parasitaire fongiques sur le riz pluvial a été effectuée entre parcelle labourée et parcelle en semis direct sur couverture vivante d’Avachis p., au cours du 1111- cycle cultural 1998/99.

La variété Best 3, qui a servi de matériel génétique de référence pour l’évaluation est classée comme assez sensible au complexe fongique (excepté à Rhynchosporium et cercospora) en présence d’usé forte fumure azotée (80 à plus de 100 Kg/N/ha) et en l’absence de protection fongicide finale à partir de (émission des premières panicules, comme dans les conditions de l’étude.

Les résultats réunis dans le tableau 2, mettent en évidence une amélioration très significative de la résistance de la variété Best 3 aux maladies sur !e semis direct qui se traduit à la fois par une augmentation nette de productivité, et une meilleure qualité de grains, totalement sains, sans tâches.

Tableau 2 – Niveaux de résistance du cultivar Best 3 au complexe fongique parasitaire x
2 modes de gestion du sol
AGRONORTE – Sinop – MT -1999

2. La résistance du coton (cultivar Deltapine 90), au complexe parasitaire de fin de cycles

Complexe parasitaire de fin de cycle – bactériose (Xanthomonas campestris), Ramulariose (Remularia areola), viroses (vermelhão et surtout maladie bleue, transmises par le puceron Aphis gossypii).

L’année climatique 1997/98 a été particulièrement propice aux attaques parasitaires dans le sud de (État de Goiàs, où le CIRAD-CA’ intervient sur la gestion de 1a culture cotonnière avec semis direct, en partenariat avec le Groupe MAEDA.

Les dégâts dus au complexe parasitaires6 (bacteriose, viroses) sur la culture cotonnière (variété Deltapine 90, très sensible aux viroses) ont été considérables puisque la productivité moyenne obtenue sur plus de 20 000 ha, qui est voisine de 2 500 Kg/ha les années climatiques plus favorables, est tombée à moins de 1 500 Kg/ha, en 1997198.

Dans ce contexte de pression parasitaire exceptionnelle, la même variété, DP 90, très sensible à cette pression sur 1a majorité des surfaces plantées sur travail conventionnel du sol (labour, scarification), s’est montrée pratiquement indemne sur couverture vivante d’Arachis pintoï, comme le montrent les résultats du tableau 3.

Cette parcelle d’un demi hectare qui a produit plus de 2 120 Kg/ha dans ces conditions, était saine, malgré qu’elle soit entourée de parcelles très touchées, pourries par le complexe parasitaire et qui ont, de ce fait, produit entre 950 et 1 330 Kg/ha.

En conclusion

Les trois exemples présentés tant sur le riz pluvial à haut potentiel dans la zone tropicale humide du centre nord du Mato Grosso que sur le cotonnier dans le sud de l’état de Goiàs, montrent que les techniques de semis direct peuvent permettre de réduire la pression des maladies fongiques et bactériennes.

Dans le cas du riz pluvial, l’amélioration de la résistance aux champignons est reproductible sur couverture morte d’Eleusine coracana.

La couverture vivante d’Arachis pintoi, dans deux conditions pédoclimatiques très différentes, permet, en semis direct, de réduire très significativement la pression du complexe parasitaire sur deux cultures aussi différentes que sont le cotonnier et le riz pluvial. Si il est bien trop prématuré pour formuler des conclusions sur les causes de l’amélioration de la résistance des cultures en semis direct sur couverture permanente du sol, on peut cependant faire quelques hypothèses à partir de la connaissance des mécanismes très différents de fonctionnement qui régissent le semis direct et le labour.

Maladies des appareils végétatif et reproducteur dont le complexe fongique des tâches de grains ,* Helminthosporium oryzae, Phoma sorghina, Drechslera

En premier lieu, une meilleure et plus stable régulation de l’alimentation hydrique et minérale de la plante sous semis direct peut permettre de minimiser l’importance des stress hydriques et par là même d’aider la plante à mieux résister aux agressions parasitaires.

En second lieu, l’alimentation minérale de la culture est très différente entre les 2 modes de gestion du sol et par voie de conséquence, la physiologie même de la variété. L’alimentation azotée de la culture est en particulier très fortement modifiée : alors que sur travail du sol, de fortes fumures azotées dès les 30 premiers jours du cycle favorisent une sensibilité accrue du riz à la pyriculariose foliaire, ces mêmes niveaux de fumure azotée, n’affectent pas le niveau de résistance des variétés mêmes sensibles, sur le semis direct. Ce fait, reproductible sur une très lange gamme de variétés à niveau de résistance variable, suggère que la nutrition azotée sur le semis direct est parfaitement régulée grâce à la prépondérance des mécanismes biologiques.

À l’inverse, sur travail du sol, la plante absorbe préférentiellement l’azote de l’engrais chimique et se dérégule en absorbant de l’azote en excès. Un excès d’azote soluble apparait dans les tissus foliaires (au même titre que les glucides solubles réducteurs) et constitue un plat de choix pour les champignons pathogènes. En absorbant très rapidement et en excès l’azote sur labour, la physiologie de la plante est profondément modifiée, et l’absorption d’autres nutriments est ralentie (L. Séguy, J.L Notteghem, 1981 – L. Séguy, S Bouzinac, 1989) ; cet état de déséquilibre favoriserait également les attaques parasitaires en provoquant un stress dans la plante qui accroîtrait sa sensibilité.

Comme de nombreux d’auteurs l’ont déjà depuis longtemps démontré (Pantanelli, 1921, Dufrenoy J., 1935, ;936; Chaboussou F., 1985) l’importance des éléments nutritionnels solubles dans la contamination et l’infection par les champignons pathogènes et les virus, est incontestable.

Plus largement, un état prédominant de protéolyse se trouverait lié aux maladies et inversement, la résistance serait en rapport avec une protéosynthèse dominante; les relations plante-parasite pourraient avant tout être d’ordre nutrionnelles (théorie de la trophobiose de Chaboussou, 1985).

Dans le cadre des techniques de semis direct qui vont devenir rapidement dominantes au Brésil, ces hypothèses méritent d’être approfondies.

Bibliographie

  1. L. Séguy, S. Bouzinac, A. Trentini. N.A. Cortês,1998 – Brazilian frontier agriculture –
    Special issue – Agriculture et développement – ISSN 1249-9951.
  2. L. Séguy, J.L. Notteghem, S. Bouzinac,1981 – Compte rendus du symposium sur la
    résistance du riz à la Pyryculariose – Montpellier, France – BP 5035 – CIRAD – P 139-152
  3. 3. L. Séguy, S. Bouzinac, 1989 – Les principaux fadeurs qui conditionnent la productivité
    du riz pluvial et sa sensibilité à la Pyriculariose sur sois rouges ferrallitiques d’altitude,
    Goiânia – GO – Doc. interne CIRAD – BP 5035 – Montpellier – France.
  4. 4. F. Chaboussou, 1985 – La santé des cultures – Flammarion, la maison rustique, Paris,
    ISBN 2-7066-01-50-7.

Document obtenu sur le site Cirad du réseau http://agroecologie.cirad.fr

Hommage du Ministère de l’Agriculture à Lucien Séguy

Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation souhaite rendre hommage, aux côtés du Centre International de recherche agronomique pour le développement, à Lucien Séguy qui a consacré son exceptionnelle carrière à la recherche et au développement des agricultures tropicales.

Né dans une famille d’agriculteurs en Dordogne, il a toujours eu à cœur de trouver des solutions aux problèmes concrets des paysans. Innovateur, il a fondé une école de pensée avec une vision globale de l’agronomie que le Cirad continue aujourd’hui à enrichir.

Lucien Séguy est l’un des pères du semis direct sur couverture végétale permanente, technique naturelle sans labour privilégiant la rotation de cultures, qu’il a contribué à développer au Brésil. Au terme de quelques années d’études et avec l’appui de producteurs, les techniques de semis direct et de successions de cultures se sont développées sur des millions d’hectares au sud du Brésil.
Passionné par la riziculture, il a accompagné au tout début de sa carrière des projets de développement des systèmes de cultures et d’amélioration variétale au Sénégal et au Cameroun. Il y reviendra également au Brésil en travaillant sur la génétique du riz pluvial et une variété, le CIRAD 141, qui a couvert des centaines de milliers d’hectares pendant des années au Mato Grosso.
Parallèlement, Lucien Séguy a réalisé de multiples missions d’appui et d’orientation dans de nombreux pays tropicaux d’Afrique et d’Asie, visant à adapter ces nouvelles technologies mises au point au Brésil.

Lucien Séguy est le précurseur d’une agriculture renouvelée, régénératrice et respectueuse des sols, fondement de la transition agroécologique qui est au cœur de la stratégie du ministre et des travaux de recherche menés par le Cirad.

MINISTERE DE L’AGRICULTURE ET DE L’ALIMENTATION – 29/04/2020

Colloque international en hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier

Les 24 et 25 janvier dernier, un colloque international a été organisé par Ver de Terre Production afin de rendre hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier. La totalité de ce colloque a été enregistrée et est disponible gratuitement sur leur chaîne Youtube. Deux jours n’ont pas été de trop pour souligner la vie et le travail de ces deux pionniers du Semis Direct Sous Couvert !

Le programme de ces deux jours d’hommage est disponible ici.

Hommage de Lydie DENEUVILLE à Lucien Séguy


Lucien, ce GRAND HOMME, vient de disparaître en toute discrétion.
C’est sa vie entière qu’il a consacrée à une noble cause : produire, partout dans le monde, quels que soient les continents, les climats ou la qualité des terres, une production saine, de qualité et en quantité, tout en préservant l’environnement, et en régénérant les sols.
Lucien Séguy, Docteur en Agronomie, est certainement l’homme qui, sous tous les climats, a sillonné, foulé de ses propres pieds, le plus de parcelles agricoles au monde et ce record n’est certainement pas prêt d’être battu !
Scientifique du CIRAD, pédologue de l’Orstom, il estimait que tous les outils sont connus pour produire intensivement, à peu de frais, de la nourriture de qualité sur des sols à fertilité améliorée.
Je ne reviendrai pas sur toutes ses recherches et publications, en collaboration avec son équipier permanent, Serge Bouziniac, qui malheureusement, bien que financées en partie par la France, n’ont pas su être reprises par notre ministère de l’agriculture et autres instances agricoles et mises au profit de l’agriculture Française…
Quel gâchis !!! Quelle perte de temps et d’argent pour notre agriculture Française !!!
Et de cela, Lucien en a souffert.
Ce qui l’a le plus frustré, c’est d’être reconnu comme « UN PÈRE » dans son pays d’adoption « Le Brésil » qui l’a toujours honoré ainsi que d’autres pays, alors que la France, son propre pays, l’ignorant, n’a pas su tirer profit de l’immense travail qu’il a accompli. France, le pays du BLABLABLA disait-il !
Mais la meilleure reconnaissance pour lui, c’est celle de tous les amis qui l’ont compris.
J’insisterai sur l’homme de paix qu’il fut : ses avancées ont permis à différentes contrées de nourrir sa population et notamment au Brésil de procurer celle des Chinois, évitant ainsi bien des émeutes.
Ce fut un privilège pour moi de l’écouter une première fois en conférence à Baran lors d’un NLSD en 2001 : Un homme excité, survolté vous diront certains, dynamique et provocateur, imposant l’attention et interpellant chacun d’entre nous, pour nous obliger à réfléchir et nous remettre en cause.
Puis il est intervenu une seconde fois en 2005 au NLSD de Reignac-sur-Indre. Certains n’ont alors pas jugé bon de l’écouter, car c’était pour eux « du déjà vu (déjà entendu)».
Et bien NON, toujours et toujours, à mesure qu’on l’écoute, ce que beaucoup n’ont pas perçu, c’est que Lucien, l’intarissable a sans cesse quelque chose à nous apporter !
Au-delà de toutes ses connaissances sur le SCV, ses innombrables publications, que beaucoup sauront reprendre pour lui rendre hommage, je tiens à témoigner de la personne qu’il était :
Jamais je n’aurais imaginé un jour pouvoir aborder ce SAVANT. Et, lorsque je lui ai parlé la première fois, je fus saisie de constater à quel point il est SIMPLE, GÉNÉREUX et AVIDE de rencontres.
Mais tout d’abord, j’avoue qu’il m’a testée, savoir ce qu’il y a vraiment au fond de moi, car par expérience, il n’avait pas de temps à perdre avec des opportunistes.
Et effet, Lucien est PRESSÉ, pressé de communiquer et de divulguer, et pour lui, chaque seconde compte, autrement dit, pour celui qui cherche à le critiquer ou le contredire, c’est peine perdue. Mieux vaut qu’il passe son chemin à jamais !
Depuis, nous avons fait un long chemin ensemble. Il m’a présenté ses avancées au Brésil, fait rencontrer ses partenaires, entrer à l’Embrapa où il est accueilli comme un héros, visiter ses champs d’essais à Sinop, découvrir ses variétés de riz Sebota…
Lucien l’attentif savait d’un coup d’œil déceler les problèmes d’une parcelle, et en trouver les solutions rien qu’à observer les environs.
J’avoue alors être subjuguée de constater la rapidité avec laquelle il a traversé ses champs d’essais de riz pluvial, et a pu rendre compte de ses observations à son collaborateur Serge, pour une prise de note et de photos complémentaires !
Lucien, une encyclopédie ambulante qui connaissait une multitude de plantes même sous leur nom latin.
Il avait une connaissance, une mémoire incommensurable, relatant chronologiquement toutes ses expérimentations, découvertes, avec un enregistrement et une organisation de ses données sans faille.
Avec Lucien, tout est intensif, du matin lever 6h au soir 24h.
Il lui en arrivait même d’en oublier de déjeuner, mais en fait, c’était pour lui moins de perte de temps.
Pas de répit ni de tourisme… Et malgré tout, un détour sans prix pour nous faire découvrir un arbre à l’écorce exceptionnelle qu’il cite d’un nom latin, nous expliquant pourquoi il vivait ici et était le descriptif et le symbole du type de terre locale.
De plus, Lucien était comique et bon vivant et n’hésitait pas à lancer une vanne ou une histoire drôle.
Mais pour lui, le temps était précieux : pas question de divaguer à regarder voler un papillon pendant qu’il intervenait, ou de répondre au téléphone au risque de se le voir propulser à des dizaines de mètres de là.
Lucien, toi, homme INTÈGRE, malgré les sollicitations, tu as su tout au long de ta carrière, refuser le profit et ne pas succomber à la corruption.
Lucien, un grand homme, VRAI et SINCÈRE,
Tu nous as fait l’honneur de nous faire une petite place à tes côtés, nous, simples paysans de la Nièvre et tu as toujours su rester FIDÈLE.
Lucien EXIGEANT, PERFECTIONNISTE, tu nous as imposé RIGUEUR et PERSÉVÉRANCE, durant tous les essais et protocoles que tu nous as chargés de mettre en place… IMPATIENT d’en recevoir régulièrement des photos quand tu ne pouvais pas être sur place, mais toujours DISPONIBLE. Et ce n’est pas sans réprimandes ou quelquefois engueulades que tu en as fais le suivi… Ce qui a au fil du temps toujours payé.
Je garderai de toi, malgré ta grandeur, le souvenir d’un homme MODESTE et à la portée de tous, de la plus imposante société agricole brésilienne, au plus simple et pauvre paysan malgache ou cambodgien.
Au-delà de ça, j’ai découvert en toi un homme plein de talents, à savoir l’art de la peinture (qui a pu te valoir la place d’assistant d’un célèbre peintre), mais aussi connaisseur, en l’occurrence la gastronomie dont ta femme Jacqueline savait faire honneur en concoctant des plats d’excellence, mais aussi l’œnologie.
Et, pour avoir eu le privilège de découvrir ta cave secrète, je sais à quel point tu places une haute importance à la connaissance et à la préservation de la qualité de tes vins et l’honneur que tu attribues à chacun de ceux à qui tu les offres.
Ton DYNAMISME, ton ESPRIT, ta GÉNÉROSITÉ et ta BIENVEILLANCE nous manqueront.
Mais à travers toi, nous remercions ta femme Jacqueline, toujours discrète, fidèle (55 ans de mariage) et présente à tes côtés, et ton binôme Serge, chacun représentant une partie de toi, qui ont toujours su t’épauler et même te supporter.
Car oui, tu étais DUR, dur avec toi-même, car il te fallait toujours garder la forme, et dur aussi avec ton entourage avec lequel tu étais bien souvent EXIGEANT.
Ce fut en effet le sacrifice de toute une vie de famille (je pense notamment à ta fille Sandrine et ton fils Yannick) au profit de l’humanité, dont peu de monde prend conscience.
Lucien, toi qui croyais au « GÉNIE VÉGÉTAL », tu as su semer quelques graines (Hubert, Stéphane, Florent, Aubin, Noël, Christian, Jean-Claude, John, Loui, tes petits jeunes du Brésil (comme tu les appelais)…) qui assureront l’avenir de ton œuvre, avec encore tant de choses à accomplir…TA SYMPHONIE INACHEVÉE !
Les paysans du monde entier avaient encore tant besoin de toi !
Tu nous laisses aujourd’hui orphelins, avec à charge de poursuivre, vulgariser et divulguer tes connaissances, et nous nous devons de mettre en pratique ce que tu nous as toujours enseigné : « Le développement de l’agriculture n’existe vraiment que s’il est fait PAR, POUR, AVEC et CHEZ les agriculteurs ».
La mission nous incombe maintenant et ce sera tout en ton honneur que nous nous chargerons de la mettre en pratique.
« Tchao l’ami ! », comme tu avais l’habitude de dire ! Et après tant de dévouement pour le bien de l’humanité, repose en paix !
Que ton esprit nous accompagne dans l’évolution nécessaire de notre agriculture actuelle !
Je garderai à jamais le souvenir d’une amitié sincère.


Texte écrit par Lydie Deneuville (association NLSD) et lu lors de l’hommage à Lucien.